11/01/2010 à 16h03

Copenhague : un docu tient la chronique d'un échec annoncé

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

C’est toujours facile de réécrire l’histoire après-coup, mais dans le cas de l’échec du sommet de Copenhague sur le climat, le mal avait pris ses racines bien en amont des négociations. C’est tout l’intérêt du film « Copenhague, chronique d’un accord inachevé », diffusé ce lundi soir sur Canal+ à 20h45. En prenant le temps de regarder ce que furent les négociations sur le climat, balayées en une journée par les chefs d’Etat mais préparées depuis des années, on comprend mieux ce qui a manqué.

Le documentaire de Jean-Philippe Amar était déjà monté aux trois quarts avant le début du sommet dans la capitale danoise et n’a été que légèrement retouché une fois l’échec avéré, « pour souligner les points qui allaient mener à l’échec », explique Elena Sender, co-auteure :

« On s’est alors rendus compte qu’on partait de très loin : que les premières tensions étaient présentes à Bonn en mai, pires à Bangkok en octobre. »

Les réalisateurs se sont mis dans les pas de Laurence Tubiana, la directrice des Biens mondiaux au ministère de l’Environnement, et négociatrice pour la France. De sa voix fluette, la fondatrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), aura fait ce qu’elle peut pour éviter le plantage, qu’elle savait possible dès le départ. (voir la vidéo)

De ce film émergent plusieurs explications à l’échec de ce sommet :

1

L’ONU a chargé un inconnu de mener les tractations

Connaissez-vous Michael Zammit Cutajar ? Non ? Moi non plus. Ce discret Maltais était président des négociations sur le climat, mandaté par l’ONU depuis deux ans.

On découvre dans le documentaire que cet homme de l’ombre est l’auteur du texte de négociation, « un homme extrêmement discret, qui parle peu », reconnait Elena Sender, co-auteure du documentaire. Trop peu ?

Tellement discret qu’en plein sommet de Copenhague, il essuie un camouflet sans précédent : la présidence danoise tente de proposer un autre projet d’accord.

2

La Chine et les Etats-Unis ont caché leur jeu

Comme Rue89 le relevait à la veille de l’ouverture du sommet, Chine et Etats-Unis ont tenté jusqu’au bout de ne pas dévoiler leurs cartes, de peur que ça les engage et les affaiblisse.

Des mois durant, les négociateurs ont passé leur temps à chercher à savoir ce que la Chine était prête à faire. Et les Etats-Unis ont, jusqu’au bout, tout verrouillé. Une stratégie dont le discours du président Obama à Copenhague est un modèle du genre.

3

De la méfiance à tous les étages des négociations

Le mot revient en boucle. Dans la bouche du négociateur de La Barbade, archipel menacé de disparition par le réchauffement climatique, ce mot a un goût plus amer.

Même au sein de l’Europe, qui n’a cessé de vanter l’exemplarité de ses engagements sur les réductions de gaz à effet de serre, les pays n’ont jamais fait corps et ont cédé face à une alliance d’intérêts entre les Etats-Unis et les pays émergents.

4

Des mois d’attentisme et un sprint final casse-gueule

Jusqu’à Copenhague, tout traîne en longueur, de « dîners informels » en échanges entre deux plénières, dans les lobbys d’hôtels de Bonn et Bangkok.

Puis Copenhague est présenté comme le « sprint final » et le sommet se joue dans les dernières 24 heures. Comme le remarque le très lucide Pierre Radanne, ancien directeur de l’Ademe, « les chefs d’Etat arrivent sur des sujets extrêmement mal décantés. C’est dangereux ».

« On voulait montrer qu’un nouveau monde est en marche »

En plus de cette analyse implacable, trois séquences de reportage qui émaillent le film (au Brésil, au Congo-Kinshasa et en Inde) servent à « apporter de l’oxygène dans une ambiance assez anxiogène », explique Elena Sender :

« On voulait montrer qu’un nouveau monde est en marche. Dans les pays en voie de développement, il y a déjà des initiatives, des technologies existent déjà, pleins de petites solutions : lampes solaires, briquettes, bus en site propre... »

Mais l’essentiel reste bien dans l’analyse de l’échec des négociations. Le film conclut sur un décryptage de Laurence Tubiana, son personnage principal :

« Cet accord c’est la réalité du rapport de forces. Obama voulait pouvoir mesurer et vérifier les actions menées par la Chine, il l’a obtenu. Pour la Chine c’est un bon accord car ses actions vont être reconnues sans action juridiquement contraignant.

Globalement pour les pays émergents, ça a été l’occasion de montrer leurs muscles, ils l’ont fait de manière éclatante. C’est pour l’Europe que ça été le plus difficile.

Cet accord au moins, il nous permet sortir de la bataille de tranchées de deux ans, il permet de recommencer la négociation, c’est un point de départ. »

Copenhague : chronique d’un accord inachevé documentaire de Jean-Philippe Amar - 90 minutes - ce lundi à 20h45 - Canal plus - quatre rediffusions programmées (pour les abonnés).

Mis à jour le 11/01 à 17h. Ajout de la bande-annonce.

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  • mocekx
    mocekx
    médecin en semi retraite
    • Posté à 16h32 le 11/01/2010
    • Internaute 88924
      médecin en semi retraite

    on peut se demander comment on a pu maintenir cette conférence alors que tous les éléments d’un échec étaient formulés avant sa tenue ; comment les dirigeants français et en particulier le premier d’entre eux ont pu donner l’illusion à leurs concitoyens qu’un accord pouvait intervenir, comment Nicolas Sarkozy a pu faire état d’un succès alors que l’échec était évident. Trop d’intérêts divergents, trop de rivalités de puissance, trop d’imprécision sur la participation des humains au réchauffement climatique et trop d’inconnu sur la nature exacte de ce réchauffement ont fait capoter pour un temps certain cette lutte indispensable contre ce désastre annoncé

    • ysengrimus
      ysengrimus répond à mocekx
      • Posté à 16h37 le 11/01/2010
      • Internaute 12674

      Je seconde à fond votre critique ici. C’est que le réchauffement global...

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      entre lui et moi, il y a un froid. Je crois au concret, comme de plus en plus de gens. Non à l’écolo-pharaonisme.
      Paul Laurendeau …

      • francoisBR
        francoisBR répond à ysengrimus
        étudiant-salarié
        • Posté à 07h48 le 12/01/2010
        • Internaute 77907
          étudiant-salarié

        Ton ignorance en matière de sciences n’est pas une preuve de quoi que ce soit.
        Laisses donc les scientifiques faire leur boulot.

        Et ce serait bien, qu’un jour, les politiques fassent le leur^^

        Sinon reportage interessant. Même si l’échec était annoncé, vu que personne ne veut jamais payer........surtout pour les pauvres.

         
        • jma14
          jma14 répond à francoisBR
          • Posté à 11h28 le 12/01/2010
          • Internaute 31729

          « Laisses donc les scientifiques faire leur boulot. » Laissez croire que seul les scientifiques ont la solution, est une abberration.
          1/ les solutions au problème et les intervenants sont multiples. Ils vont jusqu’à la population de consommateur ! ! !
          2/ depuis 60 ans, on ne peut pas dire que les scientifiques nous ont créé un monde merveilleux. On le paye aujourd’hui en millions de tonne de déchet dans la nature,
          3/ les scientifiques feront ce que la société civile leur dira de faire, si elle se réveille !
          4/ la plupart des scientifiques sont dans le domaine privé, les objectifs sont donc opposés en terme de moralité. Le capitalisme n’étant pas la pour produire de la moralité ou préserver la nature, mais des produits, donc de la pollution.

        1 autres commentaires
      • Itaki
        Itaki répond à ysengrimus
        OnTheAirTonignt
        • Posté à 12h40 le 12/01/2010
        • Internaute 63001
          OnTheAirTonignt

        C’est du spam : toujours le même message et le même lien qui n’apprend rien : nul !

  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 17h06 le 11/01/2010
    • Internaute 36639
      Retraite invalidité

    Et pourtant Sarko avait déclaré qu’il n’envisageait pas d’échec... ! !

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  • screugneugneux
    screugneugneux
    râleur-NRV
    • Posté à 17h20 le 11/01/2010
    • Internaute 43534
      râleur-NRV

    quand les riches et les puissants auront du soucis a se faire...... alors des décisions seront prises. d’ici à, cqu’un patientera comme il peu......
    aucun etat ne s’est jamais tiré une balle dans le pied pour faire plaisir a son voisin.

  • Trevor narg
    Trevor narg
    auteur
    • Posté à 17h31 le 11/01/2010
    • Internaute 53954
      auteur

    Eh oui... Une affaire pourtant entre de bonnes mains :

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  • zicosas
    zicosas
    le retour
    • Posté à 17h35 le 11/01/2010
    • Internaute 99796
      le retour

    pour changer le climat faudrait changer de système, pas la peine de compter sur les valets du système pour faire ça.

  • grosnours
    grosnours
    ecoretraite
    • Posté à 17h46 le 11/01/2010
    • Internaute 94647
      ecoretraite

    on nous aurait menti a l intention de notre plein gre ? ? et moi qui croyait que ce sommet pouvait deboucher sur autre chose que cette triste pantalonnade .....
    le pire de tout ca c est que les gogos vont continuer a croire en
    l inebranlable volonte des politiques ...waf waf quelle rigolade ! !
    el le pire du pire c est que nos enfants vont prendre en pleine poire les consequences de leur connerie ..

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 18h10 le 11/01/2010
    • Internaute 7659
      oiseau

    Laurence Tubiana reste très optimiste dans sa conclusion.

    En gros, c’est un échec, donc la prochaine fois on fera mieux.

    hélas, en reprenant les mêmes pour recommencer, il est probable que le même résultat apparaisse. Après tout, je n’ai pas le souvenir d’un grand sommet sur l’écologie qui ait été un succès. L’habitude voudrait que ça continue (hélas). De plus, si la chine et les USA ont caché leur jeu pour ne pas négocier, c’est bien qu’ils ne sont pas près à faire des concessions...

    Copenhague a été un exercice de communication, sans autre forme d’avancés ou de volonté politique.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h22 le 11/01/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    C’est toujours facile de réécrire l’histoire après-coup
    Oui mais écrire l’histoire avant-coup, c’est de l’anticipation : D

  • Nevermore
    Nevermore
    Choucas
    • Posté à 18h28 le 11/01/2010
    • Internaute 101109
      Choucas

    Flop-enhague

  • zazachavez
    • Posté à 20h57 le 11/01/2010
    • Internaute 83209

    Globalement pour les pays émergents, ça a été l’occasion de montrer leurs muscles, ils l’ont fait de manière éclatante. C’est pour l’Europe que ça été le plus difficile.

    Bien d’accord ... à ce propos je déplore que l’intervention de Hugo Chavez n’ait pas été plus diffusée ...

    Ah, oui, c’est un dictateur ... : -) , personnellement, je dirais que c’est surtout l’instigateur de la révolution bolivarienne .... et que ça, ça trout le fion au capitalisme ...

    Plutot que regarder TF one ou France Two ... mettez dans l’ordre ces adresses dans dailymotion et vous aurez une toute autre version de ce que vivent les vénézueliens et ,par ricochet, les pays nons alignés et de leurs révoltes quant aux richesses et à leurs partages , et c’est pas hors sujet, du tout :

    VENEZUELA 4 ème guerre mondiale :

    Lien
    Lien
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    Lien
    Lien

    Et aussi :

    Lien

    On ne va plus pouvoir prendre les pays pauvres pour des cons très longtemps ... et c’est tant mieux ! ! !
     : -)

    • Pénéqué
      Pénéqué répond à zazachavez
      Mineur de fond
      • Posté à 22h24 le 11/01/2010
      • Internaute 75648
        Mineur de fond

      …au cœur du sujet, même !
      Merci pour les liens.

      Le jour où les pays pauvres lèveront la tête… au secours !
      C’est bien pour ça que les occidentaux la leur maintient bien dans boue et la dette et la culpabilité et…
      Ils flippent sérieusement.
      Copenhague en est la dernière illustration.

  • Pinip
    Pinip
    Je pense...que je suis
    • Posté à 05h59 le 12/01/2010
    • Internaute 92193
      Je pense...que je suis

    ...quelqu’en fut la doc issue d’un Copenhagen, ou d’un quelconque sommet, s’il ne s’agissait que d’établir une taxe carbone...

    ...je ne vois pas comment, en si peu de temps, à ce sommet, ils auraient pu résoudre les graves problématiques actuelles, à échelle planétaire, dont de graves répercussions sont à prévoir dans les 20 années à venir... :

    - la sur-pêche,
    - la disparition exponentielle de nombreuses espèces animales,
    - la raréfaction de l’eau potable,
    - la déforestation pour ne pas dire anéantissement des forêts,
    - la monoculture,
    - l’appauvrissement des terre cultivables, sans tenir compte des OGM...
    .. et j’en passe...

    Copenhagen...un jeu de poker, beaucoup de bluff... histoire de jauger les joueurs au casino international de la taxe Carbone... une triste histoire de fric, de spéculations, de pelleteurs de nuages, de marchands de rêves, de gagnants en temps et de perdants de tout espoir de survie...

    ...un sommet pendant la vente aux enchères de 10 puits de pétroles en Irak.

    Mais avec ou sans taxe Carbone, avec ou sans Copenhague... nous sommes, dans un sacré merdier... jusqu’au menton...
    Je comprend mieux maintenant, le pourquoi de cette chasse persistante et effrénée à l’exoplanète...

  • objection
    • Posté à 15h14 le 12/01/2010
    • Internaute 99569

    Quelqu’un peut-il m’expliquer ce passage de l’article ?

    « Et les Etats-Unis ont, jusqu’au bout, tout verrouillé. Une stratégie dont
    le discours du président Obama à Copenhague est un modèle du genre. »

    J’ai regardé le discours et à part le fait qu’il enfonce des portes
    ouvertes et qu’il reste vague, je ne vois pas de verrous à proprement
    parler. A moins que ce ne soit ça les verrous mais alors, n’importe quel discours politique est verrouillé.

    Merci.

  • ideme
    ideme
    énervé
    • Posté à 19h29 le 12/01/2010
    • Internaute 83359
      énervé

    Honnêtement, qui avait vraiment envie que ce sommet réussisse ? Mariés au capitalismes les plus crasses (qu’ils soient d’état ou libéraux), les quelques dirigeants présents ne voient que les opportunités de marché potentielles offertes par un capitalisme vert, rajeuni a coup de sève pseudo écolo ou bien une revanche à prendre sur l’histoire. Et les peuples de s’entre déchirer sur les forums : et je te dis qu’on va tous mourrrrrrir, et moi que le changement climatique, je suis contre, j’y crois pas et patati, et patata. Alors évidemment que, déjà qu’il s’agissait d’une immense bouffonnerie, Copenhague n’allait satisfaire personne. On peut balancer 13GT de CO2 par an sans prendre le risque de changer l’atmosphère, sans juger des effets, disons, par prudence. Cela fait 2 tonnes par habitant, 800l du précieux nectar noir. Tous le reste n’est que bla-bla. Communistes, trotskystes, libéraux, capitalistes rhénans, anglo-saxons et autres productivistes de base, unissez-vous, tous a vos calculettes et regardez ou nous mènent vous idées surannées. Le monde ( c’est à dire ce que l’on appelle la nature et la partie de l’humanité laissée pour compte par la grosse orgie planétaire) ne va pas résister longtemps. Nous non plus, ou alors au prix de quelques ajustements (guerres). A votre avis, entre un ajustement humble et humain et une bonne guerre, qui va l’emporter ? Bon, la terre s’en chargera.
    Alors, ce docu aurait pu être tourné bien avant le sommet. Le système dans lequel on vit est le problème. Et le souci ce n’est pas que le CO2, ce sont la faim, la pauvreté, l’eau, les ressources, et j’en passe. Tout cela est à régler en même temps. Alors Copenhague....