Homosexualité : le rétropédalage de l'Education nationale ?
Après une levée de boucliers lancée sur le Net, un dessin-animé pédagogique sur l’homosexualité pourrait être interdit.
En juin prochain, « Le Baiser de la lune », un film d’animation de 26 minutes, devait servir de support pédagogique pour évoquer l’amour homosexuel au sein de classes de CM1-2.
Signé du réalisateur rennais Sébastien Watel, ce dessin-animé, qui utilise les codes des contes de fées, raconte « l’évolution du regard archaïque d’une grand’mère sur les relations amoureuses ». En l’occurence, il s’agit de l’amour entre Félix (un poisson-chat) et Léon (un poisson Lune). (Voir la vidéo)
Mais le réalisateur Sébastien Watel est allé un peu plus vite que la musique. Sur le site Web dédié à son court-métrage, produit par la société rennaise l’Espace du mouton à plume, il a apposé le logo de l’Education nationale sous l’onglet « Partenaires ». L’inspection académique de Rennes a demandé courant janvier le retrait de la griffe.
Le réalisateur, qui a déjà collaboré avec le ministère au sein d’ateliers réalisation de films, raconte avoir consulté « des enseignants et des conseillers pédagogiques » en février 2009 :
« J’avais évalué la pertinence de mon projet, de son format et du public auprès d’eux. Ils ont rendu un avis favorable : l’homophobie, on la constate au collège ; donc il faut prévenir ces comportements dès l’école. Je pensais avoir un partenariat de fait avec l’Education nationale. »
Une « discrimination particulière »
Jean-Charles Huchet, inspecteur de l’Académie de Rennes, explique lui qu’il a été un peu surpris de voir le réalisateur confondre l’inspection avec le ministère :
« Il y a eu un débat un jour dans une école de la région mais pas de partenariat strict. Je n’ai jamais rencontré M. Watel, j’ai donc été un peu surpris de voir le logo de l’Education nationale. »
La demande de partenariat officielle est depuis partie au courrier. Dans quelques temps, l’inspection académique de Rennes devra décider si, oui ou non, elle cautionne l’utilisation du DVD-livret pédagogique « Le Baiser de la lune » pour faire réfléchir les élèves de primaire sur l’amour homosexuel.
L’inspecteur de l’Académie de Rennes hésite :
« La diversité des réactions invite à réfléchir. La question est de savoir à quel niveau on peut aborder cette discrimination particulière. Il y a un véritable débat et s’il y a débat, c’est que cela ne va pas de soi. »
« Propagande du lobby homosexuel »
Entre-temps, la polémique a dépassé la seule ville de Rennes. Jeudi, la députée de Paris Martine Billard (Parti de gauche) s’est émue de la reculade de l’inspection. Elle a interpellé le ministre de l’Education nationale Luc Châtel dans une question écrite qui paraîtra mercredi prochain au JO, lui demandant de revenir sur sa décision :
« Alors que ces dernières années les chefs d’établissement ont reçu des circulaires appelant à la vigilance et à la fermeté contre les manifestations d’homophobie (au même titre que toutes les discriminations), le retrait du logo de son ministère, suite aux pressions homophobes de milieux ultra-conservateurs, est un mauvais coup porté à la lutte contre les discriminations à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. »
Les « pressions homophobes » auxquelles fait référence la députée ont commencé sur le Net. Dès la mi-décembre, l’hebdomadaire de droite libérale Les 4 Vérités a lancé une pétition pour réclamer l’arrêt du soutien de l’inspection de l’Académie rennaise et celui des collectivités territoriales au court-métrage, taxé de « propagande du lobby homosexuel ».
Pour l’instant, la région Bretagne, les départements des Côtes d’Armor et du Finistère et la ville de Rennes (tous à majorité socialiste) ont renouvelé leur soutien au « Baiser de la lune », malgré les 15 000 signatures que revendique le site Web des « 4 vérités ».
Hétérosexualité et homosexualité sur un pied d’égalité
Côté enseignant, si la Ligue de l’enseignement d’Ille-et-Vilaine soutient le projet, l’Association parents d’élèves de l’enseignement libre du 92 (Apel92) dénonce, elle, « une tentative de manipulation des consciences de jeunes enfants » :
« L’Apel nationale exprime les plus sérieuses réserves concernant ce projet qui consiste à présenter à de jeunes enfants, sans qu’ils en soient nécessairement demandeurs, une information sur la sexualité des adultes mettant sur le même pied hétérosexualité et homosexualité. »
Ce week-end, c’est Christine Boutin qui leur a emboîté le pas en adressant une lettre ouverte à Luc Châtel, sur le site Web du parti chrétien-démocrate réclamant « au nom du respect de la neutralité de l’Education nationale », « l’interdiction de la diffusion du film ».
► Addendum le 3/2 à 13h15. Mercredi, sur RMC, Luc Chatel a précisé que « Le Baiser de la lune » était une « une initiative privée ». Non financé par le ministère de l’Education nationale, le film d’animation « n’a pas vocation à être diffusé en primaire à l’école ». (Voir la vidéo)
► Addendum le 5/2 à 10h15. Jeudi sur RMC/BFM, Martin Hirsch a déclaré que le Haut-Commissariat à la jeunesse avait financé « à hauteur de 3.000 euros » le film d’animation « Le Baiser de la lune ». « J’ai vu ce film. Je suis fier qu’on ait participé à ce film qui me paraît un film plutôt sympathique. Il ne m’a pas choqué », a ajouté le Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté. (Voir la vidéo)
- Sur Rue89Procréation pour les homos : les députés ferment la porte
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- Sur tetu.com"Le Baiser de la lune", un cartoon sous les feux de Boutin et des conservateurs, sur Têtu.com
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oiseau
oiseau
Il y a deux problèmes complètement distincts.
Le premier problème concerne l’usage du logo de l’éducation nationale comme étant, abusif, abusivement prématuré ou normal.
Le deuxième problème est beaucoup plus grave puisqu’il s’agit d’une lutte où les enfants sont pris en otage des volontés éducatives des adultes. Apès tout, tout le monde veut protéger les enfants. Pour certains, ce sont des homosexuels ; pour les autres, c’est de l’homophobie.
Il n’en reste pas moins que toute éducation est nécessairement une influence. L’argument de la lutte contre l’influence ne tient donc pas. De plus, les enfants au collège découvrent leurs sentiments et, parfois, leurs sexualités. Il semble donc pertinent de les renseigner sur le sens que donne la société à ces choses. L’homophobie existe. En tant que discrimination, elle est à condamner. Les enfants doivent le savoir. Et si d’aventure certains d’entre-eux ressentent des émotions pour une personne du même sexe, ils doivent savoir qu’ils ne sont pas des malades, mais tout aussi normaux que les autres. Sinon, c’est de la souffrance qu’on leur offre !
Enfin, pour ce qui est de donner une information « sans qu’ils en soient nécessairement demandeurs », c’est un tant soit peu biaisé. Ils ne sont probablement ni demandeurs de cours de français, d’anglais ou de maths.




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