20/01/2010 à 12h56

Les décontamineurs de centrales nucléaires sortent du silence

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


Au-delà des rivalités au sommet entre Proglio et Lauvergeon, l’industrie nucléaire si chère à la France s’incarne aussi dans ces milliers de travailleurs de l’ombre, ces sous-traitants précarisés. Après un premier documentaire sur le sujet, un roman et un témoignage donnent la parole aux « décontamineurs », ceux qui nettoient les centrales nucléaires de leur radioactivité.


La couverture de « La Centrale » d’Elizabeth Filhol

Rien ne prédisposait Elisabeth Filhol à se mettre dans la peau de ces hommes (ce sont toujours des hommes), qui plongent dans le fond des réacteurs au gré des « arrêts de tranche » et colportent leur angoisse de foyer en mobile home, au gré de contrats courts.

« La Centrale » (éditions P.O.L), premier roman de cette femme de 44 ans, contrôleuse de gestion dans l’industrie, est une œuvre simple et touchante, étonnante de précision, toute en pudeur et qui ne cède jamais au pathos.

Esthétique du béton

Tout prédisposait Claude Dubout, 30 ans d’expérience dans le nucléaire, à prendre la parole. C’est le documentaire d’Alain de Halleux, « RAS, rien à signaler » diffusé en mai sur Arte, et dont il est un figurant, qui l’a décidé.

Dans un récit autobiographique « . Ce qu’il y a derrière ces grilles » (éditions Paulo-Ramand), et sur son blog, il livre son vécu du métier.

Le « décontamineur » a lu « La Centrale » et l’a trouvé :

« Authentique et réel. C’est curieux car elle parle d’une jolie manière de la centrale. Elle nous fait passer de l’autre côté des barrières de sécurité. »

Extrait :

« Vues du ciel, ce sont deux anneaux blancs posés au sol entre la route et le fleuve -dans l’angle que font la route et la rive gauche du fleuve.

En réalité deux énormes coques cylindriques de 150 mètres de diamètre à leur base, légèrement étranglées à la taille, chacune repose sur une couronne de pilotis en béton armé, l’air extérieur pénètre entre les pilotis à l’intérieur de la tour et remonte par convection naturelle, en l’absence totale de vent -ce qui est le cas aujourd’hui-, le panache d’air chaud s’élève à la verticale dans l’atmosphère. »

Les deux livres racontent ce qu’est nettoyer la radioactivité, pourquoi on en arrive là et comment on vit avec l’angoisse de dépasser la dose et de ne plus être apte, d’être forcé à l’arrêt.

20 millisieverts, c’est l’irradiation maximale par personne et par an. Un geste maladroit et on se la prend. Dans cette lecture d’un passage de son livre, Elisabeth Filhol décrit l’angoisse du décontamineur. (Voir la vidéo des édition P.O.L.)

Un goût du risque et du nomadisme, ou simplement la nécessité de travailler poussent ces gens à s’engager dans ce drôle de métier. Extrait de « La Centrale » :

« Eux, ce qui les attire, c’est le danger, la certitude tous les jours de pouvoir se mettre en danger, qui n’est pas à la portée de n’importe quelle tâche dans une industrie quelconque.

Le nucléaire, finalement, ça leur convient, tant que le corps joue le jeu, pas d’attache, le tour de France et dans la durée quand même. »

« Je me voyais comme un sauveur de la radioactivité »


Il faut pourtant des qualifications en physique, en chimie et en radioactivité, souvent acquises dans d’autres tâches au sein des centrales. Comme Claude Dubout :

« Un jour j’ai entendu ce mot de décontamineur, et j’ai eu un flash, comme une révélation. Je me voyais comme un démineur, un sauveur de la radioactivité.

Aujourd’hui, je n’y vois plus guère d’attrait, je n’ai pas reçu tout ce que j’ai donné. »

Il a bien essayé de changer de métier, mais n’y est pas arrivé. C’est alors qu’il a réalisé combien il était invisible :

« Sur la feuille de paie c’est marqué “agent d’intervention” ou “d’assainissement”. Le mot de décontamination a été créé dans le milieu, mais personne ne le connaît. »

« S’ils se mettent à parler, c’est que la situation va vraiment mal »

Rémunéré comme n’importe quel métier de la logistique, risqué et précaire lorsqu’il faut faire le tour des centrales pour quelques semaines de boulot avec des indemnités de 60 euros par jour pour se nourrir et se loger, le métier n’attire guère.

Alors que les centrales nucléaires françaises vieillissent et ont de plus en plus besoin d’entretien, la précarité des prestataires a de quoi inquiéter, comme le souligne Alain de Halleux, le réalisateur de « RAS, rien à signaler » :

« Pendant 50 ans, les travailleurs ont fait corps avec leur industrie car leur travail avait un sens. Ils fabriquaient de l’électricité pas cher, ils tenaient à leur emploi et aimaient leur travail. S’est développé un grand secret de famille. Aujourd’hui, s’ils se mettent à parler, c’est que la situation va vraiment mal. » (Voir la bande-annonce du documentaire)

Photo : centrale nucléaire en Illinois, Etats-Unis (Bistrosavage/Flickr)

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  • klax
    klax
    RP
    • Posté à 13h32 le 20/01/2010
    • Internaute 88508
      RP

    Je n’ai lu ni le libre de Madame Filhol, ni celui de Monsieur Dubout. Quelques extraits donnés ici me donnent l’impression qu’il y a certaines inexactitudes dans les propos. EDF limite à 16 mSv sur 12 mois glissant la dose limite, dans l’objectif d’éviter des dépassements réglementaires.

    Ensuite, divers systèmes qualité, de contrôle et gestion de la dosimétrie ont été mis en place de manière à ce que les intervenants, notamment les décontamineurs, puissent avoir une lisibilité plus prononcée des risques qu’ils encourent et de la dose qu’ils intègrent. La réglementation évolue aussi en ce sens. Il n’est pas possible par exemple de renvoyer un intervenant ayant intégré la dose maximale en quelques jours si ce dernier n’a pas fait un temps de travail minimum dans l’entreprise selon la règle du prorata.
    Et ce ne sont que quelques exemples parmi d’autres, sur ce qu’il existe actuellement.

    Je ne veux pas dénigrer le travail des décontamineurs. Les intervenants en centrales savent à quel point leur tache est ingrate mais pourtant nécessaire. Je ne commente pas non plus la précarité de certains. Je veux juste souligner qu’énormément d’initiatives sont prises, de travaux effectués, pour diminuer les risques de leurs interventions et améliorer leurs conditions de travail en chantier. Et j’espère qu’ils vont continuer à travailler avec les radioprotectionnistes, pour continuer de faire avancer les choses.

    Lien

    • mixture fait maison
      • Posté à 14h09 le 20/01/2010
      • Internaute 91546

      Et on a droit à combien de cancers de la glande thyroïde par mois ?
      Ce système est indéfendable, dans son entière totalité. Alors cessez de chercher des proratas de mSv et combattez le.

  • jean Bidel
    jean Bidel
    jeune retraité
    • Posté à 16h02 le 21/01/2010
    • Internaute 42480
      jeune retraité

    Après les essais nucléaires qualifiés de « propres » par tous les gouvernants de l’époque et la catastrophe (étouffée) sanitaire y consécutive - une bonne partie des « acteurs » sont déjà morts dans le déni et l’indifférence 40 ans après - voici les soutiers du nucléaire civil qui prennent la parole . Seulement Edf a pris les devants : il ne sera responsable de rien , toute cette activité est sous-traitée .
    Ce sera comme le scandale de l’amiante , tout le monde a des doutes mais les décideurs vont se repasser le bâton merdeux pendant des années .
    De plus prendre de tels risques avec sa vie pour un salaire ridicule quand on voit cette somme obscène que va se mettre en poche le futur patron d’Edf ! Ce n’est pas lui qui se risquerait à rentrer dans le cul des échangeurs .
    Quant à l’indemnisation de ces pathologies contractées pendant l’activité professionnelle il ne faut pas y compter , tout le monde se débine devant ses responsabilités à commencer par l’état .
    Ainsi de cette loi « Morin » votée en Décembre (et comme je l’avais annoncé sur un sujet précédent) qui était pourtant à minima (la France dans sa grande mansuétude reconnaissait « enfin » 18 pathologies - les américano-britanniques en ont reconnu 31) est déjà remise en question et possiblement rognée comme l’indique le communiqué ci dessous :
    COMMUNIQUE DE PRESSE du 20 janvier 2010.

    Nous avons été informés de source sûre que la réunion
    interministérielle se réunira demain à Matignon pour élaborer le
    décret d’application de la loi Morin portant sur la reconnaissance et
    l’indemnisation des vétérans des essais nucléaires.

    Il nous est précisé que la liste des maladies serait ramenée à 13 au
    lieu des 18 ou 20 promises !

    L’AVEN considère cette réduction des pathologies retenues comme un
    affront du gouvernement envers les associations et les
    parlementaires.

    Les pathologies radio-induites qui sont fatales 30 ou 40 ans après : encore des décennies de combat à venir !

  • Lozardèche
    Lozardèche
    Musicien
    • Posté à 13h34 le 20/01/2010
    • Internaute 100487
      Musicien

    Le vrai scandale, c’est que la CGT fait faire tout le MAUVAIS travail par ces ouvriers de l’ombre, payés avec des clopinettes, travaillant dur, avec une retraite maigre et tardive, courant des risques graves pour leur santé... Alors que les travailleurs officiels du nucléaire, les syndiqués CGT, se partagent les bons morceaux, les primes, les salaires ultra-confortables, les retraites avantageuses et précoces, les dividendes du comité d’entreprise EDF, le jackpot, quoi, et j’en oublie... Il est là le vrai scandale ! C’est par un plan délébéré que cela est possible...

    • bobcloclimar
      bobcloclimar répond à Lozardèche
      Penseur
      • Posté à 13h44 le 20/01/2010
      • Internaute 92481
        Penseur

      Qu’attendez-vous pour vous faire syndiquer dans ce cas ?

      • Pseudo
        Pseudo répond à bobcloclimar
        Enfin libre : -)
        • Posté à 15h39 le 20/01/2010
        • Internaute 25947
          Enfin libre : -)

        D’après sa prose, ça doit déjà faire plus de 30 ans qu’il est retraité ; -)

      • Cirdec
        Cirdec répond à bobcloclimar
        Cadre qui commence à comprendre (...)
        • Posté à 16h48 le 20/01/2010
        • Internaute 8798
          Cadre qui commence à comprendre (...)

        Sa femme l’a quitté pour un CGTiste.
        Ou alors, il vivait une folle passion avec un CGTiste, qui l’a envoyé chier comme une merde. Ce qui expliquerait sa fixette sur pipi-caca.

    • Daniel Zéro-
      Daniel Zéro- répond à Lozardèche
      Re - traité
      • Posté à 15h55 le 20/01/2010
      • Internaute 96621
        Re - traité

      Lozardèche ?

      Je pense que le pseudo suivant vous conviendrait mieux :

      L O S E R - D E C H E

    • brunolabarbe
      brunolabarbe répond à Lozardèche
      enseignant maritime
      • Posté à 18h39 le 20/01/2010
      • Expert 100339
        enseignant maritime

      Faux ! J’ai un ami qui a participé au tournage de RAS, on le voit justement dans le film. Il a dénoncé beaucoup de choses, il est précaire, décontaminateur, et à la CGT. Il ne fait pas faire le travail aux autres...

  • Emma T.
    Emma T.
    Camille est sur SeXpress
    • Posté à 13h42 le 20/01/2010
    • Internaute 40366
      Camille est sur SeXpress

    Des décontaminateurs aux liquidateurs : Lien

  • a déménagé le 30 mars 2012
    • Posté à 13h43 le 20/01/2010
    • Internaute 45122

    Ce que j’avais compris du reportage sur ARTE, c’est qu’auparavant les décontamineurs étaient des employés d’EDF (AREVA ?).

    Il seraient maintenant salariés de sociétés de « prestation ».

    Quelqu’un peut il me confirmer ce truc ?

    • klax
      • Posté à 13h51 le 20/01/2010
      • Internaute 88508
        RP

      Aujourd’hui ce sont effectivement des prestataires, dont les sociétés appartiennent aux grands groupes du génie civil et du nucléaire (Techman pour Onet, Essor pour Nuvia, ...). EDF tend à se concentrer sur son coeur de métier qui est de produire de l’électricité, mais pas de construire ou maintenir ses centrales.

    • padiran
      padiran répond à a déménagé le 30 mars 2012
      Chroniqueur Grolandais
      • Posté à 14h05 le 20/01/2010
      • Internaute 5159
        Chroniqueur Grolandais

      J’ai été DATR au Cea, puis Cogéma pendant quelques années et nous avions tous le même statut. Maintenant les interventions sont confiées à des entreprises extérieures Salvarem, Onet, Spie, ...... Les agents de ces sociétés bénéficient du même suivi médical et du même encadrement de radioprotection que les agents AREVA (nouvelle dénomination de Cogéma).
      Quant au suivi sur EDF , des collègues m’ont dit qu’effectivement le suivi des intervenants était beaucoup moins strict et plus apparenté à l’auto contrôle.

      • klax
        klax répond à padiran
        RP
        • Posté à 14h10 le 20/01/2010
        • Internaute 88508
          RP

        C’est le même suivi. Ils ont bien sur le dosimètre passif, un dosimètre opérationnel réglé pour alerter l’intervenant dés dépassement de la dose évaluée pour la journée ou le chantier. Par contre, que ce soit pour EDF ou la société de prestation, c’est à l’intervenant de la vérifier.

         
        • padiran
          padiran répond à klax
          Chroniqueur Grolandais
          • Posté à 14h15 le 20/01/2010
          • Internaute 5159
            Chroniqueur Grolandais

          « c’est à l’intervenant de la vérifier »
          Ce qui s’apparente à de l’auto contrôle.

          • klax
            klax répond à padiran
            RP
            • Posté à 14h26 le 20/01/2010
            • Internaute 88508
              RP

            C’est jouer avec les mots. Je ne pense pas que la meilleur solution soit que du personnel vienne vous prendre par la main dés que vous votre dosimètre se met en alarme. C’est à l’intervenant de regarder sa dosimétrie. L’autoc-contrôle se fait lorsqu’il vérifie avant son chantier que le dosimètre marche bien.

          • Yvon le Zébulon
            Yvon le Zébulon répond à padiran
            L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
            • Posté à 14h34 le 20/01/2010
            • Internaute 65781
              L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

            Vous vous topez vous même, ma parole !

        3 autres commentaires
    • Sophie Verney-Caillat
      Sophie Verney-Caillat répond à a déménagé le 30 mars 2012
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 15h11 le 20/01/2010
        rédacteur
      • Journaliste 50753
        Journaliste

      Oui c’est cela, c’est ce que répète Alain de Halleux, ça s’appelle l’externalisation...

      • a déménagé le 30 mars 2012
        • Posté à 17h07 le 20/01/2010
        • Internaute 45122

        Oui merci, il me semblait bien ...

        A mon sens c’est bien le cœur du problème, enfin une partie, avec la dangerosité du produit bien sûr.

        Un patron est pénalement responsable de la protection de ses employés dans leurs activités.
        Dans ce cas EDF ne l’est plus, il doit juste blinder son contrat avec son prestataire.

        Quant au prestataire, on sait que tous les coups sont permis pour gagner « le marché » y compris faire comprendre a ses salaries que le dosimètre c’est une chose un peu abstraite mais que la paie de fin de mois c’est du concret.

        Et le salarié, devinez ce qu’il fait ... comme d’hab, il a plus le choix

        Je m’etonne même qu’on n’ai pas encore trouvé une boite qui fasse décontaminer nos centrales par des sans papiers , ISS ? VEOLIA ? SAMSIC... ?

         
        • mauser
          • Posté à 17h34 le 20/01/2010
          • Internaute 4683

          En êtes-vous si sur qu’il n’y pas de sans papiers . Dison que la sécuritè dans les centrale n’est pas tout à fait ce que vous croyez .
          Et je ne parle ni de celle des personnes ni de la technique non la toute bête intrusion dans la zone .
          Il suffit de relire quelques livres sur les SR pour avoir un ou deux passage sur des intrusions réussies dans les centrales nuc française .

        1 autres commentaires
  • mixture fait maison
    • Posté à 14h19 le 20/01/2010
    • Internaute 91546

    Les 2 millions d’euros par an c’est eux qui devraient les toucher. Proglio, il a intérêt a se déplacer avec de solides gardes du corps...
    En attendant qu’on sorte du nucléaire définitivement, parce que c’est vraiment plus possible...

    Lien

  • survivant
    • Posté à 14h04 le 20/01/2010
    • Internaute 25864

    Entre le lobby d’edf et ses sectes internes, difficile pour un intérimaire de faire entendre sa voix. Dénoncer la crasse nucléaire et ses effets secondaires relève du parcours du combattant aux vues des informations filtrées. C’est la chasse gardée d’edf du pas vu pas pris, Il suffit de se remettre en mémoire « l’incident » de la centrale de Triscastin pour ne citer que celui là, les exemples sont tellement nombreux, c’est à se demander si edf ne relève pas des services secrets ? Certes, prenons le gage d’edf qu’elle ne veut pas alarmer la population. Il est tout aussi facile de se demander si edf ne cache pas ces informations pour ne pas que la population se détourne de ce poison mortel et opte pour des énergies alternatives alors que la politique actuelle ne voit que par le nucléaire et n’a surtout rien à proposer en échange qui lui ramènerait autant d’argent.

  • richy
    • Posté à 14h07 le 20/01/2010
    • Internaute 38388

    après la chair a canon , voici venir le temps de la chair a rayons, quand tu tape(prends trop de dose radioactives) tu dégage , tu repars chez toi là ou personne n’entendra parler de ton cancer ! le problème est a venir, il va de toutes façon falloir les demonter ces monstres et les stocker ! la rigolade n’a pas encore commencé ! le bonjour au décontamineurs de l’ombre

  • 100 000 d entre nous
    100 000 d entre nous
    meurent de faim chaque jour
    • Posté à 14h12 le 20/01/2010
    • Internaute 95182
      meurent de faim chaque jour

    Dose maxi annuelle pour un décontaminateur, en sieverts : 20 milli
    Dose mini annuelle pour un président-dir-gal, en euros : 2 milli...ons

  • framboise92
    framboise92
    je choisis la campagne, la (...)
    • Posté à 14h19 le 20/01/2010
    • Internaute 24519
      je choisis la campagne, la (...)

    Merci pour cet article.
    Cela me fait relativiser quant à la difficulté de mon métier qui m’use mais ne me radie pas. Je n’ai qu’à essayer de radier les gens à la noble cause de l’enseignement.
    Parler de ces personnes qui risquent le pire pour les enfants aussi, pour nous, pour tous pour le présent, futur proche et lointain, ou le « manque de futur » ( ? ? ?) tout simplement.
    Parler et reparler pour expliquer avec des exemples humains auxquels nous ne pensons pas assez ce qu’ éclatement de l’atome sous-entend !

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 14h32 le 20/01/2010
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « Les décontamineurs de centrales nucléaires sortent du silence

    Sortir du silence, c’est bien...
    Mais ils disent quoi, en fait :

    Ça ▼ ?

    ‘ Eux, ce qui les attire, c’est le danger, la certitude tous les jours de pouvoir se mettre en danger, qui n’est pas à la portée de n’importe quelle tâche dans une industrie quelconque.’

    Moi je pensais bêtement que c’était plutôt le salaire qui leur plaisait !
    C’est ballot, hein - car on ne peut pas dire plus grosse connerie que ça !

    Ils pourraient faire des sauts en élastique ou du base-jump...
    - Ça serait moins con, si c’est juste pour la dose d’adrénaline !

    Bon, mais plus simplement et plus loyalement :

    On peut donc leur supprimer le salaire et le donner au Patron d’Areva, qui gagne presqu’autant que Proglio à EDF..ou directement à cet assoiffé de Proglio...
    - puisqu’ils ne sont intéressés que par la petite trouille de mourir vitrifiés.

    ♦ Moi je pensais bêtement que sortir du silence ça voulait dire faire quelques entorses au secret professionnel et à l’exigence de retenue pour nous raconter comment ça se passe vraiment là dedans, et quels sont les pépins que l’on cache à tout le monde - et qui risquent un jour d’avoir de très graves conséquences.

    mais je crois que je me suis fait des illusions
    Il y a des endroits dont la vérité ne sort jamais !

    • Sophie Verney-Caillat
      Sophie Verney-Caillat répond à Yvon le Zébulon
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 15h05 le 20/01/2010
        rédacteur
      • Journaliste 50753
        Journaliste

      Oui je ne dis pas tout ce qu’ils ont à dire mais d’abord ils disent qu’ils existent, ensuite qu’ils ont moins de droits et de salaires, que le risque n’est pas rémunéré et que les primes pour vivre hors de chez soi sont de 60 euros par jour et c’est peu...

      • Yvon le Zébulon
        Yvon le Zébulon répond à Sophie Verney-Caillat
        L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
        • Posté à 15h37 le 20/01/2010
        • Internaute 65781
          L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

        Bonjour Sophie,

        Pensez vous que les Chauffeurs-Routiers qui sont sur la route et vivent dans la cabine de leur camions 5 jours sur 7 perçoivent soixante €uros de primes (donc en + du salaire) pour vivre « hors de chez eux » ?

        Pour ma pomme, cadre commercial pluri-départemental pendant plus de 20 ans, j’ai passé la plupart de ma vie de chambres d’hôtels * * * en petites auberges miteuses, de grands restaurants en snacks infames parfois.
        - Les repas m’étaient remboursés, mais le dodo était à ma charge.

        Certes, j’étais convenablement rémunéré (surtout en commissions) mais je n’avais pas les 60 € attribués à ces ouvriers dont vous parlez....pour éloignement - venant bien sur s’ajouter à ce qui m’était vraiment du.
         ; -)))

        Je ne critique pas très fort, mais dire que 60 € jour (en plus) c’est peu...
        C’est plutôt gonflé !

         
        • klax
          klax répond à Yvon le Zébulon
          RP
          • Posté à 15h38 le 20/01/2010
          • Internaute 88508
            RP

          La salaire de base est bas. Et 60 euros par jour en plus, oui, c’est peu. Comptez : une chambre d’hotel vaut une 40ène d’euros. Un repas le midi au snack du coin une douzaine. Cela ne laisse plus grand chose pour le souper. Et tout le monde n’a pas 60 euros. mais vous allez dire qu’il reste le salaire.
          Effectivement, mais je suppose que ces gens ont aussi une maison à payer, des enfants à élever.

          Un point important à préciser : on parle des personnes qui font du déplacement. Une grande tendance est à la localisation du personnel à proximité de leur lieu de travail. Il y a de moins en moins de prestataires qui font du déplacement (prestataires hors travaux spéciaux). On retombe donc dans une problématique de bas-salaire. Eux non pas de primes pour gagner un peu plus (en utilisant des gites ou autres...)

          • Yvon le Zébulon
            Yvon le Zébulon répond à klax
            L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
            • Posté à 15h50 le 20/01/2010
            • Internaute 65781
              L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

            « Effectivement, mais je suppose que ces gens ont aussi une maison à payer, des enfants à élever. »

            Pratiquement tout le monde à un loyer à payer ou une maison à rembourser.
            - Il n’a jamais été dit nulle part que le salaire devait n’être que de l’argent de poche.

            ¤ Mon loupiot est par monts et par vaux. Presque une fois par mois, il part une semaine dans un pays étranger à chaque fois différent pour son métier. Ses frais sont pris en charge, mais s’il se rend à Sydney, il ne connaîtra de l’Australie que la chambre d’hôtel qui lui a été réservée et les ateliers ou bureaux dans lesquels il bossera :
            - il n’aura jamais le temps, même brièvement, de visiter la ville.

            Comme vous l’aurez compris, l’exploitation des gens, au niveau de l’entreprise - c’est à tous les niveaux et partout !

          • Yvon le Zébulon
            Yvon le Zébulon répond à klax
            L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
            • Posté à 11h34 le 23/01/2010
            • Internaute 65781
              L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

            J’ai reçu votre email, courtois, et il était loin d’être hors sujet.
            De plus, je suis d’accord avec son contenu, donc avec vous !

            Vous auriez donc pu sans gène le poster ici.

        3 autres commentaires
  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 15h05 le 20/01/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    Bien sûr, le domaine du nucléaire attire particulièrement l’intérêt médiatique.
    Mais au delà, il s’agit de tous ceux qui travaillent en marge des salariés au statut verrouillé, ou par l’appartenance à la fonction publique, ou à un corporatisme qui s’est bien défendu, comme EDF.

    Collectivités, Éducation Nationale, etc., lorsqu’on resserre la vis, c’est toujours aux précaires que l’on s’attaque, directement, « à sec ». Chez les précaires, pas de suppression de poste à travers les départs en retraite, non, c’est la porte et c’est tout.
    On n’en entend jamais parler. Certaines missions sont clairement identifiables à de l’esclavagisme.

    Mais dans le cas du nucléaire, s’ajoute le fait que la loi du silence est généralement admise chez les salariés en CDI, en compensation d’avantages divers, de CE très... à l’aise, etc.
    Et le précaire n’a alors aucune prise.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h15 le 20/01/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    une œuvre simple et touchante
    qui ne cède jamais au pathos
    Quand je vois une contradiction pareil, je me dis que ça sent vraiment la formule toute faite écrite en passant par le menu des formules toutes faites...

    Et faut vraiment être totalement inconscient, limite criminel, pour ne pas payer royalement ces types. Non seulement ils le méritent vu les risques qu’ils prennent, non seulement il faut les motiver car leur boulot est essentiel, mais aussi s’ils sont de mauvaises humeur ils leur suffit de pisser dans la piscine pour que tous les baigneurs pondent des bébés à trois têtes.
    Et un type qui a faim, s’il à quelque chose à vendre, il finira par le vendre. Et j’imagine que plus d’une personne mal intentionnée ne serait pas contre quelques grammes de matières radioactives.

    • Sophie Verney-Caillat
      Sophie Verney-Caillat répond à Keldan
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 23h35 le 20/01/2010
        rédacteur
      • Journaliste 50753
        Journaliste

      pourquoi ? ne peut-on pas être touchant et éviter le pathos ?

      • Keldan
        Keldan répond à Sophie Verney-Caillat
        Now future & karpe diem
        • Posté à 17h05 le 21/01/2010
        • Internaute 5164
          Now future & karpe diem

        Alors c’est peut être ma définition de « touchant » qui est erronée...
        Si je ne m’abuse (mais je triche avec mon dico : D) le pathos c’est le truc larmoyant, ambiance pauvre petit enfant qui meurt de faim ça me file envie de chialer...

        Mais le même dico pour touchant est moins explicite, il dit juste « qui attendrit ». Mais un truc attendrissant c’est aussi un truc qui apitoie, qui fait pleurer dans les chaumières et tout ça, non ?

        Faudrait un académicien pour être sûr du coup, ça tombe bien j’ai mes entrés auprès de Giscard, j’ai pris des cuites à Estaing : D

  • ombrax
    ombrax
    IDF
    • Posté à 15h21 le 20/01/2010
    • Internaute 35027
      IDF

    Le mot « décontamination » est absent de l’industrie nucléaire tout comme le terme « infection nosocomiale » n’est jamais prononcé à l’hôpital. C’est de la novlangue ; quand on ne peut résoudre un problème, on change le mot ;)

  • tagaz
    tagaz
    salariée
    • Posté à 15h27 le 20/01/2010
    • Internaute 98730
      salariée

    Au sujet du nucléaire. Aller sur le site de la CRIIRAD.
    Voir comment des dérogations sont acceptées par résolution, depuis le 9 Mai 2009( c’était interdit depuis 2006) contre l’avis de la surveillance nationale du nucléaire pour permettre, par ex. à AREVA de revendre les gravats provenant de centrales démantelées à des cimentiers et autre constructeurs.
    Une fois revendus ces déchets radioactifs seront perdus de vue et serviront à construire logements ,écoles, et ainsi de suite.
    Une pétition tourne pour que les citoyens soient mis au courant.

    • mauser
      mauser répond à tagaz
      • Posté à 17h44 le 20/01/2010
      • Internaute 4683

      Vous savez en balieueu parisienne l’on a bien bâti une école sur l’ancienne usine à radium de l’époque pour s’appercevoir que le site n’était pas si sain que cela . Enfin s’en appercevoir dison que la question est devenue patente quant les instruments de mesures se sont répandu dans le publique

    • Sophie Verney-Caillat
      Sophie Verney-Caillat répond à tagaz
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 23h33 le 20/01/2010
        rédacteur
      • Journaliste 50753
        Journaliste

      oui, c’est là : Lien

  • AC-89-
    • Posté à 15h30 le 20/01/2010
    • Internaute 39476

    Bon article, en plus du doc d’Arte et du livre écoutez Lien

  • jabier
    jabier
    consultant dans les Landes
    • Posté à 15h44 le 20/01/2010
    • Internaute 31087
      consultant dans les Landes

    Il y a pas mal de temps j’avais visionné un reportage sur ces « décontamineurs » éboueurs du nucléaire.
    Le statut des « mines et énergies“est bien trop avantageux pour eux. C’est pour ça qu’ils sont embauchés sous contrat par intérim par des boîtes sous-traitantes d’EDF et d’Areva. C’est le summum de l’exploitation humaine. Dans une vidéo un évoque sa retraite ? ? ?
    Là où leurs employeurs sont fortiches c’est quand ils leurs font croire qu’ils sont volontaires.
    Ils sont volontaires au point qu’ils se font un honneur de dépasser les 2’30 d’intervention réglementaires, souvent le témoin qu’ils portent sur eux est en alarme. Les malheureux n’ont pas conscience que c’est l’état du marché du travail qui les contraints à subir ces postes à issues fatales pour 1500€ par mois qui les obligent à vivre en caravanes vétustes. Cela me fait à ces chauffeurs routiers, fiers au volant de leur 35 tonnes et qui ont le métier qui a la plus mauvaise convention collective qu’il soit en France. Mais eux ils ont une chance de passer au travers des accidents et de la fatigue pour arriver à la retraite.
    Les ‘ décontamineurs ’ en ont beaucoup moins.
    Le silence qui est fait autour d’eux provient du silence global observé par tous les intervenants dans cette industrie. Tant qu’eux-mêmes auront cette attitude individualiste. Ils subiront individuellement leur sort funeste.
    C’est un silence criminel. Il faudra un drame national pour le rompre.
    Merci à Elisabeth Filhol d’avoir contribué à cette dénonciation.
    On est prévenu à présent, enfin, certains qui veulent voir.

    • sarkophage_xyz-
      sarkophage_xyz- répond à jabier
      • Posté à 16h08 le 20/01/2010
      • Internaute 24987

      Tout à fait, je voudrai juste développer sur les « motivations » et le contrôle.
      Liés à la précarité des contrats courts, s’ils sont reconnus contaminés, ils ne travailleront plus, d’où l’astuce de l’autocontrôle. La radioactivité ayant ceci de particuliers que les symptômes ne se déclarent que quand la dose atteinte est mortelle, ils continuent.
      D’autre part en général, le dosimètre se porte à la poitrine ou à la ceinture mais ces gens là grattent les cuves à la main, les genoux ou autres partie du corps en contact avec les parois contaminées « protégés » par un imperméable (la tenue blanche à capuche) et un appareil respiratoire qui protègent des actions et contaminations chimiques mais certainement pas des rayonnements. Ces travaux ne devraient tout simplement pas être réalisés par des humains !

      • klax
        klax répond à sarkophage_xyz-
        RP
        • Posté à 16h22 le 20/01/2010
        • Internaute 88508
          RP

        Le dosimètre se porte à la poitrine.

        Il enregistre les rayonnements de telle sorte à ce que la dose enregistrée soit représentative de ce qu’à reçu la totalité du corps. La dose mortelle est bien plus élevée que la dose réglementaire annuelle (heureusement) !

        Ensuite, un ouvrier contaminé n’est pas mis au ban de l’entreprise, et pourra bien sur retravailler. C’ets la dose qui fait le poison. Quasiment la totalité des contaminations sont détectées aavant même que l’intervenant soit sorti de la centrale. Des services compétents sont là pour agir : ou la contamination est externe et il suffit généralement d’une bonne douche pour éliminer cette contamination. Ou elle est interne, et un suivi médical est alors nécessaire.

        Je ne me souviens pas avoir entendu qu’on dise à l’intervenant qu’il était condamné...

        Les robots sont utilisés pour des opérations spécifiques (controles des tubes GV, inspection des joints de cuves, ...), particulièrement les opérations fortement irradiantes. Quoi qu’on en dise, si il n’y a pas de risques de morts d’hommes pour une activité, je préfère la fiabilité humaine à la mécanique.

         
        • sarkophage_xyz-
          sarkophage_xyz- répond à klax
          • Posté à 16h39 le 20/01/2010
          • Internaute 24987

          Donc demain c’est toi qui gratte les fonds de cuves ?

          • klax
            klax répond à sarkophage_xyz-
            RP
            • Posté à 18h51 le 20/01/2010
            • Internaute 88508
              RP

            Non, demain c’est moi, avec d’autres, qui allons faire en sorte que ceux qui « grattent les fonds de cuve » puissent travailler en sécurité.

        • jabier
          jabier répond à klax
          consultant dans les Landes
          • Posté à 17h12 le 20/01/2010
          • Internaute 31087
            consultant dans les Landes

          C’est touchant comme un raisonnement de DRH

      • jabier
        jabier répond à sarkophage_xyz-
        consultant dans les Landes
        • Posté à 16h48 le 20/01/2010
        • Internaute 31087
          consultant dans les Landes

        Merci pour ces précisions.
        C’est vrais, là typiquement les robots devraient entrer en action. Mais les automates sont-ils là pour soulager la pénibilité du travail des hommes ?

  • Tariec
    Tariec
    « Radio Paris ment », « Radio (...)
    • Posté à 16h32 le 20/01/2010
    • Internaute 37287
      « Radio Paris ment », « Radio (...)

    Daniel Mermet avait réalisé, il y a quelques années, une excellente émission sur les décontamineurs !
    A réécouter sur la-bas.org...

    Je me rappelle de ces salariés expliquant que le dosimétre était déposé...avant d’entrer en zone contaminée. Car au dessus d’un certain seuil , impossible de continuer à bosser. Le but étant non pas le besoin d’adrénaline (pfffff) mais le fric !
    Pour l’adrénaline (sic), il y a l’Afghanistan pour ça...houp’s désolé, ça m’a échappé.

    Bref, encore des mecs qui ne dépasseront pas la cinquantaine, au mieux...

    EDIT pour le post au dessus : les effets des doses se cumulent. et ce n’est que quelques dizaines aprés que les maladies se déclarent. Au fait, j’ai bossé à la COGEMA il y a longtemps, stop aux contre vérités rassurantes. Moult ouvriers/opérateurs (et médicaux sur place) se foutent de savoir les conséquences à long terme, c’est bien pourquoi j’en suis partie !

  • adel-et mina
    adel-et mina
    curieux
    • Posté à 15h55 le 20/01/2010
    • Internaute 81968
      curieux

    Bonjour,

    Je viens de finir le roman il est super !

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