Eric Besson s'attaque au mariage mixte, vieille tradition française
Eric Besson a décidé de mener l’assaut contre ce qu’il appelle « le mariage gris » : une union contractéé par un Français qui ignorerait que le but
de son partenaire serait uniquement d’obtenir des papiers. Le 18 novembre, le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale a annoncé le lancement d’un groupe de travail sur « l’escroquerie sentimentale à but migratoire ».
L’expression, plutôt méconnue, a heurté bon nombre d’esprits. Les Verts, par exemple, se sont fendus d’un communiqué, déplorant jusqu’à un jeu de mots avec « gris », insulte antiarabe qu’on peut ranger aux côtés de « bicots » ou « bougnoules ».
Mais l’expression n’est pas l’œuvre du transfuge du PS. Depuis sa naissance en 2007, Rue89 a reçu plusieurs e-mails d’internautes sur le sujet, qui parlaient déjà de « mariages gris ».
Déjà des blogs sur le Net
Sur le Net, on trouve quelques occurences datant de 2007, ainsi qu’une petite brassée de blogs perso. On y ressasse promesses déchues, amours à distance, sentiments bafoués. Ces femmes (elles sont majoritaires) qui s’épanchent parlent bien de « mariage gris » après avoir été quittées aussitôt l’époux muni de papiers en règle.
Pour la plupart, elles disent bien se garder de « faire des généralités ». Eric Besson, lui, insiste sur la vulnérabilité des moitiés abusées mais n’avance aucun chiffre pour justifier sa volonté de durcir de l’arsenal législatif. Il estime que les victimes seraient « plusieurs milliers ». Mickael Cohen, avocat membre du groupe de travail, parie pour sa part sur un phénomène en pleine augmentation.
Sauf qu’en plein débat sur l’identité nationale, la mise en exergue d’un phénomène de l’ordre de « plusieurs milliers » est évidemment un biais. Vu que, comme la trilogie éternelle « baguette, béret, camembert », le mariage mixte est bien une tradition française.
Un mariage sur trois est mixte
C’est ce qu’observait sur Rue89 il y a un an déjà Claire Zalc à l’occasion de la première grande expo de la Cité de l’immigration : l’historienne rappelait que le nombre d’étrangers en France est à peine plus elevé aujourd’hui qu’entre les deux guerres. En 2008, un peu moins d’un mariage sur trois liait un Français à un étranger : 84 000 unions mixtes pour 273 500 mariages célébrés (des chiffres revus à la baisse par certains universitaires).
Or l’argument d’Eric Besson pour étayer sa traque des « escroqueries sentimentales » est que la France est « une nation particulièrement généreuse » en matière de mariages mixtes. Comme si l’union d’un de ses citoyens avec un(e) étranger(e) relevait de la tolérance.
Le ministère ne cache pas que le mariage mixte fait l’objet de toute son attention, et pour cause : le mariage reste la première cause migratoire vers l’Hexagone. Une autorisation long séjour sur deux est délivrée à des époux ayant fraichement convolé.
Officiellement, aucun objectif ne circule quant à une réduction de ce flux migratoire qui existe de longue date en France. Dans son comminiqué, SOS Racisme a dénoncé une rhétorique « qui renvoie aux mêmes ressorts qu’en 2007 lors de la tentative d’instauration des tests ADN : lier immigration et fraude, s’en prendre au droit de vivre en famille et lancer de faux débats ».
- Sur Rue89Délit de solidarité : Besson persiste... et persifle
- Sur skyrock.comUn exemple de blog perso dédié aux mariages gris
- Sur over-blog.comUn témoignage de femme déplorant un mariage gris
- Sur over-blog.com1931-2008 : la France s'expose entre métissage et xénophobie
- 28604 visites
- 229 réactions

























Optimiste en rémission
Optimiste en rémission
J’aime pas trop l’esprit de cette campagne (et surtout que ce soit Besson qui s’en occupe en fait...). Mais soyons honnêtes : c’est vrai que les mariages interessés sont de plus en plus nombreux. J’en ai moi-même été victime : je suis française d’origine marocaine et je me suis mariée avec un marocain que j’ai rencontré pendant les vacances d’été au « bled ». Quand il a obtenu ses papiers, il m’a quitté et s’est remarié avec sa soi-disant ex-copine restée bien tranquillement au pays. Bien évidemment il l’a elle aussi faite venir en France et ce très facilement car j’avais même fait les démarches pour qu’il obtienne la nationalité française au bout de 2 ans de vie commune et il l’a eue... gourde que j’étais ! ! !
Bref, tout ça pour dire que cet abus existe et que les premières victimes sont des filles et des garçons qui croient encore à l’amour vrai. Le plus grave c’est que je ne suis pas la seule dans ce cas : les 3 quarts des filles et des garçons que je connais et qui se sont mariés au pays vivent ces expériences douloureuses.
Alors vous me direz que le divorce existe, c’est sûr mais on peut sortir ravagée et anéantie par ce genre d’expériences. C’est difficile de vivre avec une personne qui vous a manipulé pendant des années surtout quand on culpabilise de s’être fait avoir.
En plus (et fort heureusement ce n’est pas mon cas) beaucoup ont eu le temps d’avoir des enfants et là je n’ai pas besoin de vous expliquer que les dégâts sont encore plus désastreux. Pour ceux qui diront que les 2/3 des couples en général divorcent dans les premières années, je répondrais que ce n’est pas comparable, car ces couples, au moins, ont connu des débuts heureux avec des sentiments sincères et pas une mascarade sentimentale intéressée.
Les jeunes qui vivent au Maroc rêvent de la France depuis qu’ils sont nés (et les français d’origine marocaine et les expatriés entretiennent ces idées : c’est absolument méprisable et honteux). On sait combien il est quasi-impossible pour eux de quitter leur pays et le seul moyen qu’ils ont réside dans ces pseudo-mariages. Bien sûr, c’est comme partout, il y a des gens sincères mais quand je regarde autour de moi, dans ma famille et mes amis ce n’est malheureusement pas la majorité.
Ces dernières années, la loi a changé sur l’attribution des titres de séjours au conjoint de français. Je trouve que cela a un effet pervers car le délai d’obtention des papiers étant plus long, le pseudo-mariage dure donc plus longtemps... Car, quand on a attendu toute sa vie de venir en France, on n’en est pas à 2 ou 3 ans près (en bref on continue à se « prostituer » le temps qu’il faut : c’est la première fois qui est difficile ! ! !). Bien sûr je suis contre une loi qui mettrait des bâtons dans les roues aux couples mixtes qui subissent la douleur de l’exil. Mais je pense qu’il serait intéressant de permettre aux personnes ayant subi cela d’être reconnues victime, lors du divorce, et de pouvoir prouver qu’il y a eu manipulation et abus de confiance de la part du conjoint. Et pourquoi pas, de mettre en place une procédure de retrait des papiers quand il y a eu effectivement un mariage intéressé.
Cela permettrait au candidat de réfléchir à deux fois avant de se lancer...




Partager