La marmite de l'info 14/01/2010 à 15h04

Chine et Californie au lieu d'Haïti : pourquoi ces erreurs ?

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89


Mercredi et jeudi, France 3 et l’AFP ont présenté des images d’un séisme survenu la semaine dernière en Californie comme tournées en Haïti pendant la catastrophe de mardi soir. Ce matin, Libération publie en page 2 une photo d’un séisme de 2008 en Chine. Comment de telles bourdes sont-elles possibles ?

Cela n’a pas échappé Geekien ou à DDA, des riverains de Rue89, qui le notaient la nuit dernière en commentaires : les images diffusées mercredi toute la journée par France 3 on en fait été tournées par une caméra de surveillance lors d’un séisme samedi, en Californie du Nord.

CNN s’en est amusé mardi parce qu’un chien pressent l’arrivée du tremblement de terre avant les humains. (Voir la vidéo)

Sur France 3, ces images ont été clairement présentées comme tournées à l’ambassade de France à Haïti dans la nuit de mardi à mercredi. La date n’était plus visible. Dans le 19/20, c’est assez vague :

« Voilà ce qu’ont pu ressentir les employés de l’ambassade de France. Ces images viennent des caméras de surveillance. »

Dans le 12/13, c’était beaucoup plus clair :

« Voilà ce qu’ont vécu les employés de l’ambassade de France. Des images prises par des caméras de surveillance à l’intérieur du bâtiment. »

Et dans le Soir 3, l’affirmation est aussi très directe :

« Il est 17h hier, et sur ces images de surveillance de l’ambassade de France, le séisme de magnitude 7 est impitoyable. » (Voir la vidéo)

Jean-Jacques Basier, le chef du service enquêtes et reportages de France 3, le reconnaît :

« Il y a eu une boulette. Nos consignes sont pourtant claires : on ne reprend pas les images d’Internet à moins qu’elles soient totalement vérifiées. Mais dans la précipitation, hier [mercredi, ndlr], les verrous ont sauté. »

Après enquête, le chef de service précise qu’une « jeune journaliste » a découvert cette vidéo mercredi peu avant midi sur Dailymotion, qu’elle l’a proposée à son chef d’édition qui a décidé de la diffuser dans le JT, sans en référer à sa hiérarchie. « Ils n’ont pas respecté les consignes », ajoute Jean-Jacques Basier.

Première erreur de l’AFP vidéo en 10 ans

Ces images ne viennent pas du service vidéo de l’AFP, puisque France 3 n’en est pas client, et qu’il a diffusé la même vidéo plus tard, à 6h22 jeudi matin. Sa responsable, Christine Buhagiar, explique qu’il y a eu une « erreur humaine » et que « les consignes n’ont pas été respectées ». Elle se désole :

« C’est la première fois que ça arrive en dix ans d’existence de la vidéo à l’AFP. »

Le journaliste de l’AFP fautif a trouvé la vidéo sur Dailymotion, dans un cadrage resserré, donc sans la date du 9 janvier.

Comme le relève Le Post, BFM TV a considéré jeudi matin que ces images venaient de Port-au-Prince, mais sans préciser le lieu où elles ont été tournées. La version de BFM-TV viendrait donc de l’AFP. (Voir la vidéo)

Toutes ces erreurs proviennent de la même source : une vidéo publiée par un internaute sur Dailymotion, volontairement recadrée et explicitement présentée comme « tournée à l’ambassade de France ». La plateforme de partage l’a aujourd’hui retirée.

Dans Libération, sous la photo placée en bas à gauche de la page 2, on peut lire cette légende :

« Des immeubles entiers à terre, à Port-au-Prince. »

Malheureusement, l’image a été prise en mai 2008 à des milliers de kilomètres de là, dans le Sichuan, en Chine. Elle illustre un article paru en février 2009 dans le Daily Telegraph à propos des causes (probablement humaines) de ce séisme.

Mina Rouabah, chef du service photo de Libération, explique que l’AFP a d’abord envoyé cette photo mercredi matin, en précisant qu’elle avait été « obtenue sur Twitter » :

« Quelques minutes plus tard, l’AFP a envoyé un message “mandatory kill” [suppression obligatoire, ndlr], avec la photo barrée. J’ai donc considéré qu’il ne fallait pas la passer. Mais plus tard dans la journée, j’ai constaté qu’elle se trouvait sur les fils des agences Max PPP et Sipa. C’est pour ça que nous l’avons publiée.

Il était impossible de vérifier d’où elle venait. Nous allons publier un rectificatif demain [jeudi, ndlr]. »

La photo est donc parue dans Libération avec le crédit « Photo Radio Télé GinenHaïti.Max PPP ». Joint ce jeudi dans la matinée, un responsable de Max PPP a promis de me rappeler quand il aurait plus de temps.

► Mis à jour le 14/01/2010 à 16h41 avec les précisions de France 3.

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  • 77 réactions
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  • Alexad
    • Posté à 15h15 le 14/01/2010
    • Internaute 8145

    Pour moi, ce ne sont pas des bourdes !

    Il faut de l’image, du sensationnel, de l’illustration de l’horreur ! ! Alors c’est sans scrupules qu’on tape dans les archives, pourvu que ça fasse de l’audience ! ! On nous sert ce type de « reportage », pour les manifestations, les émeutes et pour les guerres !

    • Désabusé
      Désabusé répond à Alexad
      desabuse.blogspot.com
      • Posté à 15h17 le 14/01/2010
      • Internaute 32800
        desabuse.blogspot.com

      Sensationnel et bidonnage sont les deux mamelles de la télé commerciale.

    • philou le cantalou
      philou le cantalou répond à Alexad
       ? ! ...
      • Posté à 21h31 le 14/01/2010
      • Internaute 100481
         ? ! ...

      Oui, c’est pour ça qu’il ne faut pas regarder la télé. Ecouter la radio suffit : moins de sensationnalisme et d’exploitation de l’émotion.

  • minuipile
    minuipile
    testeur info
    • Posté à 15h19 le 14/01/2010
    • Internaute 97838
      testeur info

    L’image à la tv, n’est pas vérité, mais une illustration.

    Comme dans un livre pour enfants, il faut des images avant de dormir.

  • enfumage
    enfumage
    parti de rien pour arriver (...)
    • Posté à 15h20 le 14/01/2010
    • Internaute 97031
      parti de rien pour arriver (...)

    La chasse à l’image étant ouverte à Haiti tous les coups sont permis ... c’est à celui qui le premier « shootera “ le malheur , la détresse et la désolation .... comme cette fillette ensevelie à la une de Libé , du Parisien et autres ..ce voyeurisme immonde de plus en plus trash fera bien sur le bonheur des uns mais surtout ne changera rien au malheur subi par la population ... alors en Chine , aux USA ou à Tombouctou peut importe d’ou viennent les images , le but étant d’occuper le terrain des feuilles des journaux , des télés et des ordis ... Dieu seul y reconnaitra les siens ....

  • viva zebda
    viva zebda
    Ni maître, ni croquettes
    • Posté à 15h27 le 14/01/2010
    • Internaute 25029
      Ni maître, ni croquettes

    pas tout a fait « hors sujet »...
    70.000 personnes meurent par manque de nourriture ,CHAQUES JOURS sur notre Terre mondialisée
    25.000.000 par ans

    on nous en parle ,dans le meilleur, des cas ,une fois par ans,suite a un rapport d’organisation international ,et chaque année ,un peu plus meurent

    il faut évidement parler de ce tremblement de terre....l’impasse est inimaginable,mais marre des médias qui jouent spectacles et émotions(jusqu’a mentir par « ? erreur ? » d’image,le choc des photos)

    d’aussi grandes douleurs quotidiennes que sont la faim,méritent que nous fassions pression sur nos dirigeants mondialistes
    et c’est un peu se que j’attends de la Rue...
    (je rève... ?)

  • RaoulTC
    RaoulTC
    Barbu-e, évidemment.
    • Posté à 15h25 le 14/01/2010
    • Internaute 69193
      Barbu-e, évidemment.

    C’est dommage, pourtant il y en a plein des photos avec des gens morts, crâne éclaté, membres brisés, coupés, des visages ensanglantés, des gens qui pleurent et qui hurlent ... C’est pourtant bien le catastrophisme gore et la recherche de l’image qui choque ! Du sang ! du sang et des larmes !

    Edit :

    Ah, voilà, excusez-moi, la rédaction m’apprend à l’instant que c’est la bande-annonce de saw 6 ...

    Humour macabre, sans aucun rapport avec ce que je ressent pour les Haïtiens.

    • supertoto
      supertoto répond à RaoulTC
      post-doc expatrié
      • Posté à 15h44 le 14/01/2010
      • Internaute 100724
        post-doc expatrié

      Mais peut-être que les images de saw 6 se retrouveront un de ces jours dans les JTs... fortuitement bien-sûr !

  • willounet
    willounet
    Ingénieur en informatique
    • Posté à 15h28 le 14/01/2010
    • Internaute 100761
      Ingénieur en informatique

    Ahahah ! Et après on se targue d’être un journaliste professionnel, par opposition aux bloggers amateurs !

    Démonstration est faite qu’un blogger peut assez facilement dire moins de connerie qu’un journaliste sans scrupules.

    • Keldan
      Keldan répond à willounet
      Now future & karpe diem
      • Posté à 15h48 le 14/01/2010
      • Internaute 5164
        Now future & karpe diem

      Si ça se trouve, le coupable est un blogueur pris en stage de journalisme...
      Aïe non pas les dents ! : D

  • vilmorpheus
    vilmorpheus
    Idéaliste
    • Posté à 15h30 le 14/01/2010
    • Internaute 86413
      Idéaliste

    On commence à avoir l’habitude de ces « bourdes »...et voir des morts ou des gens pleurer leur famille, super....

  • Yann Guégan
    Yann Guégan
    Avec les doigts http://bit.ly/ (...) Rue89
    • Posté à 15h39 le 14/01/2010
      éditeur
    • Journaliste 1836
      Avec les doigts http://bit.ly/ (...)

    Pour compléter ces explications d’Augustin, signalons qu’à Rue89, nous avons repéré cette vidéo sur Dailymotion assez tôt mercredi matin. Assez vite, on a eu des doutes.

    J’ai contacté le site de partage de vidéos, en supposant qu’ils avaient l’habitude de détecter ce type de « fake ». Dix minutes plus tard, une responsable des contenus confirmait qu’il s’agissait d’images prises en Californie, et Lien.

    Nous ne sommes pas toujours aussi irréprochables dans notre utilisation des images. Le 30 décembre, je publiais une photo mal légendée dans la rubrique « En images » :
    Lien

    La différence avec les exemples ci-dessus, c’est la possibilité de rectifier une erreur a posteriori, et la grande vigilance de nos internautes : la brève est en ligne à 12h17, l’erreur est signalée à 14h39, et la photo changée à 15h46.

    • Popolon
      Popolon répond à Yann Guégan
      • Posté à 18h23 le 15/01/2010
      • Internaute 36072

      C’est bien de votre part, ça n’est pas comme Pierre Haski qui lors d’un article sur les révoltes ouïgours de l’année. Metait 3 commentaires qui ne correspondaient pas du tout aux images (des Européens ne connaissant pas trop la Chine pouvant se laisser influencer. C’était ici :
      Lien

      Trois images se suivent, deux femmes Ouïgours en robes de mariée à l’occidentale, avec derrière une photo représentant (une mise en scène ?) d’un mariage de... Ouïgours et commenté comme défilé de mode de Han (la Nationalité majoritaire en Chine).
      En dessous une personne avec un foulard posé sur la tête (ça n’est pas mieux que le gouvernement qui voit des Burqa partout en France), la Burqa, c’est en Afghanistan, pas dans la Région autonome Xinjiang. On voit d’ailleurs derrière un femme tête dénudée dont rien ne permet de dire qu’elle soit Han ou OuÏgour.
      Et la photo suivante, une Han pauvre qui pousse un chariot présenté comme une vendeuse de la rue Ouïgour malheureuse en contraste avec les Hans ! ! Mais comme partout le peuple pauvre migre pour essayer de trouver des richesses ailleurs, ce qui donne rarement des bons résultats, et permet de faire des photos à la va vite...

      Au passage, on peut voir ici ce que donne un voile à la Ouïgour :
      Lien
      Les hui (autre minorité musulmane) sont plus couverte, mais on voit tout de même tout le visage, et dans les 2 cas, toutes les femmes de la nationalité ne portent pas le voile...

      Mais il est évident pour des gens connaissant les Chinois que ce sont des visages de Nationalités opposées aux commentaires.
      Il y a une volonté de dramatiser sans vérifier les sources ou en détournant volontairement la réalité faute de mieux à mettre sous la dent.

      Autre erreur importante, dans la section ’Objectif peuplement’, Pierre Haski parle de « République autonome », alors que son status est traduit par région autonome Ouïgour du Xinjiang (新疆维吾尔自治区), mais il s’agit d’une erreur moins grave vis à vis de l’information, qui aurait pu être corrigé en ouvrant simplement un Guide du routard, Lonely Planet, ou Wikipedia...

      • Pierre Haski
        Pierre Haski répond à Popolon
        Cofondateur Rue89
        • Posté à 14h45 le 16/01/2010
          éditeur
        • Journaliste 9
          Cofondateur

        Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. Comment osez vous m’accuser de mise en scène sans la moindre preuve pour cette photo légendée « défile de robes de mariées dans le quartier Han de Kashgar ». Ayant pris moi-même ces photos, je tiens à votre disposition toute la séquence, avec le public, les bâtiments autour et tous les élements qui permettent d’authentifier ce qui est dit en légende.

        Vous affirmez les choses sur un ton tellement affirmatif, mais il n’y a pas une affirmation exacte. La légende de la photo de a jeune fille qui pousse le chariot dit simplement « Urumqi, 2005 », où avez vous vu que la jeune fille y est décrite comme Han ou Ouïgour ? Nulle part.

        Toutes ces photos ont été prises lors d’un voyage au Xinjiang en 2005. Elles correspondent à la diversité de situations que j’ai pu y trouver. Malgré vos efforts, vous n’avez pas relevé une seule erreur sur les photos ou leurs légendes, rien que des insinuations. C’est nul.

        Il est évident que je mets mes photos à la disposition de quinconque voudrait vérifier ce que je dis et le confronter aux affirmation de mon contradicteur bien hasardeux.

         
        • Popolon
          Popolon répond à Pierre Haski
          • Posté à 02h34 le 18/01/2010
          • Internaute 36072

          Je trouve d’abord triste que vous répondiez que je n’ai relevé aucune erreur au lieu de contredire mes fait et terminiez par c’est nul.

          Je cite votre article qui suggère pourtant clairement une différence de situation lié à la Nationalité (façon de nommer les ’ethnies’ en Chine) :

          « La première est en marge d’un défile de mode pour robes de mariées côté Han ».

          Je ne crois pas que « Côté Han » puisse se définir comme « Quartier Han » en français. Je ne pense pas d’ailleurs qu’il soit plus juste de parler de quartier Han.

          Dans tous les cas ces personnes sont clairement des Ouïgours à leurs visages, je ne peux les confondre avec les Hans malgrès leur diversités.

          Si j’affirme cela, c’est que j’ai eu le plaisir de rencontrer des Ouïgours à plusieurs occasions en Chine (avec qui j’ai partagé un voyage, qui laissait montrer une bonne situation économique) et en France et la partie chinoise de ma famille comporte également un Ouïgour, habitant dans un quartier quelconque de Pékin, mélangé avec les autres comme partout en Chine.

          Il y a des Régions autonomes, des districts (ou cantons, selon les traductions) autonomes de minorités où la dite minorité détient plus de pouvoir gouvernemental, mais il n’y a pas de limitation d’habitation par quartier en fonction des nationalités.

          Le faite de vivre à l’occidentale n’est pas un fait Han, appartenir à une culture d’influence musulmane ne rend pas forcément intègre à la religion ou à des principes anti-modérnité (dont je ne fais pas l’apologie), comme laisse supposer le contraste que vous nous montrer en inversant injustement les rôles.

          Je poursuis sur un autre passage, juste au dessus de la photo de la demoiselle poussant le chariot, où vous écriviez :

          « Là aussi, un sérieux contraste entre le quartier Han et le quartier Ouïgour ; d’un côté le business chinois, de l’autre le bazar et les vendeurs dans la rue. »

          Cela semble clairement opposer Hans et Ouigours, « Chinois » (généralement et malheureusement entendu comme seuls Hans et votre double opposition la réconforte) et vendeurs de la rue.
          Cela revient à opposer Français (une nation-pays, notion étatique) et Breton, Picards ou Alsaciens (des régionalismes culturels). Si ça n’était pas votre volonté, s’il vous plait, essayez d’éviter ce type de rhétorique.

          C’est bien ces quelques phrases qui me font bondir, d’autant plus quand je vois les photos.

          Pour la femme poussant le chariot, il s’agit probablement d’une personne venue de la campagne pour vendre les produits de sa culture. Ce type de personne pauvre que l’on trouve partout en Chine indépendamment de la nationalité, mais dépendant de l’origine socio-professionnelle de sa famille. On les retrouvera dans les ateliers, dans les restaurants, dans d’autres petits boulots, comme on y trouve en France majoritairement des migrants africains, indiens (j’y inclus Srilankais et Pakistanais) ou chinois...

          J’insiste enfin sur le fait que ce que vous appelez quartier Han dans cet article est probablement plutôt un quartier de gens aisés, toutes nationalités confondues, ayant eu probablement un meilleur cursus scolaire que la moyenne de la population, parlant un mandarin très standard, ce que beaucoup de Han (danseur diversités linguistiques) ne peuvent pas faire. On peut comparer a ce titre, à moindre mesure, en France, le vocabulaire limité et les accents des différentes régions (incluant Paris) plus marqués dans les couches les plus pauvres de la population, qui les différencient du « Français standard ».

          Je suis persuadé que, si vous êtes sincère, vous n’avez pas su saisir cette différence qui me parait essentielle dans la société chinoise, cela aurait pu vous pousser à une interprétation exagérée.

          Enfin, le dernier détail qui me fait ’tilter’ est la comparaison qui semble forcée entre les modèles Ouïgours (coté Han) en costume de mariées et le voile intégrale que je n’ai jamais vu en Chine. Comme pour bien montrer la différence (souligné par le texte), suivit d’une femme dans la rue (plus du tout voilée) mais pauvre, qui serait donc finalement aussi Ouïgour...

          • Pierre Haski
            Pierre Haski répond à Popolon
            Cofondateur Rue89
            • Posté à 07h43 le 18/01/2010
              éditeur
            • Journaliste 9
              Cofondateur

            Je maintiens ce que je dis. Votre réponse montre que vou n’êtes jamais allé au Xinjiang. A Kashgar, il y a clairement la vieille ville ouïgour et le quartier moderne où s’installent les fonctionnaires et les nouveaux résidents han. C’est vouloir nier ce qui se passe au Xinjiang de prétendre le contraire.

            La photo des robes de mariées est au centre de votre réaction. Là aussi vous vous trompez, le défilé de mode est composé de jeunes femmes Han, et destiné à vendre des robes de mariées aux Han de Kashgar, et une partie du public est constitué de Ouïgours, beaucoup plus traditionnalistes.

            Vous vous évertuez à contester cette réalité en vous apuyant sur ce que vous avez vu dans le reste de la Chine. Mais vous ne comprenez pas qu’au Xinjiang et au Tibet, les deux régions aux marches de l’empire, il y a à la fois la différenciation sociale que l’on voit dans le reste de la Chine, doublé d’une incontestable différenciation ethnique qui a donné les affrontements que l’on a vus.

            Comme vous, je pourrais vous dire que je vous crois sincère, mais je crois que vous parlez sans avoir mis les pieds au Xinjiang et lancez des accusations sans fondement, c’est regrettable.

            Cordialement.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h47 le 14/01/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    C’est si difficile que ça de reconnaitre une vidéo tournée en Chine d’une tournée à Haïti ? Je sais bien que le délit de faciès est un vilain péché, mais si je voyais des xanthoderme aux yeux bridés sur une vidéo venant d’Haïti, je me poserais quand même quelques questions : D

    La précipitation a bon dos. Quel besoin avaient-ils de se précipiter pour montrer des images ? C’était trop tard pour le direct et ça ne sort pas les gens des décombres les images.
    je crois que c’est surtout un type qui a fait son boulot à l’arrache, qui a pas eu envie de se prendre la tête, a tapé une recherche vite fait sur le Net et a ramassé la première vidéo qu’il a trouvé, et sa seule précipitation était d’aller retrouver à l’heure sa wifa au resto afin de pas se faire interdire dedans-dehors.

    Enfin c’est encore la preuve que les images n’apportent rien d’autre que de la décoration. L’info en elle même étant les mots « séisme à Haïti », montrer un petit enfant mutilé pour faire pleurer les ménagères n’est que du packaging vendeur.

  • romi45
    romi45
    découvre l'information
    • Posté à 15h49 le 14/01/2010
    • Internaute 20205
      découvre l'information

    pour que se soit rentable il faudrait mettre plusieur images de morts affreuses, et demander au public, lecteur de voter par SMS (cout du sms + 1.23€)

    comme ca on reste dans une logique star’ac

  • a déménagé le 4 février 2011
    • Posté à 15h58 le 14/01/2010
    • Internaute 51971

    Curieusement, la rédaction de Rue89 ne donne pas les sources (auteur et date) de la photo illustrant l’article « Dons, secours, bilans… : huit questions sur le séisme en Haiti », elle est juste légendée ; c’est le moment de réparer cet oubli (je n’ose imaginer que c’est une erreur)...

  • uscan
    • Posté à 16h07 le 14/01/2010
    • Internaute 39932

    En réaction aux commentaires ce-dessus.

    Je travaille dans une rédaction et je voudrais démystifier un peu ces points de vue. Il est faux de penser qu’un journaliste va mettre exprès une image plus sensationnelle même si elle ne vient pas du bon endroit, les choses ne se passent pas du tout comme ça.

    C’est même le contraire, les journalistes mettent un point d’honneur à ne pas se tromper sur le nombre de morts, la localisation, autant de petits détails sans importance sur le fond. Il en va de leur intégrité de journaliste, de leur sacro-saint rôle, informer la population. Ils prennent cela très au sérieux. Donc, non, tous les moyens ne sont pas bons, ce n’est pas vrai. Mais ce qui est vrai c’est que l’image forte sera toujours mise en avant, c’est un réflexe, une règle d’or, enseignée dans les écoles de journalisme et très fortement présente. On commence un sujet par une « accroche ».

    Il y a des raisons à cela : les journaux, qu’il soient télévisés ou papier sont des sociétés qui cherchent à gagner de l’argent. Une « accroche » comme son nom l’indique attire le client (et ça c’est vous et moi), et c’est très efficace. Nous ne lisons pas ou ne regardons pas ce qui parait trop terne. C’est un fonctionnement complètement intériorisé dans les rédactions. Ce n’est pas en soi une si mauvaise chose, en tout cas ce ne le serait pas si les sujets étaient approfondis et traités de façon impartiale.

    C’est le cocktail de l’attrait par l’émotion et de la désinformation, de la propagande qui est terrifiant. Mais le plus gros problème est certainement du côté de la propagande.

    Et justement, si les journalistes mettent un tel point d’honneur à ne pas mélanger des lieux ou des bilans, c’est parce que c’est le seul endroit où le système leur permet de placer leur orgueil ou leur intégrité journalistique. Sur le fond, il n’en ont pas la possibilité : contraintes de temps, de moyens, d’accès à l’information (filtre des agences) ou parfois interdiction de la hiérarchie, et surtout sélection des individus (ceux dont la pensée n’est pas conforme on assez peu de chance de faire carrière, même si certains réussissent).

    Donc on n’est pas dans une logique : prêts à tout pour faire du sensationnel, c’est plus subtil et plus complexe... plus efficace aussi.

    • parleamon
      parleamon répond à uscan
      journaliste
      • Posté à 17h04 le 14/01/2010
      • Journaliste 42633
        journaliste

      « les journalistes mettent un point d’honneur à ne pas se tromper sur le nombre de morts, la localisation, autant de petits détails sans importance sur le fond “dites-vous. Bein non, cher confrère. Je suis là-dedans depuis 40 ans tout rond cette année et oui :
      - certains choisiront le + sensationnel si le reste ne l’st pas assez
      - certains se contentent de ce leur livre les agences et/ou Internet ( et tout autre source). Mais, au départ d’une info, même pour la + grande et prestigieuse des agences, il y a un humain, que l’on appelle journaliste. Et si lui se trompe ( ou se fait enfumer), tout le monde suit.Même une info d’agence, cela se vérifie et, au minimum, on cite cette source...
      - certains, enfin ( mais contradictoirement avec le début de votre réflexion, vous l’admettez plus bas) font trop vite, sans assez de moyens, sans assez de formation, oui oui, même après l’école de journalisme, sans assez de ‘culture professionnel’ et au bout du compte, ils se gourrent, dans les lieux, le nombres de victimes, les petits détails, justement. EX : le manque de culture générale et pro, c’est dire sur une télé d’info continue que des Haïtiens qu’un avion pour Paris n’a pas pu prendre en charge à PauP n’ont du coup pas pu ‘rentrer en Métropole’... C’est bien connu : on parle français à Haïti, donc c’est sans doute un de nos départements d’Outre Mer. La République Haïtienne peut être contente... A la prochaine !

      • Leclere gérald
        Leclere gérald répond à parleamon
        paysagiste
        • Posté à 10h49 le 15/01/2010
        • Internaute 9130
          paysagiste

        Tout à fait d’accord avec vous, sur toute la ligne.
        Les rédactions, toutes les rédacs, ont ou vont supprimer les correcteurs. Ils étaient, là, pour surveiller les textes mais aussi pour regarder si il n’y avait pas d’erreurs entre l’image et la légende.
        Je peut en parler en connaissance, ma soeur a fait partie d’une de ces charrettes de personnes sois-disantes inutiles.
        Nous avons les médias que nous méritons.
        Les Français , ce sont toujours foutus des retards sur la qualité de la télévision aux states, mais au moins, eux, ils l’assument et ils n’en n’ont rien à foutre.
        Comme vous le dites, le journaliste est un être humain, mais la rédaction d’un média, je n’en suis pas sûr.

    • Maxine
      Maxine répond à uscan
      • Posté à 18h53 le 14/01/2010
      • Internaute 39224

      « C’est même le contraire, les journalistes mettent un point d’honneur à ne pas se tromper sur le nombre de morts, la localisation, autant de petits détails sans importance sur le fond. Il en va de leur intégrité de journaliste, de leur sacro-saint rôle, informer la population. Ils prennent cela très au sérieux. “

      MDR de MDR

      J’ai été longtemps porte parole d’une assoc connue, et j’ai entendu, de la bouche même d’un chef de rubrique société d’un très grand média suite à une erreur mémorable de sa part ‘Si vous croyez que je vérifie mes sources ! ! ! J’ai autre chose à faire’

      No comment

      • uscan
        uscan répond à Maxine
        • Posté à 20h37 le 14/01/2010
        • Internaute 39932

        Nous disons la même chose.

        Lorsque l’on répète ce que disent les agences, lorsque l’on reformule ce que disent tous les confrères, il n’y a plus rien à vérifier, et comme de toute façon on n’a pas le temps, la question ne se pose pas.

        Ce que je veux dire, c’est que le problème est bien plus profond, il est réellement sur le fond : quels sujets traite-t-on, quelle place pour l’investigation - réelle - , quelles sont les questions que l’on n’a pas le droit de formuler, quelles sont les faits que l’on n’a pas le droit de relater ?

        Faire un vrai travail journalistique oblige à vérifier ses sources, car les enjeux sont importants, il faut être sûr de ce que l’on avance. Parlez-en aux journalistes du Canard Enchaîné, ou à un type comme Paul Moreira, ou à Laure Nouhalat, ou Marthe-Monique Robin...

        Mais ce genre de travail devient complètement marginal. C’est pour cette raison qu’on en vient à débattre sur une question aussi triviale : ces images sont-elles celles de Haïti ou de la Chine ? L’intérêt de cette question est limité par nature. On va finir par trouver qu’il y a eu une erreur quelque part, il y a eu la précipitation. Et après ? Quel intérêt présente ce débat ?

        Résumer le problème du journalisme à ce genre de question c’est tracer un cadre qui exclut la vraie problématique du débat. On peut alors s’étriper sans rien remettre en cause réellement.

        Ce fonctionnement est typique, c’est sur ce modèle que fonctionne la presse en démocratie, c’est un type de propagande.

        Noam Chomsky démontre tout cela avec une grande intelligence. je vous conseille la lecture de ses écrits.

         
        • parleamon
          parleamon répond à uscan
          journaliste
          • Posté à 14h20 le 16/01/2010
          • Journaliste 42633
            journaliste

          Rien qu’en employant le mot d’investigation, vous êtes à côté de la plaque... C’est quoi, le journalisme d’investigation, si ce n’est un terme inventé par quelques confrères en mal de notoriété ou de reconnaissance dans les années 80. Qui dit investigation, dit enquête... Et l’enquête ne devrait-elle pas être le quotidien du journaliste, du reporter, dans beaucoup de rubriques ( judiciaire, police, santé, politique,économie). Pas besoin de tant d’emphase pour qualifier ce que certains faisaient déjà, bien avant que « l’investigation » existe... Ensuite, en citant certains noms et : ou titre, vous vous plantez aussi car personne n’est infaillible surtout s’il fait tout pour faillir. Et le plus pointu des journaux spécialisé se trompe de temps à autre...
          Et puis, en posant la question de savoir quelles sont celles qu’on aurait pas le droit de poser ( à moins que vous ayez voulu faire de l’humour), là encore vous êtes loin du compte. Il faut poser TOUTES les questions, ou alors il faut ouvrir une épicerie ! De même il faut traiter TOUS les sujets. L’un des vrais problèmes, car ils sont nombreux, c’est que la presse française vit sur un modèle économique qui ne peut plus accepter le journalisme tel que certains le pratiquaient voici encore 20 piges. Tant que l’on apprendra dans les écoles de journalisme à « fabriquer du contenu », on aura des journaux avec un peu d’info pour emballer bcp de pub. Je me souviens des confrères d’agences à qui l’un des responsables d’une des + importante école avait demandé « comment voulez vous que nous vous formations » vos futures recrues ? ». Un confrère avait répondu : « formatez les nous journalistes », ce sera déjà bien. Après ce genre d’avatar, désolé, on peut tirer l’échelle... Ou alors, il va falloir partir de loin... Perso je m’en fous, je suis volontaire. Pas sût que nous soyons nombreux. Allez, bonne journée devant vos « idoles » de « l’investigation »...

          • uscan
            uscan répond à parleamon
            • Posté à 11h56 le 17/01/2010
            • Internaute 39932

            Pour une raison mystérieuse vous avez décidé de vous énerver contre moi. Cependant nous sommes d’accord. Je souscris complètement à ce que vous venez d’écrire.

            Vous dites : tout devrait être de l’investigation, c’est vrai, c’est ce que je dis aussi en parlant du fond. Dire « Quelle place pour l’investigation » n’était en effet pas assez précis. Chaque sujet devrait être vérifié et approfondi.

            Vous dites que l’on doit traiter TOUTES les questions, et c’est ce que je dis aussi. Je dis qu’il faut bien comprendre que dans le système actuel on n’a pas le droit de toute traiter, qu’il faut réussir à voir quelles questions sont permises et quelles questions sont interdites, c’est instructif. Mais s’il faut prendre conscience de cette limite c’est à l’évidence pour parvenir à la dépasser.

            Donc je suis d’accord avec vous et en plus je vous propose une explication : pourquoi le système est-il celui-là. Est-ce le fruit du hasard, de la paresse, de l’incompétence ? Non, il y a des intérêts puissants qui modèlent la presse dans une démocratie. Elle doit être un outil de propagande, et du point de vue de la classe dominante et des milieux d’affaires elle fonctionne parfaitement et elle remplit très bien son rôle actuellement.

            Je pense qu’en comprenant cela, on augmente ses propres chances d’agir efficacement pour changer cet état de fait.

        2 autres commentaires
    • DBL8
      DBL8 répond à uscan
      Retraité
      • Posté à 21h47 le 14/01/2010
      • Internaute 19562
        Retraité

      Ah oui ?
      Et bien vos confrères du « le Parisien » n’ont pas les mêmes scrupules !
      Ils font paraitre des articles de réunions qui ne se sont pas encore tenues, par ex. : paru le lundi pour une réunion tenue le mardi qui suit ! Et avec photos !

      Ça me rappel un film, avez-vous le moyen de pondre les UNES du lendemain ?
      Il y a de sacrés rigolos parmi vous.

    • Kimouss
      Kimouss répond à uscan
      Plombier polonais au Water Gate
      • Posté à 16h00 le 15/01/2010
      • Internaute 37458
        Plombier polonais au Water Gate

      Charabia typique d’un agent de com (le mot journaliste étant mort de sa mauvaise mort).

      A écouter ce quidam au dessus, il nous donnerait presque l’impression que les mecs qui se sont lamentablement plantés en confondant des pays sont des pros ; -)) faut les laisser faire, ce sont des pros, nous des gueux...

      non seulement les journaleux ne s’excusent pas quand ils font des énormes conneries (qui couteraient le taf de pas mal d’autres gens en temps normal), mais en plus ils le revendiquent ou s’en vanteraient presque, ces gens si importants...

      démissionne bonhomme, si t’as pas le temps de faire ton taf

      • uscan
        uscan répond à Kimouss
        • Posté à 15h28 le 16/01/2010
        • Internaute 39932

        Pour dire les choses plus simplement : il est certain qu’il y a un problème avec le journalisme. Qu’une erreur ait eu lieue quelque part et qu’elle en ait amené certains à remplacer la Haïti par la Chine c’est regrettable. Mais franchement, ce n’est pas grave. Ce qui est grave c’est de dissimuler des faits dont l« importance est majeure. Par exemple en ce moment, pourquoi ne parle-t-on pas plus de la suppression du juge d’instruction, des affaires que cela va enterrer etc... Ca c’est vraiment grave. Et pendant que l’on concentre toute notre énergie à dire que c’est vraiment malheureux d’avoir mis une image à la place d’une autre, le gouvernement fait avancer une réforme qui supprime carrément l’indépendance de la justice ! Ca devrait faire la une. Hier ou avant hier les avocats ont manifestés, tous les journaux auraient du ouvrir là-dessus. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Voilà une question de fond. Mon “charabia” ne vise pas à dire autre chose.

        ––––––––––––

        Ma réponse pourrait s’arrêter là. Si vous avez envie d’en lire plus je suis rentré dans le détail. Sinon inutile de continuer, l’essentiel est contenu dans le paragraphe que vous venez de lire.

        ––––––––––––

        Et pour ce que je vois dans la rédaction où je travaille (et où je suis monteur) je continue d’affirmer que de nombreux journalistes mettent un point d’honneur à vérifier qu’il y a bien eu 52 morts et pas 51 dans un attentat. Ok, c’est bien, mais ça change quoi ? Quel intérêt ? Je pense que s’il y a tant de fierté là-dessus c’est parce que le système dans son ensemble ne permet plus de faire de l’investigation, ne laisse plus de marge suffisante pour que les gens puissent exercer leur métier comme ils l’ont rêvé, enfant ou ado. Quand on veut être journaliste on veut informer la population, dénoncer les mensonges, enquêter, découvrir etc... On s’engage dans ce métier, comme dans beaucoup, avec un idéal, une image d’Epinal. Et lorsqu’on y est rien de tout cela n’est possible, ou très rarement. On est pris dans un engrenage qui vous oblige à radoter en cœur.

        Je vois grosso modo trois types de personnes

        • Ceux qui au fond cherchent le pouvoir et la gratification sociale, qui ont très bien compris le système, et qui radotent le mieux possible avec qui il faut et quand il faut pour monter dans la hiérarchie.
        • Ceux qui sont parfaitement inconscient du système qui les encadre et qui demeurent persuadés de faire un travail de première importance en toute liberté
        • Ceux qui ont compris la machine dans laquelle ils sont tombés et qui essayent, dans la mesure du possible, de faire passer d’autres messages, ou qui s’engagent en marge de leur travail principal dans des activités où ils peuvent agir plus librement.

        Bien sur chacun est un dosage de ces trois caractéristiques.

        Personnellement je relève de la troisième catégorie ; j’ai réalisé un film documentaire complètement en marge de mes activités professionnelles (Lien), je tiens Lien, et je prépare un nouveau film pour lequel je suis parti 6 mois en Afrique en prenant des congés sans solde. Mon travail de monteur news est purement alimentaire.

        Je pense qu’il est important de comprendre les rouages de la machine médiatique, qui est une machine de propagande. Taper simplement sur les journalistes c’est passer à côté de l’essentiel, du système.

        Système de sélection des individus : si vous pensez, par exemple, qu’il y a un problème avec la théorie officielle du 11 septembre ou que la finance doit êtes radicalement simplifiée et encadrée pour revenir à des taux de profitabilité de l’ordre de 8% maximum ou encore que le pouvoir concentré est nécessairement tyrannique et qu’il convient de parvenir à terme à le dépasser (en développant l’autogestion, en démocratisant l’économie) ou encore autre chose, il y a plein d’exemples ; alors vous êtes mal barré. On va vous écarter du système. Soit au départ à l’embauche ou au niveau des écoles, soit après en refusant vos papier ou vos sujets. Tout ça parce qu’au font, qui contrôle les organes de presse ? Soit des grands groupes soit l’Etat. Il ne vont pas s’autodétruire et travailler contre leurs intérêts.

        D’autre part une source importante de leurs revenus vient de la publicité, il ne faut pas que les annonceurs s’en aillent. Or les annonceurs ne ciblent pas les pauvres mais plutôt les gens aisés ou riches, avec qui ils font de l’argent. Donc le journal doit attirer le lectorat qui convient aux publicitaires, sinon les publicitaires vont se retirer et le journal va couler. Le journal est donc tenu de tenir un discours qui convient à la classe dominante, il reflète la vision du monde des affaires, qui n’est ni la réalité ni la vision de la population dans son ensemble. C’est ainsi que se fait la propagande en démocratie. Et de là vient le fossé que l’on ressent entre journalistes et population. Mais se limiter à accuser les journalistes c’est trop facile et surtout ça ne fait rien avancer. La réalité est plus complexe. Beaucoup d’entre eux souffrent exactement comme nous de cette machine de propagande.

        Par ailleurs je maintiens qu’ils ne mettront pas volontairement à l’antenne une image qui n’a rien à voir avec le sujet traité simplement parce qu’elle est plus forte, ça c’est du mythe. Lorsque ça arrive, déjà c’est rare, ensuite c’est une faute professionnelle que tout le monde reconnait. Pour l’autre jour je pense que ça n’a pas été fait sciemment, il y a certainement eu méprise quelque part. Quelqu’un a fait une erreur, tout le monde fait des erreurs, je trouve que ce n’est pas intéressant, ça ne nous apprend rien, le problème à mon avis n’est pas là.

        En revanche il y a la dictature de l’émotion dont on peut parler, même si elle n’a rien à voir avec ce problème. Si l’image avait été réellement prise à Haïti personne n’aurait rien trouvé à redire.

        D’un coté le contenu médiatique est clairement encadré, le champ au sein duquel on est libre de penser est bien planté, de l’autre il y a un mode de fonctionnement complètement intériorisé qui place l’émotion avant tout. On parle d’image forte. On est obligé de privilégier une “image forte”, c’est comme une règle d’or, apprise dans les écoles et maintenue entre confrères : celui qui déroge va être marginalisé et considéré comme mauvais. Il n’y a pas de place pour le recul. Dans certains cas utiliser les “images fortes” se justifie, mais pas toujours. On ne prend jamais le temps de s’interroger sur le sens que cela crée. Ce sens est-il fidèle à la réalité ? Certains journalistes le font et ils ont de gros problème avec tout le monde. Finalement ces images seront systématiquement utilisées.

        Et cela a un effet addictif sur le public, ce sont des shoot d’adrénaline. Cela rappelle les techniques de marketing, qui étudient la psychologie, montrent des images à des cobayes en les soumettant à un scanner du cerveau pour étudier les réactions... Je ne sais pas s’ils l’ont fait avec les images des news. En tout cas ce système vise consciemment à attirer le client, on retrouve donc bien la logique commerciale.

        De l’autre côté, combien de personnes regardent Arte Info ? Leur journal, de ce point de vue est qualitativement un cran au dessus. Il y a donc aussi une responsabilité des spectateurs qui au fond aiment bien recevoir leur shoot.

        Il y a aussi des exceptions : Le Monde Diplomatique ou le Canard Enchaine se financent uniquement par leurs lecteurs, pas de publicité chez eux, ils ne dépendent ni de l’Etat ni du monde des affaires. Et le résultat s’en ressent.

        Le Canard montre bien que l’on peut être divertissant et accrocheur sur la forme sans être propagandiste sur le fond. C’est aussi ce que je voulais dire dans mon premier post, et c’est ce qui vous a dressé contre moi : le fond est bien plus important que la forme, c’est tout de même lui qui informe ou désinforme.

         
        • Kimouss
          Kimouss répond à uscan
          Plombier polonais au Water Gate
          • Posté à 19h50 le 16/01/2010
          • Internaute 37458
            Plombier polonais au Water Gate

          Quand on a des choses à se reprocher, on délaie.. Bonjour le pavé...

          Vous êtes comme la plupart de vos collègues : à vous gratter le nombril quand il s’agit de parler de vous. Des heures et des heures d’auto analyse.

          Quand vous faites des conneries, des grosses :

          1 - on le reconnait, journaliste ou pas. On cherche pas d’excuses.
          2 - on fait profil bas et on fait pas la leçon aux autres. comme tout le monde.
          3 - c’est pas à vous de juger votre travail, mais le public.
          4 - C’est pas à vous de dire ce que le public doit penser de vos conneries.

          sur le fonds et la forme, vous etes nulle part. dans la moyenne des journaleux français.

          1 : améliorez déjà la forme et la rigueur. on ne tolère pas à un mécanicien de confondre une clé anglais avec une clé allen.

          2 : pour le fonds, je vous conseille de changer de boulot. Vous dites : « Donc le journal doit attirer le lectorat qui convient aux publicitaires, sinon les publicitaires vont se retirer et le journal va couler. Le journal est donc tenu de tenir un discours qui convient à la classe dominante, il reflète la vision du monde des affaires, qui n’est ni la réalité ni la vision de la population dans son ensemble. »

          C’est lucide de votre part. Mettez vous en accord avec vos idées et travaillez pour un média qui informe et ne travaille pas pour la pub et le fric.

          • uscan
            uscan répond à Kimouss
            • Posté à 12h41 le 17/01/2010
            • Internaute 39932

            On reproche à juste titre aux journalistes, surtout à la télé, de faire systématiquement dans le facile, le simpliste. On invite un gars à la télé et on lui donne 2 minutes pour nous expliquer le génocide au Darfour. C’est ahurissant, parce qu’en deux minutes il est matériellement impossible d’expliquer des faits complexes. Par ce procédé la télévision en revient à tout simplifier, et à ne proposer que des caricatures. Et ce système exclut naturellement les opinions qui ne sont pas couramment véhiculées par la presse. Si vous dites : « La Chine est une dictature », pas de problème, tout le monde va opiner. Si vous dites « La plus grande source de terrorisme au monde, est les Etats-Unis » il va falloir argumenter et prouver ce que vous avancez, car tout le monde va être sceptique. Mais vous n’en avez pas la possibilité. Vous allez juste passer pour un extrémiste ou un illuminé. Donc la télévision, par la nature même de son fonctionnement rapide exclut les opinions dissidentes. Fabuleuses caractéristique pour un outil de propagande. Noam Chomsky explique cela très bien.

            Délayer c’est autre chose, et ce n’est pas ce que j’ai fait. En plus votre reproche est malhonnête puisque vous oubliez de dire la remarque que j’ai écrite après le premier paragraphe.
            Je ne me gratte pas le nombril, j’aime bien écrire et comprendre les choses. Je pourrais faire la même chose (et je le fais) sur de nombreux autres sujets.

            Ce n’est pas moi qui me suis trompé d’image au sujet du tremblement de terre, que je sache. Je n’ai jamais nié qu’il y ait eu là une erreur. Au contraire : je ne fait qu’affirmer qu’il y a une erreur. Mais je dis que le vrai débat au sujet du journalisme n’est pas là.

            Ou pour être plus précis, si de nombreuses personnes comme vous sont très en colère contre les journalistes, il y a une raison. Et j’expose l’origine de cette raison. D’après moi c’est bien plus grave et bien plus vaste qu’une simple « erreur ». C’est ce que j’essaie de dire. Se focaliser sur cette erreur c’est ne pas voir toute la machine de propagande qui est autour, et qui fonctionne de façon très efficace. C’est bien cela, j’en suis persuadé, qui vous énerve, et il y a des raisons d’être énervé. Puisque la presse ment, manipule et désinforme. Mais je ne pense pas que l’on puisse expliquer et comprendre le problème si l’on se contente de dire « les journalistes sont tous des cons ». C’est plus compliqué.

            Et comme je suis à l’intérieur j’en profite pour vous expliquer comment ça se passe. Je ne suis pas plus satisfait que vous du fonctionnement de la machine médiatique, il n’y a pas de raison de m’agresser, ce n’est pas moi qui tire les ficelles.

            Je ne sais pas si vous êtes allé voir les sites que je vous donnais en référence, mais vous pourrez constater que je suis très loin de ne travailler que pour le fric, beaucoup plus loin que vous ne l’imaginez en fait. A ce sujet puis-je savoir quel est votre métier ?

            Ce qui est marrant, c’est que vous avez décidé de me lyncher, parce que vous projetez sur moi l’image des « médias » dans leur ensemble. Mais je ne suis pas du tout « les médias », je suis un individu, dans une machine nommée « médias ». Prenez le temps de savoir qui je suis, et ce que je fais. Si nous nous étions rencontré à la sortie de la projection de mon film (dernière projection dans un festival organisé par ATTAC) vous m’auriez sans doute félicité, sans savoir que je travaille aussi dans une rédaction pour gagner ma vie, car mes films ne m’en rapportent pas, il m’en coutent. SI vous avez lu mes posts précédents vous savez que je ne suis pas journaliste mais monteur.

            Il y a quelque chose d’irrationnel : si on vous parlait d’un salarié de France Telecom, vous alliez le plaindre, dire qu’il est une victime du capitalisme et que vous êtes de son côté. Pourquoi ne lui dites-vous pas de démissionner pour arrêter de travailler pour la pub et le fric ?

            Quelle différence ? Il y en a certainement une, mais je vous pose la question, où est la différence ? Et comme je vous le demandais plus haut, quel est votre propre métier ? Ca nous amène sur un débat intéressant : comme on gère sa place dans le système actuel. Il n’y a pas qu’une seule réponse, c’est compliqué, beaucoup de paramètres sont en jeu, souvent contradictoires, il faut bien nourrir sa famille n’est-ce pas ? Comment on gère ça ? Qu’est-ce que ça coute ? C’est une question intéressante.

        2 autres commentaires
  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 16h09 le 14/01/2010
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    « Malheureusement, l’image a été prise en mai 2008 à des milliers de kilomètres de là, dans le Sichuan, en Chine. Elle illustre un article paru en février 2009 dans le Daily Telegraph à propos des causes (probablement humaines) de ce séisme. »

    Bon, les journalistes prennent leur boulot, comme tout le monde, par-dessus la jambe. On s’en fout, on savait.

    Par contre je suis vachement intéressé par les causes probablement humaines du séisme du sichuan ! ! !

    • TienTien
      TienTien répond à Autist Reading -
      impavide devant les ruines de (...)
      • Posté à 18h37 le 14/01/2010
      • Internaute 86881
        impavide devant les ruines de (...)

      Vous avez bien raison de souligner ce très curieux morceau de phrase ! Aucune explication ne viendra, j’en ai peur....

      • Augustin Scalbert
        Augustin Scalbert répond à TienTien
        Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
        • Posté à 19h27 le 14/01/2010
          rédacteur
        • Journaliste 27
          Journaliste

        Pourquoi ce pessimisme ? Voilà l’explication :
        Lien

        J’avais aussi mis le lien dans mon article pour ceux que ça intéresse, mais sans développer plus parce que mon papier ne porte pas sur ce séisme chinois de 2008.

         
        • Geekien
          • Posté à 21h12 le 14/01/2010
          • Internaute 24619

          En fait de DDA, j’étais le premier, pendant le 19/20 de mercredi

          Lien

          Un journaliste qui se trompe dans un article sur une manipulation de contenu par les médias, ça commence à bien faire :)

          • Augustin Scalbert
            Augustin Scalbert répond à Geekien
            Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
            • Posté à 00h02 le 15/01/2010
              rédacteur
            • Journaliste 27
              Journaliste

            Au temps pour moi, désolé de vous avoir grillé ainsi la politesse ; -) Pour la peine, je vous ajoute dans l’article.

        2 autres commentaires
      • Zeki
        Zeki répond à TienTien
        Curieux de tout
        • Posté à 00h27 le 15/01/2010
        • Internaute 64085
          Curieux de tout

        L’article dit que des scientifiques américains et chinois pensent que le tremblement de terre est du à la construction et au remplissage du barrage hydroélectrique de Zipingpu (315 millions de tonnes d’eau).

        Lei Xinglin, of the China Earthquake Administration, said that the Zipingpu reservoir « clearly affected the local seismicity and it is worthwhile to study the role it played in triggering the earthquake further ». He added that firm conclusions remain « premature » however.

         
        • Autist Reading -
          Autist Reading - répond à Zeki
          In enculo cum vibro
          • Posté à 03h27 le 15/01/2010
          • Internaute 73535
            In enculo cum vibro

          Merci.

          Je savais pas qu’on pouvait fabriquer des séismes.

          Maintenant, je comprends mieux les enfouissements dans les failles...

        1 autres commentaires
  • toots
    toots
    void
    • Posté à 16h12 le 14/01/2010
    • Internaute 15123
      void

    Merci pour cet article !

    Je trouve la mise en cause d’internet un peu trop facile. Au final, on voit très bien que c’est simplement un bouc émissaire facile à désigner.

    Ce genre de problèmes arrive aussi bien avec des journalistes professionnels, et je trouve un peu lâche de leur part de se justifier en prétendant que c’est tweater, dailymotion ou, pourquoi pas, wikipedia qui est fautif...

  • Innsa1
    • Posté à 16h15 le 14/01/2010
    • Internaute 36382

    Ces erreurs démontrent quelque chose d’important : le journalisme est devenu un métier ou on reste dans son salon toute la journée à surfer sur Daylmotion, Youtube ou Twiter pour pondre des articles.

  • Axior
    Axior
    Citoyen
    • Posté à 16h21 le 14/01/2010
    • Internaute 26085
      Citoyen

    Comment tous ces gens bien assis ont pu croire une seconde qu’au lendemain d’une catastrophe qui a anéanti toutes communications, on puisse avoir des images de vidéo surveillance provenant d’un immeuble apparemment détruit ?
    Qu’on ait des images provenant de téléphones portables, transmises par satellite, c’est possible. Sur le terrain, la population a d’autres urgences que de transmettre des images sur Internet, mais c’est possible. Maintenant, fouiller des décombres pour trouver des images de télésurveillance, ça me parait peu banal, et même si quelqu’un était assez stupide pour faire ça, comment les aurait-il transmises ?

  • Lairderien
    • Posté à 16h22 le 14/01/2010
    • Internaute 22751

    Mince, ce sont vraiment des amateurs, la vidéo de FR3 circulait déjà sur internet au moins depuis la veille du tremblement de terre d’Haïti, en soulignant que le chien se sauvait bien avant les humains ! !

    En somme ils nous donnent la preuve que les journalistes ne font plus leur métier et se contentent trop souvent de reprendre les infos des agences ou repiquées sur internet.

    Cela ne plaide pas en leur faveur ! ! !

    • DBL8
      DBL8 répond à Lairderien
      Retraité
      • Posté à 21h54 le 14/01/2010
      • Internaute 19562
        Retraité

      Ils n’oublient surement pas de demander leurs chèques en fin de moins !

      Avec le travail qu’ils abattent, cela se comprend, s’ils sont payés à la qualité des articles, des vidéos ou des reportages qu’ils font, certains doivent donner du fric en fin de moins !

  • tweesty
    tweesty
    Gaucher et contrarié
    • Posté à 16h41 le 14/01/2010
    • Internaute 83901
      Gaucher et contrarié

    Il y a encore quelques années, au temps de l’argentique et de l’analogique, existait une profession disparue aujourd’hui : celle d’iconographe.
    Aujourd’hui, ce sont des stagiaires ou des personnes pas vraiment qualifiées pour ce genre de tâche qui choisissent les images illustrant les articles et les reportages.
    Certes, on n’était pas à l’abri de quelques inexactitudes mais dans une majorité de cas, les erreurs grossières comme celles citées dans l’article étaient évitées.

  • parleamon
    parleamon
    journaliste
    • Posté à 16h42 le 14/01/2010
    • Journaliste 42633
      journaliste

    BJR à toutes et à tous !
    Et dans la même série, que penser de la MEME photo, publiée ce jeudi matin 14/01/2010, à la UNE de 3 quotidiens français nationaux, avec...3 signatures différentes, dont deux pour la même agence ? !
    Sans compter les photos que l’on trouve sur le site d’un journaliste Haïtien et que l’on découvre ensuite dans les mêmes journaux français et d’autres étrangers ( ex : La Presse de Montréal ) signer par des agences et/ou d’autres auteurs... A mon avis si, ces jours-ci, vous laissez un de vos journalistes devant Internet, Twitter et la presse mondiale, vous allez pouvoir nourrir cette rubrique durant pas mal de temps... Bon courage...

  • shillom
    • Posté à 17h03 le 14/01/2010
    • Internaute 22134

    Le poids des mots, le choc des photos.
    Seulement maintenant c’est partout la même chose...

  • Wildleech
    Wildleech
    révolutionnaire en devenir
    • Posté à 17h06 le 14/01/2010
    • Internaute 81842
      révolutionnaire en devenir

    Vite ! ! le scoop ! !
    Les images ? ben c’est un tremblement de terre non ?
    ...

    L’info spectacle dans toute sa splendeur.

  • Incognitow
    • Posté à 17h08 le 14/01/2010
    • Internaute 82807

    Ca devrait pas, mais ce genre de choses peuvent arriver ; l’AFP n’est pas la reine des bourdes, passons...

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