Climat : Galam fait dans l'à-peu-près et insulte les chercheurs
Humble statisticienne, je travaille, entre autres, sur la question des « changements climatiques », et reconnais bien volontiers que le catastrophisme est fort prisé de certains médias, de certains décideurs politiques et également, ne le nions pas, de certains scientifiques.
Cela étant dit, les généralités, au mieux approximatives au pire erronées, énoncées par Serge Galam dans l’article « On ne peut prévoir comment va évoluer le climat » me semblent tout aussi dommageables que celles relatées dans différents médias, notamment (mais pas seulement) pour ce qui concerne l’influence humaine présumée dans le réchauffement climatique.
Je ne travaille pas au sein du Giec, ma démarche n’a donc rien d’une tentative pour défendre ma paroisse, mais il me semble toutefois nécessaire de rétablir quelques faits.
Quelle unanimité au sein du Giec ?
Parler de « l’unanimité, sans cesse mise en avant, des 2 500 scientifiques du (...) Giec » est absurde. Les chercheurs travaillant au sein du Giec sont répartis en trois groupes, chacun d’eux oeuvrant dans un domaine particulier. Tous les chercheurs du Giec ne travaillent donc pas à établir la responsabilité humaine (réelle ou supposée) dans le réchauffement climatique (réel ou supposé toujours).
Serge Galam intente un faux procès à l’encontre du Giec. Il se trouve que l’année 2007 correspond à la publication du quatrième (et dernier à ce jour) rapport de synthèse du Giec.
Est-ce véritablement le contenu de ce rapport qui a entraîné un étalage de catastrophisme depuis 2007 ou n’est-ce pas plutôt que les précédents rapports avaient été peu lus et encore moins relatés dans les médias ? Doit-on vraiment imputer aux chercheurs du Giec la façon dont leurs travaux sont exposés dans les médias ?
Au contraire, des prévisions prudentes
L’étude de l’influence humaine dans les émissions de gaz à effet de serre ne date pas de 2007. Dans le rapport de synthèse du Giec de 2001, il est écrit :
« De toute évidence, le climat de la Terre a évolué à l’échelle régionale et mondiale depuis l’époque préindustrielle, et certains aspects de cette évolution sont imputables aux activités humaines.
Les émissions de gaz à effet de serre et d’aérosols dues aux activités humaines continuent de modifier l’atmosphère d’une manière qui influera probablement sur le climat (...). »
Comme on peut le constater, il n’y a pas là d’affirmations tranchées comme on peut en lire (trop) souvent dans la presse, mais bien plutôt une grande prudence.
Le méthane, si si, on en parle
Serge Galam estime que l’on ne parle quasiment jamais du méthane. Mais qui en est responsable, le Giec ou les médias ? Pour le méthane, voici ce qui est écrit entre autres dans le rapport de synthèse du Giec de 2007 :
« Les activités humaines engendrent des émissions de quatre GES à longue durée de vie : le CO2, le méthane (CH4), l’oxyde nitreux (N2O) et les hydrocarbures halogénés (un groupe de gaz contenant du fluor, du chlore ou du brome). ».
Quant à affirmer que, en comparaison du CO2, le méthane et la vapeur d’eau « contribuent encore plus » à l’effet de serre, il s’agit là d’une affirmation plutôt curieuse si ce n’est sur le fond (je ne suis absolument pas qualifiée pour me prononcer à ce sujet) du moins sur la forme.
Il est pertinent (et même nécessaire) de critiquer cette « vérité absolue » suivant laquelle l’activité humaine serait LA coupable des changements climatiques. Mais cette affirmation catégorique et sans nuances (« contribuent encore plus ») me paraît relever de la même dynamique.
Chacun est en droit de ne pas être d’accord avec tout ou partie des rapports du Giec. Mais il n’est pas honnête d’affirmer que « on ne parle quasiment jamais » de ceci ou de cela dans ces rapports. C’est dans les médias que l’on n’en parle pas.
Qu’est-ce qu’une science exactement ?
Serge Galam reproche à la climatologie de n’être pas « une science capable de prédiction exacte ». Ainsi donc une science se définirait par sa capacité à faire des « prédictions certaines » ?
Outre le fond, là encore il y a la forme : pour combattre cette « pensée unique » de l’origine anthropique des changements climatiques, on passe d’un dogme à un autre. C’est classique.
Quant au fond... il vient, en quelques mots, de définir ce qu’est LA science.
Si je puis me permette une toute petite question : si l’on exclut de LA science toute discipline qui, à un moment ou à un autre, s’est trompée, révélant ainsi que des conclusions considérées jusqu’alors comme « certaines » ne l’étaient plus, que reste-t-il ?
Ne passons pas d’un dogme à un autre
Serge Galam affirme : « Les faits en fait sont une augmentation de la température moyenne de 78 à 98, donc sur vingt ans, un plateau de 98 à 2008, et une baisse depuis 2008. » Dire « les faits » est malhonnête car cela sous-entend que ce sont les seuls faits et focaliser sur ces années revient à faire croire qu’il ne s’est rien passé d’autre. C’est malhonnête, et cela revient à remplacer un dogme par un autre.
Il n’y a pas un mais plusieurs scénarios
Serge Galam parle des modèles qu’utilisent les climatologues, qui ne seraient conçus que suivant un seul scénario : « compte tenu de notre production de CO2 et si elle continue au rythme actuel »... Je me permets de signaler que plusieurs scénarios sont envisagés et que ces scénarios sont continuellement réévalués.
En 2005 par exemple, un atelier du GIEC. Son compte-rendu dit qu’il y a une contradiction entre les scientifiques qui traitent des données complexes et les politiques qui veulent des projections simples.
Du point de vue de la statisticienne que je suis, il est évident qu’il serait préférable de disposer d’un grand nombre de scénarios et d’un non moins grand nombre de projections climatiques. Mais il existe des contraintes réelles. Certaines proviennent des décideurs politiques, et l’on peut le regretter.
D’autres contraintes proviennent de difficultés techniques : les modèles climatiques qui « tournent » actuellement sur la planète sont de plus en plus complexes, afin justement de rendre compte de mieux en mieux de la réalité.
Ne pas insulter les scientifiques
Au fur et à mesure de l’évolution des modèles, on ajoute des processus physiques et l’on affine la résolution spatiale. Tout cela a un coût : le temps de calcul est gigantesque. Les « gros ordinateurs » auxquels fait référence Serge Galam sont parmi les plus gros du monde (après ceux de la défense...).
Pour obtenir une projection climatique de quelques décennies seulement, ces ordinateurs tournent pendant plusieurs mois. C’est une réalité à laquelle on n’échappe pas pour l’instant.
Cela ne signifie pas que les chercheurs ne sont pas conscients des limites inhérentes à ces projections. Cela ne signifie pas non plus que de nombreux chercheurs ne travaillent pas à évaluer au mieux les incertitudes associées aux projections climatiques. Ces travaux ne font pas la une des journaux et ne la feront sans doute jamais. Mais ce n’est pas aux chercheurs qu’il faut le reprocher.
Les propos de Serge Galam rapportés dans cet article pourraient laisser croire que tous les chercheurs n’ont d’autre objectif que de justifier la pensée dominante. C’est faux et c’est insultant.
Cela ne veut pas dire que tous les chercheurs remettent en question cette pensée dominante : certains chercheurs ne veulent pas que quiconque mette son nez dans leurs travaux. C’est vrai dans tous les domaines, et c’est évidemment regrettable. Mais de grâce, ne généralisez pas à l’ensemble des chercheurs.
- Sur Rue89Le « dérèglement climatique », credo de l'humanité d'Occident
- Sur ipcc.chLe site du GIEC
- Sur rue89.comOn ne peut prévoir comment va évoluer le climat
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Chercheur
Chercheur
Un sinus qui part en vrille.
L’humilité affichée d’emblée de jeu est un signe qui en dit long sur la véritable intention pernicieuse qui se cache derrière cette mise en scène presque touchante. Madame Sinus prend la défense des pauvres chercheurs insultés par le méchant Galam, de surcroît malhonnête, et faisant dans l’à-peu-près. Un débat épistémologie et scientifique est transformé en une affaire personnelle où l’humble statisticienne, touchée au cœur par les propos erronés de Serge Galam (chut, c’est moi), prend la défense des chercheurs du monde injustement insultés. Et au nom des chercheurs, moi Cosinus remercie Sinus pour s’être dressé contre l’opprobre et rétablir notre dignité outragée (eh oui, je suis aussi chercheur).
Après m’être exprimé sur la forme, venons en au fond. Je vais donc reprendre la technique du Sinus, mais partiellement, pour ne pas trop en faire, en citant des passages de son texte dont je montrerai la douce manipulation, non pas de mes propos, mais de mes supposées intentions. Effectivement, Sinus a transformé le débat qui était riche, contradictoire et étoffé, en un procès d’intention. Il s’agit de démontrer à la fois mon incompétence et ma malveillance. Pauvre de moi.
« Humble statisticienne, je travaille, entre autres, sur la question des “ changements climatiques ”, et reconnais bien volontiers que le catastrophisme est fort prisé de certains médias, de certains décideurs politiques et également, ne le nions pas, de certains scientifiques. »
Tout mon propos est ici confirmé, simplement dit autrement : moi j’ai critiqué les médias, les décideurs politiques, et surtout les scientifiques qui propagent un catastrophisme dangereux.
« Cela étant dit, les généralités, au mieux approximatives au pire erronées, énoncées par Serge Galam dans l’article “ On ne peut prévoir comment va évoluer le climat ” me semblent tout aussi dommageables que celles relatées dans différents médias, notamment (mais pas seulement) pour ce qui concerne l’influence humaine présumée dans le réchauffement climatique. »
Alors que Sinus reconnaît que les « certains » du haut ont des effets dommageables, on se demande pourquoi, par un argument d’autorité, elle me renvoie dos-à-dos avec eux, alors que je les dénonce, et surtout pourquoi elle affirme au passage que mes généralités sont approximatives ou erronées. Le propre d’une généralité étant d’être toujours approximative et souvent dommageable.
« Je ne travaille pas au sein du Giec, ma démarche n’a donc rien d’une tentative pour défendre ma paroisse, mais il me semble toutefois nécessaire de rétablir quelques faits. »
De nouveau, l’auto affirmation de bonne moralité, typique de celui qui se disculpe à l’avance d’une qualité négative, preuve à l’appui, j’ai un très bon ami…, pour se dédouaner du propos négatif qu’il va tenir. En plus Sinus « profite du climat actuel » pour développer son travail.
« Doit-on vraiment imputer aux chercheurs du Giec la façon dont leurs travaux sont exposés dans les médias ? »
Je suis soulagé qu’elle ne m’en rende pas responsable, ce sont les médias, je suis soulagé de ce pêché, le Cosinus vous remercie, Sinus. Mais tout de même la manipulation est osée, ce ne sont pas les médias qui ont tout inventé. On ne compte plus les interventions des membres du GIEC à travers le monde. Je précise que je ne critique pas les chercheurs qui alertent les médias par rapport à leurs convictions, c’est ce que je fais moi-même, je critique la confusion qu’un certain nombre de climatologues entretiennent entre la validité de leurs résultats, et l’alarmisme apocalyptique qu’ils propagent dans les médias, au non de la science dure. Et si c’étaient les médias qui déformaient leurs propos, alors qu’ils s’en démarquent et le disent avec force.
« Serge Galam reproche à la climatologie de n’être pas “ une science capable de prédiction exacte ”. Ainsi donc une science se définirait par sa capacité à faire des “ prédictions certaines ” ? »
Là, je ne voudrais pas être désagréable (j’utilise la même démarche que Sinus, ce qui signifie, je vais l’être, mais surtout ne me jugez pas méchant), mais le Sinus prend la tangente, et avec un angle zéro, ça donne zéro. Alors petit rappel :
Lorsque je dis que la climatologie n’est pas (encore) une science, je parle de sa revendication à être une science dure, c’est-à-dire, tout d’abord une science capable de faire des prédictions réfutables par l’expérience, ensuite une science capable de faire des prédictions effectivement confrontées à la réalité expérimentale ou naturelle, ce qui permet dévaluer son degré de fiabilité. Ce qui ne veut pas dire qu’une science dite exacte ne fait forcément que des prédictions exactes, elle en fait selon un degré de fiabilité qui peut être évalué par l’expérimentation, celui-ci étant dépendant de son degré de connaissance et de développement. Ce n’est pas actuellement le cas de la climatologie même si elle utilise des techniques scientifiques.
« Outre le fond, là encore il y a la forme : pour combattre cette “ pensée unique ” de l’origine anthropique des changements climatiques, on passe d’un dogme à un autre. C’est classique. »
Merci chère Sinus de confirmer une fois de plus mes propos, il faut combattre la pensée unique de l’origine anthropique. Mais pourquoi si je le revendique, ça devient un autre dogme, utilisant une fois encore, une fois de plus, le même procédé : oui il y a un problème, oui, il faut le dénoncer, mais la dénonciation du Sieur Galam est le symétrique dudit problème, et il faut surtout le dénoncer lui ? Pourquoi tant de haine ?
À ce propos est-ce que Dame Sinus a déjà pris son clavier pour dénoncer dans la presse tous ces abus dont elle reconnaît et l’existence et la nécessité de les dénoncer ?
« Dire “ les faits ” est malhonnête car cela sous-entend que ce sont les seuls faits et focaliser sur ces années revient à faire croire qu’il ne s’est rien passé d’autre. C’est malhonnête, et cela revient à remplacer un dogme par un autre. »
Incorrigible Sinus, encore le même procédé avec la même conclusion de l’implacable il est malhonnête et le très général « dogme contre dogme », comme allant logiquement de soit. Pour reprendre une pub célèbre, on entend un viril « What else ? ». Je vais donc jouer au professeur Cosinus pour rappeler au gentil Sinus que l’expression « les faits » est différente de « les seuls faits » et qu’affirmer que celui qui emploie la première fait croire au lecteur (supposé nul en lecture) que ce sont les seuls, est encore une fois un procès d’intention. Pourquoi un tel acharnement à critiquer non pas ce que je dis, mais ce que dis, converti dans votre grille de lecture très originale, ce que je dis ? Si j’affirme tant d’horreurs, tenez-y-vous en ? Pourquoi en rajouter ?
Je commence à fatiguer alors, ouf, je vais conclure par votre conclusion qui repend votre technique finalement monolithique : « Mais de grâce, ne généralisez pas à l’ensemble des chercheurs. »
Je note avec intérêt que cette phrase reconnaît de facto l’existence d’un ou plusieurs problèmes chez certains (vous aimez ce terme) chercheurs, et que la larme à l’œil vous m’implorez de ne pas généraliser à l’ensemble des chercheurs. Chose que je n’ai absolument pas faite.
Merci Sinus, de la part d’un Cosinus qui vous dit : « mettons nous au carré, et l’unité s’en trouvera rétablie ».




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