tribune 23/10/2007 à 16h38

Aux Français qui ne s'intéressent que trop peu à la Belgique

Sébastien Boussois | Journaliste Auteur

Cent-vingt jours… Les cent-vingt jours de la Belgique. Une expression historique « à la française » pour un évènement belge en train de le devenir, historique. Voilà 120 jours que les Belges n’ont plus de gouvernement, que le Parlement est en veilleuse et que les partis politiques s’arrachent les cheveux pour former un gouvernement de coalition sous la direction éventuelle d’Yves Leterme. Celui-là même que les Français ont découvert le jour où il se mit, sur l’invitation d’un journaliste de télévision, à chanter « la Brabançonne », entonna en se trompant « la Marseillaise » et provoqua le scandale.

Bien loin, donc, l’expression des 100 jours qui confèrent à un nouveau dirigeant trois mois de grâce pour lancer le mouvement. Ici, rien. Ces élections législatives de 2007 ont mis en avant, plus que jamais, la division nationale, qui passait au début pour un running gag depuis l’étranger –« Ils nous font le coup à chaque élection“- et qui ne fait plus peur à personne.

Or, l’heure est importante. Même si la manifestation pour la Belgique unie à Bruxelles n’a rassemblé que quelques milliers de fidèles le samedi 22 septembre. Même si la France n’en a cure, vu le peu d’intérêt qu’elle porte à une vie politique belge, il est vrai, moins palpitante.

Alors mieux : elle tente par méconnaissance, de maintenir le royaume dans des clichés qui n’ont plus d’âge. Jusqu’à ce qu’en France le Monde ne consacre un entrefilet, il y a quelques semaines, à la ‘situation’, le Nouvel Obs une couverture, avant de s’y intéresser plus régulièrement. Enfin.

Cela provoque chez le journaliste français, fraichement installé entre Paris-Capitale et Bruxelles-Capitale, quelques interrogations et réflexions subjectives et affectives qu’il se risque à livrer dans ce billet léger, aux lecteurs français et belges, qui voudront bien l’excuser par endroits de son intrusion dans un débat déjà chargé. Il souhaite sensibiliser la France, celle qui est tant portée par ses voisins du Nord dans leur cœur. Le minimum serait d’en attendre un peu en retour.

Parce que, depuis la France, on nous ressort la même rhétorique où l’on finirait par se dire et dire, pour faire vite, d’un air un peu moqueur, comme toujours à l’endroit des Belges –avec ce simili-accent bruxellois que seuls les Français savent inventer, alors qu’on oublie qu’il y a dans ce tout petit pays des dizaines d’accents différents ici- : ‘Cela fait cinquante ans que l’on entend parler des Flamands et des Wallons qui ne s’entendent pas. Ils ne se sépareront jamais. De toute façon, les Flamands n’ont jamais fait d’efforts pour parler français. Mais les Wallons n’en ont pas fait non plus pour se faire comprendre en flamand. Oui, mais tout de même, ici on regarde vers la France, pas vers les Pays-Bas. Et puis les Wallons n’ont pas les moyens de vivre sans la Flandre,etc.’

‘Cinquante ans que ça dure’, seulement ? Depuis la signature du traité de Rome fondant l’Europe en 1957 ? Ou dès l’unification du pays, en 1830 ? Ah, et si les rapports entre France et Belgique étaient aussi complexes et incompréhensibles que les liens entre la France et l’Europe. La France ramène encore tout à elle. Elle tire la couverture de son côté encore une fois, parce que la seule chose qui l’intéresse dans la Belgique, c’est peut-être justement l’Europe. Un seul exemple suffit à illustrer mon propos, lorsque l’on écoute les médias français : ‘Bruxelles a dit ceci, Bruxelles a décidé cela...’ Cela ne trompe plus personne, puisque nous sommes Français, les seuls en Europe à appeler l’exécutif de l’Europe du nom générique de la ville qui l’héberge.

La Belgique, capitale, donc, de l’Europe, devrait-elle pour autant être davantage le modèle de ce que l’on demande à 27 pays, afin de s’entendre et de construire ensemble un espace de paix ? ‘Fais ce que je dis, pas ce que je fais’, dirait le Français moyen. ‘Ils n’arrivent même pas à s’entendre sur un si petit espace.’

Oui, le pays n’arrive plus à se mettre d’accord entre ses trois communautés. Flamands, Wallons et... Bruxellois. Habitants de la troisième région fédérale du pays, ces derniers n’ont même pas droit de cité aux regards des Hexagonaux. Pourtant, s’il existe en effet trois régions, il existe bien aussi trois communautés : francophone, flamande et germanophone. Qui le sait ? Et combien sommes-nous à savoir véritablement que Bruxelles n’est pas une simple capitale européenne, mais une région à part-entière et qui est la vraie pomme de discorde, au-delà de la question de la sécession de la Flandre ? Un peu, pour faire vite, à la manière de Jérusalem.

Que faire donc de ‘Brussels’ –on prononce Brusselles et non Bruxelles avec un ‘x-, qui se trouve à la jointure des deux régions ? A moins que ce ne soit dans l’une et l’autre... Certes, on y parle majoritairement le français, mais depuis 1963, la ville est... en Flandre. Comment s’y retrouver, alors ? Le journaliste français s’y perd.

La monarchie parlementaire et constitutionnelle qu’est le Royaume de Belgique, justifie par expérience la nécessité d’une coalition gouvernementale pour diriger. C’est tout l’enjeu du blocage actuel. Un contexte politique, mais aussi géographique, culturel et surtout économique. Comprendre l’enjeu des exigences flamandes et wallonnes relève toujours de la gageure. A l’intérieur comme à l’extérieur. Avant leurs propres échéances, les Belges savaient ce qu’ils auraient fait en France au moment de la présidentielle : ils auraient voté Ségolène, Bayrou ou bien Sarkozy, ils aimaient l’un ou l’autre, ils soutenaient les uns et les autres.

En tout cas, nos amis belges avaient tous leur avis, connaissaient les programmes des candidats –oserait-on dire parfois mieux que nos compatriotes-, organisaient des soirées Jupiler pour suivre les débats à la télévision, lisaient certains quotidiens français et regardaient TF1 ou France 2 en fin de journée pour se détendre…

Et puis vinrent pour les Belges leurs propres élections dans une indifférence presque pathologique. Cent jours après, c’est tout sauf de l’indifférence. Auraient-ils raté le coche ? Je suis convaincu que je n’ai pas encore tout compris.

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  • Anonyme
  • Anonyme
  • Anonyme
  • Anonyme

    Merci pour cette tribune !

    Il est vrai que la presse française ne semble pas s’intéresser beaucoup à la Belgique et quand elle le fait c’est souvent d’un air un peu condescent que je trouve tout à fait déplacé. Moi, j’aime la Belgique et les Belges ! Et je pense que la France aurait beaucoup de choses à apprendre de son « petit » voisin. Pensez au droit constitutionel par example. Ou à la justice. Au role du parlement. À la liberté de la presse. À l’humour. Et à la bière. (Une pensée émue pour la Chouffe, s.v.p., je viens d’en faire connaissance l’autre jour.)

    Et c’est donc avec une grande tristesse que je suis les nouvelles concernant l’incapacité d’arriver à la formation d’un gouvernement belge depuis plusieurs semaines.

  • Anonyme
    • Anonyme

      j’espère que rue89 va virer tous ces commentaires avec liens xénophobes et douteux du site...

      signé Warp

  • Anonyme

    Rue89 relisez un peu et corrigez...
    c’est éprouvant !

    « Celui-là même que les Français ont découvert le jour où il se mit, sur l’invitation d’un journaliste de télévision, à chanter “la Brabançonne”, entonna en se trompant “la Marseillaise” et provoqua le scandale. »

    sans être un grand écrivain la tournure suivante ne serait-elle pas plus agréable :

    « Les Français l’ont découvert le jour où, invité par un journaliste de télévison à chanter “la Brabançonne”, il entonna “la Marseillaie” et provoqua le scandale. »

  • Anonyme

    Les Français ne sont pas du tout indifférents à la situation politique actuelle en Belgique. C’est simplement que ça nous dépasse ! Sur tous les forums il y a des Belges qui nous entretiennent de cette situation depuis des années, je parle du fossé qui se creuse plus profond s’il est possible chaque année entre les Wallons et les Flamands. Ce fossé ne date pas d’hier.

    On se demande comment il est possible d’avoir créé un tel pataquès géo-politique. Notre silence n’exprime que la crainte d’envenimer un peu plus les problèmes.

    Imaginez que la France ou les Français viennent mettre leur grain de sel dans cette marmite ? Déjà qu’on peut penser que le lapsus de Leterme était tout sauf innocent, mieux vaut qu’on reste sur notre réserve, c’est préférable.

    Ils vont bien finir par en sortir. C’est clair qu’avoir la capitale européenne en guise de 3è région, donc même pas une vraie capitale pour eux, ça n’aide pas. Bon allez, moins on en dit mieux on se porte, bon courage à tous !

  • Anonyme

    « Alors mieux : elle tente par méconnaissance, de maintenir le royaume dans des clichés qui n’ont plus d’âge. »

    Vous ne lisez apparemment pas le blog de Jean Quatremer (journaliste de Libération) ni n’avez vu ses papiers dans Libé au sujet de cette crise. Alors avant de jeter le bébé avec l’eau du bain regardez plus attentivement autour de vous...

    Au fait, l’adresse du blog en question : Lien

  • Anonyme

    j’ai l’impression qu’il n’y a pas que les français qu’y n’y comprennent rien au problème Belge, les belges aussi doivent être perdus...

    à forcer de se détester entre eux, les belges finissent aussi par détester les autres : la xénophobie a beaucoup progréssé ces dernières années en Belgique, hélàs...

    je ne voit malheuresement pas de solution au problème à part dans une prise de conscience collective des belges ou une partition de la Belgique

    signé Warp

  • Anonyme

    Dans la décennie précédente,notre cher Belgique a eu besoin de 180 jours pour mettre au point son gouvernement,donc pas de quoi s’alarmer
    A l’époque,l’objectif était de fédéraliser le pays pour répondre positivement a la demande flamande,(choses qui fus faites)
    Aujourd’hui,il me semble que l’objectif est double ; flamandiser Bruxelles et sa région ,et d’oublier la solidarité inter culturelle Belge (réduire a néant la wallonnie progressiste)
    Objectif porté par une extrême droite décomplexée,relayée par une droite (ultra conservatrice et ultra libérale),elle aussi décomplexée
    La peste brune est de retour
    Appauvrir les « pauvres » pour enrichir les « riches »
    Bientôt ,nous devrons a nouveau nous battre pour nos idées,et l’Europe aura tout perdu

  • Anonyme

    La Belgique, la Suisse ..
    A qui le tour en Europe ? Heureusement qu’ on est protègé par le mini traité ..

  • Anonyme

    Que la politique Belge dépasse les français, ce sera quelque peu normale...elle dépasse la plupart des Belges...Ce qui devrait intéresser les Français par contre, c’est le débat Flamand/Français (la langue) qui ne peut pas être parler dans plusieurs communes environnantes de Bruxelles...et que les flamands essaient par tous les moyens de bannir sournoisement de la ville avec le prétexte que la ville (Bruxelles) est en territoire flamand. Il y a majoritairement des francophones à Bruxelles (85%) mais dans les milieux ’économiques’ - sociétés, institutions - le flamand est mis de l’avant. Extrémisme et nationalisme flamand sont de mise au détriments de règles élémentaires de culture et d’identité....A méditer...

  • Anonyme

    les belges se divisent les régions espagnols veulent leur autonomie les italiens du nord n’aiment pas ceux du sud le royaume uni est de plus en plus désuni la tchequie et la slovaquie en 2 morceaux les corses les bretons les basques les gens d’aspach le haut ne sont pas potes avec ceux d’aspach le bas et on voudrait faire l’europe !

    • Anonyme

      Quelle utopie =)

    • Anonyme

      Il ne sera pas possible de faire une Europe avec des européens standards,à moins de les endoctriner dans la pensée unique. Les nations et/ou régions demeureront, ce qui n’empéche pas au delà de la culture, de se mettre d’accord sur l’organisation et l’infrastructure de nombreux domaines.

  • Servais-Jean
    • Posté à 02h57 le 24/10/2007
    • Internaute 4591
      43

    Cela fait plus de ouit (phonétique) jours que RTBF SAT marche trés mal et je suis frustré. La Télé Suisse sur France 5 donne cependant plus d’informations que les télés françaises.

    Vu d’ici le gouvernement Belge fonctionne par alliance,arange-bleu aujourd’hui,un peu comme en Suisse, mais les suisses ayant une constitution différente n’ont pas ces problèmes pour le moment mais ils se posent des questions pour l’avenir.

    Le problème Belge est surtout le problème Bruxelle-Hall-Vilevord où se trouvent des communes à majorité francophone qui sont en Flandre et inversement.C’est une sorte de guerre de frontière pour l’entitée « Bruxelle », avec en plus les wallons qui réclament un corridor d’accés à la capitale pour ne plus avoir à passer par la Flandre.

    S’il n’y avait pas l’extrème droite flammande qui met de l’huile sur le feu certainement que ça irait plus vite,mais voilà...

    Le plus grave dans cette affaire c’est que Johnny ne veut plus devenir Belge et c’est une grande perte pour nos voisins que pour ma part j’adore.

    • Icecream
      Icecream répond à Servais-Jean
      • Posté à 20h34 le 24/10/2007
      • Internaute 14522

      Le problème n’est pas juste Bruxelles-Halle-Vilvorde, çà c’est un symptôme.

      Quand aux extrémistes flamands ils ne sont pas les seuls, car le francophones ont leurs populistes aussi (Olivier Maingain en tête).

      Oui la peste brune revient...et la Belgique sera peut-être la première à en payer le prix en Europe, mais je préfère ne pas y croire car j’en serais la première victime...

      Un francophone de la banlieue sans facilités (pour ceux qui comprennent) de Bruxelles

  • Anonyme

    Bien sûr que les Français s’interessent aux Belges, avec lesquels tant de choses nous sont communes.
    Mais que peut faire la France en tant qu’Etat qui ne soit pas une ingérence ?
    Il y a aussi un autre aspect des choses c’est que tout les pays environnant sont à la lettre médusés de ce qui se passe en Belgique.
    Personne n’ose dire quoi que ce soit.
    Alviano

    • Guillaumelécolo
      • Posté à 09h50 le 24/10/2007
      • Internaute 17836

      Sans faire de l’ingérence, n’a-t’on pas un ministre des affaires étrangères ? qui pourrait souhaiter que le climat social s’améliore, par exemple.
      C’est peut-être ça d’avoir des politiques nationales et européennes basées essentiellement sur l’argent, et non les êtres humains...

      • Anonyme répond à Guillaumelécolo

        Accepteriez vous que Tony Blair ou Angela Merkel explique à la France la façon dont il faut s’y prendre sur le plan social et poltique ?
        Alviano

         
        • Anonyme

          personellement, je serais pour

          • Anonyme

            Personellement je suis contre, mais ça n’empêche as de le faire pour autant (voire les différents accrochages au sujet de l’europe.).
            Le problème c’est que la France se pose en donneuse de leçons mais n’accepte pas de leçons en retour.

            Pour ce qui est du degré d’information des français, je dois dire que je suis plus au courant que ma compagne qui est belge de la situation politique du pays : il me semble au vu de mes relations à Bruxelles que les belges s’interessent plus à la politique Française qu’a la leur, et que malgré leur obligation de voter, ils ne savent pas trop pour qui ils votent (ni pourquoi), à part les électeur de l’extrême droite montante (qui eux pensent savoir pourquoi ...).
            Ce qui m’a frappé c’est qu’environ 15% des Francophones seraient favorables à un rattachement de la Wallonie à la france en cas de sission Wallonie-Flandres-Brabant.

            • Anonyme

              Ils sont Français, c’est un hasard de l’Histoire si la situation est celle que nous connaissons.
              Mais nous sommes aussi en Europe, tout ceci est-il signifiant ?
              Par ailleurs et à contrario, ce n’est pas « neutre » qu’en Suisse les cantons Romands sont très différents des cantons Alémaniques, le vote récent vient de le démontrer.
              C’est Braudel qui disait que les frontières des empires substistent même après la disparition des dits empires...
              Une situation d’une grande complexité avec des solutions pas évidentes, dommage c’était une belle idée la Belgique.
              Alviano

        3 autres commentaires
  • Anonyme

    Il me semble que l’on parle des Français, et non de leurs dirigeants. On ne parle pas non plus d’ingérence, mais de compréhension et d’attention, c’est tout...

  • Anonyme

    encore un titre faux !
    Il ne faut pas confondre Français et « presse » française.

  • Anonyme

    Il serait grandement temps que la Wallonie se prenne en main et, même si c’est à contre-coeur, assume son avenir en adulte et pas en enfant gâté par sa politique à court terme qui, longtemps, nous a sanctionnée par rapport (il faut bien l’avouer) à une Flandre ambitieuse, arrogante mais dotée d’un sens du réalisme plus affûté que le nôtre ! Personnellement je suis pour la séparation car j’en ai marre que les flamands nous resservent à chaque repas la même chanson : - « Les wallons sont fainéants et nous payons pour eux » !
    Au début, ce sera difficile et il faudra des hommes politiques responsables et visionnaires (ce qui, pour l’instant, n’a pas été le cas au sud du pays), mais le jeu en vaut la chandelle ! Arrêtons de dialoguer avec la Flandre, penchons-nous plutôt sur les problèmes des wallons et bruxellois ! ! ! ! !