« CDD seniors » : après un an, vingt contrats et un enterrement
La CGT l’avait ironiquement baptisé « Contrat dernière embauche ». Et c’est en effet l’impasse pour le « CDD spécial seniors ». Négocié par le gouvernement Villepin, le dispositif est en vigueur depuis le 28 août 2006. C’est un contrat à durée déterminée spécifique, de 18 mois renouvelable une fois, valable pour toute personne de plus de 57 ans pourvu qu’elle cherche un emploi depuis au moins trois mois.
Cette mesure avait été présentée par la rue de Grenelle comme un élément-clé de la politique de réinsertion des seniors. La France émarge en effet parmi les plus mauvais élèves en la matière, avec seulement 36% des 55-64 ans encore en activité. Mais le dispostif a fait chou blanc : lundi, le ministère du Travail a confirmé que seuls « une vingtaine » de ces CDD ont été signés depuis son entrée en vigueur.
« Peu importe le chiffre, que ce soit 18 ou 22 : de toutes façons, on n’a pas fait de stastiques car ça n’en valait pas la peine », précisait lundi après-midi le cabinet de Xavier Bertrand. Invité sur les ondes de France Inter lundi matin, le ministre du Travail a d’ailleurs volontiers ironisé sur le CDD senior, « un brillant succès ».
Les plus de 45 ans ne représentent que 3% des cadres recrutés en 2006
D’après les statistiques de l’Apec, 3% à peine des cadres recrutés l’an dernier avaient dépassé 45 ans. Les pouvoirs publics se sont bien fixés pour objectif d’atteindre le ratio d’un quinqua sur deux dans l’emploi. Mais la pyramide des âges rend cet objectif plus improbable encore... Or on estime qu’un candidat, entre 48 et 50 ans, reçoit trois fois moins de réponses, à diplômes comparables, qu’un concurrent âgé de 28 à 30 ans.
A l’heure du rehaussement de l’âge de la retraite, à quarante annuités pour tout le monde dès l’an prochain, ces difficultés à l’embauche pour les plus de 45 ans posent problème compte tenu de l’interruption des parcours professionnels, et notamment de la multiplication des périodes de chômage. En clair : difficile d’espérer une retraite à taux plein si l’on perd son emploi à 47 ans et qu’on éprouve les plus grandes difficultés à retrouver du travail.
Pour Xavier Bertrand, l’impasse du dispositif souligne la nécessité de remanier la législation actuelle. Les partenaires sociaux sont en effet en pleine négociation sur le contrat de travail. Les discussions, ouvertes en septembre, portent justement sur « la modernisation du marché du travail en début, en cours et en fin de parcours professionnel ». Soit, entre autres, la refonte du contrat de travail. Un dossier sur lequel Nicolas Sarkozy met la pression : il a fait savoir, dès l’entame des négociations, que tout devrait être bouclé « à la fin de l’année »... sous peine de voir l’Elysée et Matignon passer en force.
L’offensive du gouvernement contre ce « contrat spécial séniors » -quoique voulu par la même famille politique- ne serait-elle qu’un préambule à une déréglementation plus poussée du marché du travail ? Possible, alors que les syndicats s’attendent à être consultés « en fin de semaine » sur un plan détaillé de refonte du droit du travail. Jeudi soir, le Medef doit ainsi soumettre un document de travail aux syndicats, précise la CFTC.
Patronant et syndicats unis contre le « CDD senior »
Syndicats et patronat s’accordent en tous cas pour ne pas verser de larmes sur ce contrat. Côté syndicats patronaux, on réclame un effort accru sur la formation continue pour inverser la tendance. Le Medef prône aussi une politique de communication massive : « En Finlande, une telle campagne a permis de faire baisser de 10% en un an le chômage des seniors. »
Toujours au Medef, où l’on affirmait lundi midi à Rue89 que « personne ne travaille actuellement sur l’emploi des seniors », on déplore un contenu trop faible « dès les fonds baptismaux ». « Il faut que l’Etat agisse avec les outils qui lui sont propres. A lui de proposer davantage de bonus pour qu’il y ait un intérêt à embaucher des seniors », botte en touche le syndicat patronal, qui fait valoir que seul « un changement culturel » sera à même de bousculer les statistiques.
A la CGPME, Jean-François Veysset fait valoir que « les PME sont citoyennes et responsables socialement »... mais n’y va pas par quatre chemins pour justifier la préférence des recruteurs pour les jeunes. Le vice-président du syndicat patronal de petites et moyennes entreprises estime que les seniors doivent « se remettre en question » et « faire un effort pour justifier leur salaire en actualisant leurs compétences ».
Adopté après un accord avec la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC, le contrat spécial seniors ne sera pas davantage réhabilité par les syndicats. La CGT et Force ouvrière n’avaient pas signé l’accord mettant en place le dispositif.
En charge du chantier de la « modernisation » du contrat de travail pour le compte de la CFTC, Gabrielle Simon arguait lundi soir auprès de Rue89 que le syndicat avait « hésité à signer » à l’époque du gouvernement Villepin dans la mesure où « le contrat de travail n’est pas une baguette magique ». Le syndicat chrétien s’exprimait par ailleurs pour « une responsabilisation des entreprises », qui pourrait passer par un système de bonus-malus.
Un système vanté par le ministre lundi matin sur France Inter, soit trois jours après la journée de grève contre la réforme des régimes spéciaux :
« Pour l’an prochain, je réfléchis à un système sur l’emploi des seniors plus structurant, plus ambitieux, avec un système de bonus-malus pour encourager les entreprises qui jouent le jeu. Ce sujet est aussi lié aux régimes spéciaux : si je demande de travailler plus longtemps il faut que je pense aux évolutions de carrières. »
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Des apprentis sorciers ou des aigrefins, je vous laisse le choix. Ces gens sont très bien placés pour savoir qu’en France non seulement le rapport au travail est soumis à un critère d’âge depuis la fin des 30 Glorieuses, mais en plus dans le cas du contrat Senior c’est une fumisterie.
Je m’explique, le contrat Senior devait inciter les salariés du baby-boom ayant atteint l’âge de la retraite à 56/57 ans sans pouvoir la percevoir puisque l’âge plancher est 60 ans pour le privé, à travailler jusqu’à 60 ans donc, soit 3 ou 4 ans de façon à les sortir des stats du chômage d’une part et d’autre part de renflouer les caisses santé. Ces seniors en CDD ne pouvaient contribuer que temporairement à l’économie, puisqu’un CDD par définition est limité dans le temps.
C’est pourquoi peu de contrats ont été signés. Mon dernier employeur a embauché 2 seniors, 1 en CDD et 1 en CDI. Je vais vous dire : il n’a pas fait une affaire. Les deux sont perclus de rhumas et bons pour la retraite mais l’un n’a que 57 ans donc encore 3 ans à attendre pour toucher sa retraite et l’autre a 62 ans et il lui manque 2 ans pour toucher une retraite à taux réduit du fait qu’il a eu 2 années à l’étranger qui n’ont pas compté pour le calcul. Donc pratiquement, c’est par pitié qu’ils sont embauchés et au niveau valeur ajoutée, ça se réduit à peanuts.
De mon côté, j’ai 50 ans cette année, je ne trouve des emplois que précaires depuis 6 ans et j’ai de moins en moins de réponses.
Pour vous dire, que ce n’est pas 47 ans qui vaudrait pour être explicite dans votre exemple, mais plutôt 43 ans, l’âge fatidique auquel les employeurs vous ferment la porte.
D’un autre côté, on voudrait bien travailler mais les cheveux blancs ça répugne, pourtant tout le monde en sera là un jour. De l’autre on voudrait bien faire l’effort d’embaucher mais à tarif réduit. Les deux parties ne peuvent ni se rencontrer ni s’entendre puisque le deal est basé sur une escroquerie.
Un Senior se paye, son expérience doit être justement rétribuée, de même ses compétences mais au jour où l’entreprise cherche à être moins-disante pour ristourner ses charges fixes, vous pensez bien que les Seniors ne sont guère intéressants.




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