L'édito 06/11/2007 à 08h37

Vente des « Echos » à LVMH : le silence des politiques


Des journalistes qui manifestent devant l’Assemblée nationale, des journalistes en grève qui empêchent la parution du quotidien économique « Les Echos »... Que se passe-t-il dans l’univers des médias ? Ce n’est pas d’augmentations de salaire qu’il s’agit, mais de la défense d’un principe : l’indépendance des rédactions.

L’enjeu est illustré par la coincidence, lundi, entre une journée d’action en faveur de l’indépendance de la presse, et le rachat des « Echos » par l’homme d’affaires Bernard Arnault. Les syndicats de journalistes sont allés demander hier aux députés de doter les rédactions d’un statut juridique permettant de garantir leur indépendance. Au même moment, Bernard Arnault concluait le rachat des Echos au groupe britannique Pearson, malgré l’opposition de la quasi totalité des journalistes qui produisent le premier quotidien économique français. Ceux-ci redoutent les conflits d’intérêt avec le propriétaire du groupe LVMH dont les activités couvrent la plupart des secteurs qu’ils suivent dans leur journal.

Le débat monte depuis des mois, voire des années. Il y a bien une exception française par rapport à nos voisins européens : les principaux médias écrits et audiovisuels de ce pays appartiennent à une poignée de grands groupes qui dépendent, pour une bonne part, des commandes de l’Etat. Là où dominent en Allemagne ou en Angleterre, des groupes dont la presse est le coeur d’activité, on trouve en France des propriétaires de médias qui font aussi des grands travaux publics, des avions ou des armements, secteurs où le poids de l’Etat est prépondérant. Que les patrons de ces groupes soient aussi des amis personnels ou politiques du nouveau président de la République contribue à brouiller le débat.

L’histoire du dernier siècle a été celle de la conquête et de la consolidation de la liberté de la presse dans ce pays -par rapport au pouvoir politique, mais aussi par rapport à celui, non moins intrusif, de l’argent. Il y va de l’exercice de la démocratie, du droit des citoyens à disposer d’une information non soumise aux intérêts des propriétaires de médias. D’où la proposition de doter les rédactions d’un statut juridique, de créer une muraille entre le capital et les journalistes, de réaffirmer, aussi, des règles déontologiques trop souvent ignorées. Le Forum des Sociétés de Journalistes, une nouvelle forme d’organisation morale des rédactions, a émis des propositions en ce sens, restées lettre morte alors qu’elles semblent bien urgentes.

Dès lors, on ne peut que rejoindre Jean-Michel Dumay, le Président de ce forum, qui disait hier dans le Monde : « Peu de gens, notamment chez les politiques, semblent s’étonner que le principal quotidien économique tombe dans les mains de la plus grande fortune de France, Bernard Arnault, Et qu’il soit en mesure de choisir le propriétaire de son principal concurrent » [« La Tribune », ndlr]. Cette passivité est incompréhensible alors que c’est de la qualité et de la crédibilité de l’information des citoyens qu’il s’agit. Et cet enjeu ne concerne pas que les journalistes.

Pierre Haski

► Edito diffusé mardi 6 novembre sur Europe1. Retrouvez l’édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.

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  • 28 réactions
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  • Anonyme

    Au lieu de braire sur la concentration des medias dans les mains de 3 chefs d’entreprise, posez-vous la question de savoir si ça intéresse encore les citoyens et si ceux-ci lisent encore cette presse là ?
    Le rachat des Echos ne dérangera que peu de lecteurs, les politiques s’adaptent.

    • Anonyme

      Heh oui cher monsieur, toute la France n’est pas satisfaite par la seule lecture de 20 minutes ou par les divertissements abrutissante de TF1.

      Vous n’etes apparement pas concerné par ceci, mais n’en faites pas une generalité ...

      • Anonyme

        Je crois aussi que peu de monde s’intéresse à autre chose finalement (sauf sur le site d’@si de Daniel Schneidermann).

        Pour le vérifier (et y remédier), sortez d’Internet et de vos sites favoris, allez voir dans la rue, sur les marchés, essayez de militer, etc.

        ça ne veut pas dire qu’il faut baisser les bras !

        Il y a des partis qui veillent.

         
        • Anonyme

          Pour être bien informé, il faut lire le Canard Enchaîné et/ou Marianne

        1 autres commentaires
    • Anonyme

      bien sur on lit

    • Anonyme

      Faut-il attendre que les médias se taisent complètement pour réagir face à l main-mise de l’état et des financiers sur le secteur presque total des médias ?

    • Anonyme

      Allez, je vous en lache une petite pour la détente...

      A quoi reconnait-on un vrai journaliste des Echos ?
      A son sac et son stylo griffés Vuitton !

      Bon, je sais, je suis pas fier...

  • Anonyme

    dans les mains de la plus grosse fortune de france ? je pense qu’il serait plus exact de dire / du propriétaire- actionnaire du plus gros groupe financier de france /. C’est en tant qu’actionnaire de centaines de boites cotées que cette nouvelle aquisition, très différente des autres, et inacceptable. Les politiques se taisent autant que les Pinault ... Pourquoi ? Peut on les faire parler, leur demander leur avis ? Celà pourrait être l’intéressant contenu du premier numéro de l’Écho de Bernard ... avec certainement, quelques « no comment »

    • gauchos
      • Posté à 21h11 le 06/11/2007
      • Internaute 21321

      quelque part, cela ressemble à un bon retour de bâton. On va voir comment réagisse ces journalistes « indépendants » face aux joies du libéralisme à tout crin longtemps prôné et défendu dans leur éditos pleins de complaisance

      • Anonyme répond à gauchos

        à ce que je sache le libéralisme est pour le pluralisme et la concurrence (c’est à dire contre le monopole). Vous voulez sans doute parler du capitalisme... qui lui cherche toujours à éliminer la concurrence pour atteindre le monopole.

        Quelle confusion dans les esprits ! ! ! pas étonnant que ce soit le bordel en france.

  • Anonyme

    Si le grand capital déplait tant aux journalistes, qu’ils fondent eux-mêmes leur journal, ou bien qu’ils fassent appel au capital populaire.
    ils pourraient créer leur quotidien indépendant. je leut propose un titre : « l’Humanité », ça devrait marcher.

    • DBL8
      DBL8
      Retraité
      • Posté à 08h40 le 07/11/2007
      • Internaute 19562
        Retraité

      Tout à fait d’accord ! !
      Mais, si je ne me trompe pas, ce journal a été racheté (et même sauvé) par un financié !
      Comme quoi lorsaue cela arrange le ponion n’est pas sale et le bienvenue.
      Attende-t-il que ce journal soit pret de disparaitre pour faire appel à ses même financiés ?

  • Gérard Gastaud
    Gérard Gastaud
    Photographe à Paris
    • Posté à 10h11 le 06/11/2007
    • Internaute 11065
      Photographe à Paris

    Lorsqu’un journal est racheté ou cesse sa parution, on est parle dans la presse. En revanche, silence total de la part de cette même presse, en ce qui concerne la précarité dans la presse française,qui est un phénomène constant et qui prend de l’ampleur ? Serait-ce de la censure ! En France ? ! ! ! !

  • Marc
    • Posté à 10h56 le 06/11/2007
    • Internaute 5828

    Arnaud, Lagardère, Bolloré, Bouygues... ça commence à faire beaucoup... et comme le dit Pierre Aski... avec les contrats directs ou indirects de l’Etat on est en droit de s’interroger...
    mais bon la gauche a d’autres problèmes en ce moment...

  • Anonyme

    D’où vient la valeur de l’entreprise ? La valaur de l’action ou la valeur du personnel ?

    • DBL8
      DBL8
      Retraité
      • Posté à 08h40 le 07/11/2007
      • Internaute 19562
        Retraité

      Vrai ! ! Mais quelque soit la valeur des employés, sans un bon dirigant... que dal ! !

  • Anonyme

    Il est important de se poser une question essentielle sur la notion d’indépendance. L’indépendance est de la responsabilité individuelle de chaque journaliste, et non un traitement collectif pour affirmer cette indépendance. La force d’un journal malgré ceux que peuvent penser les journalistes est et sera toujours leur lectorat. Au lieu de s’inquieter de leur dépendance à un conglomérat industriel il devrait renforcer leur lectorat en adaptant leur ecriture et surtout leur facon de construire leur journal. Le seul contre pouvoir dans l’avenir proche pour contrecarrer la prise en main apar des grands groupes est le lecteur, qui leur donne toute la légitimité nécessaire par conséquence ne gaspillez chers journalistes votre force contre un homme mais construisez de nouveaux liens de nouvelles forces avec la personne qui chaque matin vous lit.

    • Anonyme

      Ce propos est d’une naïveté déconcertante.

      Que le lecteur soit libre de sa conscience, et puisse, dans une certaine mesure, se faire un avis critique de ce qu’il lit c’est indéniable. Mais penser que cette seule critique serait capable de préserver l’indépendance de la presse relève de l’angélisme.

      C’est la pluralité de l’information que nous recevons qui permet de développer l’esprit critique. Pas le contraire.

      Si un certain nombre de journaux, concentrés entre les mains d’un même groupe, défend toujours les mêmes positions, emploie toujours les mêmes termes, diffuse toujours le même type d’information, il est inévitable que l’opinion des lecteurs soit influencée. Et que leur esprit critique soit réduit à néant, ou du moins à la couche superficielle.

      C’est ce qui nous conduit à n’émettre que des critiques de second ordre ; voire à développer des théories « mignonnes » mais peu réalistes.

      Votre intervention en est un exemple.

      • Anonyme

        j’admire votre ton revendicatif... et suis persuadé que la pluralité de la presse ne concerne en rien la pluralité dans l’analyse... Votre couperet démontre bien que la lutte contre l’indépendance commence surement sur la liberté de ton et de débat. Vous constaterez que la presse dans son ensemble souffre plus d’un manque d’ouverture d’esprit que d’un stérile débat sur son indépendance, je constate que votre petite personne ne s’en offusque pas.
        Lutter contre les moulins à vent, cela vous permettra de cacher le fond même du problème... mais j’en suis sure votre ouverture d’esprit se limite à votre simple opinion...

  • Yifu66
    • Posté à 15h33 le 06/11/2007
    • Internaute 17698

    La presse « People » va bien !
    La presse « De Fond » va mal ! ...

    Pôvre France ! ...

  • Anonyme

    De toute façon, la presse papier est dépassée et internet est la vrai issue à l’uniformisation des pensées, conséquence prévisible de la mondialisation (qui n’est pas non plus sans effets positifs)

  • isabey
    • Posté à 18h33 le 06/11/2007
    • Internaute 2434

    ne peut on finir avec les anonymes ? Vraiment.

    • Domkishoot
      Domkishoot répond à isabey
      Utopiste médiatique
      • Posté à 19h01 le 07/11/2007
      • Internaute 15779
        Utopiste médiatique

      Je suis d’accord ! Rien que pour la fluidité de la lecture.

  • Anonyme

    « Cette passivité est incompréhensible “

    Oui et même outrancière, vous pouviez aller un tout petit peu plus loin il me semble.

    Tout le monde chope des malettes de billets de 500 euros sur Paris en ce moment ?
    Ou est-ce que vraiment, il n’y a plus rien a tirer de cette classe politique française bourgeoise et vieillissante ? ...

    Je ne m’interroge plus.
    J’ai, pour ma part, déjà jugé.

    La France est officiellement tombée très bas.
    ( officiel, ReverseReuters... )

  • Anonyme

    Les Echos vendent 117.000 exemplaires/jour. C’est pas grand chose. Libé moins de 140.000, Le Monde moins de 330.000, Le Figaro idem. Moralité : la presse française quotidienne « de qualité » se vend trop peu. Elle n’a qu’un besoin urgent : du fric ! ! !

    • Anonyme

      donc si je comprends bien ce n’est pas Bernard Arnaud le problème, ni les journalistes des quotidiens de « qualité » mais les français eux-mêmes qui s’intéressent plus qu’à la presse people... ou aux politiques qui à force de dire tout et son contraire font que tout le monde se fout de tout, se désintéresse du débat d’idées.

  • Anonyme

    Je suis journaliste à Midi Libre et je suis tout à fait d’accord avec l’analyse faîte par Rue 89 sur le conflit d’intérêt entre Bernard Arnaud et les Echos. Le plus grave est la passivité des élus de la majorité UMP pour qui, manifestement, la presse est un domaine d’activité comme un autre.
    Par contre je m’étrangle quand je lis les vertueuses déclarations de Jean-Michel Dumay, grand donneur de leçon devant l’éternel. Or ce monsieur, par ailleurs président de la société des rédacteurs du Monde, est totalement muet depuis des mois sur le sort que réserve au groupe Midi Libre, son actionnaire majoritaire Le Monde : un vente à parité à Sud Ouest qui ne pose pas de problème, mais surtout à La Dépêche du Midi, concurrent historique de Midi Libre et dont le patron est président du PRG !
    Alors Monsieur Dumay, mettez donc vos actes en accord avec vos discours et défendez l’indépendance de la rédaction de Midi Libre, en incitant le conseil de surveillance du monde, où vous siègez, à refuser la vente de Midi Libre dans ces conditions. A moins que les difficultés financière du Monde ne vous incitent à mettre le mouchoir sur vos convictions.

  • Alain D.
    • Posté à 10h14 le 09/11/2007
    • Internaute 21268

    TF1, Lagardère... ont-ils été autant vilipendés lorsqu’ils ont investi dans l’Humanité ?