Grippe A : « La vaccination ne protège pas à vie »
Bruno Lina et Marc Gentillini ont répondu aux questions des riverains de Rue89 sur les vaccins et l’évolution de l’épidémie.
Vous avez été nombreux à poser des questions à nos deux experts (Bruno Lina et Marc Gentilini) sur la grippe et la vaccination. S’il n’ont pas pu satisfaire toutes les demandes, leurs réponses révèlent deux visions de la politique gouvernementale.

Bruno Lina livre le discours habituel des autorités sanitaires. Normal, ce chef de laboratoire de virologie au CHU de Lyon, a de multiples casquettes et conseille le gouvernement sur la grippe.
Merci à vous et à eux d’avoir participé. (Précision : ils ont répondu par mail.)
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► Combien de morts de la grippe A, et combien de la grippe saisonnière ? Comment avoir des statistiques fiables ?
► L’hémisphère sud sort de la période des « grippes » puisqu’il rentre dans l’été. Quel bilan ?
► Mon fils doit faire sa deuxième injection samedi, mais il est sous antibiotiques pour dix jours...
► Quel est le vrai nom de ce virus ? Sa dénomination « abrégée » A/H1N1 prête à confusion...
► Une fois vacciné, l’est-on pour la vie ou doit-on se faire vacciner chaque année ?
► Malgré les mutations constatées, le vaccin est-il toujours valable ?
Diogene-1. Parmi les morts de la grippe, combien sont morts de la grippe A et combien de la grippe saisonnière ? Comment avoir des statistiques fiables sur les décès ?
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Marc Gentilini. Sur les 145 décès recensés par l’Institut national de veille sanitaire depuis avril, en principe, les décès liés au virus de la grippe A H1N1 sont confirmés par un diagnostic virologique. Tous ne sont pas pour autant sans rapport avec une affection concomitante, souvent suffisante à expliquer un décès et il semble que cette année le virus A H1N1 ait pris la place de la grippe saisonnière. Il est souhaitable qu’une étude soit entreprise et des statistiques fiables sur les décès établis, car pour l’instant, l’impact de cette grippe aura été moindre que celui de la grippe saisonnière habituelle... avec une agitation sanitaire, médiatique, économique et politique démesurée. |
Bruno Lina. Actuellement, il n’y a aucun décès lié a la grippe saisonnière. Les statistiques sur les décès comportent deux types de décès répertoriés : ceux liés à la mortalité directe qui est actuellement mesurée en « temps réel », et la surmortalité induite qui ne sera mesurée qu’après la vague épidémique. Cette deuxième partie des décès est souvent la plus importante. |
► Question suivante. L’hémisphère sud sort de la période des « grippes » puisqu’il rentre dans l’été. Quelles sont les statistiques ?
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Admirateur. L’hémisphère sud sort de la période des « grippes » puisqu’il rentre dans l’été. Quelles sont les statistiques ?
Réponse de Bruno Lina. L’interprétation de ces statistiques doit se faire avec prudence, du fait que l’hémisphère sud connaît plus de zones tropicales que le nord, et que la densité de population est très différente.
En pratique, les taux d’incidence (infectés) varient de 10 à 30% en fonction des pays (30% à Wallis et Futuna). Pour la Nouvelle-Calédonie, comme pour la Nouvelle-Zélande, c’est de l’ordre de 15 à 17%.
► Question suivante. Mon fils doit faire sa deuxième injection samedi prochain. Or, il est sous antibiotiques pour 10 jours pour une bronchite sans fièvre. Doit-on reporter son rappel ?
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Tweedix. Mon fils doit faire sa deuxième injection samedi prochain. Or, il est sous antibiotiques pour dix jours pour une bronchite sans fièvre. Doit-on reporter son rappel ?
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(Pas de réponse de Marc Gentilini, pour qui cette question, comme d’autres, nécessitent une consultation préalable) |
Bruno Lina. Le rappel pour les moins de 10 ans est important. Il faut le faire au moins trois semaines après la première injection. Toutefois, cette seconde injection doit se faire en l’absence de syndrome infectieux. Il faut donc attendre la fin du traitement et vérifier qu’il est complètement guéri avant de faire le rappel vaccinal. |
► Question suivante. Mes enfants ont été vaccinés pour la première fois il y a deux semaines. Depuis peu il y a dans leur école un nombre d’enfants malades très important. Un risque existe t il à se faire vacciner (une seconde fois) si l’on suppose incuber une maladie ?
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Papgog. Mes enfants ont été vaccinés pour la première fois il y a deux semaines. Depuis peu, il y a dans leur école un nombre d’enfants malades très important. Un risque existe-t-il à se faire vacciner (une seconde fois) si l’on suppose incuber une maladie ?
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Marc Gentilini. Je rappelle que pour les enfants de plus de 10 ans, une seule injection suffit, selon l’OMS. |
Bruno Lina. Il n’y a aucun problème a faire le vaccin si votre enfant ne présente aucun signe. Par contre, s’il est symptomatique, il ne faut pas faire ce vaccin. Je rappelle que l’incubation est en générale très courte (de vingt-quatre à soixante-douze heures). Si la vaccination est faite pendant l’incubation, il n’y a pas de risque particulier. Si vous souhaitez, attendez que la vague épidémique soit terminée pour faire la seconde dose. |
► Question suivante. Trois millions de vaccinés aujourd’hui, ça nous fait du 5% de la population. Quel est l’objectif à atteindre ? Quelle est la date prévue en France du recul de l’épidémie ? Recommence-t-on tout l’année prochaine ?
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Delaquestion. Trois millions de vaccinés aujourd’hui, ça nous fait du 5% de la population. Quel est l’objectif à atteindre ? Quelle est la date prévue en France du recul de l’épidémie ? Recommence-t-on tout l’année prochaine ?
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Marc Gentilini. Le recul de l’épidémie devrait commencer incessamment, il est déjà amorcé en Europe et dans une partie des régions françaises. Au final, on peut s’attendre à ce que l’épidémie en métropole ait eu le même retentissement qu’outremer, même si un rebond est possible jusqu’en avril. L’an prochain, il est probable que cette grippe prendra la place de la grippe saisonnière, mais on ne sait pas encore. Le vrai enjeu sera d’évaluer l’impact exact de la vaccination sur l’épidémie de grippe attendue. Quand est-ce que les experts reconnaitront que quand ils ont annoncé entre 10 et 100 000 morts en France, et conseillé l’achat de 94 millions de doses de vaccins, ils se sont trompés ? Une erreur sanitaire a entraîné une erreur économique. |
Bruno Lina. Il n’y a pas d’objectif chiffré. L’objectif est de pouvoir vacciner toute personne qui le souhaite, en expliquant que les non-vaccinés s’exposent a des formes graves, et que les patients, s’ils sont nombreux, peuvent peser sur les services hospitaliers ou la médecine de ville. Le recul de la première vague est en cours. Il faut rester vigilant car il peut y avoir une seconde vague en fin d’hiver 2010. L’année prochaine, il n’y aura que la vaccination saisonnière, le virus devient un virus saisonnier. |
► Question suivante. Quel est le vrai nom de ce virus (un des trois de la grippe saisonnière est : A/Brisbane/59/2007 H1N1) ? Sa dénomination « abrégée » A/H1N1 prête à confusion avec la grippe saisonnière...
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3teo. Quel est le vrai nom de ce virus (un des 3 de la grippe saisonnière est : A/Brisbane/59/2007 H1N1) ? Sa dénomination « abrégée » A/H1N1 prête à confusion avec la grippe saisonnière.
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Marc Gentilini. C’est le virus A H1N1 dans sa variété mexicaine, on ajoute un « v » à la fin pour signifier « nouveau variant ». |
Bruno Lina. Le virus prototype est A/California/7/2009 (H1N1). Nous n’avons pas eu le temps de faire la vaccination avant la vague épidémique en France. La pandémie est ce qui a commencé en avril 2009 avec l’arrivé du virus à l’échelle planétaire, il y a des épidémies nationales ou continentales qui surviennent au cours de la pandémie. |
► Question suivante. Certains généralistes conseillent aux personnes ayant eu la grippe A de se faire vacciner malgré tout. Pourquoi ? N’est-on pas immunisé, au moins pour cette année, si on l’a eu ?
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Isabelle Raynaud. Certains généralistes conseillent aux personnes ayant eu la grippe A de se faire vacciner malgré tout. Pourquoi ? N’est-on pas immunisé, au moins pour cette année, si on l’a eu ?
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Marc Gentilini. Les opérations de vaccination devraient faire l’objet d’une étude critique après la période actuelle. Je considère, pour ma part, que la campagne a été très mal engagée. Le coût de la campagne de lutte contre le virus A H1N1 est exorbitant (plus de trois fois le « Plan Cancer ») : 750 millions d’euros pour les vaccins, et autant pour la campagne de sensibilisation et de marketing, sans compter le paiement des médecins etc... On en est à plus de 2 milliards, peut-être 2,5 milliards pour une mortalité due à la grippe très inférieure à celle engendrée par la grippe saisonnière annuelle même si elle est de nature différente (sujets plus jeunes, lésions sur les voies aériennes basses brutales dans certains cas). Sans compter que le coût des doses vaccinales a été mal négocié et l’écart entre le prix de revient du vaccin et le prix de vente est inadmissible. Enfin, on assiste actuellement à un matraquage de l’opinion publique : on ne montre que les cas sévères de grippe, alors qu’aucun reportage du même type n’était réalisé auparavant sur la grippe saisonnière, dont la mortalité pourtant était estimée entre 1 000 et 7 000 décès annuels. |
Bruno Lina. Le conseil est lié au fait que l’immense majorité de ces cas n’ont pas eu de test biologique, et de fait il y a une incertitude. C’est pour cela que la vaccination reste conseillée. Si la grippe est documentée par un test, il n’est pas nécessaire de se vacciner, l’infection protège très bien. |
► Question suivante. Une fois vacciné, l’est-on pour la vie ou, à la manière de la grippe saisonnière, doit-on se faire vacciner chaque année ?
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Missa. Une fois vacciné, l’est-on pour la vie ou, à la manière de la grippe saisonnière, doit-on se faire vacciner chaque année ?
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Marc Gentilini. Pour ce qu’on en sait, il faut se faire vacciner chaque année. |
Bruno Lina. La vaccination ne protège pas à vie (seuls certains vaccins vivants atténués sont capables de donner une protection de plus de 5 ans). Il faudra dont refaire un vaccin dans le futur. Le virus A(H1N1) va faire partie du vaccin saisonnier dès l’année prochaine. Attention, un vacciné ne peut pas être contagieux. Le vaccin injectable ne se transmet pas ! |
► Question suivante : Comment expliquer qu’un nouveau médicament mette plusieurs années avant d’être applicable à l’homme et qu’un vaccin ne demande que quelques mois ? Moi ça m’interpelle drôlement que dans l’urgence on puisse affirmer que des essais sérieux, des test cliniques, aient pu être réalisés en un délai aussi court ?
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Gronous. Comment expliquer qu’un nouveau médicament mette plusieurs années avant d’être applicable à l’homme et qu’un vaccin ne demande que quelques mois ?
Moi ça m’interpelle drôlement que dans l’urgence on puisse affirmer que des essais sérieux, des tests cliniques, aient pu être réalisés en un délai aussi court ?
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Marc Gentilini. C’est une vraie question. Oui, compte-tenu de l’expérience acquise avec le vaccin saisonnier, les laboratoires savent faire. Je crois globalement à l’innocuité du vaccin, mais redoute que dans une vaccination de masse il y ait des incidents collatéraux qui portent préjudice à l’image de la vaccination en général. |
Bruno Lina. Ma réponse est technique. Le vaccin contre la grippe est développé toutes les années en quelques mois. En effet, ceci s’explique par le fait que le procédé de production et l’ensemble des éléments qui composent le vaccin hormis le virus vaccinal sont toujours identiques. Le procédé de développement du vaccin pandémique a pris des années (avant 2003), sur la base du dossier réglementaire « maquette » (comprenant tous les éléments stables) validé par les instance internationales. Puis, la variation de dossier a permis d’avoir ces vaccins disponibles en quatre mois. Vous avez raison, il faut des essais sérieux et toute la vigilance nécessaire, c’est ce qui a été fait. Les essais cliniques (tolérance, innocuité et doses vaccinales) ont été réalisés avec serieux entre 2003 et 2008 pour la plupart des vaccins, puis il y a eu les essais complémentaires de mesure de la réponse immunitaire spécifique H1N1 qui ont eu lieu entre les mois d’août et novembre 2009 (en fonction des producteurs). Les contraintes ont été scrupuleusement respectées. |
► Question suivante. Malgré les mutations constatées le vaccin est-il toujours valable ?
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Ako 33. Malgré les mutations constatées le vaccin est-il toujours valable ?
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Marc Gentilini. Pour l’instant oui. Mais lorsque les mutations se multiplieront, on devra se poser le problème de la pérennité de l’efficacité du vaccin. On n’est donc pas sûr que fin 2010 le vaccin actuel conviendra toujours. |
Bruno Lina. Oui, les mutations observées à ce jour ne sont pas dans des régions antigéniques. Il ne faut pas confondre mutation et variation antigénique. |
► Question suivante. Le choix français d’une vaccination de masse dans des centres ne met-il pas en danger des populations à risque, en retardant ou en empêchant leur vaccination (SDF, malades qui ne peuvent se déplacer -sous oxygène par exemple...) ? Les « équipes mobiles » n’arriveront-elles pas après la bataille ? De même, ces choix ne constituent-ils pas une prise de risque vis-à-vis des obèses, population à risque mais qui n’est semble-t-il pas répertoriée par la Sécu, donc pas de bon prioritaire pour eux ?
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Xavier-xavier. Le choix français d’une vaccination de masse dans des centres ne met-il pas en danger des populations à risque, en retardant ou en empêchant leur vaccination (SDF, malades qui ne peuvent se déplacer -sous oxygène par exemple...) ?
Les « équipes mobiles » n’arriveront-elles pas après la bataille ? De même, ces choix ne constituent-ils pas une prise de risque vis-à-vis des obèses, population à risque mais qui n’est semble-t-il pas répertoriée par la Sécu, donc pas de bon prioritaire pour eux ?
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Marc Gentilini. Incontestablement, la vaccination ciblée sur les personnes à risques (encore faudrait-il les définir avec précision) est justifiée mais la stratégie déployée par le ministère en mobilisant dès le début de l’affection le Samu, la gendarmerie, les pompiers, la Croix-Rouge, l’armée et même les internes des hôpitaux (qui n’ont pas le droit de vacciner dans les centres hospitaliers mais seulement dans les gymnases !), a entraîné une perturbation des entreprises, un stress des familles et une désorganisation du système de santé sans pour cela obtenir de bons résultats. Ce sont de mauvais choix. De même, celui qui a consisté, tout en développant un discours officiel sur la nécessaire réévaluation du rôle du médecin généraliste, à priver celui-ci du rôle qui était le sien, le conseiller familial ; c’est une faute grave de communication et l’argument des flacons multi-doses n’excuse rien. A propos des SDF, il est mort à ce jour, depuis le début de l’année, plus d’hommes et de femmes dans les rues (384) que de malades atteints de grippe. Eux, les SDF, n’ont pas « coûté un rond » à la sécurité Sociale ! |
Bruno Lina. C’est un vrai problème. Une « procédure de vaccination » spécifique est prévue pour ces personnes (SDF, malades ne pouvant se déplacer, etc...). Vous avez raison en disant que leur prise en charge n’a pas été très rapide. Pour les SDF, c’est une population difficile à toucher pour une part d’entre eux ; pour ceux qui ne peuvent se déplacer, des équipes mobiles sont prévues. Pour ce qui concerne les obèses, des messages sont passés afin qu’il soient vaccinés prioritairement, même s’ils n’avaient pas de bon. Il a pu y avoir des couacs... |
► Question suivante. La question s’adresse au professeur Gentilini. L’OMS (et ses experts) de 2009 est elle semblable à celle que vous avez connue dans les années 70 quand l’éradication de la variole a été menée à bien ?
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Jive13. La question s’adresse au professeur Gentilini. L’OMS (et ses experts) de 2009 est elle semblable à celle que vous avez connue dans les années 70, quand l’éradication de la variole a été menée à bien ?
Marc Gentilini. L’OMS est avant tout une organisation politique constituée par les Etats qui en font partie. C’est un organisme indispensable pour la coordination des informations sanitaires, la lutte contre les maladies et la prévention de celles-ci.
A côté de l’aspect politique, il y a un secteur technique qui, actuellement, est presque entièrement tourné vers la « pandémie de grippe A-H1N1 », au détriment d’autres affections plus meurtrières.
Le succès de l’éradication de la variole s’accompagne, depuis les années 1979, d’une maîtrise relative d’autres maladies mais aussi d’erreurs d’appréciation, notamment lors de l’émergence du sida où l’OMS, après un déni de la gravité dans les pays pauvres d’Afrique notamment, a eu beaucoup de mal à corriger son image.
► Question suivante. A Marc Gentilini. Je vous ai écouté le 7 septembre 2009 sur France Inter, et je me demandais justement si, au vu des récents évènements liés à la grippe A, votre avis est toujours le même aujourd’hui, qu’à l’époque ?
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Liberta. A Marc Gentilini. Je vous ai écouté le 7 septembre 2009 sur France Inter, et je me demandais justement si, au vu des récents évènements liés à la grippe A, votre avis est toujours le même aujourd’hui, qu’à l’époque ?
Marc Gentilini. Mon avis sur la grippe A n’a pas changé. Je regrette que l’OMS ait surestimé la gravité de cette épidémie et contribué à faire commettre des erreurs par d’autres.
Je maintiens qu’il est indécent d’engager autant d’argent sur une affection dont chacun voit, avec toute la compassion due aux familles des victimes, qu’elle n’a pas eu, heureusement, la gravité apocalyptique annoncée. Les morts de la rue, eux, faire entendre leurs voix. La pauvreté, qui est la première des maladies, n’est pas prise en considération.
L’argent investi pour la grippe en France aurait suffit à boucler le budget de la FAO pour nourrir le milliard d’affamés annuels. La solidarité, dans le domaine de la santé, est la meilleure des préventions.
Je considère cette opération comme une erreur d’appréciation sanitaire au départ, un achat incontrôlé des médicaments et des vaccins sous l’ombrelle du « principe de précaution », puis d’une arnaque économique, enfin une opération politique qui aboutira à une vaccination de gré ou de force du Français moyen. Tout cela a un coût et l’argent utilisé ne se retrouvera jamais pour d’autres causes plus conséquentes.
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- Sur afssaps.frLe site de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé
- Sur sante.frLe dossier grippe de l'Institut national de veille sanitaire
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Marc Gentilini a tout à fait raison : il est regrettable que cette grippe fasse des morts ; il est compréhensible que les autorités craignent qu’elle en fasse plus et travaillent en amont ; pour autant, la somme faramineuse dépensée dans la « lutte contre la grippe A » aurait eu des conséquences bien plus fortes contre d’autres maladies, notamment les maladies « tropicales orphelines », celles que tout le monde oublie peu à peu. Le palu, la diarrhée font ensemble 4M de morts par an, ce chiffre pourrait être réduit de 90% avec environ 2,5G$ investis (selon le rapport 2000 de l’OMS - qui l’a vite oublié ! !).
En France, avec un peu de meilleure gouvernance, on pourrait largement diminuer la mortalité des SDF, de certaines personnes âgées, etc. Mais l’argent, qu’on a du mal à trouver quand il s’agit de l’aide sociale, de l’hôpital ou de l’école, ou tout pilier essentiel de notre système de santé ; cet argent, on le trouve pour faire des grands plans communication, pour dépenser plus que nécessaire afin de ne pas être accusé d’inaction (et accessoirement, on le trouve toujours pour financer le concordat, les écoles privées, et rembourser 60% des dons aux associations cultuelles - et non culturelles).
Si seulement les grands médias le rappelaient un peu de temps en temps !




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