So Foot 11/11/2009 à 17h59

De l'armistice en général et du foot en particulier

Chérif Ghemmour | So Foot


Armistice est un nom masculin, pas féminin. Voilà pour les abrutis du fond de la classe qui s’en tapent mais qui auront au moins appris ça. Pour les autres, lisez attentivement ce qui suit : « Foot et Armistice », ça va tomber au Bac ES en juin prochain !

Foot et Armistice ? Armistice, d’abord. Un souvenir à la con... Terminale B. Automne blafard. Le prof de philo :

« Pensez aux pauvres gars qui se sont faits trouer la peau au matin du 11 novembre. Songez que l’Armistice a été signé à 5h15 du matin mais que le cessez-le-feu a été effectif à 11 heures. Entre temps, des hommes sont tombés... »

L’avait raison, le prof. Le dernier jour de la Grande Guerre a fait près de 11 000 tués, blessés ou disparus. Côté français, la date de décès des morts du 11 novembre a été antidatée au 10 novembre par les autorités militaires pour qui il n’était pas possible ou trop honteux de mourir le jour de la victoire...

Des parties de foot entre les tranchées

Voilà, tout ça pour revenir à l’horrible Guerre 14-18 que Jacques Tardi illustrera même après sa mort. C’était le soir du 24 décembre 1914, après 5 mois de boucherie inhumaine. Un truc impensable, miraculeux. Des soldats allemands, britanniques et français avaient « fraternisé », le temps d’une trêve, comme à l’époque médiévale. Avec l’assentiment des gradés des deux bords. Le lendemain, des parties de foot sont organisées. On échange le schnaps, le pinard et les clopes. Voir le film « Joyeux Noël » (2005), réalisé par Christian Carion. (Voir la vidéo)

Puis les tueries reprendront. A la Noël 1915, les différents états-majors feront bombarder les lignes de front jugées trop « calmes », histoire d’éviter que ne se reproduisent les moments de fraternisation et les matchs de foot à la con où on ne comptait même pas les buts, ni le score...

11 Bardamus qui s’apprêtent à aller affronter l’Irlande

La Guerre 14-18, c’est aussi l’Union sacrée qui se finit en Voyage au bout de la nuit. Un peu comme aujourd’hui, avec l’équipe de France. Tous avec Les Bleus ! La France reste unie derrière les Bleus horizon mais trouve le temps long, très long après des éliminatoires du bout du bout qui n’en finissent pas, jusqu’au 18 novembre, contre l’Irlande. Quand on pense que les Hollandais se sont qualifiés en juin dernier...

L’équipe de France ne part bien sûr pas perdante. Mais comment ne pas invoquer Céline si on considère nos 11 Bardamus qui s’apprêtent à affronter l’Irlande :

« La loi, c’est le grand “ Luna Park ” de la douleur. Quand le miteux se laisse saisir par elle, on l’entend encore crier des siècles et des siècles après. »

Remplacez « La loi » par « Les barrages », ça donne une petite touche prémonitoire pas vraiment rassurante. Encore un bout de Céline, dans le Voyage au bout de la nuit ? OK : « Être seul c’est s’entraîner à la mort ».

Mais, bon, pas de quoi flipper : Raymond jure qu’il n’est jamais seul, alors tout devrait aller. Même si on sait qu’en cas de victoire qualificative au Mondial, Raymond ne signera pas un armistice définitif avec la France du Foot : la guerre larvée reprendra de plus belle au lendemain du 18 novembre, jusqu’en juin 2010. Ce n’est que si les Bleus parviennent au moins en demies en Afrique du Sud qu’on pourra parler de « paix » entre Raymond et les Français Footeux. Pas avant.

Le foot na jamais arrêté un conflit

Voilà. Foot et armistice, ça va pas très loin. Le sport n’a jamais empêché les guerres, quelles qu’elles soient. Pas de Jeux Olympiques en 1940, initialement prévus à Tokyo. Le foot n’a jamais arrêté un conflit. Le match USA-Iran du Mondial 98 pourtant disputé dans un réel état d’esprit confraternel n’a pas aboli jusqu’à aujourd’hui les vives tensions entre les deux Nations. Aidé un peu au rapprochement des peuples et des Nations ? Peut-être, comme on l’a vu entre l’Arménie et la Turquie, récemment.

Idem pour les deux Corées, qualifiées au Mondial 2010, et qui se sont affrontées il y a quelques mois. Mais c’est plutôt la politique pure et dure et la diplomatie qui remettent les choses « en place ». On peut quand même évoquer deux exceptions notables.

La première, assez connue, remonte à 1967, durant la terrible et horrible Guerre du Biafra (du nom de cette province cessessionniste du reste du Nigeria qui avait proclamé son indépendance, fin 66). Il fut décrété un cessez-le-feu de 48 heures dans tous le pays pour permettre au FC Santos de poursuivre sa tournée africaine avec un match exhibition à Lagos.

Pelé y gagnera là une stature pacificatrice du « frère noir » revenu apporter la paix sur la terre sacrée de ses lointains ancêtres. Les atrocités de cette guerre civile reprendront juste après le passage des Brésiliens...

« Que notre qualification vous dispose à la réconciliation et à la paix »

Plus près de nous, toujours en Afrique, on peut globalement apprécier le rôle pacificateur des footballeurs ivoiriens qui, s’ils n’ont pas mis fin à la guerre civile larvée qui sourd toujours en Côte d’Ivoire, ont peut-être empêché que ne se déroule un scénario tragique « à la rwandaise ».

En octobre 2005, les Eléphants battent le Soudan et se qualifient pour le Mondial 2006, une première pour le pays. Après le match, les footballeurs à genoux, en signe de prière de recueillement et d’humilité, ont laissé parler leur leader, Didier Drogba.

La star de Chelsea s’est adressé aux hommes politiques de son pays, un peu comme Bob Marley l’avait fait en 1978 à Kingston, pendant la guerre civile en Jamaïque :

« Vous nous aviez promis, hommes politiques, qu’avec notre qualification, vous redonneriez la paix à la Côte d’Ivoire. Donnez la paix aux Ivoiriens. Nous vous en avons donné l’occasion. De grâce, que notre qualification vous dispose à la réconciliation et à la paix. Un pays aussi riche que la Côte d’Ivoire ne peut pendant longtemps sombrer ».

Jacques Anouma, le président de la fédé ivoirienne enquillera avec le même message d’espoir :

« J’exprime ma foi de voir un jour la Côte d’Ivoire se doter d’une “dream team” politique pour que les Ivoiriens réapprennent à vivre ensemble ».

Depuis, en Côte d’Ivoire, « l’armistice par le foot » dure toujours, conforté par la nouvelle qualification récente au Mondial 2010. Reste que les tensions politiques n’ont pas disparu et que la paix demeure fragile. Time will tell, disait Bob...

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  • 12 réactions
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  • leo s
    leo s
    (...)
    • Posté à 18h06 le 11/11/2009
    • Internaute 73621
      (...)

    Plus de tir

    zero perpétuel

  • Bartabasco
    Bartabasco
    Qui es-tu diantre ?
    • Posté à 18h11 le 11/11/2009
    • Internaute 78344
      Qui es-tu diantre ?

    « ça va tomber au Bac ES en juin prochain »

    Merci du tuyau d’poil.

  • a déménagé le 30 août 2010
    a déménagé le 30 août 2010
    commentjecomprendspas
    • Posté à 18h16 le 11/11/2009
    • Internaute 65511
      commentjecomprendspas

    J’adore la leçon de français donné par l’auteur avec une énorme faute en introduction.

  • Désinscrit le 23 avril
    • Posté à 20h36 le 11/11/2009
    • Internaute 87591

    vous avez oublié de parler de la « Guerre du foot » qui a opposé le Salvador et le Honduras en 69. les 2 équipes ont joué un barrage sanglant pour le mondial 70, sur fond de guerre entre les 2 pays.

    Lien
    (flemme de chercher d´autres sources que wikipedia...)

    et aussi le Aregntine - Angleterre 86, avec la Mano de Dios, qui a servi de vengeance froide pour le peuple argentin après les Malouines...

    Enfin, en water polo cette fois, il y a eu un URSS Hongrie aux JO de 56, qui fut d´une violence inouie après les chars sovietiques dans Budapest...

    Sport et Histoire...

  • Spiff
    Spiff
    Enseignant
    • Posté à 21h22 le 11/11/2009
    • Expert 39481
      Enseignant

    Quel est le but de l’article au juste ?

    • monisme
      monisme répond à Spiff
      clm
      • Posté à 11h45 le 12/11/2009
      • Internaute 52504
        clm

      Chiraquien !

    • alberich
      alberich répond à Spiff
      fumiste
      • Posté à 11h59 le 12/11/2009
      • Internaute 84604
        fumiste

      Troisazéro ! ! !

  • Técole074
    Técole074
    Forrest Gump
    • Posté à 21h30 le 11/11/2009
    • Internaute 89138
      Forrest Gump

    08 juillet 1982.
    Il n’y avait pas d’armistice, il y avait une injustice, et les boules de tous les supporters de l’équipe de France....alors masculin ou féminin on s’en foutait royalement.

  • jojomigrateur
    jojomigrateur
    Photojournaliste
    • Posté à 01h42 le 12/11/2009
    • Journaliste 19668
      Photojournaliste

    Notre père qui êtes odieux,
    Faites que l’Irlande Balaye la France,
    Que nous ayons un peu de répit en juin prochain... !

    Amen...

  • 14240
    14240
    retraité
    • Posté à 11h47 le 12/11/2009
    • Internaute 95774
      retraité

    HEU.....j’viens d’acheter...un « Conflit de canard »... !
    Le sport et la guerre ? ? ..le sport et la politique..le sport et le sport ! ! ..le sport et l’argent...surtout..et sur rien... !
    Le foot..jeu de 22 gus...courant après un ballon...dans un rectangle..pendant 90 minutes ! ! ..pour des sommes pharaoniques ! !
    A oui...la cerise...autour du rectangle...des milliers de gens qui braillent...des gros mots ! ! ! ..et à l’occasion se tapent sur la gueule ! !
    BEN.c’est beau le sport ? ?

  • Rabah AIT MOUHOUB
    • Posté à 11h54 le 12/11/2009
    • Internaute 18971

    Ben moi qui suis supporter de l’équipe d’Algérie, je suis partagé :
    d’un côté j’aimerai les algériens se qualifient samedi prochain, ça fait depuis 1986 que j’attends cela.
    De l’autre je me demande si une défaite ne serait pas plus prometteuse pour l’avenir : servir de déclic pour une opposition plus vigoureuse au régime en place (je rêve un peu).
    De plus, je déteste l’atmosphère de bêtise chauvine que entoure le prématch.