Pourquoi le Rwanda a renoué avec la France
Après trois ans de brouille, Paris a donné des gages sur plusieurs dossiers sensibles des relations franco-rwandaises.
Quelle mouche a donc piqué Paul Kagamé ? Le week-end dernier, le président rwandais a signé l’adhésion de son pays au Commonwealth, tout en rétablissant les relations diplomatiques avec la France. Un aller-retour de Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, à Kigali a-t-il suffi à effacer trois ans de brouille ?
Même Alain Gauthier a été surpris. Le président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda ne s’attendait à une reprise aussi rapide des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda.
« L’annonce a été abrupte et je ne sais pas si on en tirera bénéfice. Mais nous avons l’espoir qu’il y ait moins de freins politiques, côté français. »
Depuis Reims, d’où il traque avec sa femme Daphrosa les anciens génocidaires réfugiés en France, il avait eu écho des négociations en cours pour rapprocher les points de vue. Mais pas aussi vite. En fait, c’est le président rwandais qui a pris l’initiative, « point d’aboutissement d’un processus de deux ans de contacts », analyse un observateur.
Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, est allé deux fois à Kigali, mais cette fois-ci Paul Kagamé a souhaité voir un proche de Nicolas Sarkozy. Le secrétaire général de l’Elysée a donc fait un saut jusqu’à Kigali, accompagné du nouveau conseiller Afrique de la présidence, André Parant. (Voir la vidéo, en Anglais)
Trois points noirs à éclairer
L’entretien, qui a duré une heure et demi, n’a fait qu’effleurer les dossiers noirs des relations franco-rwandaises. Paul Kagamé a simplement dit :
« Il y a une nouvelle administration en France, qui donne des signes très positifs par rapport à l’ancienne. Les raisons qui m’avaient conduit à rompre les relations diplomatiques n’existent plus. »
Sans être plus explicite, le président rwandais a donc indiqué clairement sa volonté de tourner la page. « Quand ? », ont demandé ses interlocuteurs. « Maintenant, si vous le souhaitez », a répondu Kagamé.
Officiellement, il n’a donc pas été question des affaires judiciaires en cours. Elles restent pourtant « problématiques » pour les deux exécutifs. Retenons-en trois.
Le dossier Bruguière sur l’attentat contre le Falcon 50 d’Habyarimana
Le dossier sur l’attentat qui coûta la vie au président Juvénal Habyarimana en 1994, point de départ des massacres, est le plus emblématique, car il comportait en 2006 la demande de diffusion de mandats d’arrêt internationaux contre Kagamé et neuf de ses proches. Depuis, plusieurs témoins accusateurs se sont rétractés, mais surtout, la chef du protocole de la présidence rwandaise, Rose Kabuyé, a été mise en examen. Ce qui permet à Kigali d’avoir accès au dossier. L’affaire est donc en train de se dégonfler.
Les génocidaires réfugiés en France
C’était le dossier sur lequel Paris pouvait facilement faire un pas en avant. Depuis 1994, aucun génocidaire n’a jamais été renvoyé devant une cour d’assises française, là où les Belges ont déjà conduit quatre procès. Il existe aujourd’hui quinze informations judiciaires contre des Rwandais installés en France : un prêtre, un ancien préfet, des médecins... etc. Tous soupçonnés d’avoir joué un rôle d’instigateur dans les massacres qui ont fait plus de 800 000 morts en trois mois.
Le dossier Turquoise contre les militaires français
L’information judiciaire pour « complicité de génocide et/ou crimes contre l’humanité » est ouverte depuis décembre 2005. Elle vise à déterminer la responsabilité de plusieurs crimes et viols survenus entre le 22 juin et le 21 août 1994, dans la zone contrôlée par l’armée française. Après des débuts tonitruants, l’enquête est aujourd’hui complètement enlisée.
Un pôle génocide comme préalable ?
L’hypothèse d’un « deal » entre Paris et Kigali est séduisante. La chronologie tend à la conforter. Le 26 octobre dernier, la ministre de la Justice fait une annonce aussi inattendue que discrète à la fin d’un discours sur les JIRS (juridictions interrégionales spécialisées). Michèle Alliot-Marie annonce la création d’un « pôle génocide et crime contre l’humanité » :
« Le traitement judiciaire du génocide et du crime contre l’humanité connaît des difficultés analogues à celles du crime organisé : dispersion des informations et des compétences, nécessité d’une expertise de haut niveau face à des contentieux de grande technicité.
Pour lever ces difficultés, j’ai décidé la création d’un pôle génocide et crime contre l’humanité au sein du tribunal de grande instance de Paris. Je présenterai cette mesure dans le cadre du projet de loi sur la spécialisation des juridictions et des contentieux, qui sera prochainement discuté au Parlement. »
Rompant avec quinze ans d’immobilisme, le gouvernement veut apparemment donner un coup d’accélérateur sur les quinze procédures visant les Rwandais installés en France. Concrètement, rien n’est pourtant décidé : ni les crédits, ni les moyens humains n’ont encore été débloqués pour ce projet qui devrait voir le jour en 2010. Aucun service d’enquête (policiers ou gendarmes) n’est, pour le moment, envisagé dans cette structure ad hoc.
La visite des juges françaises à Kigali
Deuxième signal reçu positivement à Kigali : la décision définitive de refuser le statut de réfugié à Agathe Habyarimana (la veuve du président assassiné). Dans une décision rendue le 16 octobre, le Conseil d’Etat a fermement rejeté le recours de celle qui fut pendant des années la patronne de l’Akazu (la petite maison), le centre du pouvoir réel de l’exécutif rwandais.
La plus haute juridiction administrative estime « sérieuses » les « raisons de penser qu’elle s’est rendue coupable d’un crime contre l’humanité ».
Mieux : selon Hirondelle, agence d’information basée à Arusha, ce même 16 octobre, les deux juges françaises chargées d’instruire les dossiers des présumés génocidaires sont en Tanzanie. Elles cherchent auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) des éléments de preuves pour confondre les suspects. Sans oublier Agathe Habyarimana qui, n’ayant jamais été inquiétée par le TPIR, n’en reste pas moins un élément central de la nébuleuse qui activa le génocide.
Enfin, le samedi 21 novembre, les deux juges Fabienne Pous et Michèle Ganascia se rendent pour la première fois à Kigali. Malgré la rupture des relations diplomatiques, elles sont parvenues à effectuer ce déplacement, là encore pour étayer leurs dossiers. C’était sans doute la dernière condition pour que Paul Kagamé revienne sur sa décision de rompre avec Paris. Reste à nommer les ambassadeurs et rouvrir les bureaux.
Photo : un manifestant anti-français en novembre 2006 à Kigali (Arthur Asiimwe/Reuters)
- Sur Rue89Les chasseurs de génocidaires rwandais en appellent à Sarkozy
- Sur collectifpartiescivilesrwanda.frLe site du collectif des parties civiles pour le Rwanda
- Sur gouv.frLe discours de Michèle Alliot-Marie annonçant la création du pôle génocide
- Sur conseil-etat.frLa décision du Conseil d'Etat sur le cas Agathe Habyarimana
- Sur rue89.comTous nos articles sur le Rwanda
- 14304 visites
- 35 réactions
















1








ici et là
ici et là
Rappelons tout de même qu’en octobre 1990, une fausse attaque de rebelles est organisée par le pouvoir à Kigali dans le plus bel esprit des manipulations gouvernementales pour justifier une présence française accrue...
Entre 1990 et 1993, environ 150 militaires français ont pu ainsi former comme leurs prédécesseurs l’avaient fait en Argentine, au Brésil ou au Chili dans les années 70 et 80, les militaires rwandais aux techniques de la lutte anti-subversive, théorisée suite à leurs expériences en Algérie et surtout en Indochine par Trincquier et Galula notamment.
On connait les principes de ces actions... Ces 150 hommes étaient majoritairement originaires du RPIMa, du 2ème REP qui sont les principales composantes de la 11ème division parachutiste... le creuset du service Action de la DGSE, anciennement dirigée par Aussaresses du temps du SDECE, qui a officié longuement en Amérique Latine avec les « succès » que l’ont connait :
D’après le rapport parlementaire de fin 1998 sur le Rwanda, il apparait que l’enseignement français portait essentiellement sur : le quadrillage, la formation de milices, la mobilisation populaire et la guerre psychologique... Des termes bien familiers qui rappellent la guerre d’Algérie, celle du Vietnam, l’Argentine, le Chili, l’Algérie des colonels, etc...
De plus l’armée rwandaise s’est retrouvée sous un quasi-contrôle français dès le 1er Janvier 1992, deux ans avant le début du génocide quand le lieutenant colonel Chollet chef du Détachement d’assistance militaire et d’instruction exerça simultanément les fonctions de conseiller du président de la république, chef suprême des armées rwandaises et les fonctions de conseiller du chef d’état major de l’armée rwandaise...
Rien n’a été laissé au hasard, la France savait pertinemment ce qu’elle faisait, son rôle est loin, très loin de se liliter à respecter les clauses d’un contrat d’assistance militaire, affirmer cela est un mensonge grossier.
Même si la France n’a pas tenu de machettes, elle a fourni les outils et les théories nécessaires aux génocidaires pour mettre leur plan au point durant de longues années ; on ne massacre pas 800 000 personnes en 100 jours sans méthodologie.
La France a instruit les tueurs, sans état d’âme. Ces mêmes unités qui allaient devenir le fer de lance de la politique génocidaire du régime au pouvoir.
Quand Kagame en septembre 1991 rencontre à Paris Jean Christophe Mitterrand et Paul Dijoud, directeur des affaires africaines au Quai d’Orsay, ce dernier aurait dit : « si vous n’arrêtez pas les combats, si vous vous emparez du pouvoir, vous ne retrouverez pas vos frères et vos familles, parce que tout auront été massacrés... » C’est marrant, ce même Dijoud a été ensuite nommé ambassadeur en Argentine... là où la France a activement participé à la formation des bourreaux de Videla qui ont transformée l’armée en boucher de son propre peuple... Classe la formation française dont bénéficient les régimes autoritaires, même les Américains ont longtemps été jaloux de ce savoir faire français si particulier...
Last but not least, quand en avril 1994 les massacres font rage, une délégation du gouvernement intérimaire est reçue à l’Élysée, à Matignon, au quai d’Orsay... on y retrouve Jean Bosco Barayagwiza, propriétaire de la radio milles collines qui a été un des principaux facteur de préparation psychologique des massacres. La encore, seule la France a accepter de reconnaître ce gouvernement fantoche avant d’évacuer les responsables lors de l chute de Kigali.
La France a sa part de responsabilité dans le génocide, elle a fournit les cartes aux génocidaires, et 50 ans d’expérience dans la « guerre moderne » anti-subversive alors que les américains lançaient une guerre subversive en finançant le FPR de Kagame qui a été formé à Cuba et Fort Braggs, ne l’oublions pas.




Partager