Tribune 16/02/2010 à 11h30

Enseigner le fait religieux à l'école : une douteuse initiative parlementaire

Bernard Girard | Enseignant blogueur

Une quarantaine de députés ont déposé il y a peu une proposition de loi visant à « instituer un enseignement du fait religieux » à l’école. L’exposé des motifs est, à vrai dire, plutôt confus. « Notre société ne doit pas se résigner à voir ses enfants régler leurs différends à coups de couteaux -peut-on lire- elle a la responsabilité de les aider à maîtriser leurs instincts violents et à les éduquer à la courtoisie. »

Des enfants réglant leurs différends à coups de couteaux ? La réalité quotidienne des cours de récréation, qui ne sont quand même pas des champs de bataille, semble échapper aux parlementaires, sans doute les seuls à faire le lien avec une forme d’inculture religieuse, qui serait à la source de tous les maux.

Il est vrai que les auteurs de la proposition de loi ont trouvé le coupable :

« L’apparition de la burqa en France -affirment-ils- traduit l’émergence d’une conception de la femme qui est étrangère à notre République et à ses valeurs. »

Pourtant, on avait cru comprendre que les actes de violence hautement médiatisés, commis dans les établissements scolaires ces derniers temps, résultaient le plus souvent d’affaires sentimentales ou de querelles personnelles.

Selon les élus, enseigner le fait religieux contribue à diminuer la violence

Nos parlementaires, eux, y voient la marque de la burqa, assimilée à un signe religieux. Il est vrai qu’avec une commission travaillant à temps plein pendant six mois sur le sujet, les députés en arrivent maintenant à voir des burqa partout, même sur les cours de récréation.

Des visions, sans aucun doute. Si l’on suit bien nos élus, avec un enseignement des religions, c’en sera fini de la violence à l’école… Chacun appréciera la pertinence de l’argumentation.

Cette idée d’un « enseignement du fait religieux dans l’école laïque » -c’est le titre d’un rapport rédigé en 2002 par Régis Debray au ministre de l’Education nationale- manifeste pourtant une grande ignorance des réalités scolaires. Si les députés avaient pris le temps de lire les programmes officiels, ils auraient vu que l’enseignement du fait religieux est déjà très présent dans les programmes d’histoire, notamment en collège où l’on frise même l’overdose.

Qu’on en juge avec quelques extraits de ces programmes parus au Bulletin officiel de l’Education nationale :

« Classe de sixième :

  • Les débuts du judaïsme et du christianisme (20% du temps consacré à l’histoire).
  • Les empires chrétiens du Haut Moyen Age (empire byzantin et religion orthodoxe), 10 % du temps consacré à l’histoire).

Classe de cinquème :

  • Les débuts de l’islam (10% du temps consacré à l’histoire).
  • La place de l’Eglise dans l’Occident féodal.
  • Les débuts de la religion protestante.

Classe de 4e :

  • Le Concordat.
  • La séparation des Eglises et de l’état »

De nouveaux changements alors que les programmes viennent d’être modifiés

Si l’on ajoute à cela l’étude, en classe de sixième, des croyances religieuses dans l’Antiquité et jusqu’à l’Inde des Gupta, nos élèves en finiraient par croire que leurs ancêtres ne faisaient guère que passer leur temps à prier. Nul doute qu’ainsi imprégnés de sacré, ils ne songeront plus à se battre à coups de couteaux.

Cette initiative parlementaire est d’autant plus malvenue que les programmes scolaires, en primaire comme en collège, viennent tout juste d’être redéfinis suite à la loi d’orientation de 2006, adoptée par ces mêmes parlementaires, ce qu’ils semblent avoir oublié.

La précipitation dans laquelle, aujourd’hui, ils votent les lois, ne leur laisse manifestement pas le temps de prendre connaissance de leur contenu.

Avec un certain mépris pour ceux qui sont chargés de les appliquer, les députés semblent tout ignorer de ce que représentent les programmes en termes de définition de savoirs, de compétences et à quel point leur mise en œuvre est complexe, nécessitant tâtonnements et expérimentations.

La proposition de loi sur l’enseignement religieux illustre surtout une grande illusion selon laquelle, en matière éducative, il suffirait d’une instruction officielle, d’une injonction administrative ou d’un claquement de doigt pour arriver au but fixé ou en finir avec un problème. Les leçons de morale, de civisme ou de « faits religieux » sont, en matière éducative, d’un effet très limité.

Plutôt que d’ergoter sans fin sur les « instincts violents » des enfants, les parlementaires pourraient s’inspirer de ce qu’écrivait C.-G. Jung dans « L’Ame et la vie » : « Les enfants sont éduqués par ce que l’adulte est et non par ses bavardages. » Il est vrai que c’est là une posture éducative autrement plus difficile à adopter.

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  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 12h20 le 16/02/2010
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    nos élèves en finiraient par croire que leurs ancêtres ne faisaient guère que passer leur temps à prier. Nul doute qu’ainsi imprégnés de sacré, ils ne songeront plus à se battre à coups de couteaux.

    ben oui , personne n’a jamais fait de guerre depuis toujours avec ce principe, ,il n’y avait personne de violent, violeur, voleur, tueur...

    cela c’est vérifié dans l’histoire...

    (ironie)

    si l’on profitait aussi à enseigner la philosophie... c’est moins dogmatique que les religions.. et aussi, sinon plus nourrissante...car cela apprend à réfléchir par soi-même, et non à suivre des dogmes ...

    • ysengrimus
      ysengrimus répond à pablico
      • Posté à 13h33 le 16/02/2010
      • Internaute 12674

      L’athéisme, oui. Le prozélitisme athée, pas sûr…

      Lien

      Il y a des causes plus cruciales.
      Paul Laurendeau

    • Anonyme répond à pablico

      L’enseignement du fait religieux qui deviendrait discipline obligatoire, qui plus est sur le compte des maigres horaires d’histoire, est une aberration. La proposition de loi de ces députés UMP est de la démagogie pure et simple.

      En revanche, nous devons être attentifs à la demande de plus en plus forte d’un enseignement de l’islam exprimée par les parents d’élèves et y répondre, comme à un droit fondamental, sous forme de cours facultatifs en marge du programme officiel des écoles, des collèges et des lycées. Un tel enseignement dans le cadre de l’Education nationale ne s’avère pas nécessaire pour les autres religions, chacune d’entre elles disposant depuis fort longtemps de son propre réseau d’enseignement.

      • christobal0094
        christobal0094
        citoyen du monde
        • Posté à 14h18 le 16/02/2010
        • Internaute 77671
          citoyen du monde

        Je ne suis pas sur de bien comprendre la signification du fait religieux

        est-ce l’histoire religieuse facon cathechisme ?
        la succesion de religions dans l’histoire ?
        la repartition des religions par pays ?
        l’evolution de la croyance en dieu ?
        la pratique religieuse et l’interpretation variee des textes ?

        j’ai bien retenu de l’histoire : les persecutions des chretiens par les Romains, le bucher des templiers, les croissades, l’Inquisition et les guerres de religions.
        ayant grandi je peux rajouter les conversions forcees par les armees arabes, par Charlemagne etc...

        que de l’adoucissement des moeurs

        au fait comment differencier une secte d’une religion ?

         
        • spartak
          spartak répond à christobal0094
          (comité libertaire lyophilisé)
          • Posté à 14h42 le 16/02/2010
          • Internaute 84113
            (comité libertaire lyophilisé)

          « au fait comment differencier une secte d’une religion ? »
          C’est une question de masse critique : au-delà d’un certain nombre d’adhérents, vous n’êtes plus une secte, mais une religion.
          Un peu comme un fanzine, qui devient journal ou magazine à partir d’un certain nombre de lecteurs, en y perdant au passage (souvenez-vous des Inrocks mensuels - blague en passant).
          La question profonde est celle de l’aliénation. Une secte est théoriquement plus nocive pour la liberté individuelle. Il est donc en principe plus facile de quitter une religion qu’une secte, laquelle vous harcèlerait pour vous maintenir sous sa coupe.
          Tou ceci au conditionnel, car dans les faits, se couper d’une foi et d’une pratique religieuse (rien qu’avec toutes les sociabilités en jeu) est assez compliqué. Cela peut impliquer de changer de lieu de vie, des choses comme ça. Maintenant, couper les ponts avec un parti ou un syndicat n’est pas forcément évident non plus...

          • christobal0094
            christobal0094 répond à spartak
            citoyen du monde
            • Posté à 15h42 le 16/02/2010
            • Internaute 77671
              citoyen du monde

            merci de la reponse.
            j’aime bien cette idee de graduation dans l’alienation.

            est-ce lie a des pratiques plus astreignantes, a une plus forte conscience de groupe, a des differences socio-culturelles, je ne sais pas.

            je considere comme un devoir, au nom de l’etre (humain) de refuser toute allegeance a du divin, de preserver, autant que faire ce peut, la capacite de raisonner en fonctions des situations et pas sur des dogmes.

            • spartak
              spartak répond à christobal0094
              (comité libertaire lyophilisé)
              • Posté à 23h12 le 16/02/2010
              • Internaute 84113
                (comité libertaire lyophilisé)

              Une complication supplémentaire à partir de là : tous les dogmes ne sont pas fournis par les religions, le divin ne recèle pas toutes les formes d’aliénation.
              Et le dogmatisme est bien davantage une question de forme (penchants, caractères, façons d’envisager la relation aux autres et de poser les problèmes...) que de fond (un dogmatique change facilement de dogme, mais en gardant la même intransigeance bornée, voilà).

              • christobal0094
                christobal0094 répond à spartak
                citoyen du monde
                • Posté à 02h44 le 17/02/2010
                • Internaute 77671
                  citoyen du monde

                Bien d’accord
                quand je parle de dogme ca inclus toutes les pensees systematiques et fermees.

                sur les religions, c’est base sur une croyance en une divinite sous quelque forme que se soit.
                cette croyance m’est etrangere.

                je comprend tres bien l’utilite des religions pour les individus comme pour les societes. Mon jugement est mitige.

                mais c’est vrai qu’a partir d’une certaine accumulation d’experiences et avec les annees, je peut avoir construit mes propres theoremes.

    • mauser
      mauser répond à pablico
      • Posté à 16h07 le 16/02/2010
      • Internaute 4683

      Il faut bien déformer ces jeunes cerveaux pour les habithuer à obèir .
      Les politiques de tous les bords sentent bien que ça coince de pplus en plus et que les élécteurs deviennent des électrons libres
      Alors un petit coup de sacrè pour faire passer la pilule non mais
      Enseigner la philo pour que le vulgaire pense par lui même
      Au bûcher hèrétique un peu plus et vous allez me soutenir que dieu n’existe pas Comment calmer alors les foules dans le merdier qui se profile

  • A déménagé le 8-10 2
    • Posté à 08h24 le 17/02/2010
    • Internaute 41917
      nc

    C’est vrai que faire un loi pour résoudre un problème déja traité par une loi précédente, c’est la marque de fabrique du sarkozysme.

    Puisqu’on donne déjà, et avec raison, la place qui revient aux religions dans l’enseignement de l’histoire (toute un part de la problématique actuelle entre Europe et Moyen-Orient remonte aux croisades, qu’on ne peut pas comprendre si on ignore ce que sont l’islam et le christianisme), donne-t-on ausi sa place à l’athéisme, à ses penseurs, à ses influences dans l’élaboration des démocraties modernes ? Non ? Ah bon...

  • Gastlag
    Gastlag
    flâneur | identi.ca/gastlag
    • Posté à 11h49 le 16/02/2010
    • Internaute 8274
      flâneur | identi.ca/gastlag

    Je reste toujours perplexe quand au fait que personne (ou très peu de personnes) ne pense qu’il serait judicieux d’enseigner aux futurs citoyens leurs droits et devoirs. On pourrait par exemple leur apprendre quels sont les cadres légaux des contrôles d’identité et des gardes à vue. Les cours d’instruction civique actuels sont bien trop légers et leur définition est bien trop floue. Il ne correspondent pas à un enseignement sérieux.

    Ça pourrait former des citoyens plus responsables et plus à même de se défendre lors des nombreux dérapages de la police (il y en a tellement qu’on pourrait croire qu’ils sont institutionnels). La société serait alors peut être plus juste et moins violente.

    • Dudesque
      Dudesque répond à Gastlag
      généralement sur mon séant
      • Posté à 12h21 le 16/02/2010
      • Internaute 2716
        généralement sur mon séant

      ou a lire un bulletin de salaire, le fonctionnement des impots, de la secu toussa, parcequ’une fois laché dans la vie active, le petit jeune se galere beaucoup avec ces conneries (expérience personnelle inside)

      • Waphy
        Waphy répond à Dudesque
        Intermittent du travail
        • Posté à 12h27 le 16/02/2010
        • Internaute 89688
          Intermittent du travail

        +1

    • spartak
      spartak répond à Gastlag
      (comité libertaire lyophilisé)
      • Posté à 14h46 le 16/02/2010
      • Internaute 84113
        (comité libertaire lyophilisé)

      Parfaitement d’accord. A l’école, l’éducation civique passe après l’EPS (pas le PS, hein, la plupart des profs restent prêts voter Hollande s’il le faut...). En fait, avec un petit projet d’éco-citoyenneté dans l’année, la Marseillaise répétée trois fois avant le 11 novembre et trois fiches sur la Mairie, les symboles de la République et le schéma simplifié des institutions, on a fait le tour dans la pratique (en théorie, dans les programmes, c’est beaucoup plus vaste, mais le temps de faire gym au sol, d’aller 15 fois à la piscine et de faire du vélo...)

    • Autist Reading -
      Autist Reading - répond à Gastlag
      In enculo cum vibro
      • Posté à 18h03 le 16/02/2010
      • Internaute 73535
        In enculo cum vibro

      C’est carrément des cours de droit, public et privé, qu’il faut !

      Les trois ans de Licence répartis sur sept ans (collège +lycée).

      Vu l’école, vu les média, vu les organisations politiques et syndicales, on peut être sûr que la majorité des gens ignorent que c’est la Vème république qui fait nos conditions politiques, et encore moins qu’il y en a eu quatre autres avant...

  • Daniel Zéro-
    Daniel Zéro-
    Re - traité
    • Posté à 12h15 le 16/02/2010
    • Internaute 96621
      Re - traité

    Ce fait s’est démontré tout au long de l’histoire et continue encore aujourd’hui :

    Religions = Guerres = Violences = Assassinat = Mort d’innocents !

    C’est ça qui devrait être enseigné dans les écoles.

    • in_rainbows
      in_rainbows répond à Daniel Zéro-
      suspect de souche
      • Posté à 14h39 le 16/02/2010
      • Internaute 19473
        suspect de souche

      Homme = Religions = Guerres = Violences = Assassinat = Mort d’innocents !

      Malheureusement la religion n’est qu’un prétexte, si ce n’est pas pour la religion, les hommes trouveront (et trouvent déja) d’autre raison de s’entretuer. (De nos jours la mode plutot que de tuer, c’est laisser mourir, et ceux au nom d’aucune religion)

      Par contre l’enseignement des religions (et pas l’enseignement religieux) fait partie de la culture générale, historique. On ne peut pas faire comme si ca n’existait pas (bien entendu pas dans les termes présentés par cette initiative plus que douteuse.)

    • LienRag
      LienRag répond à Daniel Zéro-
      • Posté à 15h28 le 16/02/2010
      • Internaute 34767

      Heureusement que votre pseudo indique le degré de votre pensée...

      • Daniel Zéro-
        Daniel Zéro- répond à LienRag
        Re - traité
        • Posté à 17h02 le 16/02/2010
        • Internaute 96621
          Re - traité

        Au moins j’en suis conscient.

        Quelle solution préconisez-vous pour les gens dans ma situation ? (Le Situationnisme vous connaissez ?)

        Alors la solution pour les cas désespérés, selon vous, c’est la peine de mort ou l’euthanasie ?

  • batila-
    • Posté à 12h15 le 16/02/2010
    • Internaute 34191

    C’est sur qu’en parlant de naissance des religions on ne risque pas de parler du lien entre doctrine religieuse et inquisition.
    La spiritualité n’appartient pas aux religions.
    Nous, les athées, on aimerait aussi que l’on parle de notre histoire.
    On pourrait aussi parler des crimes commis au nom de la religion. Même si cela n’engage que ceux qui les ont commis...
    L’éducation civique me parait plus importante que le fait religieux, concernant le savoir vivre en société.
    La violence ne s’endigue pas par la religion. Les personnes violentes font passer leur religion pour violente, alors qu’elle ne l’est pas essentiellement.
    Une introduction à la psychanalyse, dès la 4°, me paraitrait plus judicieux, également. Une histoire de la philosophie, des cours d’épistémologie en voix générale, avant de choisir une voix spécifique, me parait aussi importante.
    Si les problèmes de violence persiste, alors que notre société elle-même est violente, il faudra avoir l’humilité de se dire que l’application de la loi est seule à même de nous en protéger.
    Devant certains cas, le meilleurs psy baissent les bras, et les cours de religion serait à même de les régler ?

  • ON M RSA2012
    ON M RSA2012
    Touché en plein coeur
    • Posté à 12h25 le 16/02/2010
    • Internaute 85545
      Touché en plein coeur

    Il serait préférable que les parlementaires arrêtent de lire le journal officiel de Dassault et consorts pour savoir ce qui se passe dans le pays ou appréhender la réalité.

    La burqa en fait religieux consiste à légitimer les sectes islamistes. Mais il est vrai que les sectes sont un non problème pour certains d’entre eux.

  • ydcl
    • Posté à 12h35 le 16/02/2010
    • Internaute 17421

    Je propose, comme premier enseignement : La loi du Talion ! Amen !

  • ninaneux
    ninaneux
    retraité
    • Posté à 13h55 le 16/02/2010
    • Internaute 60234
      retraité

    j’ai bien peur que l’heure de la scientologie plane déjà sur notre enseignement public !

  • tOrDrE L¤RdRe
    tOrDrE L¤RdRe
    chien de talus
    • Posté à 14h18 le 16/02/2010
    • Internaute 50571
      chien de talus

    @ Bernard Girard
    J’aime bien ton dernier paragraphe il est très vrai, le reste comme d’hab : polémique artificielle, buzz et moulinet médiatique pour faire diversion ça ne marchera pas sur la durée cette tactique.

  • patoune
    patoune
    non connue
    • Posté à 14h46 le 16/02/2010
    • Internaute 35756
      non connue

    Depuis que notre petit peureux est aux commandes, la police est folle !

  • Tofraziel
    Tofraziel
    Orwellien
    • Posté à 15h09 le 16/02/2010
    • Internaute 42678
      Orwellien

    Enseigner l’histoire des religions oui, pas le « fait religieux ».

    Mais le principal problème dans l’enseignement du secondaire, c’est une « braudélisation religieuse ». C’est un néologisme personnel...^^

    Je m’explique : on apprend aux élèves l’apparition de civilisations (l’Occident, l’Islam) en fondant leur base sur un Texte religieux. Ainsi, outre le problème du concept de « civilisation » en tant que tel, on arrive en plus à mettre comme facteur de base de ces civilisations la religion. On oublie tout le reste, ou on le considère comme secondaire.

    Cela amène aux raccourcis et simplismes dangereux du genre « choc des civilisations » ou « choc des religions ».

    Alors le problème de l’enseignement va bien au-delà du « fait religieux », mais est bien le choix de définir l’histoire et les civilisations d’abord par le prisme religieux...

  • franc parleur
    franc parleur
    anarchieevangelique.wordpress. (...)
    • Posté à 15h12 le 16/02/2010
    • Internaute 75335
      anarchieevangelique.wordpress. (...)

    La spiritualité de tous les libérateurs a toujours cette constante bien reconnaissable qu’elle échappe à tout dogme, toute systématisation.

    Donc, ça m’étonnerait que ce soit ce qu’on apprenne à notre jeunesse...
    Ce ne serait vraiment pas prudent...

    « Je suis venu appeler à changer de vie »
    Paroles dites il ya 2000 ans :
    Lien

  • LienRag
    • Posté à 15h36 le 16/02/2010
    • Internaute 34767

    La mise en relation de la « violence à l’école » et de l’enseignement du fait religieux est évidemment délirante (mais que pouvait-on attendre de députés UMP ?), cela ne doit pas être confondu pour autant avec la réflexion de Régis Debray.
    J’ai eu comme tout le monde des cours d’histoire qui faisaient une certaine place à l’impact des religions, mais ces religions ont toujours été présentées de façon assez caricaturale.
    Par conséquent avoir une approche sociologique, anthropologique et même éventuellement psychanalytique (comme proposé plus haut) du fait religieux me paraît assez utile - reste évidemment à le faire tenir dans le programme, ce qui n’est pas forcément simple.
    Mais rien que faire prendre conscience aux élèves de la nécessité d’historiciser leur approche de la religion devrait rapidement faire tomber, sinon le niveau de violence à l’école, du moins celui des c*nneries déversées sur Rue89 dès qu’un article parle de minarets ou de foulards...

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 17h49 le 16/02/2010
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Le pire, c’est que ce qui est d’ores et déjà enseigné comme « faits » religieux sont en réalité la mythologie chrétienne ou autre (jésus a marché sur l’eau et autres farfadets).

    L’histoire a toujours été étudiée, les religions, contrairements aux Enragés, aux Quarante-huitards, aux Communards, etc., n’ont jamais été occultées de l’histoire.

    Le « fait religieux » est le terme novlangue pour « catéchisme ».

    Il serait temps que les élites intellectuelles le disent clairement, si elles sont dans le camp des opprimés.

  • Michel-Petit
    Michel-Petit
    Retraité
    • Posté à 18h06 le 16/02/2010
    • Internaute 62964
      Retraité

    Une quarantaine de députés, élus dans un Etat laïc, qui veulent qu’on enseigne le « fait religieux » dans une école laïque ?

    Il faut mettre la liste en ligne, ou mentionner un lien pour que cette liste soit connue, divulguée, répandue auprès de leurs électeurs, auprès de tous les électeurs.

    Nous allons vers la plus grande confusion, et nous pouvons déjà remercier Notre Guide Suprême qui a lui-même porté le ver dans le fruit de la laïcité depuis de nombreuses années, avec un beau début au Ministère de l’Intérieur, puis un discours d’antologie chez le Pape idéalisant la différence entre le prêtre et l’instituteur.

    Après la suppression de l’enseignement de l’histoire dans certaines classes, après l’effacement du terme « chômage » dans quelques manuels pour mieux inculquer les merveilles de l’économie libérale aux éléves, espérons-nous vraiment redresser les dérives des manquements républicains en relatant les méfaits religieux ?

    Combien d’hommes et de femmes ont été martyrisés durant des siècles et des siècles au nom des dieux de toute nature ?
    Combien de gens meurent encore chaque jour de par le Monde au nom des croyances incertaines et pourtant meurtrières ?

    Et il se trouve chez nous des députés, qui espérent éradiquer la violence scolaire entretenue par leur constante incapacité depuis cinquante ans, à répandre l’équité et la justice sociale, en se cachant derrière un retour à l’obscurantisme ?

    Est-ce que certains ne sont pas déjà devenus fous ?

  • Ernst_T_Tho
    Ernst_T_Tho
    ermite
    • Posté à 20h31 le 16/02/2010
    • Internaute 59906
      ermite

    Comme le fait remarquer cristobal0094, qu’est-ce à dire que d’enseigner le fait religieux en milieu scolaire ? S’agit-il de questionner l’existence d’une entité divine esseulée depuis l’invention de Celui dont le nom ne doit pas être inconsidérément prononcé, de soumettre les élèves au prosélytisme accentué des trois marques de farce monothéiste, ou encore d’établir plus précisément les liens existant entre idéologies mystiques ancestrales et développement des diverses sociétés humaines ?

    Le fait religieux est partie intégrante de l’histoire humaine et illustre la transition de cette espèce animale du strict cadre phylogénétique à la dimension culturelle. Outil conceptuel ayant servi de medium à l’homme pour formaliser et légitimer ses propres intentions, le théisme représente la racine de ce que M. Gauchet nomme la condition historique de l’humanité. Etape cruciale sur la voie de l’autonomisation de la volonté humaine, cette création idéologique s’est néanmoins révélée être un puissant carcan fantasmagorique défavorisant l’autonomie responsable au profit d’une tyrannique hétéronomie dogmatique. L’ambivalence du fait religieux n’enlève cependant rien au fait qu’il demeure le lointain fondement de la ou les civilisation(s) ayant survécu jusqu’à nos jours.

    Dès lors, professer à nos chères têtes blondes les riches enseignements que recèle ce phénomène historique ne peut apparaître que comme une formidable idée ; à moins que… Il ne faudrait en aucun cas que cela consiste en une intensification de l’hagiographie d’ores et déjà enseignée à laquelle s’ajouterait l’imposition du catéchisme au sein de l’école républicaine. A l’inverse, il s’agirait d’ouvrir l’esprit de notre progéniture en lui transmettant des éléments à même de lui permettre de porter un regard objectif sur ce phénomène et sa profonde influence.

    Par conséquent, au même titre que mauser, batila et LienRag, j’aurais tendance à préférer une instruction intégrant les dimensions anthropologique, philosophique, psychologique et sociologique qui offrent une analyse scientifique du fait religieux, à l’enseignement de ce dernier en particulier, lequel prête de manière flagrante le flanc aux assauts prosélytes d’un mysticisme qui, au-delà des apparences discursives, s’est le plus fréquemment révélé propice à l’actualisation des élans les plus égocentriques et destructeurs de ses adeptes.

    • LienRag
      LienRag répond à Ernst_T_Tho
      • Posté à 12h27 le 19/02/2010
      • Internaute 34767

      Il est regrettable tout de même qu’après une introduction développant l’importance du fait religieux, vous sembliez confondre mysticisme et dogmatisme...

  • ferreole
    ferreole
    étudiant commerce
    • Posté à 20h50 le 16/02/2010
    • Internaute 99517
      étudiant commerce

    J’ai 22 ans, j’ai pu aller jusqu’en terminale et voir la philosophie et l’histoire, j’ai pu voyager, lire aller à la messe m’ouvrir l’esprit aux autres religions et j’en suis pas moins bien… ce n’est malheureusement pas le cas de tout le monde.
    Beaucoup de gens sont en pertes de valeurs c’est un fait avéré.
    Ce débat sur la burqa les signes extérieurs de religiosité témoigne un besoin de rites et de croyance que les gens ne reçoivent plus de leurs instances socialisatrices.

    Le schéma familial n’est plus un exemple on ne le reconnaît plus comme modèle.

    La religion est devenue inutile son rôle de faire prendre conscience de sa maturité par des rituels sont maintenant oubliés à croire qu’on ne grandira jamais.

    L’éducation nationale n’a plus aucune responsabilité dans notre formation le bac ne sert plus à rien ainsi que le brevet. Ces étapes étaient avant des étapes importantes de la vie d’une personne. Maintenant tout le monde les ont ils n’ouvrent aucune porte.

    L’état avec le service militaire donner un sentiment civique que l’on éprouve plus aujourd’hui, on prenait conscience que tout le monde était égal de droit et de devoir en devenant adulte.

    Nous sommes sans valeurs comme dans une trappe où l’on ne nous permet pas de grandir

    Si l’état ne s’occupe pas de cela ce sont les extrémismes qui vont récupérer ces jeunes en pertes de valeurs et d’identités et c’est bien plus dangereux je pense qu’une remise en cause de mai 68.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 23h37 le 16/02/2010
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Notre socièté possède ses codes
    On fête les Thomas le 3 juillet, le 28 janvier (Saint Thomas d’Aquin), le 21 décembre, le 6 octobre ou encore le 1er juillet, suivant le lieu ou le saint patron auquel on se réfère. Il n’y a pas de Saint Mouloud ou de Saint Rachid.
    Cet etat des lieux (communs) n’est pas fait pour stigmatiser une religion ou une autre, mais pour rétablir des vérités.
    La Fance laïque et universaliste ne peut pas oublier son passé et s’oblitérer de son présent et de son futur. La culture, dans son acceptation la plus large doit intégrer cette dimention cultuelle. L’anti cléricanisme est naturel et sain, car il dénonce le prosélytisme sectaire, par contre l’apprentissage des cultes est de nature à faire comprendre qu’il y a plusieurs berceaux de l’humanité et que la civilisation est multiple.

  • Stephane MOT
    Stephane MOT
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 07h35 le 17/02/2010
    • Internaute 17943
      Author & Chief AtoZ Officer

    une offensive de plus des fondamentalistes. non contents d’avoir Lien, ils continuent a piloner les fondements de la laicite

    Lien

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 08h15 le 17/02/2010
    • Internaute 7659
      oiseau

    1) les profs d’histoire géographie sont-ils compétents pour enseigner de la sociologie des religions ? Non, mais ils le sont pour enseigner l’impact historique des religions. Vu le programme, c’est d’ailleurs bien cela.

    2) D’un point de vue historique, n’est-ce pas déjà le cas ? Je crois bien me souvenir qu’on m’ait enseigné quelques rudiments du fait religieux, au moins l’indispensable pour comprendre l’Histoire.

    3) D’un point de vue historique toujours, l’impact sociologique (prier, importance de la religion dans le quotidien) est nécessairement plus réduit que l’impact historique (massacres, guerres, etc.) Et que de massacres il y a !
    Ainsi, c’est sûr, au regard du modèle social enseigné, du monde violent proposé, croire que cela va réduire les violences chez les jeunes est ahurissant de bêtise. Il a tout lieu de les favoriser.

    • LienRag
      LienRag répond à Tita
      • Posté à 12h31 le 19/02/2010
      • Internaute 34767

      l’impact sociologique (prier, importance de la religion dans le quotidien) est nécessairement plus réduit
       ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ?
      Le passage d’une histoire cyclique à une temporalité linéaire, ou pour être plus concret l’esprit du capitalisme, c’est un impact réduit ?

      • Tita
        Tita répond à LienRag
        oiseau
        • Posté à 06h23 le 20/02/2010
        • Internaute 7659
          oiseau

        Un prof d’histoire enseigne l’histoire. Il ne peut enseigner avec aisance la sociologie. Ainsi, le prof passe du temps à expliquer et décrire les évènements historiques, et moins le quotidien, la culture et les concepts d’une époque.

  • Ianeak
    Ianeak
    escapiste
    • Posté à 10h21 le 17/02/2010
    • Internaute 104544
      escapiste

    Avant même l’implantation des cultes bibliothétistes (juadaisme, christianisme, islam) les sociétés s’organisaient autour d’une autorité religieuse, étroitement liée au pouvoir politique, l’édiction de règles communes basée sur une autorité divine, supérieure, permettant de garantir un certain ordre public géré par les puissances politique.

    L’étude des civilisations comprends donc forcément une étude du fait religieux, ne serait-ce que pour comprendre ces civilisations. Cela ne peut être disjoint ; des luttes et des collusions entre la potestas politique et l’auctoritas religieuse pas plus justement que l’émergence, au long des siècles, de courant remettant en cause et les principes métaphysiques et leurs effets sur les sociétés : des civilisations polythéistes à l’implantation du monothétisme des livres, de l’Hégire au Grand Schisme, de la Réforme aux libertins et aux philosophes du XVIIIème siècles, l’histoire de l’homme évolue au rythmes de ses croyances.

    C’est tout cela l’Histoire, l’étude des faits dans les sociétés afin de mieux comprendre son passé, donc son présent. Séparer le fait religieux du fait historique est une aberration sans autre sens, effectivement que produire du blabla démagogique, totalement déconnecté de la réalité de l’enseignement de l’histoire dans les écoles française.

    Et ces députés si inquiets de « l’inculture » des futures citoyens ne sont-ils pas les mêmes qui étaient prêt, il y a peu, à supprimer au nom de l’efficacité, l’Histoire des programmes de terminale scientifique ?

    On marche de plus en plus sur la tête !

    Par ailleurs, ces gens si soucieux de l’instruction de nos cher tête blonde « menacées » par la violence et les burqas savent-ils ce qu’ils doivent à l’âge d’or de l’islam, de ces époques où nos ancêtres brûlaient les livres quand Avéroès traduisait les philosophes grecs en arabe et les penseurs arabes en grecs ?
    A tant avoir voulu faire croire au monde arabe que les lumières que nous prétendions lui apporter n’étaient pas la progression de celles que nous avions reçu de cet âge or, les politiques françaises (notamment coloniales) ont fini par couper certaines civilisations de leur passé intellectuel, qu’on ne s’étonne pas que privé d’une partie de leur histoires ces populations tombent dans la violence qu’engendre l’ignorance.

    Ce sont les politiques qui décidèrent d’enseigner « nos ancêtres les gaulois » dans les colonies, ce sont aujourd’hui des élus de la même acabit qui prétendent que la colonisation a des effets positifs, ou qu’il est important de disjoindre le fait religieux de l’étude des civilisations... Quand les politiques comprendront-ils que l’Histoire est affaire d’historiens ? Et que c’est au historiens, et aux historiens seulement, de déterminer comment notre Histoire doit nous être enseignée.

    • LienRag
      LienRag répond à Ianeak
      • Posté à 13h00 le 19/02/2010
      • Internaute 34767

      Ibn Rushd traduisait les penseurs arabes en Grec ?