05/12/2009 à 11h20

Silence, la finance carbone va sauver le climat !

Genevieve Azam | Conseil scientifique d'Attac

Les marchés du carbone constituent depuis les années 1990 la réponse majeure de politique internationale pour résoudre la crise climatique. Leur conception est un produit de la rhétorique néolibérale, alors à son acmé, ardemment défendue par les États-Unis lors des négociations devant aboutir au protocole de Kyoto en 1997, que ces derniers n’ont finalement pas ratifié.

Depuis les années 2000, l’essentiel de l’énergie de l’Union européenne s’est déployée pour la mise en place du premier marché du carbone en 2005. L’Union est aujourd’hui le plus ferme défenseur de cette politique, alors que le marché européen du carbone est un exemple de la volatilité et de l’instabilité du prix du carbone et de son incapacité à réguler la crise climatique.

Ces marchés ont vu leur taille doubler chaque année entre 2005 et 2008. Même s’ils ne sont pas comparables par leur taille, approximativement équivalente à 100 milliards de dollars, aux marchés financiers déjà en place, il sont promis à connaître des volumes voisins des dérivés de crédit dans une dizaine d’années selon James Kanter du New York Times (06-07-2007).

Au bonheur des fonds spéculatifs

La « finance carbone », surtout après les déboires de l’immobilier, a rapidement attiré les fonds spéculatifs, les traders du secteur de l’énergie (comme EDF trading, Shell trading, Rhodia Energy...), des entreprises industrielles comme Arcelor-Mittal et les grandes banques d’investissement, Citigroup, Goldman Sachs, Crédit suisse, BNP-Paribas, Merrill Lynch, autant d’institutions désormais connues du grand public pour leur prudence financière et leur souci du bien commun !

Car le marché du carbone n’est pas un simple commerce de droits et crédits d’émission échangés entre entreprises pour satisfaire à leurs obligations. Ces titres sont en effet détenus aussi par d’autres acteurs, dont le but est de spéculer sur leur valeur. Ainsi un marché secondaire s’est rapidement développé, avec des spécialistes de la spéculation qui élaborent des produits financiers complexes, à partir des savants modèles de produits dérivés qui ont déjà fait la preuve de leur dangerosité, avec le risque d’une bulle financière.

Les contrats sur des « émissions évitées », qui circulent déjà sur les marchés à terme, portent des risques importants de ne pas être réalisés. Alors que la crise climatique exige une transformation rapide des modèles de production et de consommation les plus polluants, elle se trouve ainsi entre les mains d’opérateurs qui en ont fait une nouvelle opportunité pour s’enrichir.

Le marché des quotas d’émission (ou encore droits à polluer) est très singulier, car s’y échange un titre émis par les États, les droits d’émission. Une fois ces droits en circulation, le marché détermine leur distribution finale et leur prix. Mais l’échange de ces droits suppose une unité commune, c’est la tonne équivalent carbone : un quota d’émission égale toujours une tonne d’équivalent carbone émise, quelle que soit son origine. De cette réduction, découlent des conséquences écologiques et sociales alarmantes.

Un étalon unique

Cet étalon unique est construit sur des règles de réduction entre les différents gaz à effet de serre, ramenés à un « équivalent carbone », alors que ces derniers contribuent différemment au réchauffement global, et qu’ils devraient avoir des traitements différenciés. C’est le cas du méthane, largement oublié, alors que des techniques assez simples et bon marché pourraient permettre de le récupérer, notamment dans les pays du Sud. Par ailleurs, les solutions comme les agrocarburants, le nucléaire, le stockage du carbone, qui à court terme peuvent certes faire baisser les émissions, représentent potentiellement des catastrophes écologiques et sociales futures.

De même, en posant comme équivalents une tonne de carbone émise et un quota obtenu n’importe où et n’importe comment, la déforestation de la forêt primaire peut être considérée comme équivalente, en termes de tonnes équivalent carbone, à son remplacement par une plantation nouvelle à croissance rapide, la biodiversité et les droits des peuples indigènes n’entrant pas dans l’unité de compte.

Et puisque toutes les réductions sont ainsi équivalentes, il est logique de rechercher celles au moindre coût, par le dit « mécanisme de développement propre » et par la compensation carbone qui autorisent les entreprises des pays industriels à gagner des droits d’émission en investissant dans les pays du Sud et en s’exonérant des réductions domestiques. Ainsi, le passage à des systèmes de production et de consommation soutenables, se trouvent retardé d’autant dans les pays les plus pollueurs. Une tonne d’équivalent carbone évitée en Éthiopie aura la même « valeur » qu’une réduction d’une tonne en Europe ou aux États-Unis !

Le climat devient une abstraction

Le choix du développement mondial du marché du carbone, avec son unité de compte en tonne équivalent carbone, fait du climat une pure abstraction, déliée des conditions sociales, historiques et technologiques de son équilibre. Le silence actuel sur ces mécanismes écologiquement inefficaces et économiquement dangereux, inventés dans les années 1990 en pleine euphorie financière pour poursuivre les logiques de croissance infinie, est inquiétant.

Il se renforce d’un silence gêné porté par des « entrepreneurs du bien » selon l’expression de Gunter Anders, qui, face à la déroute, s’inscrivent dans le « c’est tout de même mieux que rien ». Une forme de « l’empire du moindre mal » (Jean Claude Michea). Ce silence demande à être levé si nous ne voulons pas nous réveiller douloureusement.

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  • 14240
    14240
    retraité
    • Posté à 12h48 le 05/12/2009
    • Internaute 95774
      retraité

    Tous les « Don’Carbone »...de la planète...unissez-vous ! ! !
    Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme.
    On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels.
    Il n’est rien de plus précieux que le temps, puisque c’est le prix de l’éternité.
    Tout s’anéantit, tout périt, tout passe ; il n’y a que le monde qui reste. Il n’y a que le temps qui dure.

    • leo s
      leo s répond à 14240
      (...)
      • Posté à 15h41 le 05/12/2009
      • Internaute 73621
        (...)

      Aurélien Bernier,
      Le climat otage de la finance ou comment le marché boursicote avec les droits à polluer,
      Essai,
      Mille et une nuits,
      Paris,
      164 p.

      • 14240
        14240 répond à leo s
        retraité
        • Posté à 15h58 le 05/12/2009
        • Internaute 95774
          retraité

        OUI.je sais ! ! !

    • pablico
      pablico répond à 14240
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 19h43 le 05/12/2009
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      il y a réchauffement.. c’est un fait

      on émet pleins d’hypothèses pour expliquer ce fait, et on prend des décisions..qui semblent plausibles avec l’hypothèse la plus en vogue, celle qui pourrait être due à nos modes de vie..

      mais tout n’est qu’hypothèses ... On fait du mieux qu’on peut... il ne faut pas se moquer..

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 13h05 le 05/12/2009
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    La terre sera t-elle sauvée par les COMPTABLES ?

    • 14240
      14240 répond à Numerosix
      retraité
      • Posté à 13h18 le 05/12/2009
      • Internaute 95774
        retraité

      A 7........les experts....« Kon-Table »....feront des ronds-points ! ! ! pour sauver la planète ! ! !
      +1

    • leo s
      leo s répond à Numerosix
      (...)
      • Posté à 15h57 le 05/12/2009
      • Internaute 73621
        (...)

      Dix jours avant Copenhague et quelques jours avant la conférence ministérielles de l’OMC, Attac France publie aujourd’hui un rapport qui démontre, face au changement climatique, les risques engendrés par les fausses solutions du marché.

      in : site attac france

      • christobal0094
        christobal0094 répond à leo s
        citoyen du monde
        • Posté à 06h03 le 06/12/2009
        • Internaute 77671
          citoyen du monde

        Le principe meme des carbon credits est bien sur eminament contestable et peu efficace :
        le principe pollueurs-payeurs est en fait reduits a une responsabilite limitee. C’est aussi une des raisons pour lesquelles la « taxe carbone » cette fois pour des particuliers est au mieux une democratisation du probleme.

        plus interessant et malfaisant : les taxes carbones basees sur des quotas bien largement attribues a des industries les a encourage a payer mais pas a changer de methodes.

        le probleme de fond demeure : de meilleures methodes industrielles doivent etre substituees a d’autres. et la il n’y a que l’interdiction pour faire avancer les choses : produits durable, selection des innovations technologiques, culture de proximite, limitation des concentrations urbaines, etc...

        cela etant les solutions, qui existent ou a trouver, doivent etre economiquement soutenable et si possible auto-rentabilisees pour les pays pauvres.

        je ne vois venir rien de cela a Copenhague.

  • Asse42-
    Asse42-
    Royaliste engagé contre le N.O.M (...)
    • Posté à 13h18 le 05/12/2009
    • Internaute 25124
      Royaliste engagé contre le N.O.M (...)

    C’est clair qu’on ne peut que partager cette indignation éclairée ! Les financiers vont encore spéculer sur notre envie de vivre mieux en respectant notre planète !
    C’est vraiment symptomatique d’un monde complètement capitaliste dans l’esprit. La place pour l’humain diminue à vue d’œil...

    Lien

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 14h44 le 05/12/2009
    • Internaute 82025
      non connue

    Article intéressant, qui montre bien dans quelle civilisation nous vivons.

    Dans cet environnement hyper-concurrentiel, où dumping fiscal et social gouvernent la planète, on ne sait pas infléchir notre avenir autrement que par la peur de faire de moindres bénéfices. Et qui dit manque à gagner dit gain potentiel, donc action monayable, donc spéculation.

    Alors l’essentiel de nos ressources intellectuelles tournent autour de cette spéculation, et les raisons mêmes pour lesquelles on a créé ce droit à polluer sont oubliées : Les spéculateurs gagneront beaucoup plus sur les efforts pour moins polluer que ceux qui pollueront moins.

    C’est un jeu, un jeu d’argent, qui fait parier sur la fin de notre ère, ou pas. Ceux qui jouent sont intouchables, nous le savons désormais, car suite à la dernière crise financière, ils auraient déjà du tomber.

    Dans l’état actuel des lois et des règles internationales, le jeu continuera. Tant qu’on respectera ces règles.

    Le chien qui donne la papatte ignore tout de Pavlov.

  • Grémi fasol
    • Posté à 14h58 le 05/12/2009
    • Internaute 97424

    Les banques et autre propriétaires de gros sous nous montrent qu’après avoir engendré une crise économique ils ne vont pas si mal et qu’ils ont encore la possibilité d’agir comme ils le veulent. On avait cru entendre que le capitalisme allait changé, qu’il devait se moraliser. En fait la crise a juste servi à montrer que le pouvoir de l’argent a pris le pas sur le pouvoir politique. Ceci en est l’exemple parfait car ce qui a été lancé par des états pour tenter de prendre le contrôle des émissions de gazs revient dans les mains des investisseurs et cette mesure va devoir suivre leurs règles du jeu et non plus la volonté de protéger notre planète. Le plus gros problème est bien sur que personne ne connait ces règles.

  • leo s
    leo s
    (...)
    • Posté à 15h39 le 05/12/2009
    • Internaute 73621
      (...)

    prendre connaissance

    appel
    Urgence climatique
    justice sociale

    signer
    faire connaître
    s’impliquer

  • miniTAX
    miniTAX
    chasseur de pigeon
    • Posté à 17h02 le 05/12/2009
    • Internaute 85156
      chasseur de pigeon

    C’est somptueux de voir ces écolos qui retournent leur veste, eux qui avaient vanté Kyoto comme une victoire pour la « protection de la planète » (c’était le leader verdissimo Dominique Voynet à l’époque qui avait signé le Protocole) s’aperçoivent enfin, avec plus de 10 ans plus retard et des centaines de milliards d’euros gaspillés en pure perte pour trader du vent que le marché du carbone est une vaste arnaque ! Alors même que des milliers de sceptiques climatiques avaient dénoncé vigoureusement ce holdup planétaire dans la pétition d’Oregon déjà en 1998 : « Nous exhortons le gouvernement des États-Unis à rejeter l’accord sur réchauffement climatique écrit à Kyoto, au Japon en Décembre 1997, et toutes autres propositions similaires. Les limitations sur les gaz à effet de serre proposées nuiraient à l’environnement, entraveraient les progrès de la science et la technologie, et seraient dommageables à la santé et au bien être de l’humanité. »

    Et pendant que Genevieve Azam maudit la planète finance (original comme bouc émissaire, venant d’une altermondialiste) après s’être fait entuber profond par Al Carbone et Goldman Sachs (cf un dossier explosif à ce sujet : Lien ), elle mettra encore au moins 10 ans à s’apercevoir peut-être enfin de l’arnaque du réchauffement catastrophiste lui-même : « des nations entières pourraient être rayées de la surface de la Terre par la hausse des mers si le réchauffement global n’est pas stoppé avant l’an 2000 », Noel Brown, directeur de l’Agence de l’Environnement de l’ONU (UNEP), en... 1989.

    Un vrai modèle d’intuition et de clairvoyance !

    • Connard le Barban
      Connard le Barban répond à miniTAX
      fonctionnaire nanti comme il y (...)
      • Posté à 09h15 le 06/12/2009
      • Internaute 75120
        fonctionnaire nanti comme il y (...)

      Parce que votre pétition d’Orégon n’est pas aussi une vaste arnaque ? Si le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique du Nord n’a pas signé les accords de Kyoto, ce n’est certainement pas pour faire un geste écologique ! Et si certains ont mis en place cette pétition, ce n’est toujours pas pour ça ! Essayez donc un peu de vous demander « à qui profite le crime ? » dans ce cas et dans l’autre. Nous ne sommes que devant la formidable aptitude du capitalisme à « faire du pognon » avec tout et son contraire en même temps. Quand à l’arnaque du réchauffement catastrophique, allez donc l’expliquer aux habitants du Bengladesh par exemple !

  • TienTien
    TienTien
    impavide devant les ruines de (...)
    • Posté à 17h33 le 05/12/2009
    • Internaute 86881
      impavide devant les ruines de (...)

    Un joli marché financier hyper spéculatif de plus ! Merveilleuse trouvaille qui, n’en doutons pas une seconde, rapportera bien des milliards aux banques et fonds spéculatifs, pendant que la planète...Advienne que pourra !
    Maintenant, j’espère que vous avez enfin compris pour qui et pour quoi messieurs Hulot, YAB, Al Gore, etc...travaillent avec tant d’ardeur.

  • tlaloc
    tlaloc
    Retraité
    • Posté à 18h00 le 05/12/2009
    • Internaute 47359
      Retraité

    Marché du carbone=droit à polluer c’est complétement abérrant.

  • franc parleur
    franc parleur
    anarchieevangelique.wordpress. (...)
    • Posté à 18h29 le 05/12/2009
    • Internaute 75335
      anarchieevangelique.wordpress. (...)

    Oui, « le climat devient une abstraction », tout comme l’humanité.
    Le désert grandissant de la Terre n’est que le reflet du désert grandissant de nos coeurs.
    Le capitalisme vert est ce rémède qui permet de supporter le mal en l’aggravant.

    L’écologie prioritaire est celle de notre humanité intime à chacun, celle de nos âmes quoi.

    Sans un nombre de plus en plus conséquent d’individus et de groupes vraiment librement relancés dans la recherche d’une autre façon d’être ensemble, de percevoir son prochain,
    sans renoncement personnel à dominer,
    le monde restera entre les mains de « l’avidité érigée en système » (Pierre Rabhi), quelle qu’en soit la couleur de façade.
    Lien

  • Gotch
    • Posté à 18h40 le 05/12/2009
    • Internaute 15306

    Ces Messieurs nous prennent vraiment pour des imbéciles. Qui ne sait pas que l’écologie est un travail humble personnel, journalier et pas du tout médiatique ? Et maintenant le DAP (droit à polluer) se négocie comme un DTS ou un DAM (« Donner » à la menthe) ou un Big Mac.... Pitoyable, révoltant et inutile.

  • spleenlancien
    spleenlancien
    Manant, de passage sous le (...)
    • Posté à 19h30 le 05/12/2009
    • Internaute 78672
      Manant, de passage sous le (...)

    Très bon article.
    Bernard Maris, sur son blog, developpe les mêmes idées et pose la question de fond, celle de la décroissance.
    « Mais la vraie question reste celle de la croissance : ou l’on continue à croître, en vert bleu ou rouge, ou on accepte un changement de consommation. »
    La suite : Lien

    • tlaloc
      tlaloc répond à spleenlancien
      Retraité
      • Posté à 20h26 le 05/12/2009
      • Internaute 47359
        Retraité

      Si tous les appareils ménagers les télés etc duraient beaucoup plus longtemps nous aurions un même niveau de vie avec une consommation moindre. Il y a qq mois j’avais posé la question à B Maris pourquoi le premier paramètre de mesure de la croissance est la consommation ? Il m’a répondu en éludant la question.

  • Servais-Jean
    • Posté à 23h56 le 05/12/2009
    • Internaute 4591
      43

    J’ai mis un « top » à cet article mais j’avoue ne pas y avoir compris grand chose.
    La question que je me pose c’est, concernant la position française, pourquoi faire payer une taxe carbone aux ménages pour la rembourser six mois aprés ?
    C’est bête hein ?

    • TienTien
      TienTien répond à Servais-Jean
      impavide devant les ruines de (...)
      • Posté à 06h13 le 06/12/2009
      • Internaute 86881
        impavide devant les ruines de (...)

      Parceque vous croyez vraiment à ce « remboursement » ?
      Tant de crédulité me laisse pantois....

  • Cataphractaire
    Cataphractaire
    Keodedour ar bed
    • Posté à 23h59 le 05/12/2009
    • Internaute 58787
      Keodedour ar bed

    Il existe l’anime « Shangri la » en 24 épisodes. Il parle des dérives d’une économie en grande partie fondée sur le carbone et les dérives habituelles de la finance.

  • arzi77
    arzi77
    Clamart
    • Posté à 14h27 le 07/12/2009
    • Internaute 26101
      Clamart

    Pour compléter cette tribune remarquable, voir :

    Lien

    (Lien court : : Lien )

    Lien