Morano dérape ? La faute au « contexte », bien sûr
A chaque saillie polémique ou presque, les ténors politiques dégainent la même excuse pour rétropédaler : « Cette phrase a été sortie de son contexte. » Plus la polémique est vive, plus la saillie est xénophobe, plus la réponse est automatique. Prenez Nadine Morano. Depuis lundi soir, sa sortie en direct d’un débat sur l’identité nationale dans les Vosges fait polémique.
La secrétaire d’Etat à la famille a déclaré ceci, rapporté par l’AFP :
« Moi, ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c’est qu’il aime son pays, c’est qu’il trouve un travail, c’est qu’il ne parle pas le verlan, qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers. »
Dès le lendemain matin, Nadine Morano tentait d’écoper, soutenant qu’elle parlait « de la problématique des jeunes qui viennent des banlieues dont je viens et dont je suis issue ». A l’entendre, son but était d’éviter « cette caricature, cette stigmatisation ». Mieux : ce qu’elle entendait valoriser, c’était même « le potentiel de la double culture ».
Sur RTL, ce mardi midi, la secrétaire d’Etat martelait bien que sa phrase avait été « sortie de son contexte » et annonçait qu’elle diffuserait la vidéo de la scène in extenso. Le soir-même, depuis son compte moranonadine sur YouTube, elle postait l’extrait en question. Malheureusement, l’option qui permet d’intégrer un contenu sur un site ou un blog a été supprimée entre temps et vous devrez allez sur son compte YouTube pour visionner la chose.
Condescendance récurrente
- Premier problème : on se demande un peu, à la lecture de sa phrase complète, ce que le « contexte » pourrait bien changer au fond du propos. Que pouvait donc bien sous-entendre l’élue si ce n’est qu’elle n’aime pas les casquettes à l’envers et le verlan chez les jeunes musulmans ?
- Deuxième problème : Nadine Morano n’en est pas à sa première polémique sur le terrain de l’islam et de la diversité. Ainsi, c’est surement cette fameuse « double culture » que la même Nadine Morano vantait sur un marché. Vous avez peut-être déjà vu cet extrait plein de condescendance. Déjà, à l’époque, l’élue UMP arborait comme une caution à toute épreuve d’avoir grandi en banlieue jusqu’à l’âge de 23 ans. (Voir la vidéo)
Nadine Morano n’est pas la seule à arguer de la « phrase sortie de son contexte ».
Hortefeux et le « petit Arabe ».
Le 14 septembre, quelques jours après l’échange entre Brice Hortefeux et le désormais célèbre « petit Arabe » à l’université d’été de l’UMP, le secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant volait au secours du ministre de l’Intérieur en entonnant le même refrain :
« Une fois de plus, nous assistons à ce que l’on peut faire avec une phrase complètement sortie de son contexte. C’est très facile d’isoler quelques mots et puis de clouer quelqu’un au pilori (...) La phrase existe, elle est sortie du contexte.
Un contexte, ça veut dire un climat d’entretien, ça veut dire un ressenti de la part de ceux qui participent à l’échange, ce que je note, c’est que son interlocuteur n’a en aucune façon ressenti cela comme un propos raciste ou comme une agression. »
Rocard et la « misère du monde »
D’autres exemples existent : par exemple Michel Rocard, partant en croisade pour se refaire une virginité après sa célèbre petite phrase sur « la misère du monde ».
Vingt ans après ce « 7 sur 7 » de 1989, il continue de clamer que la chose était « sortie de son contexte ». Raté : un journaliste du Monde diplomatique a exhumé l’intégralité du document et Michel Rocard n’avait nullement enrobé la chose. In extenso, voilà ce que donne sa citation :
« Je pense que nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde, que
la France doit rester ce qu’elle est, une terre d’asile politique. »
Chirac, « le bruit et odeurs »
Quant à Jacques Chirac et le fameux « bruit et l’odeur » de 1991, la droite avait déjà tenté de lui venir à l’aide en invoquant le contexte... alors même que l’extrait, filmé à l’occasion d’un meeting électoral, ne laisse guère de place à l’ambiguité. (Voir la vidéo)
Ecoutez maintenant la défense des militants du RPR. (Voir la vidéo)
On peut aussi citer le fameux aphorisme de Pascal Sevran, « la bite des noirs est responsable de la famine en Afrique », lui aussi « sorti de son contexte » selon son auteur. Ou encore les « esclaves », électeurs des quartiers déshérités ainsi décrits par George Frêche, et eux aussi « tirés de leur contexte »...
Si vous avez en mémoire d’autres pépites auxquelles le « contexte » ferait office de caution, n’hésitez pas à m’alerter : j’enrichirai volontiers cet article.
► Modifié le 16/12/2009 à 10h45 : ajout de la vidéo mise en ligne par Nadine Morano.
- Sur Rue89Après Hortefeux : en France, on condamne les antiracistes
- Sur Rue89Moscato dérape : le racisme anti-asiatique davantage toléré ?
- Sur www.rtl.frClaude Guéant au secours d'Hortefeux sur RLT en septembre 2009
- Sur www.rtl.frNadine Morano se défend sur RTL
- Sur youtube.comLa vidéo in extenso
- Sur rue89.comHortefeux donne dans l'humour raciste à répétition
- Sur rue89.comRacisme : Siné, Dieudonné, Guaino… chasse aux sorcières ?
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