Afrique 17/12/2009 à 16h27

Toumba le putschiste guinéen sort du bois

San Evariste Barro | L'Observateur Paalga



(De Ouagadougou) Sa tête est mise à prix contre forte récompense. Il a à ses trousses l’ensemble des forces de défense et de sécurité de la Guinée. Malgré tout, l’homme demeure insaisissable, car il reste introuvable depuis le 3 décembre. Le lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité, dit « Toumba », qui était jusque-là l’aide de camp du chef de la junte guinéenne, le capitaine Moussa Dadis Camara, est sorti du bois mercredi sur les ondes de Radio france internationale (RFI).

Le « wanted » guinéen, qui se terrait jusqu’alors, est intervenu pour d’une part, claironner son innocence dans la sanglante répression du 28 septembre à Conakry, et d’autre part, expliquer pourquoi il a dégainé son arme contre le capitaine Dadis. En le débusquant ou du moins en parvenant à le faire parler, la « Radio mondiale » a réussi ce qu’on appelle un scoop. Un grand coup.

La première certitude que cet entretien apporte, c’est que Toumba est bel et bien vivant, même si on ne sait toujours pas où il se planque. Est-il toujours dans sa Guinée natale ou au contraire au diable vauvert ? Difficile d’y répondre.

Aboubacar Sidiki Diakité cherche-t-il à brouiller les pistes ?

Mais en écoutant soigneusement cette interview, on a des indices qui indiquent que l’ex-aide de camp est bien au chaud dans son terrier. Un terrier qui pourrait être un cocon familial, puisqu’en fond sonore on a entendu, au moins une fois, une voix d’enfant crier « papa ». A moins qu’il ne s’agisse d’un trucage pour brouiller les pistes.

L’information de taille, ce n’est pas seulement son aveu d’avoir effectivement tiré sur le capitaine Camara, mais surtout la précision balistique qu’il donne sur la blessure du chef de la junte :

« Dadis a été touché par une balle au niveau de la nuque, côté droit. »

Jusque-là, le grand public savait simplement que Dadis avait pris quelques plombs chauds à la tête, mais pas plus.

Mais s’il y a des incohérences dans le récit de Toumba, c’est surtout lorsqu’il relate les instants qui ont suivi son coup de feu contre le chef de la junte :

« Il est tombé, et automatiquement je l’ai laissé parce que son chargé d’opérations était parti prendre une arme lourde pour tirer sur moi. Alors je me suis précipité sur lui [le chargé d’opérations] ; on a commencé à se bagarrer. C’est pendant cette bagarre que les gens ont pris Dadis pour le conduire dans un hôpital. A ce moment, moi, je me battais toujours avec l’autre. »

Face à un tel récit, difficile de ne pas émettre quelques doutes. En effet, avec la horde de gardes du corps dont s’entoure Dadis, on se demande pourquoi ils n’ont pas riposté contre son assaillant. D’autre part, le fameux chargé des opérations avait-il vraiment besoin d’une arme lourde dans de telles circonstances ?

Quand le corps-à-corps s’est engagé entre Toumba et le chargé d’opérations, les autres gardes du corps avaient logiquement le temps d’aider ce dernier à neutraliser (arrêter ou abattre) l’agresseur du président. Alors, question : pourquoi les fameux Bérets rouges n’ont rien entrepris contre celui qui venait d’attenter à la vie de leur chef ?

Toumba n’a pas tout dit

Comme il est loisible de le constater, selon toute vraisemblance, on n’a pas encore le fin mot de cette histoire. L’aide de camp a sans doute parlé, mais il n’a pas tout dit sur ce jeudi sanglant et les éventuelles complicités dont il a pu bénéficier.

Ne serait-ce pas ces mêmes complicités qui lui ont permis non seulement de sortir vivant du camp de Koundera, mais aussi de vivre aujourd’hui cacher bien au chaud alors que toute l’armée est censée être à sa recherche ?

Dans le reste de l’entretien - et tout le monde s’attendait à cela - le fugitif de Conakry s’est donné le beau rôle concernant les massacres du 28 septembre dont il a rejeté l’entière responsabilité sur d’autres frères d’armes. Lui, Toumba, n’a été qu’un ange venu plutôt sauver les leaders des forces vives.

Il a évidemment expliqué les raisons pour lesquelles il a agressé mortellement Dadis : celui-ci voulait lui faire endosser l’entière responsabilité du septembre noir guinéen. Il n’était donc pas question pour Toumba de se prêter à ce rôle du mouton expiatoire des péchés de la junte.

Une chose semble sûre : depuis, les nouvelles autorités guinéennes sont hantées par les fantômes du 28 septembre. Des fissures ont pu se produire dans la carapace d’une junte qui se voulait pourtant coriace. Des rivalités et des suspicions ont pu s’exacerber dans les entrelacs des clans et des complicités insoupçonnables se sont développées. Toutes choses qui expliquent pourquoi, jusqu’à la date d’hier, le lieutenant Toumba demeurait introuvable, si tant est que l’armée est à ses trousses.

Si « RFI a pu joindre au téléphone » le fugitif, c’est que sans doute ce dernier a évidemment grandement confiance en la « Radio mondiale ». Sinon, il ne se livrerait pas ainsi. Que l’entretien accordé à RFI ait été réalisé par téléphone classique (fixe ou portable) ou satellitaire, le moins que l’on puisse dire, c’est que Toumba bénéficie de complicités et de facilités logistiques indéniables.

Par ailleurs, le silence - ou du moins la discrétion - des autorités guinéennes sur la question ne manque pas d’interloquer. Seront-elles plus loquaces, maintenant qu’à sa manière, Toumba est sorti du bois ?

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  • ninaneux
    ninaneux
    retraité
    • Posté à 17h06 le 17/12/2009
    • Internaute 60234
      retraité

    Lorsque aujourd’hui j’entends parler de donner des milliards aux états Africains dans le cadre de l’écologie dans son ensemble ,cela me fait peur ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ... le trafic d’armes organisé va se mettre en route (même par la France ! ! (3 ème rang mondial) ) et dire que Sarkosy manipule encore dans ses discours le petit peuple de France dans sa crédulité et l’ignorance.. et se place comme le premier écologiste du monde.. une honte

    • ALLAIN JULES C@MMUNICATION
      • Posté à 08h43 le 18/12/2009
      • Internaute 18202

      Il y a quelque chose de louche. Ce Toumba ment. Appremment, il serait hébergé à l’Ambassade de france à Conakry, d’où la facilité avec laquelle RFI l’a eu.

      Lien

      • Désinscrit le 15-7
        • Posté à 10h12 le 18/12/2009
        • Internaute 992
          nc

        Dakar, Sénégal, le 26 juillet 2007

        Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.

        Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès.

      • Le coup du hongrois
        Le coup du hongrois répond à ALLAIN JULES C@MMUNICATION
        habitant du monde
        • Posté à 19h09 le 19/12/2009
        • Internaute 54863
          habitant du monde

        Monsieur, vous êtes, c’est bien connu un défenseur acharné de l’assassin et violeur Dadis Camara.
        Il est évident que Toumba ne vaut guère mieux, même si les leaders de l’opposition ont reconnus que sans lui, ils auraient été tués au stade du 28 septembre.
        Votre insinuation, initiée par Idrissa Chérif, un des pilier de la junte est faite uniquement pour détourner les yeux du monde de la responsabilité de vos amis assassins et violeurs.

  • Inpou
    Inpou
    J'enfonce le clou
    • Posté à 17h12 le 17/12/2009
    • Internaute 92671
      J'enfonce le clou

    Ce méli-mélo guinéen m’attriste. La population est sûrement dégoûtée par ce remue-ménage. La junte est incompétente (je doute de son intelligence et de sa sincérité), fait la guerre à elle-même et pendant ce temps la situation économique et sociale va à vau-l’eau. Et puis, la France, d’une manière ou d’une autre, apportera son soutien à la junte, si ce n’est déjà fait...dégueulasse

    • Anonyme répond à Inpou

      Un méli-mélo entretenu par un ardent lobby pro-Dadis en France, avec en son sein des anciens diplomates jadis en poste à Conakry qui avouent leur fascination pour le personnage de Sekou le dictateur qu’ils souhaitent voir réincarné en la personne du chef de la junte actuelle.

  • louisderennes
    louisderennes
    juriste
    • Posté à 17h46 le 17/12/2009
    • Expert 49374
      juriste

    Le journaliste va un peu vite en besogne lorsqu’il dit : « [Toumba] a évidemment expliqué les raisons pour lesquelles il a agressé mortellement Dadis ».

    L’agression sera mortelle seulement et seulement lorsque la victime sera morte. Jusqu’à preuve du contraire, Dadis Camara est toujours hospitalisé au Maroc des suites de son agression. Là-bas comme ici, l’hospitalisation est un privilège réservé aux personnes vivantes.

  • General Subverciòn
    General Subverciòn
    viva Makhnovchtchina
    • Posté à 20h45 le 17/12/2009
    • Internaute 47117
      viva Makhnovchtchina

    Les voies de la françafrique à « Nanard qu’est pas pote avec Dadis » étant impénétrables,comme dirait l’autre,on peut supposer que certains lieux bénéficiant du statut d’extra-territorialité sont toujours aussi accueillants et confortables...
    C’est pour quand l’exfiltration ?
    il n’y a pas de charter prévu vers Conakry pour ce genre de types...par contre,dans l’autre sens,ça ne me surprendrait pas beaucoup...

  • cabral amilcar
    cabral amilcar
    peureux célèbre
    • Posté à 22h26 le 17/12/2009
    • Internaute 29973
      peureux célèbre

    bah ! l’observateur paalga est comme moi ils en savent plus qu’ils n’en disent mais procéder par sous entendus et insinuations n’est pas très journalistique, moi je ne suis pas journalistes et je ne dis rien, wait and see, time will tell, no comment

    la seule chose qui importe est d’éviter un dérapage de la situation sous forme d’affrontements ethniques, si la solution d’une force d’intervention de la cedeao ou de l’onu ne s’avérait pas réalisable il faudrait alors essayer d’imposer une restructuration avec mise sous tutelle de l’armée, tutelle et restructuration pouvant être assumées par un triumvirat de personnalités faisant consensus tant parmi les militaires guinéens que parmi la population et chargé en outre d’organiser des élections propres dans des délais minimum, à savoir 2 ou trois mois.

  • princesse dauphin
    • Posté à 21h09 le 17/12/2009
    • Internaute 58201
      punk

    Oui des anomalies énormes nous sont balancées en guise d’info. RFI communique le plus simplement du monde avec un militaire qui a du sang sur les mains, son acolyte président putchiste se fait soigner confortablement au Maroc ... Au fait cette absence d’hôpitaux dans un pays qui réalise pourtant des affaires fructueuses avec des entreprises françaises ça ne titille aucune rédaction ? Vous pourriez pas à Rue 89 écrire un article sur les contrats signés et le fric empoché en ce moment même par des entreprises françaises sur le dos des populations de la Guinée ? Tout s’éclairerait enfin pour les fêtes de Noël au pays de la gerbe !

    • Inpou
      Inpou répond à princesse dauphin
      J'enfonce le clou
      • Posté à 21h47 le 17/12/2009
      • Internaute 92671
        J'enfonce le clou

      Vous avez tout à fait raison. Quand les mass-médias parlent de l’Afrique, rien n’est dit. On nous montre les mêmes reportages et les mêmes articles. Evidemment, on ne peut pas compter, par exemple, sur Tfouane ou France Two pour avoir des informations à propos de la Françafrique (N.B. -frique et -fric sont interchangeables). Que Rue89 aille gratter le dos verruqueux de la Françafrique.

  • rue92
    • Posté à 02h16 le 18/12/2009
    • Internaute 93684

    Comme quoi RFI, que Okrent et Kouchner veulent détruire pour mieux la contrôler, n’a pas encore dit son dernier mot, ce scoop montre là toute la qualité d’une véritable radio internationale avec un travail d’investigation et une connaissance du terrain remarquables. Même s’il reste de nombreuses zones d’ombre dans ce reportage, il est incontestable que seul des journalistes bien implantés avec leur réseau de sources peuvent arriver à tel résultat. Est-ce cela que veulent faire taire le couple des affaires étrangères ?