25/01/2010 à 19h13

« Le Refuge », « Chaque jour » : des femmes et des tabous

Olivier De Bruyn | Journaliste

Dans « Le Refuge », François Ozon filme une junkie enceinte. Dans « Chaque jour est une fête... », Dima El-Horr met en scène trois héroïnes confrontées à l’Histoire tourmentée du Liban. Les femmes occupent le premier plan dans l’actualité cinéma. Tant mieux !

Quel rapport entre cette livraison annuelle d’Ozon, tendance intimiste, et le premier film de la néophyte libanaise Dima El-Horr  ? Aucun sauf... un : le désir de mettre en scène des héroïnes en lutte contre les tabous.

Tabou moral dans « Le Refuge », où il est question de maternité (très) contrariée. Tabou politique dans « Chaque jour est une fête... » où trois femmes font face au désastre de la guerre et à l’absence des hommes. Résultat : deux fictions entêtantes et irréductibles aux clichés.

Une grande maison isolée comme refuge pour se reconstruire

On commence par « Le Refuge ». L’histoire ? Louis est né dans les beaux quartiers. Famille bourgeoise, compte en banque abondant et tutti quanti. Avec sa copine Mousse, Louis ne pense pourtant qu’à une chose : consumer son mal-être dans la drogue dure, se défoncer pour s’oublier.

Le personnage y laisse sa peau. Overdose. La jeune femme se retrouve seule, enceinte. Lâchée par une belle famille soucieuse de sa « bonne réputation », assaillie par la honte et la culpabilité, elle quitte Paris. Et trouve dans une grande maison isolée du Sud-Ouest un refuge provisoire pour tenter de se reconstruire. (Voir la bande-annonce)

François Ozon, cinéaste prolifique et inégal (12 films au compteur depuis 1998), renoue avec sa veine intimiste, probablement la plus convaincante de sa carrière. Il signe une fiction qui rappelle lointainement « Sous le sable » (2000), son film fantomatique où une femme (Charlotte Rampling) composait tant mal que bien avec ses zones d’ombre.

La maternité n’est pas toujours vécue comme une expérience lumineuse

Dans « Le Refuge », Ozon, avec élégance et pudeur, fait cohabiter des contraires, devenus indissociables : deuil et naissance, pulsion de vie et pulsion de mort.

La fin du film, dont il convient bien sûr de ne rien dévoiler, souligne avec une noirceur implacable les enjeux thématiques de la chose. Comment la maternité, parée a priori de toutes les lumineuses vertus, n’est pas toujours vécue comme telle. Comment donner la vie ne va pas du tout de soi, surtout quand on est fâché avec elle.

La littérature et la psychanalyse ont amplement abordé le sujet. Le cinéma, lui, s’y attaque rarement. « Le refuge », en restant toujours au plus près de son personnage, arpente ce territoire fragile et dérangeant. La prestation d’Isabelle Carré, une fois encore admirable, ne gâche rien au spectacle, c’est le moins que l’on puisse dire.

« Chaque jour est une fête... », histoire d’une errance à trois

Changement de décor. Beyrouth, de nos jours. Trois femmes qui ne se connaissent pas se retrouvent dans le même bus, direction une prison sise quelque part au fin fond du Liban. Sur leur route, qui devient bientôt celle de leur errance, des traces des conflits passés et présents. Images de ruines, d’exode, de bombardements...

Pour son premier film, au titre évidemment ironique, Dima El-Horr fuit la reconstitution réaliste. Ses longs plans séquences et ses travellings contemplatifs inventent un monde à la lisière de l’abstraction où le passé, le présent, la réalité et l’onirisme s’entremêlent. (Voir la bande-annonce)

Probablement influencée par Theo Angelopoulos, la cinéaste menace parfois de s’abîmer dans le formalisme, une certaine prétention, mais le fond de l’affaire, lui, n’est nullement abstrait.

Pour représenter le Liban et (entre autres) sa mémoire à vif de la guerre civile, Dima El-Horr choisit la voie universelle de l’évocation, mais reste au plus près des sentiments et émotions de ses trois héroïnes principales : deux Libanaises, une Palestinienne, dont les parcours individuels reflètent les tumultes passés et présents d’un pays.

Dans ce road movie ultra-singulier (porté notamment par l’impeccable Hiam Abbass), Dima El-Horr décrit un univers figé, où, dit-elle, « rien ne bouge, de peur d’une catastrophe imminente. ». Son film, lui, vibre d’une secrète ferveur, d’un espoir fragile mais intense en des lendemains moins sinistres...

Le Refuge de François Ozon - avec Isabelle Carré, Melvil Poupaud - sortie le 27 janvier
Chaque jour est une fête... de Dima El-Horr - sortie le 27 janvier - d’Hiam Abbass, Manal Khader, Raïa Haïdar.

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  • Désinscrit le 7-4
    • Posté à 19h22 le 25/01/2010
    • Internaute 72436

    est ce que » chaque jour est une fête » est à mettre « correspondance avec l’admirable ouvrage de darina al -Joundi “le jour où Nina Simone a cessé de chanter ?”
    ––––––

    Une pensée pour toutes les femmes Libanaises et Palestiniennes qui portent ce magnifique pays ravagé par les invasions israéliennes.Merci à elles.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 19h26 le 25/01/2010
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    « Les femmes occupent le premier plan dans l’actualité cinéma. Tant mieux ! »

    Quoi , tant mieux ! ? Tant mieux si c’est des bons films, tant pis si c’est des mauvais !

    Le sexisme a encore de beaux jours devant lui , à ce que je vois..

    • A déménagé le 13-01-2012 5
      • Posté à 19h36 le 25/01/2010
      • Internaute 98137
        non connue

      « Les femmes occupent le premier plan dans l’actualité cinéma. Tant mieux ! »

      Le porno a été précurseur en matière de femmes occupant le premier plan. Le cinéma « normal » s’en inspirerait-il ?

      • Numerosix
        Numerosix répond à A déménagé le 13-01-2012 5
        Prisonnier dans le village (...)
        • Posté à 19h40 le 25/01/2010
        • Internaute 14499
          Prisonnier dans le village (...)

        « Les sorciéres de Salem » . C’était bien ça , comme film . A la fin , ils brulaient toutes les bonnes femmes..

      • Numerosix
        Numerosix répond à A déménagé le 13-01-2012 5
        Prisonnier dans le village (...)
        • Posté à 19h44 le 25/01/2010
        • Internaute 14499
          Prisonnier dans le village (...)

        Et celui la , aussi . Il était marrant : -)

         
        • anini
          anini répond à Numerosix
          terrienne de souche !
          • Posté à 20h24 le 25/01/2010
          • Internaute 51759
            terrienne de souche !

          Eh ,les duettistes ,c’est pas fini votre numéro de faux machos ?

          Vous voulez qu’on sorte nos machettes ? .....

          • Numerosix
            Numerosix répond à anini
            Prisonnier dans le village (...)
            • Posté à 21h29 le 25/01/2010
            • Internaute 14499
              Prisonnier dans le village (...)

            Bon bon . On arrête ..

            C’que vous êtes belle quand vous êtes en colère, Anini..

        2 autres commentaires
  • Désinscrit le 7-4
    • Posté à 19h38 le 25/01/2010
    • Internaute 72436

    Lien

    4 pages d’interview riches.

  • Jojolastiko
    Jojolastiko
    Clandestin
    • Posté à 19h52 le 25/01/2010
    • Internaute 51859
      Clandestin

    A propos du « refuge » de Ozon, vu la bande annonce (ce qui est réducteur), il y a de quoi être sceptique. Il a l’air chiantissime, maladroitement psychologisant et soporifique.
    Qui pourra nous convaincre qu’il n’est pas de la veine du cinéma français « boulversifiant » ?

  • anini
    anini
    terrienne de souche !
    • Posté à 20h31 le 25/01/2010
    • Internaute 51759
      terrienne de souche !

    J’ai déjà vu Hiam ABBASS dans différents films en particulier « les citronniers » !
    C’est une grande actrice !
    Je l’admirerai avec plaisir encore une fois !

  • patrick du 14-
    patrick du 14-
    de plus en plus naze
    • Posté à 21h52 le 25/01/2010
    • Internaute 40667
      de plus en plus naze

    ,

  • Julien83
    Julien83
    chroniqueur BD au Mague, (...)
    • Posté à 13h50 le 26/01/2010
    • Internaute 37797
      chroniqueur BD au Mague, (...)

    Bienvenue dans le monde des films chiants « made in France » qui ne racontent rien, qui ne servent à rien, dont on se fiche et on n’en fera rien de culte, rien pour marquer l’histoire du cinéma. Deux films sans intérêts , des réalisateurs à qui on a confié une somme supérieure à 100.000 euros, et dont le résultat est pitoyable, un manque d’originalité dans le scénario, dans les dialogues, le TOUT ! Il y en a marre de ces films inutiles et nombrilo-boboiste de réalisateurs qui se la pète en croyant avoir montrer les tripes d’une actrice dans un rôle incroyable et fort d’émotion. Je dirais fort de manque de talent oui !
    Allez zou ! Cette semaine, retournez dans l’enfance, Disney sort « La Princesse et la Grenouille » avec un retour au source de l’animation 2D !
    Vive l’hivers avec Disney !
    Mais tout en restant dans le made in France, il y a le OCEANS de Jacques Perrin, et bien dommage à lui de ne pas employer le Digital 3D ... (qui a été fait pou le docu « dernier jour sur la Terre »)
    ha oui Perrin a copié un autre film sur les fonds marins .. ATLANTIS de Luc Besson et mis en musique par Eric Serra. Souvenir...
    Remarque, c’est aussi une forme de remake des films du Commandant Cousteau ! (à lire absoluement « le fantôme du Commandant Cousteau / ISA / Fluide Glacial )

  • florep
    florep
    prof
    • Posté à 09h07 le 26/01/2010
    • Internaute 91753
      prof

    j’ai vu le film d’Ozon lors de la clôture du festival Indépendance(s) et Création, en Octobre à Auch, la salle était comble. F.Ozon n’était pas là mais le jeune acteur le représentait, accompagné de J.Douchet. Générique de fin, silence total, fin du générique, quelques applaudissements polis et les spectateurs de se lever, sans attendre le débat, j’étais du lot.
    Ce film est un tissu de clichés tous plus prévoyables les uns que les autres , les personnages sont des stéréotypes de série TV, l’intrigue est affligeante, bref ce n’est pas du cinéma, c’est un très petit film sur la maternité. Quelle chance pour Ozon qu’Isabelle Carré ait accepté le rôle principal, c’est le rayon de soleil de ce navet désolant, elle y est magnifique.
    à titre d’exemple, elle accouche d’une fille, le papa décédé s’appelait Louis, que croyez-vous qu’elle choisît comme prénom pour ce bébé ? ? ? et ce n’est là qu’une poussière des poncifs qui régissent « Le Refuge ».
    F.Prof de cinéma dans la vraie vie

    • brut
      brut répond à florep
      • Posté à 11h17 le 26/01/2010
      • Internaute 25915

      Ozon est un mauvais cinéaste, c’est pas une découverte, merci de nous éviter d’aller voir son nouveau chef d’oeuvre

      • Anonyme répond à brut

        brut... de décoffrage ?
        Ozon est certainement trop prolifique, mais « Sous le sable » est un bon film et même un très bon.

         
        • brut
          • Posté à 16h57 le 26/01/2010
          • Internaute 25915

          va pour Sous le sable, mais c’est bien pour faire plaisir à Lucien Jerphanion, si votre pseudo lui rend hommage :)

        1 autres commentaires
  • Anonyme

    Le grand tabou des femmes du 21ème siècle en France est le non désir de maternité !
    On fait croire aux femmes qu’une vie sans enfant n’est pas une vie réussie ! !
    Quel intérêt de vouloir à tout prix des enfants ? faire-valoir social, peur d’être seul ? vouloir disposer d’un être humain à sa convenance ?
    oui bien sûr, les névroses de certaines femmes sont si pathétiques, certaines allant jusqu’à louer des ventres dans le tiers-monde pour assouvir leur fantasme de maternité.

    Pourquoi, d’où cela vient-il ?
    D’une imprégnation socio-culturelle instillée dès la naissance. La société dans laquelle nous vivons à transformé le bébé lambda vécu comme une charge ou une catastrophe par nos grands-mères qui étaient soumises mensuellement à leur ovulation.. pour aujourd’hui en faire un petit dieu despote à vénérer !

    Il faut rappeler que notre économie est basée sur la production intensive de bébés ! le bébé est bankable ! ! L’Etat calcule le ROI d’un bébé en l’imaginant 25 ans plus tard en contribuable sage qui produira à son tour des bébés à la pelle....
    Le bébé est sensé apporté bonheur, santé, richesse et épanouissement d’une société !
    Les filles sont toujours éduquées pour devenir « mère » et non devenir des femmes diplômés (autres qu’un bts de secrétariat ou d’infirmier), indépendantes, téméraires et conquérantes !

    Hélas, pondre un bébé ne suffit point, il faut l’éduquer, le nourrir, le chérir, l’habiller, l’héberger............ le bébé coûte cher à l’Etat (assistanat des mères, maladies infantiles en explosion ont conduit à l’ouverture d’hôpitaux pédiatriques, la délinquance des mineurs fait des ravages)
    Dans les hauts-de-seine ce ne sont pas moins de 10 000 mineurs en carence parentale à la charge complète de l’Etat hébergés dans diverses structures d’accueil pour faire le job de parents...)

  • A déménagé le 21 mars
    • Posté à 12h15 le 27/01/2010
    • Internaute 74471
      brinleu

    sacré Ozon ! c’est pas du formalisme c’est du cinoche français bobo contemporain.