TRIBUNE 26/10/2007 à 15h06

Pour une controverse sur l'économie de l'immatériel

Antoine Rebiscoul | Forum d'action modernités

Il est des questions apparemment techniques qui, de façon souterraine, préparent un modèle de société, et sont grosses de lignes de partages à venir. Depuis quelques années déjà, les économistes, les financiers, les comptables, certains dirigeants d’entreprises, se sont saisis des enjeux regroupés sous le terme valise « d’économie de l’immatériel ». De quoi s’agit-il ?

Sous les effets conjugués des nouvelles technologies et d’une recherche toujours plus forte de rentabilité du capital, la conception même que nous nous faisons de ce qu’est la productivité et de ce que sont les principaux actifs économiques a connu une mutation considérable, dont on rend compte de façon trop rapide en parlant de financiarisation inéluctable de l’économie.

Dans les représentations que nous nous faisons encore de ce qu’est une entreprise, le schéma est fort simple. Des matières premières ou des produits semi-finis sont achetés à l’entrée. L’entreprise exerce ses compétences et sa capacité industrielle. Et des produits finis en sortent, dont le prix répond aux principes de l’offre et de la demande. La productivité, comme les actifs de l’entreprise, lui sont essentiellement internes.

Or, ce n’est plus du tout ce qui se passe ! Le problème le plus important de la plupart des entreprises est de réussir à dissocier harmonieusement activités de conception et activités de production, ces dernières ayant désormais par nature vocation, un jour ou l’autre, à être sous-traitées. Ce qui reste « dans » l’entreprise, grand paradoxe, ce sont dès lors des réalités qui ne vivent que d’une socialisation originaire : des droits de propriétés intellectuels, des marques, la capacité à interconnecter le système d’information de l’entreprise au monde extérieur, la qualité d’un dispositif de relations aux clients. C’est-à-dire, essentiellement, des idées et des perceptions.

La question la plus importante de notre développement économique pourrait bien devenir, dès lors, celle de l’adéquation de nos dispositifs et de nos agencements de droits de propriété aux conditions de possibilité de la génération et de la circulation des idées et des perceptions.

La France tentée par une réaction patrimoniale

Sur ce dernier point, le paysage français, disons-le, prend toutes les caractéristiques d’une réaction qu’on pourrait qualifier de patrimoniale. C’est essentiellement la défense, le renforcement, la sauvegarde des droits de propriétés industriels et intellectuels que nous lègue une conception dépassée des réalités économiques qui est au goût du jour.

L’Agence du Patrimoine Immatériel de l’Etat (APIE) a ainsi été créée il y a quelques mois pour mieux valoriser les « actifs cachés » des administrations. Ce que les grands médias ont retenu, in fine, du débat, c’est que Le Louvre ou La Sorbonne peuvent devenir des marques exportables à Abu Dhabi...

Dans les très importantes discussions sur l’avenir des modèles de performance et des accès de l’économie numérique, ce sont en définitive les schémas de paiement à la transaction plutôt que ceux de mutualisation forfaitaire qui ont eu gain de cause. Nous pensons que, en rigidifiant, en réifiant les échanges sous formes d’identités, de droits d’accès, de marques, nous préserverons notre « patrimoine » . La question la plus importante de notre modernité économique, celle de notre adaptabilité à l’immense bataille pour l’intelligence que nous devons livrer, se transforme ainsi en petite histoire de bijoux de familles et de fonds de tiroirs à racler !

Or, l’économie de l’immatériel n’est pas une question de préservation, mais bien de mutation et de croissance. Elle est essentiellement caractérisée par trois éléments, dont l’interaction forme purement et simplement un nouveau paradigme.

Les biens qui ont le plus de valeurs sont les biens inachevés

Premier élément : les entreprises peuvent de moins en moins indexer la valeur d’utilité de leurs biens et services sur leurs coûts de production internes, parce que ce qui fait, de nos jours, la valeur d’utilité d’un bien, c’est l’interaction de ce bien avec le consommateur lui-même. Raison pour laquelle les modèles économiques associables à des forfaits et des abonnements prennent le pas sur l’ensemble des modèles basés sur la seule transaction unitaire. Dit autrement : les biens qui ont le plus de valeur sont ceux qui arrivent sur le marché inachevés, parce qu’ils laissent suffisamment de place à l’inscription de la sensibilité et de la singularité de l’acheteur. Quand vous achetez un iPod, c’est vous-mêmes qui, depuis cette infrastructure de stockage, allez constituer votre propre discothèque personnelle. Lorsque la Fiat 500 est remise au goût du jour, elle permet … 200.000 combinatoires différentes d’options.

Deuxième élément : les logiques de ce qu’on appelle, dans les entreprises, la « chaîne de valeur » , se retrouvent totalement inversées. Marketing et publicité n’arrivent plus, en bout de chaîne, pour rendre présentable un bien déjà produit en amont et pour ajuster l’offre à la demande. C’est la présence même de l’entreprise au cœur de l’espace public, c’est son image, l’appréciation qu’elle suscite, qui lui permettent, ou pas, d’acquérir et d’exploiter une légitimité à agir et à proposer tel ou tel type de bien. Pour prendre un cas extrême, une société comme Virgin, présente aussi bien dans la distribution, les sodas, la téléphonie, les voyages spatiaux ( !) pourrait, aujourd’hui ou demain, se lancer dans vraiment n’importe quelle autre activité, du jardinage à la technologie avancée. Il ne s’agit pas là d’une entreprise qui réalise son potentiel, qui fait apparaître ses « actifs cachés » . Il s’agit plutôt du maniement d’une image virtuelle, spectrale, sans cesse relancée par des « coups » qui sont autant d’événements médiatiques.

Pourquoi la finance envahit l’économie

Troisième élément : notre économie est absolument envahie par la finance. Non parce que les financiers seraient plus rusés ou plus roués que les braves gens. Mais parce que nos capacités d’interconnexions, de créations de combinatoires de consommations, d’agencements d’options de tous types, donnent une puissance folle à tous ceux dont le métier est la mesure et l’évaluation du possible. Or, dans le possible, il y a deux choses (plus de 2000 ans de philosophie ne le démentent pas). Il y a du potentiel : une graine, potentiellement, c’est une plante.

Mais, dans le possible, il y aussi du virtuel : virtuellement, je peux vous rencontrer par hasard demain dans un café, devenir ami, ou pas, avec vous. Le potentiel se réalise, alors que le virtuel s’actualise. Ce n’est pas du tout pareil. Les comptables s’en tiendront toujours à chercher à définir, dans une entreprise, ce qui est réalisable depuis son potentiel stabilisé. Alors que les financiers les plus doués tenteront une synthèse entre le potentiel et le virtuel de l’entreprise. La financiarisation de l’économie est intrinsèquement liée au régime de croissance immatériel dans lequel nous sommes entrés, parce que le capital connaît de moins en moins le déterminisme de son origine patrimoniale : vous êtes, aujourd’hui, une entreprise de bâtiments. Vous construisez, mettons, des parkings urbains. Vous proposez des services associés, périphériques à votre premier métier. Vous devenez une marque identifiable par le public. Vous voilà parti pour devenir, pourquoi pas, une entreprise de services à la personne…

Voyez, par exemple, le cas de Vinci. Au départ, vous étiez comparable à toutes les autres entreprises de bâtiments, et la finance vous évaluait en fonction de cet étalon de comparabilité. Mais, dès lors que vous êtes devenu aussi autre chose, ce que vous perdez en rectitude par rapport à votre potentiel (ce que les financiers appellent la prime de risque), peut-être le regagnez-vous avec des multiples plus forts en suscitant du virtuel. Résultat des courses : ce n’est plus votre profit futur qui détermine votre valeur ; c’est en fonction de votre valeur virtuelle (la bourse) qu’on va attendre de vous tel ou tel niveau de profit.

L’économie de l’immatériel marque ainsi, en un sens, l’expulsion progressive du potentiel par le virtuel. Raison pour laquelle elle se met en place par « bulles » . C’est-à-dire par succession de crises de comparabilité.

Les bienfaits de la circulation des savoirs

Il y a eu bulle concernant internet parce que internet, de façon indécidable, est à la fois un secteur d’activité propre, et une technologie qui vient bouleverser l’ensemble des secteurs d’activités. Il y a eu bulle sur les crédits hypothécaires américains parce qu’il s’agit du choc entre l’ensemble du tissu de l’économie solidaire d’accession au logement aux États-unis et les pratiques les plus strictement, les plus bêtement économiques, pourrait-on dire, du crédit à la consommation. Il y a, il y aura de la même façon une bulle biotech, une bulle verte etc. Il y a bulle lorsque, de façon consciente, le potentiel ne rend pas compte à lui seul du possible.

Dans ce monde là, la seule stratégie qui vaille, c’est celle de l’ouverture. C’est reconnaître que la productivité sociale est parfois devenue plus puissante que la productivité organique interne aux entreprises. C’est mesurer vraiment si la circulation des savoirs n’est pas plus profitable à tous que leur « sauvegarde » sous forme de droits de propriété renforcés. C’est ne pas être naïfs vis-à-vis des enjeux de marques, qui expriment souvent beaucoup moins une identité « patrimoniale » qu’une cristallisation de virtualités d’action et de puissance.

Décidemment, ici comme ailleurs, comme le disaient bien les auteurs du Nouvel esprit du capitalisme, comme le rappelait récemment Philippe Lemoine dans un livre pénétrant, nous n’en avons pas du tout fini avec « l’héritage de mai 68 » !

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  • Anonyme

    Cette tribune est déroutante par son intelligence ! Bravo !

    • Anonyme

      en effet c’est bien envoyé !

      • Anonyme

        ANTOINE,

        tu es trop généreux ! Tu donnes tout plein de trop bonnes idées à ces crétins de marketeurs et de pubards, qui ne méritent pas tant.

        Ta Titoune

  • Anonyme

    Très juste ! Je suis analyste financier, et je dois avouer que tout ce qui est dit là est plus qu’intéressant.

    • Anonyme

      c’est vrai que les taux d’actualisation, on les fait toujours au doigt mouillé - et c’est vrai aussi que trop souvent il faudrait les appeler taux de réalisation... et ce n’est pas juste de la sémantique !

  • Anonyme

    Cet Antoine Rebiscoul a raison : il faut que cette controverse ait lieu

  • Anonyme

    ENFIN un argumentaire vraiment fort contre le DRM et autres verrouillages ! ! ! !

  • Anonyme

    juste excellent !

  • Anonyme

    Les dirigeants de marque, les agences de communication, les créatifs sont entrés dans une course folle pour concilier données divergentes et maîtriser la complexité.

    Dans les entreprises, pour dégager plus de profit à court terme, les actifs immatériels des marques est sur-exploitées. Entre l’objectivement quantifiable et l’intangible valeur ajoutée, une matière noire prend forme dont la valorisation dépend du bon vouloir des « consommateurs » et des marchés financiers, et de toutes les autres parties prenantes.

    Les dirigeants d’entreprises doivent réussir « ici et maintenant, avec chacun ». C’est à eux de reprendre en main leurs marques et d’identifier LE projet de marque fédérateur des individus à l’interne et à l’externe qui permettra le développement de l’entreprise et de ses prestataires. Sans « big ideas transversales », la nécessaire maîtrise des coûts et la mesure de l’efficacité prendra le pas sur l’indispensable innovation.

    Les groupes industriels et commerciaux doivent repenser uniformément leurs rapports qualité/prix en fonction des spécificités de chaque pays et de chaque catégorie de consommateurs.
    Les frontières n’étant plus étanches, les marques, les produits, les prix discordants introduisent le doute chez les consommateurs.

    Le consommateur tel que nous l’envisagions, n’existe plus.
    Un nouvel individu émerge en dehors des cadres conventionnels.
    Il ne peut plus être standardisé dans des typologies marketing, ni regroupé arbitrairement dans des catégories statistiques ou des tribus. Paradoxal, il fait tout et son contraire selon le contexte et le moment.
    Le mass marketing semble lui aussi révolu… mais comment dégager une offre personnalisée ?

    La communication est devenue bilatérale. Le Web 2.0 et les NTIC promeuvent une nouvelle « façon d’être » : la liberté d’expression, le partage, l’autonomie, la transparence, le dialogue, le communautarisme, le volontarisme.
    La marque doit « s’ouvrir et entrer en relation »…mais qu’elles sont les nouvelles modalités et jusqu’ou aller et avec qui ?

    Tout est devenu media, même le hors media et les individus eux même. Les medias les plus qualitatifs, les mieux ciblés, qui permettent la plus grande interaction, sont les moins coûteux et le plus immédiats. C’est eux qui sont privilégiés : internet, téléphonie, évènementiel. Les autres doivent s’adapter et se repositionner « avec les autres ».

    Le monde de la création est sur le devant de la scène :
    - Toute l’industrie se tourne vers les créatifs (innovation à travers le design, differenciation par la communication...), beaucoup de monde se tourne vers ces métiers devenus plus séduisants
    - Les nouveaux moyens de communication, techniques, matériaux rouvrent de nouvelles perspectives à la création : interactivité, temporalité, virtualisation...
    - De nouveaux métiers émergent dans chaque branche pour faciliter la rencontre avec les meneurs de projets et les créatifs : des consultants, des agents, des coordinateurs
    - La frontière entre l’art et le commerce redevient plus fine mais les rapports restent tendus (« contre le démon marketing et le pouvoir de l’argent castrateur »)
    - Les jeunes talents n’ont plus besoin de suivre un parcours obligé pour être reconnus, et tout est a leur portée de main
    - les créatifs s’organisent en petites équipes ou en collectifs, les grandes structures souffrent et ont du mal à s’adapter

    Jeremy dumont directeur du planning strategique de pourquoitucours
    Faire travailler les gens ensemble autour d’une idée.
    Lien

    • Anonyme

      il faut libérer les idées ! !

  • cléUSB
    • Posté à 14h18 le 27/10/2007
    • Internaute 20548

    Bien ! Merci rue89 !

  • cléUSB
    • Posté à 15h04 le 27/10/2007
    • Internaute 20548

    très bon

  • Anonyme

    oh comme c’est beau toute cette théorie sur l’immatériel, le potentiel, le virtuel et...

    Il ne manque que la réalité en fin de compte.

    La bulle sur les crédits hypothécaires américains a explosé parce que ce n’était qu’un vulgaire système pyramidal se nourrissant des commissions accordés sur les prêts, lorsque le « potentiel » a été réalisé c’est à dire que les plus crédules des pauvres ont tous été lessivés, le château de cartes s’est effondré.

    Dans tous les cas il y a un moment ou on est rattrapé par le réel : Vivendi, Infogrames, AOL, Enron, etc.

    Il y aura bien quelques uns pour me sortir des réussites : Virgin, Microsoft, Google, mais ce serait oublier que ces entreprises ont de vraies activités commerciales rentables.

    • Anonyme

      la bulle a explosé parce que il y a eu « une perte de confiance » ce qui est bien humain...il y a eu un « controle check » puis le doute...

    • Anonyme

      rah ...la confiance...
      a un moment, certains ont fait un « reality check » et n’ont pas eu confiance...
      c’est ca aussi l’immatériel...

      jeremy dumont

  • Anonyme

    Cet article est clair et brillant, sur des sujets bien compliqués.

    Mais on n’arrive pas à comprendre si l’auteur se réjouis des bulles ou s’en inquiète.

    Et Mai 68 dans tout ça, la référence à la fin m’échappe.

    Mais merci quand même - je trouve très juste de dire que le produits qui ont le plus valeur sont « inachevés »

    • Numerosix
      Numerosix
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 09h55 le 28/10/2007
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      Oui, moi non plus , je trouve cet article impeccable , mais je vois pas du tout ce que veux dire la reference à Mai 68 à la fin . Je ne crois pas que les CRS qui se les prenaient sur la gueule trouvaient les pavés « immateriels » .
      Par contre , une anecdote , j’ etais il y a bien longtemps ( avant l’explosion de bulle internet) client de « Club Internet » , entreprise vendu un jour par Hachette a hauteur de 70 000 Francs l’ abonné !
      Ca m’ avait paru un peu surestimé , pour un abonnement de 100 Francs par mois , moi qui ne jetais jamais le moindre coup d’ oeil sur leur portail d’ accueil et leurs bandeaux de pub .
      Comment ils font, maintenant, les financiers pour le calculer, l’ « immateriel » ?
      On voudrait plus de precisions, Monsieur l’ auteur de l’ article ..

  • Anonyme

    C’est en effet brillantissime, d’une folle actualité et justesse ! Pouvez-vous communiquer les coordonnées de l’auteur, que je voudrais joinre ? Quand on clique sur Antoine Rebiscoul il n’y a pas de mail

    JCM
    Banquier

    • Pascal Riché
      Pascal Riché
      Redchef Rue89
      • Posté à 01h04 le 28/10/2007
        éditeur
      • Journaliste 7
        Redchef

      Si, il y a un mail si vous cliquez sur son nom. Mais cette fonction est réservée à ceux qui s’inscrivent (colonne de gauche).
      Vous pouvez aussi nous laisser votre email, nous lui transmettrons (contact@rue89.com).

  • Anonyme

    Il faudrait envoyer copie à MM. Lévy et Jouyet, puisque si je comprends bien c’est une critique - d’ailleurs très solidement fondée - de leur récent rapport

    • Anonyme

      ce qui est amusant, c’est que Ph. Lemoine, cité élogieusement à la fin du texte, était aussi actif dans ce rapport, non ? Ils ont dû avoir de l’ambiance !

  • Anonyme

    Je n’ai pas lu de texte aussi intelligent depuis bien longtemps !
    C’est vraiment très intéressant.
    Bravo à l’auteur.

    Bernard P.
    Professeur d’économie

  • Anonyme

    Ce que tout le monde sait dans le petit monde de la publicité, c’est que ce Rebiscoul est super brillant mais qu’il fait le nègre de certains de ses grands patrons, qui ne lui en sont pas très reconnaissants...

    • Anonyme

      c’est clair, ça sent le coup de gueule, mais avec du talent !

    • Numerosix
      Numerosix
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 10h00 le 28/10/2007
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      Possible que l’ auteur ne soit pas du tout anti-capitaliste et collabo , mais il faut lire ce que pense l’ ennemi , quand ce qu’ il dit est intelligent ..

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 01h59 le 28/10/2007
    • Journaliste 7922
      journaliste, auteur

    Sous un aspect brillant, argumenté et bien documenté, je sens des pièges sous le plaidoyer. Au risque de passer pour une dinosaure, quand je lis La frontière entre l’art et le commerce redevient plus fine mais les rapports restent tendus (« contre le démon marketing et le pouvoir de l’argent castrateur »), eh bien je fais partie de ceux qui veulent préserver l’art et la création du marketing et éviter de vendrele Louvre comme un logo (alors que « l’ouverture » se pratiquait déjà , à grande échelle dans des échanges gratuits entre musées).
    Et pour moi, les créatifs de pub ne se confondront jamais des artistes. Parce qu’il y a une frontière intangible entre les valeurs symboliques et la valeur matérielle.
    J’avoue avoir du mal à comprendre ce que défend politiquement ce texte. Quand il dit qu’il ne faut pas trop être naïfs par rapport aux marques, ni crispé sur les droits de propriété renforcés, je l’approuve. Mais cette « libre circulation des biens immatériels », cette ovuerture pronée, pour moi, celà sent le catéchisme libéral.
    En revanche, il faut une vraie réflexion sur les outils des nouvelles technologies, sur « l’inachevé » , sur la façon de ne pas laisser les « tuyaux » de cet immatériel aux grands groupes privés, de se les approprier. Là dessus, lisez plutôt Stiegler !

    • Anonyme répond à Valdo Lydeker

      Je suis allé lire ce que dit Stiegler, et au risque de s’éloigner du sujet du texte d’antoine rebiscoul, je vous répond en le citant tout d’abord.

      Pour Bernard Stiegler, la question politique fondamentale est celle-ci : Comment sauver le « capitalisme » et la productivité de la consommation contre tous les phénomènes destructeurs qui les menacent et conduisent à ce que le philosophe appelle la « guerre ». La mondialisation et le phénomène d’uniformisation des comportements et des modes de vie s’attaquent ainsi à la singularité des individus et des cultures. C’est par le biais de la technique numérique, de l’américanisation du monde, des monopoles et du contrôle de la distribution, que le capitalisme s’autodétruit en niant le concept de singularité, et la vocation combative des cultures.

      Et je suis en effet d’accord avec lui et vous, si nous restons crispés sur notre patrimoine, nos acquis (techniques et culturels), la richesse économique déjà produite...
      Par contre si nous nous projetons dans l’avenir non seulement pour défendre nos valeurs mais aussi réaliser un grand dessein ensemble alors il y aura l’éclosion d’une formidable diversité culturelle ...

      Pour y parvenir il faut « lacher » ce qui est déjà constitué et admettre que c’est un nouveau point de départ (et non un aboutissement à préserver), c’est la théorie de l’open source (un nouvel outil issu des nouvelles technologies que ne prend pas en compte Steiner, alors qu’il permet d’échapper à « la grande fusion des cultures »). L’open source par essence ne peut profiter à personne, peut être aux marques si elles cessent d’être égémoniques et seulement économiques...mais dans ce cas la ca ne posera pas de problème qu’elles en bénéficient...

      Et peut être surtout chercher à se rapprocher des personnes qui partagent les même valeurs que nous pour provoquer des occasions de créer ensemble dans un même dessein...
      Personnellement j’aime le concept de « créatifs culturels », que je défend, ils sont porteurs d’une nouvelle culture, ils peuvent changer le monde...ca tient à vous de participer à la diversité culturelle, ou de vous laisser « uniformiser »...

      Regardez devant vous quand vous marchez, sinon vous allez marcher à reculons.

      jeremy dumont
      directeur de pourquoitucours

    • Anonyme répond à Valdo Lydeker

      Entièrement d’accord avec vos remarques !
      pour moi ce texte est trop bien pensant et au service du capitalisme des sorties des messes !
      Eric Marsan

      • Anonyme

        trop bien pensant ou bien trop pensant ? Nuance !

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 02h07 le 28/10/2007
    • Journaliste 7922
      journaliste, auteur

    Oups, beaucoup de fautes. « ne se confondront jamais “avec” des artistes, et plus bas “ouverture”.
    Sur le rapport Jouyet-Lévy, une excellente analyse ici :
    Lien

  • Anonyme

    Etonnant comme l’accumulation de champs théoriques peut tisser une toile dans laquelle les papattes neuronales peuvent se lier entre elles. Revoyons ce « nouveau » paradigme selon ces 3 axes :
    [Les biens qui ont le plus de valeurs sont les biens inachevés]
    L’exemple de l’iPod est particulièrement révélateur d’une recherche de nouveauté. L’illustration aurait été la même avec 1 kilo de patates mais le caractère « découverte » de la démonstration y perdait de sa superbe. Pourtant on en fait des choses différentes avec un kilo de patates.
    Par ailleurs, pour un exemple plus prestigieux, comment Christophe Colomb a « vendu » son expédition ?
    J’ajoute par provoc et pour en rire que l’inachevé est un vocabulaire « vocabulant ».
    Allez je me répète pour être bien clair :
    On pourrait ajouter aux exemples cités par l’article celui de la brouette. Chacun met ce qu’il veut dedans et on a depuis des lustres fait des brouettes avec des panneaux qui se détachent, s’adaptent, ...

    [Pourquoi la finance envahit l’économie]
    On rejoint ici la motivation de la justification de l’investissement qu’il soit financier ou autre. Rappelez vous les croisades. Les finances envahissent l’économie pour le plus souvent justifier un intérêt non révélé ou bien voiler l’archaïsme d’un ressenti. Ce qui abouti à quelles bulles en effets. Mais bon, où est la découverte ?

    [Les bienfaits de la circulation des savoirs]
    Reprenez cette partie et mettez y Hitler, Napoléon, d’autres selon les images qui vous viennent à l’esprit. Associez y les bulles. Laissez mijoter, voilà, le frichti semble prêt à déguster. Cette partie amalgame savoirs et croyances. Remplacez savoirs par croyances (ou peut-être convictions je ne sais pas bien là) et les bienfaits de la circulation des croyances deviennent plus proches des réalités. C’est toutefois beaucoup moins honorable, ah ça...

    Il me reste à féliciter l’auteur. Et très sincèrement malgré le ton de ce commentaire. Son article, par les commentaires enthousiastes qu’il génère, illustre de façon récursive la réalité de ce qu’il dit.
    Mais bon cela s’est toujours pratiqué.
    Mais bon ça marche encore.
    Et bon ça marchera aussi dans l’avenir.

    LeGoJac

    • Anonyme

      Merci LeGoJac pour votre commentaire / comment taire / comme en terre.

      Vous avez bien entendu raison - là..., c’est dit.

      Je retiens de votre commentaire - outre la brouette -

      « Son article, par les commentaires enthousiastes qu’il génère, illustre de façon récursive la réalité de ce qu’il dit. »

      Moi je suis comme vous, j’aime bien le temps long. Le week-end, pour me détendre, je lis Braudel etc. - et même Platon.

      D’ailleurs, vous aurez compris aussi que votre histoire de brouette / iPod, c’est comme de dire : bon, depuis Physique II d’Aristote, c’est plus la peine de parler de ces sujets, c’est déjà dit.

      C’est comme les économistes qui disaient dans les années 90, au moment de la mise en pratique de l’Economic Value Added : « bah, chers amis, le concept ce coût d’opportunité, il est aussi vieux que l’économie politique - arrêtez de vous exciter ».

      J’assume quelque chose, c’est tout, c’est le « déjà-dit ».

      Voilà, c’est simple, simple, simple.

      Merci pour votre attention !

      Antoine Rebiscoul

  • Anonyme

    @anonyme :
    Je fais une différence entre l’« open source » et la vente d’une marque, et la transformation d’un patrimoine en marque. Qui est toute celle entre la gratuité et le partage d’un côté, et le marché de l’autre.

    La même qui existe entre l’artiste et le « créatif culturel » dont la créativité est au service d’une rentabilité. (Bon, c’est compliqué, certains artistes sont soumis àun marché, simplement, là, pour moi, ils cessent d’être des artistes. Et beaucoup sont « créatifs » dans leur vie, dans leur métier, dans leurs relations sociales sans avoir besoin de cette étiquette à la con qui semble sortie d’une livre de Beibdeger.

    Mais il est vrai que la nécessité de « sauver le capitalisme “ ne m’apparait pas évidente (euphémisme).Et je crains que vous n’ayiez mal compris Stiegler.

  • Anonyme

    Bravo.

    Evidemment, l’article soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Comment mesurer la légitimité de ce virtuel ? Quels nouveaux atouts développer ? Où sont les tâches de production dans ce schéma ?
    On retrouve une analyse similaire dans la gestion des ressources humaines depuis un certain nombre d’années déjà. Résultat : une concentration des richesses et des pouvoirs autour de « hauts potentiels » et quelque dirigeants gourous. Difficile de croire que les implications sociales d’un tel modèle soient durable et ne donnent pas lieu à une réaction. Ce qu’on voit d’ailleurs en France où la gauche est effectivement devenue réactionnaire dans son discours (pas nécessairement chez ses membres).
    J’y vois plutôt une inversion de 68.
    Une controverse à souhaiter ardemment.

  • jeremy_dumont
    • Posté à 10h41 le 28/10/2007
    • Internaute 20599

    Je suis d’accord avec antoine...et j’ouvre le débat sur mon secteur d’activité....

    Le monde change plus vite que la pensée et dirigeants de marque, les agences de communication, les créatifs sont entrés dans une course folle pour concilier données divergentes et maîtriser la complexité.

    Dans les entreprises, pour dégager plus de profit à court terme, les actifs immatériels des marques est sur-exploitées. Entre l’objectivement quantifiable et l’intangible valeur ajoutée, une matière noire prend forme dont la valorisation dépend du bon vouloir des « consommateurs » et des marchés financiers, et de toutes les autres parties prenantes.

    Les dirigeants d’entreprises doivent réussir « ici et maintenant, avec chacun ». C’est à eux de reprendre en main leurs marques et d’identifier LE projet de marque fédérateur des individus à l’interne et à l’externe qui permettra le développement de l’entreprise et de ses prestataires. Sans « big ideas transversales », la nécessaire maîtrise des coûts et la mesure de l’efficacité prendra le pas sur l’indispensable innovation.

    Les groupes industriels et commerciaux doivent repenser uniformément leurs rapports qualité/prix en fonction des spécificités de chaque pays et de chaque catégorie de consommateurs.
    Les frontières n’étant plus étanches, les marques, les produits, les prix discordants introduisent le doute chez les consommateurs.

    Le consommateur tel que nous l’envisagions, n’existe plus.
    Un nouvel individu émerge en dehors des cadres conventionnels.
    Il ne peut plus être standardisé dans des typologies marketing, ni regroupé arbitrairement dans des catégories statistiques ou des tribus. Paradoxal, il fait tout et son contraire selon le contexte et le moment.
    Le mass marketing semble lui aussi révolu… mais comment dégager une offre personnalisée ?

    La communication est devenue bilatérale. Le Web 2.0 et les NTIC promeuvent une nouvelle « façon d’être » : la liberté d’expression, le partage, l’autonomie, la transparence, le dialogue, le communautarisme, le volontarisme.
    La marque doit « s’ouvrir et entrer en relation »…mais qu’elles sont les nouvelles modalités et jusqu’ou aller et avec qui ?

    Tout est devenu media, même le hors media et les individus eux même. Les medias les plus qualitatifs, les mieux ciblés, qui permettent la plus grande interaction, sont les moins coûteux et le plus immédiats. C’est eux qui sont privilégiés : internet, téléphonie, évènementiel. Les autres doivent s’adapter et se repositionner « avec les autres ».

    Le monde de la création est sur le devant de la scène :
    - Toute l’industrie se tourne vers les créatifs (innovation à travers le design, differenciation par la communication...), beaucoup de monde se tourne vers ces métiers devenus plus séduisants
    - Les nouveaux moyens de communication, techniques, matériaux rouvrent de nouvelles perspectives à la création : interactivité, temporalité, virtualisation...
    - De nouveaux métiers émergent dans chaque branche pour faciliter la rencontre avec les meneurs de projets et les créatifs : des consultants, des agents, des coordinateurs
    - La frontière entre l’art et le commerce redevient plus fine mais les rapports restent tendus (« contre le démon marketing et le pouvoir de l’argent castrateur »)
    - Les jeunes talents n’ont plus besoin de suivre un parcours obligé pour être reconnus, et tout est a leur portée de main
    - les créatifs s’organisent en petites équipes ou en collectifs, les grandes structures souffrent et ont du mal à s’adapter

    Jeremy dumont directeur de pourquoitucours
    Faire travailler les gens ensemble autour d’une idée.
    Lien

    • Anonyme répond à jeremy_dumont

      Jérémy Dumont, cet article s’adresse à vous...

      Web 2.0 critic Andrew Keen is taking a lot of flak for his book attacking the internet as a refuge for mediocrity and dilettantism. The truth hurts, I guess.

      The Cult of the Amateur : How Today’s Internet Is Killing Our Culture bemoans the rise of amateurism in all spheres of professional life, specifically as facilitated by the internet’s long reach. It bemoans a lot of other serious problems raised by something as insidiously intrusive as the web, but we’ll confine the focus here to the question of the amateur vs. the professional.

      Since bloggers – the most conspicuous of amateurs – are a focus of Keen’s views on this subject, the blogosphere is alive with vituperative assaults on his book, his intelligence, even his character. Even the internet’s high priest of innovation, Lawrence Lessig, felt compelled to weigh in.

      But one of Keen’s central arguments – that the internet, by its all-inclusive nature and easy access, opens the door to amateurism-as-authority while at the same time devaluing professional currency – deserves a full airing. Basically, I think he’s right to criticize what he calls the « cut and paste » ethic that trivializes scholarship and professional ability, implying that anybody with a little pluck and the right technology can do just as well.

      The trouble is, this is not a black-and-white issue. You can’t simply discount the valid contribution of an amateur who got lucky or possesses innate ability, so it’s hard to sound as definite as Keen does without inviting a « You suck“/‘You suck worse’ kind of debate. (Which seems to be the level of most online discourse, come to think of it.)

      OK, so the internet opens up the avenue of mass communication to everyone. So you get the blogs, be they good, bad or indifferent. You also get sites like YouTube and MySpace that encourage your lame personal video contributions and pathetic searches for friendship. They do that because they’ve built their business models on the premise that you’re a total loser in complete denial of the fact. That, and you have this incredible need to share.

      What is the internet, if not a narcissist’s dream come true ?

      But opportunity and desire alone do not professional historians or journalists or pundits make. There’s this process known as ‘learning your craft’ and ‘paying your dues’ that all professionals must endure. Sorry, but trolling the web and blogging from your darkened study doesn’t qualify as on-the-job training.

      Any more than tailoring your news feeder to deliver only the news that interests you makes you an informed person.

      I’ve heard the argument from the so-called Web. 2.0 crowd : What makes the professional any more capable or reliable than a knowledgeable amateur ? What makes the amateur any less a reliable source of accurate information ? That the 2.0s would ask those questions with a straight face is, in a nutshell, part of the problem.

      We could discuss this issue in myriad ways. I’m going to take the amateur vs. professional argument into the arena I know best : journalism.

      First, a caveat : Journalism is in trouble as much as it is in flux, and the professionals bear their share of the blame. The mainstream American media, bloated to unimaginable size across the worlds of print, broadcast and cyberspace, is largely under the thumb of corporate interests more concerned with profit than mission. Largely because of this, it can be accused of failing, in varying degrees, in two of its age-old mandates : to inform the people and to watchdog the government.

      By ‘inform the people,’ I’m not referring to catching you up on Paris Hilton’s legal travails, or publishing a long interview with the latest American Idol. I mean telling you what’s going on in politics and international affairs and business and sports so you can be an informed and engaged citizen. Paris Hilton makes it to the front page only because today’s editors, under the gun to staunch the red ink of falling circulation, think that’s what you want to read. Is it ? If so, shame on you. But shame on us even more, for letting that cloud our news judgment. And shame on our corporate masters for creating an environment of avarice and fear.

      Still, the arguments I’ve heard – that all these free-ranging bloggers, this army of internet ‘journalists,’ unencumbered by corporate interests or the need to please shareholders or appease influential politicians, will save the day – are fatuous.

      Whatever problems facing the business today, I’ve never doubted the ability of the professional journalist to 1.) get the story and 2.) get it right, even if that means fixing some mistakes now and then. I would not trust an amateur journalist to do either.

      The amateur is not equipped to attack a story in the same way. The amateur lacks both the tradecraft (locating sources, cultivating them, chasing down the facts, evaluating them, writing clearly and concisely, etc.) and the professional detachment that keeps a reporter at arm’s length from the subject. More prosaically, the amateur is also unlikely to devote the time needed to developing a complicated story, since, by definition, an amateur is unpaid, or at least poorly paid.

      What about the person who is ‘there’ ? What if you’re standing on the steps of the Capitol, with your cell-phone camera, when Sen. Johnny Walker, three sheets to the wind, pitches head first down the marble stairs and breaks his neck ? Your grainy, low-res photo makes it onto the nightly news and the front page of The New York Times. You even lean over to hear him say, with his dying breath, ‘Rosebud.’ Are you a reporter ? A photojournalist ?

      No, you’re an eyewitness who happened to be toting a camera. The eyewitness has been around for years, far longer than the cell-phone camera or the internet. Your contribution to the resulting news story may be enormous but you’re not a reporter, anymore than someone applying first aid at an accident scene is a doctor. You’re a source, someone who happened to be in the right place at the right time.

      For your account to have any meaning beyond a picture and a five-second sound bite, a professional reporter needs to fill in the gaps. Where had the unfortunate Sen. Walker been drinking, and with whom ? Did he have a history with alcohol (i.e., was he a lush ?) or was this out of character ? What critical votes will be affected by Sen. Walker’s sudden absence ? Who, or what, is Rosebud ?

      One assumption you can make about bloggers is that the reason they’re blogging something in the first place is that they’ve got a vested interest in the subject and they’re going to spin it their way. In a sense they have to, because one of blogging’s tenets is that ‘attitude’ is all-important. Blogging is all about subjectivity, which certainly has an important role in the marketplace of ideas. It might make blogs interesting and fun to read. It might even make them informative. It does not make them journalism.

      Bloggers who scour the web looking for evidence to buttress their agendas, then post their findings as some kind of news analysis, aren’t reporters, either. They’re bloggers. No shame in that. Just don’t confuse blogging with journalism.

      Keen doesn’t. He’s getting his butt kicked for it in some circles but love him or hate him, he should be thanked for stirring the debate.

    • Anonyme répond à jeremy_dumont

      « Le monde change plus vite que la pensée et dirigeants de marque, les agences de communication, les créatifs sont entrés dans une course folle pour concilier données divergentes et maîtriser la complexité. »

      Je te cite.
      A la relecture, tu réalises que ce que tu écris ne veut absolument RIEN DIRE ?

      • Anonyme

        Ces posts sont faits pour commenter de façon constructive l’article de Antoine Rebiscoul, pas pour commenter les commentaires de tel ou tel

  • julbarge
    • Posté à 12h33 le 28/10/2007
    • Internaute 20603

    Pour que l’info sur l’économie de l’immatériel soit la plus large possible, j’ai suivi une conférence de M. Rébiscoul au sein de l’UTC sur ce sujet. En deux ans les choses n’ont pas l’air d’avoir bien changé. Toujours autant de question sont soulevées et peu de réponse sont présentes ?
    Ne pas oublier que Antoine Rebiscoul est actuellement Directeur général de The GoodWill Company, donc du groupe Saatchi et on en revient à Publicis. Le sujet sur l’immatériel est très prenant mais il serait sage que « les économistes, les financiers, les comptables, certains dirigeants d’entreprises » arrivent déjà à compter le matériel et à ne pas le détruire avant de se projetter dans l’immatériel.

    Julien

    • Anonyme répond à julbarge

      Julien,

      merci pour votre post.

      Ce que vous dites concernant ma situation professionnelle actuelle n’est que très partiellement exact.

      En effet, les choses ne changent pas du jour au lendemain. On pourrait même dire que « rien de nouveau sous le soleil » depuis que le monde est monde : n’importe quelle activité de mesure et d’échange implique de « l’immatériel » et une forme, ou une autre, de médiation.

      Cependant, dans le temps (court) de l’actualité (vous noterez que rue89 est un portail d’actualité...), on peut tout de même relever que, par exemple, il y a deux ans, l’INSEE n’en était pas encore à proposer des « calculs personnels d’indice des prix »...

      Enfin, comme vous l’aurez sans doute compris, il n’y a strictement aucun sens à dissocier « immatériel » et « matériel ». Raison pour laquelle ce mot « d’immatériel » est problématique et ne décrit pas bien au fond nos mutations. Certains proposent « capitalisme cognitif », d’autres « économie du savoir », d’autres encore « design capitalism », d’autres « wikinomics », d’autres « écolonomie » etc. etc. la liste serait longue, et reste ouverte - chaque terme a ses avantages et ses inconvénients.

      Bien à vous,

      Antoine Rebiscoul
      antoine.rebiscoul@gmail.com

  • Anonyme

    Merci pour cet article sur le (vaste) sujet de l’immatériel.
    Après lecture du texte et des commentaires, j’ai une autre perception de « l’économie de l’immatériel ».
    En effet en quoi les « les économistes, les financiers, les comptables, certains dirigeants d’entreprises » sont-ils les moteurs de l’économie de l’immatériel ?
    A mon sens la dématérialisation s’appuie sur l’ordinateur et internet, comme en témoignent les Google, Skype, Myspace, etc... pour les entreprises commerciales et la fondation Mozilla pour une approche plus sociale et de réseau.
    D’où un constat qui pose question :
    -un dynamisme dans la sphère anglo-saxonne
    -une incompréhension du phénomène par les décideurs (au sens large) en France
    Alors qu’il s’agit de favoriser des pratiques/idées formulées par des personnes ou des petits groupes, la France se recroqueville sur une notion périmée de la propriété intellectuelle (dadvsi, commission Olivenne,...) afin de préserver quelques rentes de situation (exactement la « La France tentée par une réaction patrimoniale »). Dans le même temps, elle passe à côté des perspectives ouvertes par le logiciel libre ou les licences « libres » (en France, un comité se charge de traduire « creative commons » ; dans un pays anglo-saxon les utilisateurs de ces licences, en particulier les artistes du net ont été conviés à parler de leurs pratiques dans le but d’appréhender les activités que cela va générer).
    Avec un peu de chance, dans 3/4 ans un « Grenelle de l’Immatériel » nous sera proposé !

    Jean Pierre

    • Anonyme

      Et oui, Jean-Pierre, vous avez absolument raison ! Quand on dit immatériel chez les anglo-saxons, immédiatement on entend « puissance des effets de réseau » - et du coup on implique d’emblée la question de la pertinence des droits de propriété, avec les modèles d’open source comme alternative possible.

      Alors que quand on dit immatériel en France actuellement, immédiatement on entend : « petit supplément d’âme affichable sous forme d’une jolie petite marque » - ou, plus souvent encore : verrous (numériques et autres) à mettre en place et à consolider.

      Sans être décliniste, disons quand même qu’on est assez mal parti !

      MJ
      Un patron de « néo start-up » qui enseigne la gestion

  • gloriaparker
    • Posté à 13h29 le 29/10/2007
    • Internaute 19996

    à la vision économiste et financière de l’immatériel peut être adjointe celle d’une vision également juridique.
    Là aussi, il y a une modification profonde des concepts fondateurs, et les frontières s’atténuent peu à peu. Les normes de conduites autrefois relativement claires s’obscurissent et déstabilisent le système, en ruinant totalement la sécurité juridique.
    Le consommateur devient un professionnel de la vente par le biais de plateformes appropriées tel Ebay, les professionnels utilisent pour des besoins personnels ou familiaux leur téléphone ou leur ordinateur portable, ou troquent leur compétence sur des sites de convivialité sociale tel Peuplade, les abonnements forfaitaires finissant de brouiller les pistes...
    Les juges sont désorientés, désinformés, la multiplication des décisions de justice incohérentes dans ce domaine l’attestent, d’autant que les petits conflits sont laissés aux juges de proximité, mal formés et démobilisés.Le justiciable, le contribuable, ont à ce stade du souci à se faire , mais au-delà, le système juridique tout entier car le peu de normes édictées restent inappliquées du fait de la croyance (certes plus trop erronnée) qu’Internet est un domaine de non droit.
    Force est de constater que nos normes sont inadaptées car prévues pour un monde réel, dont les répères sont totalement bousculées.
    A quand effectivement un Grenelle de l’immatériel pour construire un système efficient s’affranchissant d’un passé obsolète et inadapté ?
    Gloria juriste de l’immatériel

  • Anonyme

    Force est de constater que cette controverse fait plus parler de l’immatériel que le rapport Levi/Jouyet...

    • Anonyme

      Cet Antoine Rebiscoul est en effet assez énervant : il dit ce que tous les experts pensent au fond ; à savoir que notre pays est en train, pour des raisons conceptuelles, de passer à côté de la modernité.

      MAIS personne n’ose le dire ! Pourquoi ? Parce qu’il n’est pas de bon ton d’être décliniste.

  • Anonyme

    L’effet économique de l’immatérialité est une chose, mais il y a un coté à ne pas négliger également, la transmission de ses nouvelles formes de biens :
    Lien

    • gloriaparker
      • Posté à 18h48 le 30/10/2007
      • Internaute 19996

      Bravo...excellent sujet ! ! dommage que le document soit un peu léger...

  • Anonyme

    Mai 68 ?
    Les situs d’aujourd’hui seraient les analystes financiers ?

    Faut expliquer avant que Debord ne se retourne dans sa tombe !

    • Anonyme

      Ben oui, c’est exactement ce qui se passe. Les situs d’aujourd’hui sont les analystes financiers. Ne pas le comprendre, même si ça fait un peu mal au bide, c’est se condamner soi-même soit à s’enfermer dans l’académie (sur le thème : rien de nouveau, circulez braves gens), soit à entrer dans une critique vaine, car extérieure, de la financiarisation. Mai 68 a été purement et simplement absorbé par le capitalisme, qui en a fait l’un de ses moteurs les plus essentiels - du moins dans nos pays en voie de dématérialisation.