04/12/2009 à 12h06

Art cultemporain : Boris Hoppek, les baby dolls, la robe et le vagin

Camille | Mauvais genre

Je ne cours pas souvent les galeries d’art contemporain, mais quand Alexandre m’a conseillé de passer faire un tour dans sa galerie en me parlant « d’une installation, d’une robe, d’un vagin... », il a su piquer ma curiosité.


L’affiche de l’expo

C’est dans la galerie Since que je rencontre donc Boris Hoppek pour une exposition d’oeuvres photographiques agrémentée de cette fameuse installation. L’artiste, mondialement connu pour les Baby Dolls qu’on a pu voir dans une campagne de pub pour un constructeur automobile allemand, est présent en cette soirée de vernissage et ne veut parler qu’à « des gens qui écrivent sur le sexe ». Ca tombe bien, je rapplique.

D’abord, la robe. Une vieille robe de mariée, suspendue au plafond, sous laquelle on a bien sûr envie de passer. Une fois dessous, on découvre une photo d’une femme « vue de dessous », fesses roses et lèvres pulpeuses en gros plan.

« Les gens pensent encore souvent que les organes génitaux, c’est sale. D’ailleurs dans mes livres d’école, sur les figures représentant des corps humains, les parties génitales étaient enlevées, ça me frustrait beaucoup. J’ai représenté ici un sexe féminin très nu, rasé, ça n’a pas l’air sale non ? »

En effet. Seule la robe est sale. Elle change à chaque exposition. « A Hambourg ce n’était pas une robe, c’était un grand rideau circulaire suspendu au plafond. Les gens entraient, finissaient par regarder en l’air : certains riaient, d’autres partaient en courant. Ici, je voulais une robe de french cancan, mais je n’ai pas trouvé. »


La femme poupée gonflable

Les photographies exposées sont un mélange de ses Baby Dolls et d’un travail plus récent sur la nudité. Pas d’hommes, que des femmes, souvent tatouées, nues ou presque.

« Je ne suis pas doué pour socialiser, c’est déjà une étape pour moi que de travailler avec quelqu’un que je photographie. Peut-être qu’à la prochaine étape je photographierai des hommes ? »

Apparemment, il a plus de facilité à appréhender les femmes que les hommes, lui qui est « presque 100% hétéro ».

Sur certaines photos, le modèle cache son sexe... à l’aide d’une sorte de gros sexe poilu en plastique, un espèce de « super-sexe ». Une autre aspire une tétine dans la bouche, le cercle de caoutchouc qui couvre ses lèvres et son air absent ne sont pas sans évoquer une poupée gonflable.

« J’ai voulu jouer avec l’image de la fille-sex-toy, en rajouter dans la caricature » explique-t-il. Lorsque je lui demande si c’est la vision qu’il a de la femme ou si c’est une façon de dénoncer les choses politiquement parlant, il est embarrassé. « C’est de l’art », esquive-t-il. Puis, devant mon insistance : « je ne sais pas vraiment, j’ai été contacté par une industrie de sex-toys pour en créer un, peut-être que c’est de là que mon idée vient ».


Sous la robe

Sur une autre photo, une femme très tatouée est attachée par des sangles.

« C’est une actrice porno barcelonaise. C’est elle qui voulait que je l’attache, et elle me demandait de serrer de plus en plus fort. Je me suis dit qu’il fallait faire sacrément confiance à la personne qui vous attache. »

Un artiste qui se découvre dans ce qu’il fait et ce qu’on lui propose ? Nous en resterons là, avec nos interrogations sur ces femmes-poupées, femmes-sex-toys, femmes-anonymes, femmes dont il cache et expose le sexe... Si vous y allez, c’est jusqu’au 24 décembre au 211 rue Saint Maur à Paris. Dites-nous ce que vous en pensez.

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  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 12h23 le 04/12/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Dans l’art classique, lorsque le public ne comprend pas une œuvre, l’artiste estime qu’il est mauvais.
    Dans l’art moderne, lorsque le public ne comprend pas une œuvre, l’artiste estime que le public est mauvais : D

    Ça me rappelle ce truc que j’ai vu à Pompidou, une pauvre photo en gros plan d’un teub dans une chatte. Et là je me suis demandé comment on pouvait être assez taré pour imaginer une seule seconde que c’était plus de l’art qu’une photo porno à deux balles sur un site de cul à deux balles.

    Comme quoi ce monde a encore de sacrés problèmes, comme considérer comme art de la pornographie gynécologique.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 13h22 le 04/12/2009
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Pas très nouveau tout ça, semble t-il ..

    Déjà, il y a 20 000 ans ..

    Mais presque 99,9 % hétéro . C’est peut être ça qui est original ..

    • Pseudo
      Pseudo répond à Numerosix
      Enfin libre : -)
      • Posté à 16h11 le 04/12/2009
      • Internaute 25947
        Enfin libre : -)

      Et ouais. Un peu plus récent aussi.

      • Khadidja
        Khadidja répond à Pseudo
        de malakoff
        • Posté à 17h58 le 04/12/2009
        • Internaute 97677
          de malakoff

        Et ouais.
        + 1 Pseudo.

        Khadidja, fan de pseudo.

         
        • Pseudo
          Pseudo répond à Khadidja
          Enfin libre : -)
          • Posté à 09h19 le 05/12/2009
          • Internaute 25947
            Enfin libre : -)

          Groupie de groupie ? : -))))))) Pas mal, vous avez fait un effort.

          • Compte supprimé le 3 janvier 3
            • Posté à 12h53 le 05/12/2009
            • Internaute 10904
              in angulo

            Faut reconnaître que, rapport à l’article de Camille, « L’origine du monde » de Courbet est un excellent choix , puisque, à ma connaissance, c’est la première fois qu’un artiste représentait le corps d’une femme « démembrée » (comme il arrive à certaines poupées de l’être) :

            « Par un inconcevable oubli, l’artisan avait négligé de représenter les pieds, les jambes, les cuisses, le ventre, les hanches, la poitrine, les mains, les bras, les épaules, le cou et la tête » Maxime Du Camp, 1878.

            Environ cinq ans avant, vers 1861, Courbet avait peint La Femme aux bas blancs, aujourd’hui à la Fondation Barnes de Merion, avec tous ses membres celle-ci, mais dont l’étonnante
            position nous oblige à diriger notre regard vers la-dite « origine du monde ».

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            Trente ans plus tard, il y a les aquarelles de Rodin, « d’une impudeur à faire rougir un singe » selon un critique de l’époque....

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            En 1911, Schiele...

            Chez Hans Bellmer, il y a clairement une volonté de contrôle du corps de la femme, pour ne pas dire davantage.
            Pour l’artiste présenté par Camille, à partir de quelques photos et des explications données, on ne peut pas dire, le mieux étant, comme toujours, lorsque c’est possible, de se rendre sur place.
            Rien ne vaut la présence « physique » des oeuvres.
            A priori, comme déjà indiqué par certains, c’est un travail (la mariée, le voyeurisme) qui semble très Duchampien et donc venir bien tard.
            A priori...

        19 autres commentaires
    • Veilleur
      Veilleur répond à Numerosix
      écoute
      • Posté à 23h02 le 04/12/2009
      • Internaute 75755
        écoute

      C’est un peu différent pour le cas des « vénus » stéatopyges, qui sont des objets du culte de la femme et de la fécondité.
      Faut se dire qu’à l’époque ils avaient plutôt des préoccupations existentielles du genre « si la femme est grosse et féconde, on aura plein d’enfants et on vivra, sinon, tout le clan (ou la famille) meure »...c’est peut-être un peu plus « profond » que « le sexe c’est sale ou pas ? »

      • Numerosix
        Numerosix répond à Veilleur
        Prisonnier dans le village (...)
        • Posté à 23h41 le 04/12/2009
        • Internaute 14499
          Prisonnier dans le village (...)

        il ne s’agit que d’un petit détournement d’image. Je n’assimile pas l’aube de l’humanité à du porno chic, rassurez vous..

         2 autres commentaires
      • Compte supprimé le 3 janvier 3
        • Posté à 17h30 le 05/12/2009
        • Internaute 10904
          in angulo

        Beau choix d’avatar, Veilleur.
        Le « sexe et l’effroi », une vieille histoire.
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        Un autoportrait de Courbet, inspiré, paraît-il, par les physiognomonies de Lavater qui ne sont plus, comme chacun sait, aussi fermés de l’intérieur.
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        • Veilleur
          • Posté à 17h44 le 05/12/2009
          • Internaute 75755
            écoute

          C’est pas ironique ? (j’suis un peu fatigué j’ai du mal à lire)

          Autant je suis fan de Courbet et de « l’origine du monde », autant la photo d’un vagin ça me laisse de marbre (en même temps moi et l’art contemporain...)

          Mais l’origine du monde...j’étais un peu comme mon avatar quand je l’ai vu « mais bordel c’est vrai ! ! » (un petit côté universel dans ce tableau)

          • Compte supprimé le 3 janvier 3
            • Posté à 23h22 le 06/12/2009
            • Internaute 10904
              in angulo

            Bonsoir, Veilleur.

            « C’est pas ironique ? »

            Non, du tout.

            « Mais l’origine du monde...j’étais un peu comme mon avatar quand je l’ai vu »

            Oeil pour « oeil “ ? Devant l’Origine du monde” de Courbet ou la “Mariée” de Boris Hoppek, c’est peut-être bien la même chose : le regardeur que nous sommes se sent regardé, la femme se met à nu dans le regard même de qui la regarde, car, ayant le désir de se voir, elle a besoin, pour se voir elle-même, d’être vue par un autre.

            Cest la thèse de Klossovski : “ Nous nous regardons la regarder et elle se regarde dans notre regard qui la regarde mise à nu.”

            D’où, peut-être, ce trouble que vous décrivez.

            Cela rejoint l’ histoire d’Actéon surprenant Diane au bain. Pour punition, il est transformé en cerf et de chasseur devient chassé.

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            Actéon métamorphosé en cerf
            Tableau de Francesco Albane
            Vers 1617

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            Actéon.

        2 autres commentaires
  • Anthropia
    • Posté à 13h54 le 04/12/2009
    • Internaute 17441

    Moi, ce qui me court sur le haricot ou la vulve, comme vous voudrez, c’est de constater toujours et encore que la représentation du sexe renvoie, même chez les artistes contemporains, au sex-toy, à la femme objet, poupée gonflable ou sadifiée, l’inverse n’étant pas non plus ce que je recherche, voir l’homme dans la même posture ne m’intéresse pas.

    je voudrais qu’on renouvelle le genre, qu’on sorte du sado-maso ou de l’instrumentalisation des femmes en art, est-ce possible, dites, une fois, qu’un artiste aille au-delà de Bataille et de Sade ?

    J’en ai peu d’exemple, peut-être une fois, à la galerie Air de Paris, sur le mur de La Planck, cet homme après l’orgasme, de Santiago Reyes, un dessin mural qui n’a pas besoin du bazar-sex en tous genres, que l’artiste a dessiné après une nuit d’amour avec son modèle, tous deux enfermés dans la galerie..

    Ou bien le sexe doit-il toujours être pris dans cette aporie que je trouve avec le temps un peu beaucoup répétitive et pour tout dire très marketing, si j’en juge par le porno-chic de nos Galeries commerciales ou autres sites roses ?

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    • Camille Hérin
      Camille Hérin répond à Anthropia
      Dilettante
      • Posté à 05h26 le 05/12/2009
      • Internaute 54351
        Dilettante

      « je voudrais qu’on renouvelle le genre, qu’on sorte du sado-maso ou de l’instrumentalisation des femmes en art, est-ce possible, dites, une fois, qu’un artiste aille au-delà de Bataille et de Sade ? »

      Oui moi aussi, ça devient étouffant et normatif ! Et pas que le sado-maso, le SM (soumis maitre) aussi, c’est d’un ennui cette mode ! Les même postures, les mêmes rôle caricaturaux, une esthétique répétitive digne de l’élevage en batterie.
      Et là, vu le déploiement massif de ces pratiques par le marché des joujoux et bricoles fétichistes, c’est bien une mode et pas une libération. A moins qu’on m’explique qu’il y a libération dans la consommation, mais alors là faut aimer se faire mal :) !
      Où sont passées l’imagination, la diversité, l’inventivité ?

    • egide
      egide répond à Anthropia
      Littéral
      • Posté à 23h18 le 05/12/2009
      • Internaute 45067
        Littéral

      au-delà de Bataille et de Sade ?

      C’est à peu près le même genre de question qu’y a-t-il au-delà de l’univers ?

      Cette question, ce n’est même pas une question.

      La remise en cause radicale du genre ne dépasse pas l’érotisation de l’autre devenu incertaine image, symbole inversé, idole toujours.

      Sur l’Olympe, le désir de l’autre renverse les symboles, et l’imaginaire sur-multiplié par les métamorphoses est comme toujours perdition.

      Éperdu, on ne peut pas plus, il n’y a pas d’au-delà pour les idoles même renversées après le crépuscule, même profanées par les envies d’autant plus délirantes qu’elles sont désintéressées, donc désespérées aussi.

      Lucie Schwob l’a fait, c’est indépassable et ce qu’elle démontre, même encore aujojurd’hui, on a du mal à le regarder. Nulle violence pourtant. Le sujet qui se joue avec lui-même et notre regard défait de l’audace du modèle créateur : si scandaleusement autre, imprenable et pourtant là, à notre portée  :
      Lien

      Ne ressentir que ce qu’on a pas comme seul don possible et s’approprier pour dix secondes d’acmé narcissique, le suprême symbole de l’empire délirant qu’on a instauré sur l’autre paré des voiles de Salomé.

      Quelle tête sera dedans le graal, sanguinolente, qu’on caressera, extatique ?

      On ne peut démêler de la chair sa part maudite, ce poids de mort qui l’habite.
      L’extase absolue est souffrance absolue.
      Sade et Masoch sont les victimes et Bataille le bourreau défait leur représentations et déconstruit leur discours en le soumettant à l’épreuve du réel sans tain.
      Le miroir ne renvoie que le noir du rien absolu.

      Le sexuel n’a pas de rapport. Ce qui est obscène, ce n’est pas qu’on le montre dans tous ses attendus , c’est qu’on fasse accroire qu’on y gagne quelque chose.

      Et il n’y a rien de plus répugnant que cette falsification de la Prise du Phallus.

      Que voudriez-vous qu’on montre après Sade, Masoch et Bataille ?
      L’obscène représentation du Très Grand Amour ?

      Quelle lourdeur indécente ! On se baise l’un l’autre et en plus il faudrait aimer pour çà ?

  • Lady Principia
    Lady Principia
    Maîtresse
    • Posté à 13h58 le 04/12/2009
    • Internaute 82324
      Maîtresse

    C’est d’un has-been qui me fait bâiller. Même pas branchouillard queeroïde (ce qui est déjà has-been), c’est dire...

    • Camille
      Camille répond à Lady Principia
      Auteur(e) de l'article Mauvais genre
      • Posté à 14h04 le 04/12/2009
      • Internaute 48427
        Mauvais genre

      Hmmm qu’est-ce qui n’est pas has-been alors ?

      • Anonyme répond à Camille

        « qu’est-ce qui n’est pas has-been alors ? »

        Je sais pas moi... Unica Zürn ?

         
        • alaixih
          • Posté à 20h09 le 04/12/2009
          • Internaute 19775

          Il vaut mieux être has been que has never been.

          • Compte supprimé le 3 janvier 3
            • Posté à 23h07 le 04/12/2009
            • Internaute 10904
              in angulo

            Unica Zürn a été.
            Elle a entre autre écrit ce très beau livre :

            Lien

            Elle a été longtemps la femme d’Hans Bellmer qui, comme apparemment Boris Hoppek, aimait à fabriquer des poupées.

            Lien

            Les Jeux de la poupée de Paul Éluard

            Dans l’armoire aux enfants,
            il y a des lumières enchantées,
            un pistolet chargé qui inspire la terreur,
            une fontaine transparente,
            un bassin de pierre dont le trop-plein s’épand sur un lit d’opales,
            un chasseur sans souliers,
            une fille sans cheveux,
            un bateau sur la mer et le marinier chante,
            un cheval damassé,
            un théâtre ambulant,
            un grillon,
            des plumes blanches tombées du nid des tourterelles,
            de petits paniers creusés en cœur et pleins de crème rose,
            une guitare qui fait des étincelles
            et une robe qui restera toujours neuve.

        • Compte supprimé le 3 janvier 3
          • Posté à 20h46 le 04/12/2009
          • Internaute 10904
            in angulo

          Lien

          Un double-portrait : Hans Bellmer - Unica Zürn.

        3 autres commentaires
      • Numerosix
        Numerosix répond à Camille
        Prisonnier dans le village (...)
        • Posté à 23h54 le 04/12/2009
        • Internaute 14499
          Prisonnier dans le village (...)

        Bonne question .

         3 autres commentaires
    • Camille Hérin
      Camille Hérin répond à Lady Principia
      Dilettante
      • Posté à 05h16 le 05/12/2009
      • Internaute 54351
        Dilettante

      Dans le genre has-been, le BDSM c’est pas mal !

  • flixp
    flixp
    Aboyeur
    • Posté à 18h40 le 04/12/2009
    • Internaute 34063
      Aboyeur

    le coup de la jupe et de la vulve me fait penser à Étant donnés : 1° la chute d’eau, 2° le gaz d’éclairage de Marcel Duchamp.
    Une porte dans un mur de brique nous incite à regarder par le judas (ou le trou de la serrure je ne sais plus) pour admirer un buste allongé dans l’herbe auprès d’une fontaine.

    Curiosité, voyeurisme, désir, et culpabilité

    • Compte supprimé le 3 janvier 3
      Compte supprimé le 3 janvier 3 répond à flixp
      in angulo
      • Posté à 20h02 le 04/12/2009
      • Internaute 10904
        in angulo

      Très juste. Bonsoir, flixp, il y a un beau texte qui décrit par le menu et peut-être d’une manière plus suggestive « Etant donnés »... que les deux seules photos autorisées de l’oeuvre. C’est dans « Marcel Duchamp, l’apparence mise à nu », d’Octavio Paz, au chapitre * water writes always in * plural :

      « Elle se trouve, comme on sait, à côté de la grande salle du musée de Philadelphie qui réunit la quasi-totalité de l’oeuvre de Duchamp et dont la pièce centrale est le Grand Verre.
      Le visiteur franchit une petite porte et pénètre dans une salle de dimensions plutôt réduites, absolument vide. Aucun tableau sur les murs blancs. Pas de fenêtres. Sur le mur du fond, entouré d’un encadrement de brique qui se termine en arc, il y a une vieille porte de bois vermoulue et fermée par une grossière traverse de bois fixée par de gros clous. A l’extrême-gauche, en haut, il y a une sorte de battant qui a été aussi fermé. La porte oppose au visiteur sa matérialité de porte avec une espèce d’aplomb : on ne passe pas. (...) Une véritable porte condamnée.
      Mais si le visiteur s’approche, il découvre deux petits trous à la hauteur des yeux. S’il s’approche encore davantage et qu’il se hasarde à jeter un coup d’oeil - il verra une scène qu’il n’est pas prêt d’oublier. Tout d’abord, un mur de briques fissurées et, à travers la brèche, un grand espace vide et comme ensorcellé. Très près du spectateur - mais très loin aussi, de “l’autre côté” - une jeune femme nue, étendue sur une sorte de lit ou de bûcher de branches et de feuilles, le visage presque entièrement dissimulé par la masse blonde de la chevelure, les jambes ouvertes et légèrement repliées, le pubis étrangement net de poil contrastant avec la splendeur abondante de la chevelure, le bras droit en dehors du rayon visuel du regard, le gauche à peine soulevé et la main fermement refermée sur une petite lampe à gaz faite de métal et de verre. La petite lumière clignote au milieu de la vive lumière de cette journée immobile de fin d’été. Fasciné par ce défi au sens commun - qu’y a t-il de moins clair que la mulière,
       ? - le regard parcourt le paysage : au fond, des collines boisées, vertes et rougeâtres ; au-dessous, un petit lac et sur le lac, une brume ténue. Un ciel inévitablement bleu. Deux ou trois petits nuages, aussi inévitablement blancs. A l’extrême-droite, entre les rochers, brille une chute d’eau. Quiétude : un fragment de temps arrêté. L’immobilité de la femme nue et du paysage contraste avec le mouvement de la chute d’eau et le clignotement de la lampe. Le silence est absolu. Tout est réel et frise le vérisme ; tout est irréel et frise - quoi ?
      Le spectateur se retire de cette porte avec le sentiment fait de joie et de culpabilité de qui a surpris un secret. Mais quel est ce secret ? Et qu’a-t-il vu, en réalité ? La scène qui se joue sans se jouer derrière la porte n’est pas moins énigmatique que les schémas et les projets du Grand Verre de “La mariée mise à nu par les célibataires, même”). »

      Lien
      Le Grand Verre. (1915 -1923)

      Paz explique ensuite que le point commun entre ces deux oeuvres déroutantes, c’est que le simple acte de regarder une peinture ou un assemblage se transforme ici en acte de regarder-à-travers.

      « Dans l’un, à travers une porte qui, finalement se transforme en passage visuel et nous mène au paysage avec la femme et la chute d’eau ; dans l’autre à travers le verre sur lequel est peinte la composition et qui, par sa transparence même, se transforme en obstacle à la vue.. Réversibilité : voir à travers l’opacité, ne pas voir à travers la transparence. La porte de bois et la porte de verre : deux faces opposées de la même idée. Cette opposition se résoud en une identité : dans les deux cas, nous nous regardons regarder. Opération charnière. La question : que voyons-nous ? nous affronte à nous-mêmes. »

      Lien Lien Lien

      Les deux photos « officielles » de « Etant donnés 1° la chute d’eau, 2° le gaz d’éclairage... » (1946-1966).

    • pikasso02
      pikasso02 répond à flixp
      • Posté à 19h58 le 04/12/2009
      • Internaute 10134

      Bonsoir De flixp. Bonsoir Brogilo.
      Wikipédia donne cette version.
      « Etant donné » : Sa dernière œuvre, conjugue les techniques du Diorama et du « Peep Show ». Elle fut, dit-on, conçue dans le plus grand secret durant une période de vingt temps : le spectateur passe devant une vieille porte de bois, à deux battants mais sans poignée, enchâssée dans des montants de briques rouges... Si le spectateur s’approche, il pourra voir par deux petits trous aménagés à hauteur d’homme une scène d’un réalisme sidérant : c’est un trou de verdure et une femme gît là, nue, les cuisses écartées. La matité des chairs laisse juste voir un sexe épilé et surtout étrangement fendu ? On pense à un viol sadique mais le bras de la femme est dressé et sa main tient avec fermeté une veilleuse à gaz allumée. Le fond du diorama en trompe l’oeil évoque les arrière-plans des peintures de la Renaissance...

      • Compte supprimé le 3 janvier 3
        • Posté à 20h43 le 04/12/2009
        • Internaute 10904
          in angulo

        Bonsoir, pikasso02,

        « Sa dernière œuvre, conjugue les techniques du Diorama et du “Peep Show”. »

        Oui, mais ça fait aussi penser à des trucs plus anciens comme le théâtre Palladio de Vicence ...
        Lien

        ou la colonnade Borromini du palais Spada de Rome ...

        Lien

        Mais bon, sinon, l’histoire de la foufoune à Hoppek, ça me rappelle cette chanson :

  • puresonic
    puresonic
    Contempteur irascible
    • Posté à 23h06 le 04/12/2009
    • Internaute 55211
      Contempteur irascible

    Il y a une galerie spécialisée photo dans mon quartier (Lyon 4éme) qui montre presqu’ uniquement des photos de
    nus/chattes/culs féminins.......Lassant..........

    • Numerosix
      Numerosix répond à puresonic
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 01h52 le 05/12/2009
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      En vrai, on ne s’en lasse pas, chez les hétéroschtroumpfés . Mais en représentation , par contre..

      Qu’ils fassent l’expo dans le Tunnel sous Fourvière, au moins , ce serait original ..On s’ennuie tellement, à traverser votre putain de ville ; -)

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