« Le Refuge », « Chaque jour » : des femmes et des tabous
Dans « Le Refuge », François Ozon filme une junkie enceinte. Dans « Chaque jour est une fête... », Dima El-Horr met en scène trois héroïnes confrontées à l’Histoire tourmentée du Liban. Les femmes occupent le premier plan dans l’actualité cinéma. Tant mieux !
Quel rapport entre cette livraison annuelle d’Ozon, tendance intimiste, et le premier film de la néophyte libanaise Dima El-Horr ? Aucun sauf... un : le désir de mettre en scène des héroïnes en lutte contre les tabous.
Tabou moral dans « Le Refuge », où il est question de maternité (très) contrariée. Tabou politique dans « Chaque jour est une fête... » où trois femmes font face au désastre de la guerre et à l’absence des hommes. Résultat : deux fictions entêtantes et irréductibles aux clichés.
Une grande maison isolée comme refuge pour se reconstruire
On commence par « Le Refuge ». L’histoire ? Louis est né dans les beaux quartiers. Famille bourgeoise, compte en banque abondant et tutti quanti. Avec sa copine Mousse, Louis ne pense pourtant qu’à une chose : consumer son mal-être dans la drogue dure, se défoncer pour s’oublier.
Le personnage y laisse sa peau. Overdose. La jeune femme se retrouve seule, enceinte. Lâchée par une belle famille soucieuse de sa « bonne réputation », assaillie par la honte et la culpabilité, elle quitte Paris. Et trouve dans une grande maison isolée du Sud-Ouest un refuge provisoire pour tenter de se reconstruire. (Voir la bande-annonce)
François Ozon, cinéaste prolifique et inégal (12 films au compteur depuis 1998), renoue avec sa veine intimiste, probablement la plus convaincante de sa carrière. Il signe une fiction qui rappelle lointainement « Sous le sable » (2000), son film fantomatique où une femme (Charlotte Rampling) composait tant mal que bien avec ses zones d’ombre.
La maternité n’est pas toujours vécue comme une expérience lumineuse
Dans « Le Refuge », Ozon, avec élégance et pudeur, fait cohabiter des contraires, devenus indissociables : deuil et naissance, pulsion de vie et pulsion de mort.
La fin du film, dont il convient bien sûr de ne rien dévoiler, souligne avec une noirceur implacable les enjeux thématiques de la chose. Comment la maternité, parée a priori de toutes les lumineuses vertus, n’est pas toujours vécue comme telle. Comment donner la vie ne va pas du tout de soi, surtout quand on est fâché avec elle.
La littérature et la psychanalyse ont amplement abordé le sujet. Le cinéma, lui, s’y attaque rarement. « Le refuge », en restant toujours au plus près de son personnage, arpente ce territoire fragile et dérangeant. La prestation d’Isabelle Carré, une fois encore admirable, ne gâche rien au spectacle, c’est le moins que l’on puisse dire.
« Chaque jour est une fête... », histoire d’une errance à trois
Changement de décor. Beyrouth, de nos jours. Trois femmes qui ne se connaissent pas se retrouvent dans le même bus, direction une prison sise quelque part au fin fond du Liban. Sur leur route, qui devient bientôt celle de leur errance, des traces des conflits passés et présents. Images de ruines, d’exode, de bombardements...
Pour son premier film, au titre évidemment ironique, Dima El-Horr fuit la reconstitution réaliste. Ses longs plans séquences et ses travellings contemplatifs inventent un monde à la lisière de l’abstraction où le passé, le présent, la réalité et l’onirisme s’entremêlent. (Voir la bande-annonce)
Probablement influencée par Theo Angelopoulos, la cinéaste menace parfois de s’abîmer dans le formalisme, une certaine prétention, mais le fond de l’affaire, lui, n’est nullement abstrait.
Pour représenter le Liban et (entre autres) sa mémoire à vif de la guerre civile, Dima El-Horr choisit la voie universelle de l’évocation, mais reste au plus près des sentiments et émotions de ses trois héroïnes principales : deux Libanaises, une Palestinienne, dont les parcours individuels reflètent les tumultes passés et présents d’un pays.
Dans ce road movie ultra-singulier (porté notamment par l’impeccable Hiam Abbass), Dima El-Horr décrit un univers figé, où, dit-elle, « rien ne bouge, de peur d’une catastrophe imminente. ». Son film, lui, vibre d’une secrète ferveur, d’un espoir fragile mais intense en des lendemains moins sinistres...
► Le Refuge de François Ozon - avec Isabelle Carré, Melvil Poupaud - sortie le 27 janvier
► Chaque jour est une fête... de Dima El-Horr - sortie le 27 janvier - d’Hiam Abbass, Manal Khader, Raïa Haïdar.
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est ce que » chaque jour est une fête » est à mettre « correspondance avec l’admirable ouvrage de darina al -Joundi “le jour où Nina Simone a cessé de chanter ?”
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Une pensée pour toutes les femmes Libanaises et Palestiniennes qui portent ce magnifique pays ravagé par les invasions israéliennes.Merci à elles.




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