Paradis fiscaux : pourquoi la BNP ne décolle pas des Caïmans
La banque, qui doit fermer ses filiales dans les paradis fiscaux, y reste pour « le financement des avions de ligne ».
BNP Paribas s’est engagé à quitter les paradis fiscaux, et pourtant la banque restera aux îles Caïmans. Son patron se justifie : l’archipel serait « incontournable » pour les compagnies aériennes clientes de la BNP. Mais pourquoi une banque française s’installe-t-elle aux Caïmans pour financer des avions ?
Le directeur général de BNP Paribas ne manque pas de motifs de satisfaction. Baudouin Prot les détaille dans une interview à Libération (accès payant) : de bons résultats financiers, des bonus assainis, des traders qui « ont de nouveau l’impression de bien travailler ».
Et les filiales dans les paradis fiscaux ? Là aussi, la BNP est fière d’elle-même : en septembre, elle a grillé la concurrence en annonçant la fermeture de ces filiales. Comme celles installées à Panama et aux Bahamas.
Bonne conscience
Pas question, pourtant, de quitter les Caïmans. BNP Paribas a la conscience tranquille : officiellement, cet archipel des Caraïbes n’est plus un paradis fiscal. Un accord lui a permis de sortir de la liste de l’OCDE.
Les Caïmans n’en restent pas moins un centre « offshore », à la réglementation très souple. Cet été, la députée européenne Eva Joly a demandé des explications à BNP Paribas.
Baudouin Prot en a livré une, au détour de son interview à Libération :
« On y est principalement parce que c’est une place incontournable pour le financement des avions de ligne. »
Législation plus souple
Serait-il impossible de financer des avions de ligne ailleurs ? Non, mais c’est plus facile là-bas, selon une porte-parole de BNP Paribas :
« Pour nos clients avionneurs, la législation des îles Caïmans est beaucoup plus souple. Elle offre des particularités en matière d’assurance et de réassurance. Ce n’est pas une question fiscale, puisque nos profits sont consolidés et sont taxés à Paris. »
Explication de Christian Chavagneux, journaliste à Alternatives Economiques et co-auteur d’un livre sur les paradis fiscaux (La Découverte, « Repères », 2007) :
« Le financement de l’achat d’un avion s’apparente à du crédit-bail, et passe par des centres de crédit spécialisés. Et chaque place financière essaie de spécialiser : les matières premières pour la Suisse, ou l’aéronautique pour les Caïmans. »
Boîtes aux lettres
Aux Caïmans, BNP Paribas ne se consacre pourtant pas qu’aux avions. Eva Joly dénonçait la présence de 21 filiales. Faux, assure la porte-parole de la banque : « Elle comptabilisait les structures juridiques dans lesquelles nous avons des participations. »
Nuance, donc : BNP Paribas ne disposerait que d’une seule vraie filiale aux Caïmans, chargée de gérer des fonds privés américains. Alors, à quoi servent ces étranges « structures juridiques » ?
Tout simplement, à profiter à distance de la législation des Caïmans :
« Ces structures sont enregistrées aux Caïmans, mais il n’y a pas de gens qui y travaillent, le financement est fait à Paris. »
Des boîtes aux lettres, en somme. Pourquoi s’en offusquer, puisque les Caïmans ne sont plus un paradis fiscal ? Dans Libération, Baudouin Prot s’étonne donc qu’on critique ses efforts pour faire le ménage :
« Je trouve paradoxal de se faire critiquer alors que nous sommes le premier groupe qui a pris une telle initiative. Quand tous nos concurrents étrangers feront ce qu’on a fait, on en reparlera. »
- Sur Rue89Surprise : les principaux paradis fiscaux sont près de chez nous
- Sur Rue89Ces petits paradis fiscaux français qu'on laisse prospérer
- Sur liberation.frL'interview du directeur général de BNP Paribas dans Libération (accès payant)
- Sur oecd.orgLa liste des paradis fiscaux de l'OCDE
- Sur alternatives-economiques.frL'enquête d'Alternatives Economiques sur les entreprises françaises dans les paradis fiscaux
- Sur rue89.comTous nos articles sur les paradis fiscaux
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non connue
non connue
Les « paradis fiscaux » sont prospères car ils mettent en place une concurrence fiscale. C’est honteux de vouloir fermer des marchés à des entreprises privés pour des raisons électorales (et non morales, malgré ce que les états napoléoniens de l’UE osent prétendre). Si demain la France devient compétitive fiscalement, les fonds et les entreprises se précipiteront pour y investir et finalement pour y créer des emplois. Allez expliquer ça à une base socialiste qui croit que le patronat est par définition avide et malhonnête et qu’il faut le taxer au maximum pour lui apprendre la vie. C’est tout à fait naturel de sa part de le voir prendre son argent et aller s’installer sous les tropiques ou on ne le considère pas comme un sombre enfoiré et qu’on encourage son entreprise. Doit-on en vouloir aux banques pour ceci ? Dans la logique socialiste oui, parce qu’ici ou sur les îles Caiman, un patron reste un sale enfoiré.




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