Fodé Sylla, de SOS Racisme aux bons offices africains d'Areva
L’ancien président de SOS Racisme, Fodé Sylla, ne chôme pas. Salarié d’Areva en charge du développement et de la formation en Afrique, membre du Conseil économique et social et environnemental, il vient de décrocher une mission auprès du ministre de l’Environnement pour « développer les échanges » avec l’Afrique. De là à imaginer qu’il serait chargé de défendre les intérêts du nucléaire français, voilà qui est, selon lui, « méprisant ».
Je suis rarement étonnée par les communiqués du réseau Sortir du Nucléaire mais cette fois, je dois dire que j’ai appris une nouvelle qui m’a fait un peu bondir : le réseau demande « l’annulation de la mission confiée par Borloo à Fodé Sylla, salarié d’Areva ».
Ah bon ? L’ancien président de SOS, proche du PS et candidat pour le Parti Radical de Gauche aux législatives de 2007 en Seine-Saint-Denis, fait dans le nucléaire ? Titulaire d’une licence d’histoire et d’une maîtrise de science politique, il n’a pas le profil de l’ingénieur...
Non, non, à Areva il fait dans le social : chargé de mission pour le développement économique et social et la formation de l’Afrique depuis deux ans, après avoir été responsable des questions de diversité.
« Des contacts importants avec les ministres de l’Environnement »
Interrogé sur le contenu de son travail, Fodé Sylla explique qu’il monte des projets de centres de microfinance pour les femmes, d’accès à l’eau pour les populations vivant dans les déserts... rien à voir avec le nucléaire.
Quand je le contacte pour mieux cerner les contours de la mission que lui a confiée Borloo, dont la lettre d’embauche est pour le moins floue, il explique que les choses sont simples :
« Au nom du Conseil économique et social environnemental, je suis allé au septième Forum sur le développement durable à Ouagadougou, avec Borloo. A cette occasion, on a eu à discuter de la position des Africains à Copenhague, et le ministre, suite à cette mission, a estimé que j’avais établi des contacts importants avec les ministres de l’Environnement.
Chacun sait que la France a la vocation de rassembler les pays pauvres pour tenter de sortir du sommet de Copenhague avec des objectifs chiffrés. Ma mission, c’est de voir avec eux comment le plan justice-climat proné par le ministre peut se réaliser de façon concrète à Copenhague.
Je ne vois pas ce que le nucléaire a à voir là-dedans et je trouve que c’est méprisant vis-à-vis de l’Afrique de le penser. Croire qu’il suffit de nommer un noir pour imposer quelque production que ce soit aux dirigeants africains, c’est mal connaître l’Afrique d’aujourd’hui. » (Ecouter le son)
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« Deux casquettes, celle du commercial et du politique »
On sait à quel point les affaires d’Areva sont des affaires d’Etat. Et, alors que l’entreprise accumule les critiques sur ses centrales de troisième génération, le président de la République en personne est le VRP de cette technologie française. Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire en est certain, Fodé Sylla a « deux casquettes, celle du commercial et du politique » :
« La France tente actuellement de convaincre les dirigeants africains pour qu’ils incluent le nucléaire dans les solutions au changement climatique. Tout se joue justement avant Copenhague, en coulisse.
Bien sûr que sa mission officielle n’est pas de pousser au nucléaire, c’est sa mission officieuse. S’il ne s’agit pas de vendre des centrales à l’Afrique, cela peut être pour exploiter les mines d’uranium ou pour refaire leurs réseaux électriques... »
On se souvient par exemple qu’Areva exploite au Niger la plus grande mine d’uranium d’Afrique et que les relations avec ce pays sont parfois tendues, par exemple lorsque le patron local d’Areva, accusé de financer les rebelles touaregs, avait été expulsé par le pays.
« L’Afrique c’est pas un terrain de jeu »
Mais quand on demande à Fodé Sylla si son activité pour le géant français du nucléaire pourrait l’influencer dans sa mission auprès des dirigeants africains, il s’énerve carrément :
« Les discussions de Ouagadougou n’ont fait à aucun moment référence au nucléaire mais à l’accès à l’énergie. Il s’agit de faire que les propositions des Africains trouvent un écho, notamment l’accès à l’énergie et à l’eau, rien d’autre. Je vais d’ailleurs réunir les ministres de l’Environnement à Deauville avec Borloo prochainement.
Si on pense qu’on ne peut aller s’asseoir avec des Africains pour parler d’autre chose que de vendre des centrales nucléaires, ... l’Afrique n’est pas un terrain de jeu. » (écouter le son)
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On veut bien croire, en bonne langue de bois, que l’Afrique « n’est pas un terrain de jeu », et que le nucléaire c’est « la transparence », mais on a du mal. C’est toute la spécificité de cette énergie, dont les entreprises sont publiques, les commandes d’Etat, et les budgets colossaux.
Photo : Fode Sylla en 1995 lors d’une manifestation devant le ministère de l’Intérieur (Reuters)
- Sur afrik.comInterview de Fodé Sylla sur sa mission en Afrique
- Sur wikipedia.orgLa fiche Wikipédia sur Fodé Sylla
- Sur rue89.comTous nos articles sur Areva
- Sur rue89.comTous nos articles sur Copenhague 2009
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intello précaire ?
intello précaire ?
« Titulaire d’une licence d’histoire et d’une maîtrise de science politique, il n’a pas le profil de l’ingénieur… “
ahem... euh, areuh areuh ?
Je ne vois absolument pas quel est le problème soulevé par l’article. Areva est un spécialiste de l’énergie ( principalement nucléaire, mais pas exclusivement ). En tant que cadre pour Areva, il a donc le profil pour gérer les problèmes liés à la question énergétique, et pourquoi pas dans les pays pauvres.
En conséquence lui filer cette mission est somme toute très logique. Son ancienne carrière de militant antiraciste lui donne du crédit face aux dirigeants africains, qui se méfie de toute forme de dirigisme venant des occidentaux ( comme on les comprends !). Son parcours et son travail lui donne du crédit pour parler de ce sujet avec eux.
Enfin il représente Areva, qui quoi qu’on en dise est le porte étendard d’une technologie qui produit de l’énergie avec aucun rejet de polluants atmosphérique ou liquide*. Et le problème écologique MAJEUR actuel vient des pollutions expansives. contrairement aux déchets nucléaires qui sont une pollution grave, mais immobile.
Mais Il le dit lui-même, il n’est pas là pour vendre des centrales nucléaire en Afrique. même si le sujet sera forcément évoqué. Mais une centrale est un système technique et difficile à manoeuvrer, et en dehors de quelques grands centres africains, le continent noir n’a que difficilement la possibilité de gérer de telles structures. J’imagine donc qu’ils misent sur des solutions alternative. le charbon ou le pétroles sont des solutions simple mais polluante. mais le solaire thermique ou photovoltaïque, l’hydrolique ( qui pourrait les aider à gérer leurs problèmes d’alimentation en eau ) ou le géothermique seraient probablement des solutions viables.
* : non, les rivières française qui alimentent les centrales nucléaire ne sont pas radioactive ! elles sont polluée par les pesticide, les égoûts et le reste ceci dit.




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