Génocide rwandais : quand l'armée française se dédouane
Quel était le but de l’étrange colloque organisé le samedi 20 octobre par l’association Démocratie, présidée par le général Paris, autour du thème : « La France et le drame rwandais, politique, acteurs et enjeux (1990-1994) ? “ Dédouaner l’armée française de la responsabilité dont la suspecte le Tribunal international pour le Rwanda (TPIR) dans la préparation du génocide des Tutsis du Rwanda par le gouvernement de Juvénal Habyarimana, le Président disparu dans l’attentat du 6 avril 1994 ? C’est ce que l’on pouvait penser en écoutant les premiers orateurs.
Tout commence pourtant par les propos nuancés de Paul Quilès, qui fut président de la mission d’information parlementaire sur le Rwanda de 1998. L’ancien ministre évoque essentiellement les leçons à tirer de cette affaire rwandaise : obtenir une meilleure transparence sur la gestion de la sécurité en Afrique, avec des actions plus unilatérales que bilatérales, au contraire de ce qui s’est passé entre la France et le Rwanda avant et pendant le génocide.
‘Attention, on vous lâche si vous coupez !’
C’est ensuite le colonel Michel Robardey, ancien assistant technique ‘police judiciaire’ au Rwanda de septembre 1990 à septembre 1993, qui, sans ambages, défend carrément le gouvernement rwandais de l’époque. Il charge de tous les maux, jusqu’au génocide, le FPR tutsi de Paul Kagame, éternelle ‘bête noire’ de l’armée française.
L’officier de gendarmerie raconte, par exemple, sur un ton alerte pour ne pas dire badin, les massacres des Tutsis de mars 1992 dans le Bugesera. Qu’il explique en invoquant ‘l’auto-défense’ des populations hutues face aux attentats du FPR. Le militaire français reprend là l’exact mot d’ordre du gouvernement Habyarimana justifiant ces massacres. Le colonel Robardey précise avoir lui-même enquêté sur place, sa conclusion : ‘La population hutue, exaspérée par les attentats, a malheureusement massacré les Tutsis et non les gens du FPR.’
Plus étrange encore, la phrase que prononce à deux reprises le colonel Robardey quand on l’interroge sur le degré d’implication des militaires français conseillers techniques de l’armée rwandaise : ‘Nous disions à nos amis les officiers rwandais dont certains sont dans la salle aujourd’hui : ’Attention, on vous lâche si vous coupez ! ’’ ? Quel est le sens exact de cette phrase ? Si vous coupez quoi ? Des Tutsis ? L’ambiance n’était donc pas si sereine au sein de la paisible armée rwandaise amie des Français et les Tutsis avaient peut-être de quoi s’inquiéter. Troublant…
‘Le général Dallaire est un officier de salon’
Au colonel Robardey succède le général Lafourcade, ancien commandant de l’opération Turquoise. Beaucoup moins détendu, l’officier annonce qu’il va présenter son analyse de général en situation de commandement. Là aussi, on pourrait s’attendre a un récit strictement militaire, sans connotation politique. Malheureusement pas. Après l’énoncé de la mission de l’opération Turquoise : 1) arrêter le massacre et 2) protéger les populations, l’officier rappelle que l’opération est réalisée avec le soutien des politiques français de tous bords à cette époque de cohabitation.
Il affirme que ses hommes ont désarmé les FAR et les milices, et protégé les Tutsis. Le général Lafourcade parle aussi de désillusions des Hutus lorsqu’ils ont compris que l’armée française ne les soutiendrait pas (ce qui veut bien dire qu’elle l’avait fait jusqu’ici). Au sujet du FPR, qui, rappelons-le tout de même, a mis fin au génocide, le général Lafourcade dit : ‘Au nord, le FPR a continué sa progression meurtrière et a refusé le cessez-le-feu. Je suis intervenu moi-même auprès de Kagame pour lui demander le cessez-le feu et il m’a répondu : ’Non, ce sont des génocidaires ! ’’
Le général reprend les thèses négationnistes, quoi qu’il en dise, en définissant les origines du génocide comme ‘une réaction de peur panique des Hutus liée à leur histoire et accélérée par les opérations de déstabilisation du FPR’. Plus encore, le général place ‘le génocide dans la stratégie de pouvoir de Kagame, qui voyait dans les accords d’Arusha une impasse.’
Enfin, quand un auditeur interroge le général Lafourcade sur l’analyse très différente que Dallaire [patron de la Minuar, les forces de l’Onu présentes au Rwanda en 1994, ndlr] avait de la situation, l’officier réplique : ‘Tout le monde connaît l’incompétence de Dallaire. J’ai tout de suite relevé sa partialité, il était pro-FPR. C’est un général de salon.’
‘Une belle histoire dans un drame épouvantable’
Passons rapidement sur le témoignage évidemment partisan de Jean-Marie-Vianney Ndagijimana, ambassadeur du Rwanda en France de septembre 1990 à la mort d’Habyarimana qui, non seulement évoque la théorie du double génocide (les Tutsis du FPR assassinant en masse les Hutus restés ou revenus au Rwanda après leur fuite massive au Zaïre voisin) mais ‘innocente’ François Mitterrand de tout soutien aux velléités belliqueuses de Juvénal Habyarimana.
A Paris, devant Roland Dumas, alors ministre des Affaires étrangères de la France, le président de la République aurait donné ce conseil ‘ferme et amical’ au représentant rwandais : ‘Dites à mon frère [Habyarimana, ndlr] qu’il faut parler. Il faut négocier avec vos frères.’ Et un peu plus tard, Jean-Marie-Vianney Ndagijimana affirme que Georges Martre, l’ambassadeur de France au Rwanda aurait dit devant lui : ‘Kagame ou Habyarimana, quelle importance ?’
On peut s’étonner, face à cette volonté réconciliatrice du président français et au relativisme de son ambassadeur, que la France ait adopté une position si hostile au FPR, soutenue encore aujourd’hui par nombre de politiques et de militaires français.
Xavier de Villepin, sénateur honoraire et ancien président de la commission des Affaires étrangères, pour ‘défendre l’honneur de la France injustement attaqué’ égrène ensuite devant l’auditoire, outre les fortes sommes versées par la France au Rwanda (7 millions d’euros par an de 1990 à 2000), l’action française de l’effacement de sa dette en 2006 et le soutien par la France du candidat rwandais élu à la tête de la Banque africaine. C’est peut-être le remords qui vaut au Rwanda cette pluie d’actions de bonne volonté après le génocide ? Des ‘questions impertinentes’, et des réponses confuses et embarrassées
La seconde partie du colloque, l’après-midi, est plus disparate : elle s’ouvre avec les ‘questions impertinentes’ de Jacques Gérard, membre honoraire du Conseil économique et social (CES) qui, en effet, lance une série d’interrogations pointues :
‘Pourquoi l’armée française n’est-elle pas parvenue à arrêter le génocide ? Pourquoi le gouvernement de Juvénal Habyarimana a-t-il organisé une fausse attaque de Kigali en accusant le FPR ? Pourquoi n’a-t-on pas donné de réponse à un colonel français qui s’inquiétait de voir distribuer des armes à la population, se demandant si l’usage en serait fait contre le seul FPR ?
Les réponses, toutes confuses et embarrassées, sont données dans la plus parfaite langue de bois. Enfin survient l’affligeant témoignage du professeur Gentilini, pourtant chercheur réputé en matière de Sida et qui fut président de la Croix-Rouge. Avec des accents émus certainement sincères, mais totalement déplacés car situés hors contexte historique, le scientifique raconte son expérience sur le terrain.
En 1994, il accompagne Philippe Douste-Blazy, ministre délégué à la Santé, pour prendre contact avec les militaires français à Goma, au Zaïre, où s’est réfugiée une grande masse de génocideurs en fuite. Une épidémie de choléra surgit dans ce camp improvisé et tue 20 000 personnes. La mort d’humains, coupables ou non d’actions criminelles, est toujours épouvantable et particulièrement dans ces conditions.
Mais la comparaison du professeur avec l’exode vécu dans son enfance semble pour le moins déplacée. Aussi déplacée que de comparer l’exode avec la fuite des collaborateurs vers Siegmarinen en 1944, par exemple, opération qui a pourtant dû comporter des moments tragiques du point de vue humain.
Ensuite interviennent successivement Pierre Péan, dont on connaît les propos sur le Rwanda largement exposés dans ses livres, puis des négationnistes rwandais appelant la France à l’aide. Pour faire quoi ? Chasser Kagame par les armes ? Paul Quilès a du mal à se faire entendre quand il tente de rappeler, que la France a fait des erreurs, des fautes, qu’il faut le dire sous peine de perdre toute crédibilité’.
En sortant de la salle, un jeune homme distribue les petits prospectus vert et rouge du FDU (Inkingi, Forces démocratiques unifiées) qui disent notamment :
‘Le FPR a transformé la tragédie rwandaise en un fonds de commerce destiné à empêcher la recherche et la manifestation de la vérité sur les crimes de génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et toutes les autres violations du droit international humanitaire.’
Transformer la tragédie rwandaise en fonds de commerce ? L’expression ne rappelle-t-elle pas le nauséeux discours des antisémites qui nient la réalité de la Shoah ? Dans tous les cas, les victimes ne peuvent plus se défendre. Ne l’oublions pas et faisons-le à leur place.
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ici et là
ici et là
Les quelques millions de Hutus qui se sont refugiés à Goma n’etaient pas tous génocidaires, mais beaucoup l’étaient. Les extremistes hutus dans leur fuite ont décidés de faire venir avec eux tous les hutus qu’ils trouvaient sur leur chemin. Les tutsis, il n’en restait pas enormement, ceux qui ne se cachaient pas les marais ou les forets avaient été decoupés en morceaux, explosé à coups de grenades et fusillés par des paysans lambdas, soutenus par la police, l’armée et les milices hutues assoiffées de sang.
L’armée française a soutenu les FAR, a entrainé les interahamwe et soutenu le regime raciste du président juvénal.
L’opération Turquoise n’avait pas d’autre but que de ralentir l’avancée du FPR, intorrogez donc les soldats qui en faisaient partie. Ils vous raconteront les piles de cadavres qu’ils enterraient à coup de pelleteuse le log des pistes. Ils vous raconteront les entrainements fournis par l’armée française aux FAR dans les années 90. Les commandeurs ne reconnaitront jamais les erreurs de la grande muette. Cette institution ne merite aucun respect. Elle incarne tous les travers du bras armé de la francophonie. L’armée française est complice de génocide. Le niveau reste à déterminer.
Oui le FPR a massacré, oui Kagame a attaqué des camps de réfugiés qui servaient de camp retranché aux extremistes hutus. oui le Rwanda a envahi le nord-est du Congo, mais oui, depuis 1994, des interahmwe errent toujours dans la jungle coupant, pillant, violant. mais non le FPR n’a pas pratiqué le génocide, au contraire des extremistes hutus qui ont essayé d’éliminer tous les tutsis et les hutus modérés (ne les oublions pas, ils ont fait partie des premieres victimes) du Rwanda.
On oublie souvent le Burundi qui a traversé également les massacres. Oubliés malheureusement.
Ce revisionnisme sous couvert de la défense de la francophonie (qui unit tous les gouvernement de droite comme de gauche) est tout simplement gerbant. Je suis profondément athée, mais j’espère que ces personnes bruleront en enfer pour oser affirmer de tels mensonges.




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