Impôts locaux : pourquoi un loft peut être moins taxé qu'un HLM
A trois jours de la date limite de paiement de la taxe d’habitation pour une partie des contribuables, qui sait comment est calculée l’assiette fiscale de son logement ?
Un loft luxueux chauffé à l’électricité peut être moins taxé qu’un appartement en HLM de la même surface mais doté d’un vide-ordures, dénonce un rapport de la Cour des comptes.
Les magistrats jugent le processus de calcul « d’une grande opacité », « inéquitable », s’appuyant sur des « critères archaïques ». Comment ?
Les référence datent des années 70
Les impôts locaux se calculent en appliquant une taxe territoriale à une assiette fiscale. La valeur réelle actuelle des biens immobiliers n’est pas prise en compte pour déterminer cette assiette fiscale, en fait calculée d’après les valeurs locatives des années 70.
Si bien, écrit la Cour des comptes, que les « immeubles anciens des centre-villes dont l’état réel n’a pas été actualisé sont sous-fiscalisés, alors que les habitations collectives construites à la fin des années 60 sont surfiscalisées, puisque dotées du confort moderne ».
Couloir, vide-ordure et chauffage central en critères de confort
Le code général des impôts prévoit que les logements sont classés par catégories notées de 1 à 8, du grand luxe (1) au très degradé (8) à partir d’une batterie de critères. Or ces critères de « confort » datent des années 70, »période durant laquelle le « confort moderne » était supposé davantage présent dans les immeubles neufs ».
A partir de la surface de l’appartement, « chaque pièce de l’habitation bénéficiant d’un chauffage
central accroît la surface de 2 mètres carrés. Un vide-ordures compte pour 3 mètres carrés ».
Les couloirs sont « considérés comme une source de confort supplémentaire, ce qui enlève de la valeur fiscale à un appartement classé du XVIIe siècle aux pièces en enfilade ».
La valeur n’est pas réactualisée
Le neuf est déclaré au fur et à mesure de sa construction, mais pour l’ancien, les modifications depuis quarante ans (l’installation d’une cuisine, d’une salle de bain) n’ont pas à être déclarées. Autrement dit, un logement dans de l’ancien (comme l’exemple du loft) « peut continuer à appartenir à une catégorie très inférieure à son niveau réel de confort », tandis que les immeubles construits dans les années 60 gardent une valeur locative élevée.
Parce que les changements n’ont pas à être signalés et parce qu’il y a très peu de contrôle, si l’on en croit les services fiscaux, la France ne compterait que 219 maisons de grand luxe, mais plus de 2,2 millions d’appartements et maisons des deux dernières catégories « très délabrés » (soit d’après les critères de confort sans salle de bain et avec l’eau courante à l’extérieur), un chiffre très très supérieur à ceux de l’Insee et de la fondation Abbé Pierre.
Vu la concentration du parc immobilier dans les catégories 5 et 6, « si le classement dans ces catégories recouvrait la réalité, il faudrait en conclure que les classes moyennes de notre pays disposent, en 2008, d’une cuisine comme seule pièce de réception et -très aléatoirement- d’une salle d’eau. »
Un grand chantier de révision du système a été abandonné
La loi prévoyant une révision tous les six ans de la valeur locative a été abandonnée. En 1989, le Conseil des impôts avait recommandé que l’on prenne en compte la valeur réelle des biens et la direction des impôts avait travaillé à une révision générale.
Mais les simulations réalisées ont montré des changements de valeur majeurs, « d’une ampleur qui a été jugée insupportable
par les autorités politiques » :
« La révision a été abandonnée en 1992, et
toutes les tentatives de reprendre la même démarche ont échoué pour les
mêmes raisons ».
Après ce grand chantier et rétropédalage, la Cour des comptes pointe une « curiosité administrative » : la juxtaposition informatique de deux bases de données :
« L’une datant de 1970, l’autre de 1991/1992. Le même bien a, aujourd’hui, une valeur 1970 et une valeur 1990, cette dernière n’étant pas utilisée. »
Le système est tellement opaque que personne ne conteste ses impôts locaux
En 2007, rapporte encore la Cour des comptes, on ne « comptait qu’environ 80 000 réclamations ». Comment y en aurait-il plus ?
« Le contribuable, surtout lorsqu’il est un particulier, ne connaît ni la catégorie dans laquelle son bien est classé, ni les éléments de pondération qui affectent ce classement. Il n’a aucun moyen réel de contester l’assiette de son impôt, à la différence de l’impôt sur le revenu pour lequel il connaît l’assiette retenue. »
Merci à Xavier Valli administrateur du Blog de finances publiques, pour ses explications.
- Sur Rue89Non, la taxe professionnelle n'est pas un impôt si « imbécile »
- Sur ccomptes.frLe rapport de la Cour des comptes (en PDF)
- Sur over-blog.orgLe blog de Finances publiques tenu par Xavier Valli
- Sur over-blog.org"La réforme de la fiscalité locale en marche, il était temps" sur le Blog de finances publiques
- Sur lefigaro.frImpôts locaux : hausse attendue de 8,1% en 2009 sur LeFigaro.fr
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Il est vrai que ce système est totalement opaque, incompréhensible et injuste. Le problème étant qu’une réévaluation équitable amènerait un nombre de propriétaires important à devoir quitter leur logement si cette révision était effectuée. On peut habiter un pavillon de 6 pièces de grande qualité et très équipé et payer moins cher qu’un 3 pièces en HLM. Une révision brutale des taxes pourrait s’avérer insupportable (pas moralement mais financièrement) pour les habitants.
Or cette réévaluation est justifiée : il n’y a aucune raison de faire payer plus cher les plus pauvres ! mais il faudrait, comme cela a été fait pour les loyers de 48 le faire progressivement : remise à niveau à la première mutation : le nouveau propriétaire/locataire saurait à quoi s’en tenir au moment d’acquérir le bien, puis, réévaluation régulière en fonction de la qualité du bien, de sa localisation. Ces hausses ultérieures seraient suffisamment fréquentes pour rester raisonnables dans leur montant, et permettre ainsi le maintien dans les lieux des occupants.




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