Tribune 02/02/2010 à 13h20

On n'est pas nul en orthographe si l'on conjugue mal « échoir »

Séverine Barthes-Vignes | En lisant, en écrivant


Des pâtes alphabet (Tillwe/Flickr)

L’orthographe est mon métier. Et pourtant, j’ai eu besoin de tous mes livres pour répondre au test de la certification Voltaire. Au lieu de mesurer notre usage du français, ces épreuves, comme la dictée de Pivot, ne s’appuient que sur des exceptions.

Professeur certifiée de Lettres Modernes, admissible à l’agrégation, je soutiens ma thèse de doctorat ès Lettres dans moins de deux semaines. Adolescente passionnée d’orthographe, j’ai écumé les concours de ce type et reçu plusieurs prix. Pendant mes études, j’ai été journaliste pigiste et correctrice, j’ai fait aussi quelques traductions techniques. Bref, d’une certaine manière, l’écriture est mon métier.

Pourtant, pour les questions issues de la seconde partie de la certification Voltaire, j’ai dû m’armer de mon Bescherelle, de mon Petit Robert et de mon Dictionnaire Larousse des Difficultés du Français pour vérifier mes intuitions et être certaine que j’avais les bonnes justifications de mes réponses, alors que j’aurais dû, selon toute probabilité, réussir haut la main et sans hésitation. (Précision : j’ai identifié toutes les erreurs de français, ce qui est la seule chose que teste cette certification.)

Pourquoi privilégier les constructions les plus rares ?

Pourquoi cette difficulté ? Tout simplement parce que la méthode adoptée est contestable et non pertinente. Comme dans le cas des « Dictées de Mérimée » et autres « Dictées de Pivot », c’est l’exception, et non la norme, qui est mise en avant (sauf dans la première partie des exercices, mais on ne peut savoir, avec les seuls éléments présents ici, comment sont répartis les exercices et les difficultés).

Et cela est logique quand l’on sait que le projet Voltaire travaille avec un Champion du monde d’orthographe.

Nous tombons là sur une spécificité bien franco-française : on privilégie les constructions les plus rares ou les plus marquées par l’histoire de la langue et les mots techniques ou rarement employés au détriment des fonctionnements « de base » de la langue, qui peuvent être irréguliers, mais sont au moins souvent utilisés.

Ainsi, les accords des participes passés, avec toutes les configurations possibles, sont plus importants que de savoir conjuguer correctement s’ensuivre ou échoir.

Dans l’enseignement même, ce n’est qu’assez récemment que les programmes de français prennent en compte, par exemple, les fréquences d’utilisation des verbes, ce qui permet de faire étudier en priorité aux élèves les verbes du troisième groupe les plus souvent employés.

Il n’est pas nécessaire de connaître tous les noms de fleurs

Cet « élitisme » dans l’enseignement a sans doute son origine dans l’idée que l’orthographe est un savoir,alors qu’il est davantage un savoir-faire. Il faut évidemment connaître les règles orthographiques de base et la logique des accords, les conjugaisons des premier et deuxième groupes de même que celles des principaux verbes du troisième groupe.

Il faut maîtriser les catégories grammaticales, l’emploi du conditionnel et du subjonctif, les règles de construction d’une phrase, d’un paragraphe et d’un texte.

Mais, au delà de ce bagage minimal, si les bons réflexes sont mis en place, il n’est pas forcément nécessaire de connaître toutes les subtilités de la langue française, comme l’orthographe de tous les noms de fleurs et de plantes, la conjugaison de verbes très rarement utilisés ou les accords les plus subtils.

Pourquoi ne pas tester l’orthographe sur les difficultés les plus fréquentes ?

Pour toutes ces questions, l’acquisition des bases permet de savoir, quand nous écrivons, que nous sommes face, peut-être, à un cas un peu difficile qui demande vérification et le réflexe d’ouvrir un ouvrage de référence suffit alors à dissiper tout doute.

C’est pourquoi, par exemple, lorsque l’on m’avait demandé de refondre totalement l’épreuve d’orthographe d’un concours de recrutement de fonctionnaires de catégorie C, j’avais construit les exercices autour des difficultés les plus fréquentes.

Il n’y a aucun intérêt à piéger les candidats, le but étant d’évaluer leur capacité à accueillir le public en parlant un français correct, à répondre à des demandes administratives par des lettres sans faute d’orthographe ni de grammaire ou à rédiger efficacement des rapports d’activité.

Conjuguez « surseoir » au passé simple !

Les épreuves des années précédentes étaient, en fait, une compilation des exercices les plus difficiles sur les leçons les moins utiles du Bled : conjuguer « surseoir » au passé simple, « absoudre » au présent du subjonctif...

Des connaissances utiles en soi, mais guère pertinentes pour le recrutement en question, où il vaut mieux avoir des gens qui connaissent les règles de construction des phrases, la logique des accords (adjectifs, participes passés, sujet/verbe...) et la construction d’un texte cohérent plutôt que des candidats qui ont avalé leur Bescherelle.

D’ailleurs, dans ma pratique pédagogique dans l’enseignement secondaire et le supérieur (en IUT de Génie Civil ou de Sciences et Réseaux de Communication), c’est toujours ce principe qui m’a guidée : travailler de façon intensive ce que j’ai décrit comme le bagage minimal (qui est déjà, en soi, assez important et suffit à écrire très correctement dans la plupart des cas de la vie quotidienne et professionnelle) et tenter de faire du dictionnaire et du Bescherelle les compagnons de mes élèves et étudiants.

Ainsi, en dehors des dictées et des stricts contrôles de grammaire ou de conjugaison, je les ai toujours autorisés à consulter leur dictionnaire pendant les devoirs de rédaction ou de résumé. Je leur ai appris, avec des exercices spécifiques, à tirer le meilleur parti possible de ces ouvrages.

En outre, de nombreuses études ont montré que les acquisitions grammaticales et orthographiques étaient bien meilleures par cette approche active et en contexte que par la répétition de leçons toujours, au moins partiellement, théoriques.

Porter nos efforts sur le vocabulaire

Ainsi, je considère l’orthographe davantage comme une compétence — un savoir-faire — que comme un savoir pur, ce que ne peut évaluer un simple QCM tel que celui que propose la certification Voltaire. Et, contrairement à ce que de nombreuses personnes pensent, le véritable enjeu d’une réelle maîtrise du français n’est pas l’orthographe, mais le vocabulaire.

Avec ma méthode, et même dans un collège ZEP puis Ambition Réussite, j’ai fait progresser mes élèves en orthographe. En revanche, l’emploi d’une langue riche, nuancée et précise est bien plus difficile à atteindre, d’autant que, dans ce domaine, l’origine sociale pèse grandement.

Et cela, malgré la question sur « commémorer », la certification Voltaire ne semble pas vraiment l’évaluer ni proposer de solutions (puisque la société vend des formations d’orthographe aux entreprises). À ce titre, et pour rebondir sur certains commentaires de riverains, elle ne remplacera jamais l’Éducation nationale.

Modifié le 2/2 à 17h38. Titre modifié.

  • 33168 visites
  • 222 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Lapin agile
    Lapin agile
    Apprenti sorcier
    • Posté à 13h30 le 02/02/2010
    • Internaute 63233
      Apprenti sorcier

    Pour répondre à la question du titre : c’est non.
    L’orthographe et la conjugaison, c’est point la même chose :)

    Edit : ah bah zut, je découvre l’expression orthographe grammaticale ce jour, j’ai rien dit.

    • ysengrimus
      ysengrimus répond à Lapin agile
      • Posté à 13h45 le 02/02/2010
      • Internaute 12674

      Ceci dit, l’orthographe est un artefact inutile, un tic culturel malsain. Elle ne joue absolument aucun rôle dans mon évaluation de l’intelligence ou de la connerie de quelqu’un... Quand quelqu’un que j’estime intellectuellement esquinte l’orthographe, mon cœur saigne intérieurement et je me dis : « Encore un ou une qu’on n’écoutera pas pour les mauvaises raisons et qui va se faire enquiquiner sans fin par les con-formistes (trait d’union volontaire) franco(pas le)phones (infixe volontaire) ».

      Paul Laurendeau
      Lien

      • Lapin agile
        Lapin agile répond à ysengrimus
        Apprenti sorcier
        • Posté à 13h46 le 02/02/2010
        • Internaute 63233
          Apprenti sorcier

        Oui, enfin, euuuh, elle s’avère utile au minimum en cas d’homophonie, nan ?
        Et avoir un langage (ortho)normé permet d’éviter la cacophonie.
        Où est la limite ? cf « langage » SMS
        Vous-même, vous ne la rejetez pas, si j’en juge par votre prose.
        Seriez-vous aussi malsain ?

         
        • ysengrimus
          ysengrimus répond à Lapin agile
          • Posté à 14h02 le 02/02/2010
          • Internaute 12674

          Je la subit ou je la subis ou je la subi. Mais vous, les orthographistes vous me niquez, me jugez, me conchiez, si je colle la mauvaise lettre en embout de la formulation d’une idée pourtant exacte. Venez pas me dire qu’il n’y a pas là une sorte de consensus d’hystérie collective hautement malsain...

          L’orthographe parfaite est une idée pourtant bien peu vénérable. Je ne dispose plus de la marge de mou scriptesque dont disposaient Descartes et Voltaire. C’est hautement jacobin et licteur, cette affaire. Je ne suis pas pour.
          P.L.

          • Lapin agile
            Lapin agile répond à ysengrimus
            Apprenti sorcier
            • Posté à 14h27 le 02/02/2010
            • Internaute 63233
              Apprenti sorcier

            Je n’ai pas l’honneur d’être orthographiste, alors, si vous pouviez retirer ce « vous ». Les orthographistes ont autre chose à faire que de vous niquer, vous juger ou vous conchier... taquiner l’anus des mouches doit davantage les intéresser que de considérer votre personne. Mais si c’est effectivement le cas, ce serait à tout le moins malsain... vous en seriez le centre de leur monde, ce qui serait tout à fait cocasse, je vous le concède.

            Quant à l’idée d’une orthographe parfaite, ça me parait idiot. Ce qui est fautif peut un jour devenir la règle, au moins l’exception, c’est un des principes d’une langue vivante, non ?

            • ysengrimus
              ysengrimus répond à Lapin agile
              • Posté à 14h48 le 02/02/2010
              • Internaute 12674

              VOUS VOUS VOUS VOUS VOUS...

              Regardez-vous juste une minute. Votre position d’autorité est complètement ravaudée par le tout toxique traumatisme orthographique. Vous avez la compulsion de vous comporter comme un instite de village simplement parce que vous voici en position d’évaluer ces gens. Mais vous jaugez leur cheminement de carrière, pas leurs scribouilles. Ce n’est plus la petite école, gars. Un plombier peut parfaitement savoir raccorder des tuyau même si sa lettre-parapluie a raté l’accord de deux participes ineptes…
              P.L.

              • Lapin agile
                Lapin agile répond à ysengrimus
                Apprenti sorcier
                • Posté à 15h05 le 02/02/2010
                • Internaute 63233
                  Apprenti sorcier

                Ne comprenant décidément pas ce qui me valait tant d’inimitié, je viens de re-relire le fil de ce court échange : je viens d’en conclure que le « seriez-vous aussi malsain ? » est mal passé, car il a de suite fait place à votre mauvaise humeur, qui a entraîné la mienne. Il ne s’agissait là que d’un vague trait d’humour destiné à retourner, je le croyais, gentiment votre propos. J’aurais dû y accoler un smiley, ça aide à calmer certains esprits.
                J’arrête ici l’échange car il ne va nulle part.

                • ysengrimus
                  ysengrimus répond à Lapin agile
                  • Posté à 15h12 le 02/02/2010
                  • Internaute 12674

                  Je seconde. Toute agressivité bue. Nous pouvons continuer, si le coeur vous en dit toujours...
                  P.L.

                  • Menfeser
                    Menfeser répond à ysengrimus
                    Etudiant
                    • Posté à 19h27 le 02/02/2010
                    • Internaute 535
                      Etudiant

                    Bonsoir,
                    Apparemment il est parti, mais moi je viens bien savoir si vous n’ êtes pas d’accord pour dire qu’un minimum d’orthographe est nécessaire. Par exemple, ne croyez vous pas qu’avec un langage SMS on ne comprend plus rien ?

                    Lien

                    • ysengrimus
                      ysengrimus répond à Menfeser
                      • Posté à 19h54 le 02/02/2010
                      • Internaute 12674

                      Dans le SMS (qui décline au demeurant, avec la disparition de la contrainte technique qu’il comblait l’un dans l’autre au mieux), il y a un fait omniprésent qui ne passe que fort rarement en écriture (orthographique ou non) : c’est l’abréviation... Cela fait du SMS une scribouille plus identifiable à la sténographie du siècle dernier (morte ou moribonde) qu’à nos écritures du tout venant. Comme la sténo, le SMS restera circonscrit à la sphère de l’écriture soit rapide soit contrainte en espace (et aux thuriféraires de ces contraintes, s’il en reste demain). Pas entre nous donc (je le prouve souvent !)...

                      Votre question, à mon sens, revient donc à : favorisez vous les abréviations en écriture. Ma réponse : non pas. J’écris vingt pas 20 et Parti Québécois pas P.Q. (et pas juste à cause du ridicule, dans ce second cas !). Le SMS donc, très peu pour moi.

                      Par contre, si, alarmiste toujours à l’affût du dernier agneau pascal, on me brandit, sans analyse, le SMS comme nouveau scripto-croquemitaine légitimant la rigidité orthographique de grand-papa, je réponds : haro sur ce faux problème...

                      P.L.

          • elebeau
            elebeau répond à ysengrimus
            enseignant
            • Posté à 22h53 le 02/02/2010
            • Expert 72516
              enseignant

            Nous subissons tous l’apprentissage d’une discipline que nous n’aimons parce qu’elle nous est difficile. Certains disent la même chose que vous des maths, de l’histoire-géo, ou de la philo.
            Nous sommes tous également jugés par d’autres sur ces disciplines que nous ne réussissons pas, et parfois certains le paient de leur avenir.
            Pourquoi tant de haine ?
            Il suffit de s’asseoir sur ce que disent les autres : c’est un siège très confortable...

        • Sowinski
          Sowinski répond à Lapin agile
          • Posté à 14h06 le 02/02/2010
          • Internaute 45555

          Évidemment on ne peut pas se passer de règles de graphie, si je décrète que le son < f > s’écrira avec la lettre [ g ] ou [ j ] selon qu’il pleuve ou qu’il vente, ça ne va pas être très pratique.
          Personne ne discute ce point là...

          Après il est clair que la maîtrise d’une graphie très fidèle aux normes plus ou moins absurdes décrétées par l’Académie Française depuis des siècles est un privilège jalousement gardé par beaucoup.

          C’est un moyen parmi d’autre de se distinguer socialement. Les académiciens ne cachaient d’ailleurs pas à une autre époque qu’il fallait conserver le plus de complexité possible pour que les gens nobles, érudits, puissent de distinguer des « vulgaires ». Le test « Voltaire » (dont le nom vise déjà à faire prout prout) est complètement dans cet esprit. Les lecteurs du Figaro (prototypiquement) outragés par toute tentative de réforme aussi.

          Dans les pays où l’orthographe est pure transcription phonétique, il faut faire son snob sur les autres domaines de la langue (mais y’a le choix... vocabulaire, syntaxe, cas grammaticaux rares...).

          • ysengrimus
            ysengrimus répond à Sowinski
            • Posté à 14h27 le 02/02/2010
            • Internaute 12674

            C’est le contraire en fait, les aristos, surtout les salonnières, écrivaient librement « mais sans excès ». Ce sont les LIBRAIRES et les IMPRIMEURS qui ont imposé l’exactitude, rigoriste, absolu et docile, à leurs typographes d’abord puis, via l’appareil scolaire se tentacularisant au XIXe siècle, à toute la France. C’est qu’initialement l’orthographe exacte était une mesure intégralement coercitive, ciblant exclusivement les illettrés et les ignorants. C’est qu’ils ne la décodaient pas, eux, ces gueux, « la souplesse sans excès »...

            L’internet réintroduit de facto la graphie souple des salonnières. Un espoir ?

            P.L.

            • Gibert Because-Youno
              Gibert Because-Youno répond à ysengrimus
              Kaléïdoscopique
              • Posté à 15h45 le 02/02/2010
              • Internaute 68955
                Kaléïdoscopique

              Même si, historiquement, vous avez raison, il me semble qu’aussi bien votre position que celle de vos contempteurs mélangent faits historiques, pratiques, politiques et économiques sans y regarder à deux fois.

              Essayons de raisonner calmement, sans verser dans le tout orthographique, et sans non plus déclarer de manière péremptoire que la langue, ça se comprend tout seul, et qu’y fixer des règles est le fait d’esprits obtus.

              Historiquement, effectivement, l’élite lettrée du 17 et 18e siècle utilisait une graphie fluctuante. Il suffit de lire les essais de Montaigne : il peut écrire dans la même page le même mot en utilisant deux voire trois graphies différentes. Mais dire pour autant que l’usage de la langue d’un Montaigne n’est fondée sur aucune structuration implicite, c’est faire fi du latin, que ces mêmes lettrés connaissaient souvent mieux que le français, langue encore balbutiante. Le flottement des graphies était rendu possible par la référence constante au latin, et c’est sur ce même socle que s’est ensuite établi l’orthographe.

              Au 18e, sous l’impulsion des encyclopédistes, puis au 19e, sous la pression, certes, des imprimeurs, mais aussi pour des raisons plus larges et plus structurelles, comme la progressive extension du marché de l’édition, l’essor de la bourgeoisie, souvent moins érudite en latin, la graphie a commencé à se fixer, pour finalement se figer tout à fait. Les raisons économiques et idéologiques n’y sont pas étrangères. Mais une langue, à toute époque, se transforme, sous l’impulsion plus ou moins forte d’un contexte général.

              On ne peut revenir sur plusieurs siècle de dépôt de l’orthographe, car on ne peut tout simplement pas s’appuyer sur la connaissance approfondie des mécanismes de la langue française, telle que les élites lettrées de l’ancien régime la possédait. Chaque époque nécessite une redéfinition qui prenne en compte des paramètres spécifiques, et non des fantasmes - qu’ils soient conservateurs ou progressistes.

              A une époque, où, effectivement, les graphies et les supports se multiplient, de manière telle que la « Galaxie Gutemberg » tend vers l’entropie, il y a une nécessité conjointe à conserver des règles sans lesquelles - non pas la langue française en particulier - mais le langage en général risquerait d’imploser (ce qui finalement ne serait qu’une sorte d’étape finale du Capital, où la langue de la marchandise aurait définitivement effacé les usages, sociaux ou poétiques que l’on peut en faire) et à rendre ces règles suffisamment plastiques pour qu’elles puissent absorber les transformations qui agitent toute langue vivante, sans pour autant s’écrouler sur elle-même.

              La démultiplication des supports (internet, téléphones, etc), des outils (un détail aussi simple que les correcteurs orthographiques intégrés par exemple) pose, à tous - des poètes aux informaticiens - un véritable défi, qui ne se résume pas à la conservation du tréma sur le i, ni à la disparition de toute forme d’orthographe.

              L’inconscient est structuré comme un langage, expliquait Lacan. A refuser toute structuration - de quoi allons-nous rêver ?

              • ysengrimus
                • Posté à 15h57 le 02/02/2010
                • Internaute 12674

                Qui dit structuration dit restructuration. Des réformes de l’orthographe bien déférentes et bien obséquieuses ont été tentées. Il faudrait les épingler quelque part dans votre petit historique... Elles ont été mises en échardes. Or qui dit structure fixe dit fixation (pour rester avec Lacan)...
                P.L.

                • Gibert Because-Youno
                  Gibert Because-Youno répond à ysengrimus
                  Kaléïdoscopique
                  • Posté à 16h06 le 02/02/2010
                  • Internaute 68955
                    Kaléïdoscopique

                  Le concept de « structure », aussi bien chez Lacan que chez certains structuralistes, n’est pas un concept clos.

                  La structure est chose souple, c’est un maillage, dont les noeuds se font et se défont, et se refont sans cesse, sans avoir besoin pour cela de réformes orthographiques, effectivement le plus souvent nulles et non-avenues.

                  Si je n’en ai pas parlé, c’est que l’orthographe ne se décrète pas d’un coup de baguette magique, c’est un dépôt, fait de strates nombreuses, de couches géologiques, certaines stables, d’autres instables (comme l’inconscient, au fond). Les usages transforment l’orthographe, hors des dictionnaire de l’académie, les écrivains, quoi que leur rôle tendent à s’amenuiser. De plus en plus, les marchands modèlent également les constructions syntaxiques, et plus encore, l’imaginaire de la langue.

                  Il nous faudrait des Barthes et des Lacan pour comprendre toutes ces micro-transformations qui s’opèrent, via la publicité, les mythologiques contemporaines, les nouveaux noeuds borroméens. Je n’en suis pas à leur niveau de compréhension de ce qui trame la langue et l’être. Permettez moi donc de m’arrêter là.

                  • ysengrimus
                    • Posté à 16h16 le 02/02/2010
                    • Internaute 12674

                    DOUKIPUDONTAN...
                    (Zazie)

                    • Gibert Because-Youno
                      Gibert Because-Youno répond à ysengrimus
                      Kaléïdoscopique
                      • Posté à 16h19 le 02/02/2010
                      • Internaute 68955
                        Kaléïdoscopique

                      Chez Queneau, c’est « Doukipudonktan », je crois que vous avez oublié un « k ».

                      • ysengrimus
                        • Posté à 16h31 le 02/02/2010
                        • Internaute 12674

                        Merci d’exemplifier si généreusement le jacobinisme orthographiste convulsionnaire que justement, je vous impute. Vous en magnifiez les limites aux frontières du grotesque et c’est, ma foi, fort utile aux fins de la démonstration en cours...
                        P.L.

                        • Gibert Because-Youno
                          Gibert Because-Youno répond à ysengrimus
                          Kaléïdoscopique
                          • Posté à 16h39 le 02/02/2010
                          • Internaute 68955
                            Kaléïdoscopique

                          Je vous en prie, c’est de bonne grâce, mais voyez-vous, c’est amusant, il me semble que l’exemple en question pourrait prouver exactement l’inverse. A savoir que vous confondez tout.

                          Il a fallu que je me reporte à mon exemplaire de Zazie (ne le connaissant pas par coeur), tout simplement parce que je ne comprenais pas DOUKIPUDONTAN. C’est simple, d’où qu’on la prenne, cette expression ne veut strictement RIEN DIRE. DOUKIPUDONKTAN, en revanche, si.

                          Voyez-vous, c’est toute la frontière entre orthographe et simple compréhension. Sans le K, sans le phonème K, veuillez m’excuser, ce n’est plus de jacobinisme orthographique qu’il faut parler, mais juste de non-sens...

                          la différence entre « dont » et « donc » vient de la prononciation, dans le dernier, du phonème k.

                          Après, vous pouvez l’écrire donk, ou même donque, si cela vous amuse.

                          • ysengrimus
                            • Posté à 17h07 le 02/02/2010
                            • Internaute 12674

                            Mais moi, je prononce DON alors je scribouille DON. Ta petite scolastique philologique n’y changera rien, Dukon/Duquon...
                            P.L.

                            • Gibert Because-Youno
                              Gibert Because-Youno répond à ysengrimus
                              Kaléïdoscopique
                              • Posté à 17h15 le 02/02/2010
                              • Internaute 68955
                                Kaléïdoscopique

                              A quoi sert de citer ce pauvre Queneau, si c’est pour le scribouiller à votre propre sauce ?

                              Pour le reste, c’est bien ce que je disais, vous êtes colère. Et puisque vous m’insultez... restez donc dans votre solipsisme acharné, qui semble du reste parfaitement vous convenir.

                              • ysengrimus
                                • Posté à 17h31 le 02/02/2010
                                • Internaute 12674

                                Que vous sert-il de parler de ce pauvre Charlie Chaplin (nom de l’acteur) ou du Little Tramp (nom du perso), si vous les fusionnez et les rebaptisez « Charlot » ?

                                Et je sabote Terence, maintenant, en disant que rien de ce qui est humain ne m’est étranger ?

                                Pas fort...
                                P.L.

                              • A déménagé le 8-10 2
                                • Posté à 20h55 le 02/02/2010
                                • Internaute 41917
                                  nc

                                Après avoir lu vos échanges avec PL, je salue deux choses :

                                - Votre culture. Je me coucherai moins bête ce soir.

                                - Votre capacité à encaisser sans broncher les insultes du Taz québécois. Moi, je n’ai pas pu.

                                • Gibert Because-Youno
                                  Gibert Because-Youno répond à A déménagé le 8-10 2
                                  Kaléïdoscopique
                                  • Posté à 21h09 le 02/02/2010
                                  • Internaute 68955
                                    Kaléïdoscopique

                                  Je vous remercie.

                                  Mais de la réponse qui se trouve juste au dessus de la votre, je déduirais, non sans tristesse, que les coups répétés sur ses arguments branlants ont quelque peu entamé son intégrité mentale.

                                  Je ne sais pas si quelqu’un de charitable peut m’expliquer ses élucubrations sur Chaplin, quelque chose m’échappe.

                                  Encore un que l’hyperventilation liée à la « rage » a rendu fou.

                            • cyel
                              cyel répond à ysengrimus
                              Auteur à Noisy
                              • Posté à 23h08 le 02/02/2010
                              • Internaute 10395
                                Auteur à Noisy

                              Outre le fait que vous disiez des bêtises (mais vous en avez évidemment le droit), vous êtes très (trop) agressif, alors même que chacun se montre cordial avec vous. Vous devriez vous calmer, cher ami...

                              • ysengrimus
                                ysengrimus répond à cyel
                                • Posté à 23h52 le 02/02/2010
                                • Internaute 12674

                                La condescandance m’exacerbe. Dans le mille pour vous...
                                P.L.

                              • A déménagé le 8-10 2
                                • Posté à 08h31 le 03/02/2010
                                • Internaute 41917
                                  nc

                                Cyel, je pense qu’il convient maintenant d’ignorer ce monsieur, et cela dans son intérêt : l’apoplexie s’approche, et nous ne voudrions pas que le Canada, ce pays si grand, si beau et si dépeuplé, se dépeuple encore plus...

                          • Emmanuel Esliard
                            Emmanuel Esliard répond à Gibert Because-Youno
                            écrivain
                            • Posté à 17h31 le 02/02/2010
                            • Internaute 80612
                              écrivain

                            Échec et mat, le loup du Québec !
                            Vous venez de mettre le doigt sur l’intérêt essentiel de l’orthographe : la compréhension d’un texte, en montrant également que l’important pour bien se faire comprendre, c’est aussi la maîtrise d’un vocabulaire suffisamment large et précis, qui autorise toutes les nuances du langage qui ne font que transmettre aux autres les nuances d’une pensée.

                            • ysengrimus
                              • Posté à 17h34 le 02/02/2010
                              • Internaute 12674

                              Tu joue aux échecs ici toi ? Moi je vomis ma rage. Alors échec mon fion...
                              P.L.

                              • Emmanuel Esliard
                                Emmanuel Esliard répond à ysengrimus
                                écrivain
                                • Posté à 18h09 le 02/02/2010
                                • Internaute 80612
                                  écrivain

                                Vomis si tu veux, mais pas ici ! Tu as tout le St Laurent pour çà.
                                Alors pas trop froid sur ton tas de sable ! Ne le quitte pas !
                                Au moins Queneau a su reconnaître ses erreurs dans les dernières années de sa vie. La transcription d’une langue évolue avec la société qu’elle supporte, pas l’inverse.

                                • ysengrimus
                                  • Posté à 18h20 le 02/02/2010
                                  • Internaute 12674

                                  Je vomis ici, monsieur le petit webmestre ethnocentriste autoproclamé, et je te dis, orthographiste crypto-autocrate, ceci. Je ne suis aucunement supris que tu aies le faisceau des licteurs sur ton passeport, alors là...

                                  Lien

                                  Il te décrit fort bien...
                                  Paul Laurendeau

                                  • Emmanuel Esliard
                                    Emmanuel Esliard répond à ysengrimus
                                    écrivain
                                    • Posté à 19h15 le 02/02/2010
                                    • Internaute 80612
                                      écrivain

                                    Le faisceau des licteurs est un symbole utilisé par la révolution française, qui signifie que le pouvoir appartient au peuple et symbolisait également l’union des 83 départements d’alors.
                                    Quant à l’ethnocentrisme, une fois de plus t’as loupé complètement ta cible, je suis breton de tendance crypto-armoricaine et chez nous tous les étrangers sont les bienvenus, mise à part peut-être ta souveraine bien-aimée : la reine d’Angleterre !
                                    Ce n’est plus vomir que tu fais, mais ton fiel que tu déverses à pleins tonneaux.

                                    • ysengrimus
                                      • Posté à 19h33 le 02/02/2010
                                      • Internaute 12674

                                      Le faisceau des licteurs... etc... etc...
                                      P.L.

                                    • A déménagé le 8-10 2
                                      • Posté à 20h59 le 02/02/2010
                                      • Internaute 41917
                                        nc

                                      //Quant à l’ethnocentrisme, une fois de plus t’as loupé complètement ta cible, je suis breton de tendance crypto-armoricaine et chez nous tous les étrangers sont les bienvenus//

                                      Alors on est deux ! Sauf que moi je suis du pays gallo.

                                      Je dors en Bretagne ce soir

                                      Gilles Servat

                                      Les pommiers fleuris du printemps
                                      Et la grêle de temps en temps
                                      Sur les talus la blanche épine
                                      La tige fine qui s’incline
                                      Les ajoncs de La Roche-Bernard
                                      Beauté prise dans un regard

                                      Par chance et aussi par vouloir
                                      Je dors en Bretagne ce soir

                                      • Emmanuel Esliard
                                        • Posté à 09h45 le 03/02/2010
                                        • Internaute 80612
                                          écrivain

                                        Non, non, y’a gourance ! C’est une plaisanterie que j’adore, pour égratigner ceux qui sont parfois envahissants avec la culture bretonnante. Alors je me déclare armoricain, afin de leur faire comprendre que nous les gallos nous étions présents avant eux en Armorique (plus exactement en péninsule armoricaine), qu’ils sont nos invités venus de l’île de Bretagne et que contrairement à eux nous n’avons pas fui devant les Vikings ( les traces d’un ancien camp existent près de chez moi, des noms de lieu proviennent même de leur langue). Tout cela dit avec une grosse dose d’humour.
                                        Je suis de la région de St Brieuc dans les Côtes d’Armor.

                                        • A déménagé le 8-10 2
                                          • Posté à 09h56 le 03/02/2010
                                          • Internaute 41917
                                            nc

                                          Ben j’en sé tout benaise !

                                          La Bretagne a longtemps traîné une réputation d’endroit sinistre (pas plus tard qu’hier, je réécoutais Philippe Meyer lisant du Renan sur ce thème), mais c’est ben vraï qu’ast’heure, on y rigole autant qu’ailleurs, notamment des pikrâs comme nout gars Paulo.

                                          (Salut aux Briochins, j’ai des amis à Ploufragan)

                                          • Emmanuel Esliard
                                            • Posté à 10h45 le 03/02/2010
                                            • Internaute 80612
                                              écrivain

                                            Ploufragan, ji pôssons tous lé jous, ji vas adsèr core !
                                            C’est mon quotidien en pleine campagne, un peu plus loin vers le sud, là où la terre ne voyait plus la mer, mais la rappelait tellement que les mouettes ou les cormorans s’y trompaient et y festoyaient allègrement.
                                            La mer si proche et si lointaine, qu’enfant j’ai connu des vieilles femmes qui ne l’avaient jamais approchée.

                                            • A déménagé le 8-10 2
                                              • Posté à 11h09 le 03/02/2010
                                              • Internaute 41917
                                                nc

                                              Adsèr, nous on dit adsaï - ou d’raïcieu (le gallo a autant de variantes qu’il n’existe de paroesses ! Là ou j’habite, pour « oui » on disait « sia », dans la paroesse d’à côté on disait « vé » !)

                                              La mer a toujours été le lieu de tous les profits de de tous les dangers. Surtout que personne ne savait nager.

                                              //Le séminaire t’a appris les homonymes avec mer et mère. Tu ne sais pas que c’est elle, tu ne sais pas que tu replonges en enfance, mais demi-nu tu la caresses, tu la brasses, tu la bats, tu la bois, tu y poses la joue, tu revêts sa longue robe aux moires d’émeraude. Elle a le goût salé des larmes, son froid te donne vigueur et frissons, si tu ouvres les yeux une poussière de sable micacé la peuple d’étincelles comme un feu d’artifice à l’agonie. Ses lames blanches en chuintant te ramènent sans cesse là d’où tu pars. Son bleu profond t’appelle vers l’infini, toi tout petit et si dur à la fois. Elle te berce dans ses eaux puissantes mais tu sens, au fond de ton ventre, qu’elle pourrait te perdre.//

                                              • Emmanuel Esliard
                                                • Posté à 11h51 le 03/02/2010
                                                • Internaute 80612
                                                  écrivain

                                                Le plus curieux, ce sont les formes du gallo différentes d’un village à un autre, qui se retrouvent parfois à cent kms, montrant l’unicité originelle de la langue.
                                                Les terrestres fuyaient la mer, à juste titre, tant de marins ne revenant pas. Cette peur viscérale s’étendait à tout cours d’eau, dès lors que l’on ne pouvait le traverser, sinon quasiment à pied sec.

                    • marlowe75
                      marlowe75 répond à ysengrimus
                      le jour me nuit
                      • Posté à 19h34 le 02/02/2010
                      • Internaute 64622
                        le jour me nuit

                      c’était pas :

                      keskipudonctan ?

                      • ysengrimus
                        ysengrimus répond à marlowe75
                        • Posté à 19h50 le 02/02/2010
                        • Internaute 12674

                        Je ne crois pas. Un type chlinguait dans le métro et Zazie cherchait la source du flux fétide en lui, spécifiquement. Enfin le vétillard de tout a l’heure, Monsieur K, me corrigera, si requis...
                        P.L.

          • A déménagé le 8-10 2
            • Posté à 14h42 le 02/02/2010
            • Internaute 41917
              nc

            Comme vous pouvez le voir dans ma dernière réponse à PL, je vous suis sur l’idée que certains voulaient interdire le haut niveau de maîtrise la langue au vulgum pecus. Mais ils ont des continuateurs, subtilement camouflés en gentils Bégaudeaux « cools » avec les élèves qu’il faut plaindre de devoir subir une langue aussi difficile, rhôlàlà.

            Ceux qui prônent une « simplification » de l’orthographe et de la syntaxe sont, eux, fort bien munis d’une orthographe complexe. Leur vrai but (qu’ils n’avoueront jamais même sous la torture) est de disposer pour leur seul usage d’une sorte de mandarin… et de réserver 300 mots aux ilotes. Quand on pense qu’un Bégaudeau se moque qu’on puisse travailler sur les synonymes !

            On retourne, et ils accélèrent ce mouvement, vers une sorte de Moyen-Age (pardon, chers amis médiévistes qui allez me reprocher cet usage péjoratif), vers une civilisation de l’oral : une majorité d’analphabètes soumis aux manipulations d’une minorité de clercs, excités par eux dans leurs émotions et amputés des moyens d’exercer leur intelligence, leur capacité à la réflexion et à la mise en perspective pour quoi l’écrit est plus apte que l’oral. Milliers de « cerveaux disponibles » soumis aux ancêtres de TF1 et des prédicateurs de toutes idéologies.

            • Sowinski
              • Posté à 14h59 le 02/02/2010
              • Internaute 45555

              Vous amalgamez orthographie et richesse du vocabulaire. Ça n’a rien à voir. Je passe sur les considérations civilisationnelles de type « tout fout le camp »...

              • A déménagé le 8-10 2
                • Posté à 21h01 le 02/02/2010
                • Internaute 41917
                  nc

                « Vous amalgamez orthographie et richesse du vocabulaire. »

                C’est parce que je ne dissocie pas la maîtrise de l’une et de l’autre.

                Pour le reste, passez, passez ! Ça vous dispensera d’argumenter...

        • Jacques Bolo
          Jacques Bolo répond à Lapin agile
          Auteur-Editeur-Libraire
          • Posté à 14h10 le 02/02/2010
          • Internaute 37329
            Auteur-Editeur-Libraire

          « Oui, enfin, euuuh, elle s’avère utile au minimum en cas d’homophonie, nan »

          Faux ! Car cela signifierait qu’on ne se comprend pas à l’oral ! !

          L’orthographe est simplement un trait culturel obsessionnel (parmi d’autres) des intellectuels pour se classer. L’idée de vouloir généraliser ce classement est une imbécilité (biais philosophique assez classique qui confond langue et langage).

  • Aller à la page
  • 1
  • 2
  • 3
  • 5