chili papers 19/10/2007 à 18h20

Les geysers de l'Atacama menacés par un projet de centrale

Thomas Huchon | Journaliste


Un geyser du désert de l’Atacama (Thomas Huchon/Rue89).

C’est un drôle de combat, qui se déroule depuis un mois en plein désert de l’Atacama, dans le nord du Chili. Face à face, des associations de défense de l’environnement et une entreprise spécialisée dans l’énergie. Dans cet endroit lunaire, à plus de 4 000 mètres d’altitude, la Geotermica del Norte (GDN) et l’italien Enel souhaitent construire une centrale électrique « propre », en utilisant la géothermie.

Sur le plateau d’El Tatio, des tours et des turbines génératrices d’électricité pourraient remplacer les fumerolles des geysers en ébullition. Pour l’instant, les deux entreprises ont demandé à la Commission nationale de l’environnement (Conama) de réaliser une étude d’impact de leur projet. Un rapport qui décidera de la faisabilité d’une telle entreprise.

« De graves problèmes environnementaux, sociaux et culturels »

Mais avant même de connaître les résultats de l’étude, de nombreuses voix s’élèvent pour protester contre la construction d’une centrale dans l’un des plus beaux endroits de la planète. En témoigne une pétition ouverte sur le Net. De son côté, la municipalité de San Pedro de Atacama, ville-oasis au milieu du désert, a déjà annoncé son opposition au projet, alors que plusieurs associations locales ont présenté un « recours de protection » contre la GDN, accusée de commencer les travaux d’installation avant d’avoir le feu vert de la Conama. De son côté, la GDN assure « respecter scrupuleusement » la législation en vigueur.

Dans un communiqué, la mairie de San Pedro explique :

« Le projet génère de graves problèmes environnementaux, sociaux et culturels pour les communautés indigènes dont le territoire [qui leur appartient depuis onze mille ans, ndlr] se situe exactement là où est prévu la centrale. »

« Le projet compromet de manière irréversible les stratégies productives des communautés locales, qui ont fait de l’éco-tourisme la base de leur développement économique. »

Les geysers, source d’eau du désert le plus sec de la planète

Le risque de modifier totalement l’écosystème du désert chilien est réel. L’Atacama est le désert le plus sec de la planète. Et les fumerolles des geysers sont l’une des seules sources d’eau dont dispose la végétation, dont se nourrissent les lamas et autres vigognes qui peuplent la région.

Si cette centrale voit le jour, les fumerolles disparaîtront, puisque c’est avec l’énergie générée par ces dernières que se produit l’électricité géothermique. Sans parler de l’impact sur le paysage des intallations et des lignes à haute-tension nécessaires au transport de l’énergie produite.

Pour le moment, le seul point sur lequel s’accordent tous les protagonistes, c’est qu’il faut agir pour réduire la dépendance énergétique du Chili, et si possible avec des énergies « propres ». L’électricité géothermique en est une, mais à condition de ne pas détruire la nature pour la produire.

Le temps presse pour le Chili, qui voit chaque année ses besoins en énergie augmenter, et avec eux sa dépendance énergétique, notamment pour le gaz que le pays achète à l’Argentine et à la Bolivie. Un dossier d’autant plus épineux que Michelle Bachelet, première présidente à avoir été soutenue par les ONG de défense de l’environnement, s’est engagée à ne pas recourir à l’énergie nucléaire.


Le désert de l’Atacama (Thomas Huchon/Rue89).

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  • Irisad
    • Posté à 19h26 le 19/10/2007
    • Internaute 4547

    Article très intéressant, le poids d’une humanité prédatrice continue les saccages sur la planète, mais comment faire pour s’associer aux protestations, y a-t-il une pétition qui circule ?

  • Anonyme

    En plein désert, il risque d’être difficile de trouver assez d’eau pour alimenter cette centrale, car la plus grande partie de l’eau émise par les geysers retourne dans le sol, alors que celle qui sortira des turbines s’en ira sous forme de vapeur, probablement trop légère, en effet, pour irriguer la végétation.

    Le problème s’est déjà posé en Californie, où les eaux usées sont réinjectées dans le sous-sol pour être recyclées :

    Lien

    Le système, très propre, permet d’alimenter l’équivalent d’une ville de 800000 habitants.

    La vraie question, c’est que le paysage ne soit pas dénaturé, que les autochtones puissent continuer à en vivre et les touristes à en profiter.

    Si cet élément est intégré dans le cahier des charges, il est probable qu’on doit pouvoir préserver les geysers tout en profitant de cet énergie à la fois propre et peu chère.

    • Guillaumelécolo
      • Posté à 07h18 le 20/10/2007
      • Internaute 17836

      Bojour CA 20h17,
      merci pour les précisions, mais j’ai un point de désaccord concernant : « que les autochtones puissent continuer à en vivre et les touristes à en profiter. »
      Le tourisme ne doit pas être une priorité, au contraire.. Le touriste est de toute façon un pollueur ! Prendre l’avion, puis le 4X4, en emmenant ses barres chocolatées, il va ensuite s’émouvoir devant ce paysage d’exeption, alors que l’immense majorité des Chiliens ne le verra jamais ! ! !
      La population locale aura-t-elle plus facilement accès aux énergies ? Lui laissera-t-on la priorité ?
      C’est comme en France : aide-t-on les écologistes ou les PROPRIETAIRES (déductions d’impôts sur les revenus, pas sur les salaires) à s’équiper en énergies renouvelables ou matériaux sains ?
      La question de l’énergie sur la planète devient de plus en plus un enjeu économique, stratégique et un moyen de pression pour ceux qui aimeraient se développer.
      Faire de l’écologie l’autre bout du monde, c’est bien ! Le faire aussi près de chez soi (sortir du risque nucléaire), c’est mieux.Montrons l’exemple avant de donner des leçons.
      Mais restons optimistes, non ?

    • Anonyme

      Pourquoi lea vapeur sortant des turbines s’en irait sous forme de vapeur ? La turbine n’est elle pas censée récuperer la chaleur, et donc condenser l’eau, et la rendre utilisable ?

      • Guillaumelécolo
        • Posté à 15h22 le 20/10/2007
        • Internaute 17836

        explication :
        ce « désert » pour l’homme, aussi hostile sot-il est un biotope. C’est à dire que tout boulversement humain, en l’occurence la captation des vapeurs(non seulement les jets puissants), participe à un équilibre d’une végétation, d’animaux interdépendant, résultant d’une longue adaptation de ces êtres en ce lieu.
        Un désert pour l’homme n’est pas un désert de vie : c’est la biodiversité.

        De même, en France nous avons fait disparaître la quasi-totalité des marécages :
        -au moyen-âge pour se défendre des démons
        -sous Napoléon, pour que l’homme puissent y vivre
        -depuis, pour agrandir les surfaces agricoles et des stations balnéaires...
        Or on s’aperçois aujourd’hui de leur rôle :
        1- dans la filtration des eaux
        2- dans la captation du carbone dont « on » parle actuellement pour développer le nucléaire...
        Voilà, j’espère avoir été précis.

         
        • Anonyme répond à Guillaumelécolo

          Il y a une centrale géothermique à Fumante, en Guadeloupe. Je crois que l’impact écologique est nul, mais je peu me tromper. La biodiversité, OK, mais il s’agit de quantifier l’impact comparé d’un KW produit par du pétrole, du nucléaire, ou de la géothermie. Après, on cause.

        1 autres commentaires
  • Suppriméàlademandeduriverain17.02.09
    • Posté à 20h55 le 19/10/2007
    • Internaute 16256

    Une parole on n’en a qu’une, c’est pour ça que Mme Bachelet la reprend, pour mieux l’utiliser à d’autres fins.

  • Anonyme

    pour y etre allé, c’est vraiment un endroit magnifique et completement perdu. ca va faire des dizaines de kilometres de lignes electriques.....Pour l’anecdote, il y avait deja, il y a douze ans, dans le paysage de ce plateau, une vieille machine de geothermie abandonnée là (par des anglais apparemment) et qui rajoutait à l’etrangeté de l’endroit. Il ferait meiux de faire de l’energie solaire, car ils y ont tout ce qu’il faut.
    Que barbaridad

    • galactic_cluster
      • Posté à 23h49 le 19/10/2007
      • Internaute 16628

      « une vieille machine de geothermie abandonnée là et qui rajoutait à l’etrangeté de l’endroit. “

      Lien

    • vadovado
      • Posté à 14h46 le 20/10/2007
      • Internaute 19903

      Il y a non seulement une vieille machine abandonnée sur le site, en plein milieu du champ géothermique (
      Lien ) mais aussi à quelques centaines de mètres de là des baraquements en ruine, des restes de tubes de forage, de bidons, de machines, comme si ça avait été abandonné brutalement. On nous avait expliqué que la tentative n’avait pas été poursuivie en raison des difficultés liées au climat et à l’agressivité du milieu, ce que je veux bien imaginer quand on voit l’état de corrosion de ce qui reste ...
      Lien

  • Anonyme

    « Le projet génère de graves problèmes environnementaux, sociaux et culturels pour les communautés indigènes dont le territoire [qui leur appartient depuis onze mille ans, ndlr] se situe exactement là où est prévu la centrale. »

    Encore un lieu sacré pour les Indiens qui risquent d’être corrompu, pris de force financière.
    Encore un problème pour l’environnement.
    Encore...

  • Anonyme

    En fait ca va produire probablement pas mal de flotte dont le principal probleme pour son utilisation sera la salinite.

    • Anonyme

      On ne peut pas « produire » de l’eau. L’eau est déjà présente, je suppose. Et si elle est présente sous forme de vapeur, elle est pure. La vapeur d’eau salée, il me semble que ça n’existe pas. La condenser n’augmentera pas la salinité, mais la diminuera. Oubien j’ai raté qqchose.

  • Anonyme

    Pourquoi ne pas avoir pensé aux éoliennes ? A cette altitude peut-être y a t-il suffisament de vent !

    • Anonyme

      On peut se faire une idee du vent en allant sur les sites des observatoires
      qui sont a la meme latitude. Il ya des moyennes annuelles et des maximas
      Paranal qui est dans la region cotiere a 2700 m d’altitude :
      Lien
      Ou le plateau de Chajnantor qui est a 5000m :
      Lien
      Je ne suis pas specialiste mais il me semble qu’il y a assez de vent et
      de place pour des champs d’eoliennes sur n’importe quel plateau a 3000m
      J’ai visite le tatio. Saloper le lieu avec une centrale est vraiment la derniere
      chose qu’on aurait pu imaginer. Que ce soit le maire de
      San Pedro qui monte au creneau n’est pas surprenant : la visite des geysers
      est un de ses fonds de commerce touristiques. Mais ce que le tourisme a fait de San Pedro en 20 ans n’incite pas a y retourner : une sorte de St Tropez du
      desert avec une succession d’hotels, restos, agences touristiques,
      boutiques a touristes ... qui recoit des consommateurs d’eau, d’energie,
      au standard americain : peut-etre la centrale servira a l’alimenter.

    • Guillaumelécolo
      • Posté à 15h29 le 20/10/2007
      • Internaute 17836

      Pour CA9H16
      c’est bien de « penser », c’est mieux d’agir. Connaîs-tu la situation économique de ce pays ?
      pour CA10H25 : tout à fait d’accord.

  • Anonyme

    En esperant que l’évènement pousse les dirigeants politiques vers la conscience écologique, et même l’action...
    actu-et-enjeux.over-blog.com

  • Anonyme

    Je pense que c’est bien de penser à la biodiversité, cependant il faut quand même savoir que le chili a de gros problémes pour subvenir aux besions énergétiques de son pays. Des études sont en cours afin de voir une solution par le nucléaire ... ou alors par des énergies rénouvellables comme par exemple la géotermie, alors si vous aurriez le choix ... choissirez vous le nucléaire ou les énergies propres comme la géothermie ou l’hdrolique qui peuvent avoir un impact sur l’environnement cetes, mais le nucléaire quel impact a-t-il ... et surtout sur combien de temps ...
    A un cetain momant un pays doit faire des choix pour le développement de son pays, il y a les mauvais et les moins mauvais comme la géotermie.

  • Anonyme

    Juste un point correctif, le Chili n’achète pas de gaz à la Bolivie mais a l’argentine qui elle achète a la Bolivie pour compenser son déficit energétique.Des négociations sont en cours , entravés par la demande centenaire de la Bolivie d’un accès a la mer.
    Quant à la ville de San Pedro de Atacama, elle ne vit que du tourisme qui avec en particulier la visite du Lipez en Bolivie avec la Salar d’Uyuni qui renferme des quantités de Lithium importantes.

  • Anonyme

    A voir en ce moment le documentaire sur Voyage Tv d’Eric Idle qui fait cuire deux oeufs dans un geyser chilien.

    Lien

  • Anonyme

    pour y etre allé, je sais que c n’est pas bon pour la région. Ce projet va totalement défigurer le paysage, par son usine, mais aussi par les lignes à haute tension qui, au milieu de rien, feront figure de petrole dans l’ocean. Ce projet est insensé, cette région est l’une des régions les plus ensoleillées au monde, pourquoi ne pas investir dans l’energie solaire ? ? ce serait tellement plus logique. Pour preuve, avant de passer à el tatio, j’ai vecu un mois dans un petit village avec une association, afin de procurer aux populations qui le désirent, des fours solaires. Sur 365 jours de l’année, quasiment 300jours sont des jours d’un bleu total, si le pays recherche des energies, qu’il commence à investir dans le solaire, ce serait beaucoup plus ogique, et ils seraient beaucoup plus gagnant qu’en detruisant le site d’el tatio.

  • Anonyme

    Ce qui me surprend c’est qu’on n’en entend pas parler à la télé chilienne, tandis qu’on parle en ce moment des opposants à un projet de barrages sur des lacs dans la région d’Aysen, en Patagonie...

    Lien

    • Anonyme

      Contre la géothermie, contre l’hydraulique, contre le nucléaire aussi, probablement. Le charbon et le pétrole, ça pue. D’ailleurs, ils n’en ont pas, semble-t-il.

      Alors, à la fin, on contnue de tirer ses vigognes à pied, pendant que, quand même, certains, pas très nombreux, arrivent à profiter des mines de cuivre.

      Est-ce que l’accès à l’énergie n’aurait pas un rapport avec l’accès à la démocratie ?

  • Anonyme

    Il y a un paquet de volcans au Chili. En blaguant avec un Breton de Clohars-Carnouet installé là-bas, nous avions envisagé la géothermie sur les flancs du volcan... Villarica, nettement plus « central ». Pas forcément pour (ne) faire (que) de l’électricité d’ailleurs.

    El Tatio est vraiment loin de tout et les lignes à Haute Tension sont une catastrophe (cf celles dans le désert de Syrie entre Aman et Bagdad) !

    Hervé LE BRIS