Tribune 02/11/2009 à 12h37

Pour quitter la rue, l'absurde chemin de croix de Dominique

Sébastien Vaumoron | Psychologue en RASED, chargé d'expertises auprès du Tribunal de Grande Instance et doctorant en « Psychanalyse et pratiques sociales » (CNRS - Paris 7).


Tournée des Restos du coeur le 9 janvier 2009 à Bordeaux (Regis Duvignau / Reuters)

Dominique est proche de la quarantaine quand je le reçois dans le cadre d’une consultation gratuite dans un accueil de jour. Vivant à la rue, parfois hébergé dans l’appartement d’un ami qui s’absente pour raisons professionnelles, il présente une alcoolo-dépendance dont il ne comprend pas les fondements.

En effet, il peut s’alcooliser assez fortement pendant deux semaines, jusqu’à environ 7 litres de vin par 24 heures, puis faire un sevrage sauvage, sans accompagnement médical malgré les risques encourus, et rester abstinent durant les deux semaines suivantes, jusqu’à la Saint-Rémi et le versement de son RMI qui marque le retour à l’alcoolisation.

Devenir SDF

Néanmoins, ce qu’il a identifié dans ces modalités bien singulières, c’est que boire lui évite de penser à ce qu’il estime avoir raté dans sa vie : sa vie de famille, sa place de père et sa carrière professionnelle. Pour cette dernière, « rater » est à nuancer car son modèle est celui de son père, « parti de rien pour arriver très haut », commente-t-il.

Et c’est précisément ce que Dominique fait, descendre au plus bas pour partir de rien et gravir les échelons. Il s’inscrit donc dans ce qu’il imagine être le sillage paternel, en partant d’une vie de clochard pour ensuite gravir les échelons de la société.

A cela s’ajoute la phrase de son parrain : « T’es le troisième, le taré, celui qu’on fout dehors. » En quelques séances, Dominique découvre que sa situation s’enracine là, dans ce rapport particulier au désir du père, et au discours de l’Autre, son parrain qu’il affectionne tant.

Ainsi, sa réussite sociale se fait d’une façon peu conventionnelle, au risque de se mettre en grande difficulté sociale, familiale et mettant en danger jusqu’à sa vie. Ceci répond à sa singularité.

Le sevrage

Au bout d’une dizaine de séances, il s’engage dans un sevrage qu’il sait faire tout seul depuis des années, mais cette fois-ci il le fait accompagné par un médecin afin d’avoir un anxiolytique, un antidépresseur et des vitamines.

Il change de fréquentations pour ne plus être tenté de s’alcooliser avec ses compagnons de rue qui, eux, ne sont pas entrés dans une démarche d’abstinence. Il demande alors un logement pour sortir de la rue (paradoxalement, être à la rue est aussi être « dans » quelque chose) afin de réunir les meilleures conditions matérielles pour maintenir son abstinence.

A cela s’ajoute le projet de reprendre la garde alternée pour ses enfants.

Le retour dans un logement et au travail

Parti plein d’espoir, Dominique se confronte très vite au fonctionnement des aides sociales et à leurs absurdités.

Ainsi, s’il reprenait un logement avant de retrouver un emploi, il pouvait bénéficier de nombreuses aides se chiffrant à plusieurs milliers d’euros sur un an : une caution et le dépôt de garantie pour son logement, un petit prêt à taux zéro pour équiper au minimum son appartement, des allocations logement à taux plein sur plusieurs mois et le droit à cumuler de façon dégressive son RMI avec un éventuel salaire sur près d’un an.

Mais s’il signait un contrat de travail avant de signer son contrat de logement, même si c’était la veille de signer son contrat de logement, il perdait alors ces aides.

Ce que Dominique demandait, c’était simplement d’avoir un studio HLM pour avoir une adresse et amorcer son retour à l’emploi, puis de déménager quand sa situation irait mieux. Mais sans logement, pas de travail, et sans travail, pas de logement. Restaient les services sociaux pour l’aider dans sa démarche de réinsertion.

Le retour à l’hôpital

Finalement, il n’a pas obtenu d’appartement HLM et il n’arrivait pas à obtenir, à cause de sa situation de SDF, un studio dans le privé malgré un marché de l’immobilier loin d’être saturé... A côté de cela, son sevrage était fait et, sortant de l’hôpital après une prise en charge de trois semaines en alcoologie, il lui fallait maintenant quitter la rue sans quoi il craignait de s’alcooliser de nouveau.

A la rue, c’était inévitable, disait-il. Par ailleurs, il avait obtenu une post-cure d’un trimestre mais il lui fallait patienter trois mois avant d’y entrer. Face à cette situation insoluble, il ne lui restait qu’une solution.

L’absurdité

Il s’est fait hospitaliser trois mois dans un service de psychiatrie qui gérait le service d’alcoologie. Si la société n’a pas su le loger dans un studio pour environ 300 euros par mois dans cette ville de province, il a coûté 494 euros par jour à l’hôpital, pendant 120 jours.

Autant dire que cette somme (plus de 59 000 euros), théoriquement engagée par l’hôpital pour loger durant 3 mois Dominique, dépassait largement le prix d’achat d’un appartement ancien comprenant deux chambres dans cette ville de province.

S’il a eu la chance d’avoir un médecin psychiatre compréhensif, acceptant de le loger pendant trois mois avant sa post-cure pour lui éviter la rue et les grands risques d’alcoolisation, Dominique aurait nettement préféré louer un 18m² pour y recevoir ses enfants le mercredi après-midi, pour se sentir un citoyen « normal » et pour éventuellement entrer en recherche d’emploi en pouvant justifier d’un domicile...

Finalement, après ses trois mois de psychiatrie et ses trois mois de post-cure, il a été logé en appartement collectif par une association bien connue en France, reprenant en même temps un emploi en chantier de réinsertion, puis un emploi « normal » et un logement. Tout s’est arrangé pour Dominique, mais à quel prix...

Photo : tournée des Restos du coeur le 9 janvier 2009 à Bordeaux (Regis Duvignau / Reuters)

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  • ymerej34
    ymerej34
    Etudiant
    • Posté à 12h43 le 02/11/2009
    • Internaute 67688
      Etudiant

    Pourquoi vous ne citez pas « l’association bien connue “ ?

    • christobal0094
      christobal0094 répond à ymerej34
      citoyen du monde
      • Posté à 13h20 le 02/11/2009
      • Internaute 77671
        citoyen du monde

      Bonne question.

      mais ces associations caritatives souvent religieuses ou d’origine politiques ou communauteres nous feraient rentrer dans une polemique et des proces d’intention.

      ce cas particulier montre a la fois la necessite et l’importance des dispositifs sociaux et leur cote courtelinesque. ou « catch 22 ».

      a cote de l’Etat et son labyrinthe un leger laisser-aller fermant les yeux sur un systeme hors-systeme serait le bienvenu pour ceux qui ont besoin de gagner leur vie.
      il y a longtemps il y avait les Halles.

  • Nondupe
    • Posté à 12h55 le 02/11/2009
    • Internaute 16772

    Tout à fait explicite sur le xcheminement de pensée de nos dirigeants qui gèrent faute de penser l’humain dans sa logique.

    C’est également valable pour tout ce qui touche l’aide sociale où la prévention est délaissée (désinvestie ou abandonée) au profit d’une intervention postérieure quand tout s’est dégradé.
    Ce sont les affres de la pensée de l’immédiat, sans analyser les racines.

    Et ca coûte très très très cher...mais que diable, c’est le citoyen qui paie.

    • Yanick Toutain
      Yanick Toutain répond à Nondupe
      Humain sur Terre
      • Posté à 16h38 le 02/11/2009
      • Internaute 30475
        Humain sur Terre

      « aide sociale » ?

      C’est le trucage des lois économiques qui vous fait utiliser cette absurde expression.
      Ce sont les riches qui touchent une « aide sociale » de la part de tous les pauvres de la planète.

      En effet, l’essentiel de la productivité - et donc de la richesse - provient de l’accumulation de découvertes et d’inventions faites dans le passé.
      La productivité ancestrale est la véritable source de richesse.
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      Payons aux ayant-droits l’usage de la chasse, de la pêche, de l’agriculture, des mots, des lettres, des chiffres...
      et les inventeurs actuels, les savants actuels, les arrrogants diplômés actuels devront admettre que leur apport productif n’est que de quelque centimes du plus sur les 1000 euros que chaque Terrien devrait recevoir .... en paiement des découvertes et inventions de ses ancêtres.

      Le fameux « troisième facteur » que recherchaient les économistes des années soixante ... ils commencent à le voir ... mais en niant le fructus à payer pour les auteurs morts il y a PLUS de 70 ans ! ! !

      L’ « aide sociale » actuelle, c’est une FAIBLE partie du paiement des DROITS à la PRODUCTIVITE ANCESTRALE ! ! !

      Escroquerie des voleurs habituels !

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      ===
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      Productivité ancestrale, productivité historique, productivité locale, travail simple, travail complexe, capital machine, capital humain, capital innovation, robots additionnels.
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  • LienRag
    • Posté à 12h56 le 02/11/2009
    • Internaute 34767

    Pour expliquer (partiellement) ces absurdités apparentes que vous exposez, Patrick Declerc parlait de la nécessité de « faire des exemples » pour maintenir les travailleurs pauvres dans le droit chemin, et s’interrogeait sur la part, toujours camouflée, de sadisme dans le traitement institutionnel.

  • VERTELALALA
    VERTELALALA
    reveuse
    • Posté à 12h58 le 02/11/2009
    • Internaute 94762
      reveuse

    C’est une histoire bien moralisante de gauche car la morale ratisse large mais moi j’aimerai bien voir ce gars avec du recul et savoir ce qu’il est devenu quelques années plus tard...
    De plus au début le gars gerait seul son cas et ne buvait qu’a la saint remi on serait tenter de dire supprimer cette bequille et ouvrez la porte au travail au noir liberalisé alors le gars se fera clown manut ou ce qu’il veut mais il sera libre libre de ne pas etre obliger de pleurnicher dans le giron psy pour retrouver sa dignité liberté
    tralalalalère

    • Pousse-Seringue
      Pousse-Seringue répond à VERTELALALA
      IDE
      • Posté à 13h21 le 02/11/2009
      • Internaute 94764
        IDE

      Je suis ok pour dire qu’il faut connaitre le contexte précis pour pouvoir se faire une opinion et ne pas tomber dans la sensiblerie moralisante...

      Par contre, ça me parait légitime de pointer l’incohérence du système d’aide au retour à l’emploi et au logement.

      Dans cette belle société où tout se résume à une addition ou à une soustraction sur un compte en banque, on se rend compte que le bon sens ne s’achète pas.

      Tu veux te loger ? prouve que tu as un boulot. Tu veux un boulot ? prouve que tu as un logement...Bon courage !

    • Piedo
      Piedo répond à VERTELALALA
      Assis
      • Posté à 13h29 le 02/11/2009
      • Internaute 43246
        Assis
  • Bête à part
    Bête à part
    parmi nous autres.
    • Posté à 13h00 le 02/11/2009
    • Internaute 504
      parmi nous autres.

    .

    Il est où cet hôpital ? ... pour disposer ainsi d’un lit pour un séjour de trois mois.

    Ce que j’observe en Picardie tend plutôt à cultiver la pénurie. Pour une nuée de patients, l’hospitalisation « en moment de crise » semble jalonner le parcours.

    .

  • Oister
    Oister
    Soldat inconnu.
    • Posté à 13h22 le 02/11/2009
    • Internaute 46248
      Soldat inconnu.

    Au Canada on s’est rendu compte qu’il revenait moins cher à la société de financer des cours de langues aux immigrés plutôt que d’avoir à supporter les couts sociaux de l’inadaptation de certains immigrants. Et là on se rend compte qu’il couterait moins cher d’offrir (oui, lui donner gratuitement à vie, pour toujours) un appartement à Dominique plutôt que le laisser pourir dans la rue entre deux placements en hosto psy qui nous coutent un bras.

    Il arrive parfois que le pragmatisme et la rationalisation budgétaire soient plus humains que les décisions des hommes politiques.

  • patrick du 14-
    patrick du 14-
    de plus en plus naze
    • Posté à 14h58 le 02/11/2009
    • Internaute 40667
      de plus en plus naze

    tient tient l’hiver arriverait il ?

  • Dave Feng
    • Posté à 15h43 le 02/11/2009
    • Internaute 27954

    J’ai été bénévole cinq ans dans un accueil de jour et je remercie l’auteur de cet article d’avoir exposé ainsi, avec clarté et précision, une histoire qui, pour être celle d’un individu, n’en est pas moins la manifestation d’un phénènomène régulier.

    Indépendamment du problème d’addiction, on pourrait même proposer une description plus simple : la société, pour des raisons davantage idéologiques qu’économiques, préfère laisser entrer les gens dans la rue, pour chercher, ensuite, à les en faire sortir alors que la vie dans la rue aura rendu ce retour à la vie « normale » coûteux, difficile, voire impossible...

    D’ailleurs, plusieurs pays d’Europe ont adopté un programme, le programme « shelter » (exposé aux journées consensus de la FNARS en 2007 - ce n’est pas neuf) dont le fondement est simplement de considérer que la meilleure façon de sortir de la rue, c’est de ne pas y entrer.

    Les intervenants étrangers, lors de ces conférences, étaient estomaqués que les associations françaises passent leur temps à échanger des trucs qui consistent à agir en aval - mais ne se posent pas la question de la possibilité de forcer les pouvoirs publics à agir en amont. D’autant que l’Ecosse, où est né ce dispositif, a montré que l’action en amont permet de diminuer les coûts des dispositifs d’aide (en sus d’alléger la souffrance des individus).

    Dans cette mesure, c’est un strict problème idéologique : la plupart des gens ont l’impression de trimer pour avoir un logement - il est donc impensable pour eux que le statut du logement soit modifié, repensé comme un bien nécessaire et non un bien marchand. Ils veulent que tous en bavent, quitte à mettre à la rue certains de leurs concitoyens. Plus on avance vers une « France de propriétaires », plus on accepte, sciemment, que certains mourront « de » la rue (soit dans la rue, soit dans un hopital, mais à l’issue d’une vie dans la rue).

    Merci pour cet article, qui rend un peu de courage...

    • Lictor
      Lictor répond à Dave Feng
      informaticien
      • Posté à 15h46 le 02/11/2009
      • Internaute 68450
        informaticien

      C’est le grand paradoxe français : nous avons un système social d’une grande générosité au mains d’une nation de plus en plus égoïste et individualiste. On préfère souvent voir le voisin creuver qu’imaginer qu’il puisse bénéficier de quelques chose pour moins cher ou avec moins d’efforts qu’on en a founi...
      On veut bien bénéficier de la force publique, mais on ne veut pas payer d’impôts. On veut des logements accessibles, mais plus de frais de succession. On veut son week-end tranquille, mais on veut les magasins ouverts le dimanche.

      C’est le gros problème de la France. Certains pays ont choisi. Les USA ou l’Angleterre sont franchement libéraux, avec les avantages et inconvénients. Les états du nord sont franchement sociaux, avec les avantages et inconvénients. La France semble vouloir le beurre et l’argent du beurre, et au final, on risque de n’avoir rien du tout.

      • Dave Feng
        Dave Feng répond à Lictor
        • Posté à 16h00 le 02/11/2009
        • Internaute 27954

        Je ne suis pas sûr que la situation française soit « paradoxale ».

        Il y a certes une évolution inquiétante, dans la mesure où notre génération semble vouloir détruire l’héritage de la Résistance, ce système conçu par des hommes qui savaient que l’absence de mécanisme de solidarité conduit à de forts écarts de fortune, et, à terme, à la discorde civile, à la violence entre les citoyens.

        Cette perte a quelque chose de logique en cela que nous n’avons pas vécu les heures noires de nos grand-parents - leur logique, pourtant toujours vraie, ne nous apparaît plus.

        - Mais trève de généralités : la question ici n’est justement pas que l’on veut un service, sans vouloir le payer - c’est que l’on préfère surdépenser (en soins hospitaliers) pour défendre un principe : le logement n’est pas un bien nécessaire.

        Notez que je ne pense pas que notre système soit « généreux » : la solidarité est une disposition ingénieuse au bénéfice de tous. Elle n’est pas un acte de générosité.

  • Lictor
    Lictor
    informaticien
    • Posté à 15h40 le 02/11/2009
    • Internaute 68450
      informaticien

    C’est un exemple assez typique... Le système français, qui a par ailleurs de nombreuses qualités, est également très rigide.
    Un autre défaut est qu’il est également très arbitraire : la survie dépend autant du système que de la chance de tomber sur les bons interlocuteurs. Un agent ANPE intelligent et motivé peut faire une différence énorme, tout comme un agent HLM raciste peut plomber les chances d’accès (comme ça a été le cas pour ma mère a qui on a expliqué que les HLM sont réservés aux français - sic).

    Mais dans l’ensemble, c’est un mal qui touche l’ensemble de la société, qui range les individus dans des cases et les y oublie. Une fois rangé dans la case « SdF », « alcoolique », « non diplômé » ou « chomeur », il est très difficile d’en sortir. La France est tout de même un pays où à 50 ans et 25 ans de carrière, on en est encore à montrer ses diplômes et à se faire mal voir si on a le malheur d’être autodidacte...
    Et c’est la même chose partout : côté employeurs, il est suspect de sortir du moule, côté propriétaires, c’est la parano, côté banque, on prêt de moins en moins...

    Dominique, coincé entre bureaucratie et société méfiante a eu plus de bol que de mérite à s’en sortir... La majorité, tout aussi méritante, ne s’en sortira pas, faute de tomber sur un psy prêt à déplacer les montagnes, un assistant social obstiné ou un agent ANPE qui y croit encore...

  • pseudoo
    pseudoo
    citoyen lambda
    • Posté à 15h45 le 02/11/2009
    • Internaute 51588
      citoyen lambda

    Il serait grand temps qu’en France plus personne ne dorme dans la rue. Il devrait il y avoir assez de centres d’hébergement.
    A la fin, cela coûte sûrement plus cher à la société en frais d’hospitalisation, de santé et autres.

    • Lictor
      Lictor répond à pseudoo
      informaticien
      • Posté à 15h52 le 02/11/2009
      • Internaute 68450
        informaticien

      C’est d’ailleurs à se demander comment on fait à l’étranger... Quand on voyage, on réalise que la France est le pays riche où l’on voit le plus de SdF - l’unique exception que j’ai vu étant San Franciso, pour des raisons multiples (culture, climat, politique...).

      Mais à Berlin, Barcelone, Madrid, Bruxelles, Dublin ou autre, on voit très peu de SdF. On se rassure dans on orgueil de français en imaginant que ces pays se livrent à des purges et débarquent leurs SdF loin du regard des touristes par camions entiers...
      Mais si la réalité était simplement que la France a laissé tombé la question et qu’on juge maintenant acceptable d’avoir un certains nombre de français mourrant (espérance de vie des SdF < 55 ans) dans la rue ? Si la réalité était simplement qu’en France, même avec un travail, il est de plus en plus difficile de vivre avec un logement et une nourriture convenable ?
      Pour ceux qui ont la chance de pouvoir voyager, allez donc comparer le prix du logement et de la vie à Berlin ou Bruxelles. On y découvre une réalité qui n’existe plus en France : il est possible de vivre de petits boulots ou en marginal en ayant un logement décent dans une grande ville et en mangeant de la nourriture correcte (voire du bio pour l’Allemagne).... A Paris, même un cadre moyen aura du mal à faire la même chose...

      • Dave Feng
        Dave Feng répond à Lictor
        • Posté à 20h26 le 02/11/2009
        • Internaute 27954

        Vous n’avez pas tort, mais je crains que rabattre la question de la rue sur la question du logement ne soit de nature à gêner la réflexion. Il y a un problème de logement en France, et l’on emploie ce problème pour mobiliser les gens avec toit pour les intérésser à la situation des gens sans toit. En gros, on dit à la population générale : les SDFs sont le produit du problème du logement, vous souffrez aussi du problème du logement, donc le vrai problème, c’est le problème du logement. Mais la condition de la rue, c’est plus complexe que cela, c’est un ensemble de facteurs - et pas seulement le logement.

        Attention, disant cela, je ne dis pas que c’est un problème insoluble, mais que, si on veut parvenir à jeter pousser moins de gens vers la rue, il faut agir sur plus de leviers que le simple logement : l’éducation, la famille, la ville, l’emploi, la santé mentale...

  • Yanick Toutain
    Yanick Toutain
    Humain sur Terre
    • Posté à 16h29 le 02/11/2009
    • Internaute 30475
      Humain sur Terre

    1000 euros pour tous les Terriens.

    et ... à bas l’assistanat sarkozyste ... flicage social déguisé !

    Lien

  • obey-
    obey-
     : -\
    • Posté à 17h18 le 02/11/2009
    • Internaute 66286
       : -\

    Si ma tante en avait elle s’appellerait mon oncle.

    Il est tout a fait possible d’avoir un job ou un compte bancaire en donnant une adresse en poste restante, DE PLUS, beaucoup d’associations peuvent aussi servir de « boite aux lettres ».

    Les calculs d’apothicaire de l’article me laisse a penser que l’auteur veut se rapprocher de TF1 quand un gagnant du loto peut acheter 2235 twingo et 253 000 baguettes. Un peu de serieux ne nuit pas, on peut tout faire dire aux chiffres.

    • Lictor
      Lictor répond à obey-
      informaticien
      • Posté à 18h58 le 02/11/2009
      • Internaute 68450
        informaticien

      Tout à fait : il est parfaitement possible d’avoir un job *et* d’être SdF. D’ailleurs, un bon tiers des SdF ont un travail et pas mal sont diplômés. Ce qui prouve encore une fois que le travail ou les diplômes ne sont pas autant un facteur de réussite que le bol, la naissance et le réseau social...

      Mais dans la cas de ce SdF, le domicile est moins un problème pour travailler que pour se réinsérer et réussir sa désintoxication. Certes, l’alcoolisme au travail est une réalité, mais SdF et alcoolique, ça commence à faire beaucoup d’handicap pour travailler...

  • Troll-en-folie
    Troll-en-folie
    Parano chronique
    • Posté à 17h21 le 02/11/2009
    • Internaute 87214
      Parano chronique

    Il faut faire gaffe avec les titres !

    En le lisant, j’ai pensé qu’un(e) employé(e) de Rue89 voulait partir et qu’on lui faisait des misères.

    Rue89, l’entreprise qui retient ses salariés par la force ! : -)

  • lorientlarouge
    lorientlarouge
    travailleur social
    • Posté à 18h19 le 02/11/2009
    • Internaute 47333
      travailleur social

    balancer le coût d’une hospitalisation en psychiatrie et la comparer au coût d’un loyer, c’est assez facile, non ?

    donc on soigne l’alcoolisme en 10 séance de psychothérapie, quelques anxiolytiques, antidépresseurs et surtout des vitamines ?

    merde, on aurait dû y penser avant.

    et la cohorte des pleureuses qui surenchérissent « la société »,« ma bonne dame » on préfère laisser laisser les gens crever dans la rue...
    « C’est mieux ailleurs, en Ecosse, en Allemagne. au Brésil aussi tant qu’à faire »

    le nombre de gens qui sont à la rue, avec l’AAH, une curatelle, et qui sont incapables de rester dans un logement, vous avez une solution miracle aussi ?

    les mecs qui arrivent complêtement bourrés, pleins de haine dans les foyer s d’hébergement, on en fait quoi ?

    une psychanalyse express ?

    ben non, je trouve que Dominique a bien eu de la chance de rentrer en cure/postcure, de se donner six mois, à l’abri (« shelter » si vous voulez, c’est plus chic), le temps de se poser ect... parce que des psychiatres compréhensifs envers les sdf, il y en pas beaucoup...ni en Picardie, ni en Bretagne. Peut être aussi qu’ils n’ont plus les moyens humains et financiers de le faire.

    une petite fiche lecture pour finir :

    400 pages sur les clochards c’est long...

    Lien

  • vol19
    • Posté à 18h23 le 02/11/2009
    • Internaute 13492

    Vous avez bien raison de souligner ce problème qui montre que même avec le droit opposable et divers dispositifs celà ne fonctionne pas...
    A savoir les bénéficaires de RMI, AAH, (c’est aussi le cas des multisalariés) ont la plus grande difficulté à accéder à un logement, même dans les villes provinciales ou le marché est loin d’être saturé.
    Effectivement des lits en hospitalisation psychiatrique sont occupés, parfois des services saturés... par impossibilité de trouver un hébergement, même un studio.
    Par contre, il et vrai aussi que certains peuvent avoir une grande difficulté à vivre seul voire de s’insérer dans un logement social ou l’isolation accoustique est défaillante, et se pose des contraintes sociales. La maison relais peut -être une solution intermédiaire tout comme des dispositifs de médiation locatives dans des agences immobilières sociales qui assurent une médiation entre la personne en difficulté et le propriétaire.

  • SupercalifragilistiC
    SupercalifragilistiC
    J'représente mon cul pas un (...)
    • Posté à 23h02 le 02/11/2009
    • Internaute 62369
      J'représente mon cul pas un (...)

    C’est tout de même hallucinant que personne ne soit capable d’accepter d’avoir un locataire « à risque » (niveau fric je parle) !

    Vous allez pas me faire croire que tout les gens qui loue des studios dépende de ce revenu là...pour la plupart c’est un plus. Que personne ne souhaite simplement aider quelqu’un à se reconstruire et à se réinsérer, quitte à avoir un peu moins d’argent à la fin du mois, c’est ce qui me choque le plus !

    En fait non, ça ne me choque même plus malheureusement, par contre ca m’énerve...

    Parce que si y avait tout simplement une (bonne) âme qui aurait accepté de lui filer un studio, pour moins cher (même provisoirement)...il y aurait sûrement eu beaucoup moins de problèmes par la suite.

    Pour moi, la couille dans le système, elle est surtout à ce niveau là !

    • SupercalifragilistiC
      SupercalifragilistiC répond à SupercalifragilistiC
      J'représente mon cul pas un (...)
      • Posté à 09h47 le 03/11/2009
      • Internaute 62369
        J'représente mon cul pas un (...)

      Une argumentation peut être ? ? ? Je suis curieux là...

      • antonvoyl
        antonvoyl répond à SupercalifragilistiC
        gestionnaire administratif
        • Posté à 13h43 le 03/11/2009
        • Internaute 56090
          gestionnaire administratif

        Beuh ? ? Vous n’y pensez pas ? ? La propriété est le droit d’où coule tous les autres dans ce pays ! !

        Tenez ! Prenez un propriétaire qui paie ses impôts et essayez de lui expliquer que cela ne lui donne pas plus le droit de l’ouvrir qu’un autre, qui plus est un clochard ! ! C’est comme ça, c’est tout...

        Le pays des droits de l’homme d’accord, mais y a-t-il un citoyen pour en énoncer les articles ? ?

  • SuperAlAmAs-
    SuperAlAmAs-
    Don Quichotte
    • Posté à 02h48 le 03/11/2009
    • Internaute 65608
      Don Quichotte

    voilà un article « rurale » à taille humaine...

  • critiquesociale
    • Posté à 14h52 le 03/11/2009
    • Internaute 90103

    Si en France il semble que les besoins génériques soient satisfaits, apparaissent en toile de fond nombre de besoins sociaux laissés pour compte ou à l’initiative des âmes charitables et autres association caritatives.
    C’est cela qui est inadmissible à mon sens, bien sûr, l’implication des citoyens dans la société, dans des démarches de solidarité est essentielle et souhaitable mais l’Etat (d’ailleurs il parait que c’est nous...) à une responsabilité : comment se fait-il que dans un pays aussi riche que le nôtre, des gens puissent mourir de froid ? Que ceux qui veulent s’en sortir se heurtent à l’irrationalité d’un système social ubuesque ?

    Révoltant !

    • antonvoyl
      antonvoyl répond à critiquesociale
      gestionnaire administratif
      • Posté à 15h51 le 03/11/2009
      • Internaute 56090
        gestionnaire administratif

      Parce que signer des papiers de chiffon est aussi une spécificité française. Le nombre de décret d’application sans rapport avec la loi adoptée ou la réalité sociale du terrain est absolument effarante. En France, on a aucun droit. On a des textes...

  • no pasaran
    no pasaran
    psychosociologue
    • Posté à 15h25 le 03/11/2009
    • Internaute 67440
      psychosociologue

    j’ai beaucoup aimé la première partie de votre article
    Vous mettez en rapport le destin tragique d’un homme avec le discours familial . C’est très juste et très éclairant . Notre destinée s’inscrit bien dans le discours familial : ce discours peut-être aimant , positif , valorisant ,intégrateur ( la famille vous fait une place , elle vous accueille ) , ce discours peut-être aussi haineux, négatif , dévalorisant , désintégrateur ( la famille ne vous fait pas de place , elle vous rejette à sa périphérie ) . On peut tout à fait dire que l’on ne devient pas SDF par hasard : C’est bien la famille qui accorde ou non à l’individu les ressources psychiques , identitaires qui lui permettront d’affronter les aléas de la vie . Trop souvent être SDF c’est vivre une 2ème expérience d’exclusion , c’est rejouer des années plus tard la même scène traumatisante avec les protagonistes familiaux . Tout le monde ne peut pas naturellement accéder à la résilience , à la possibilité de s’émanciper du discours famifial pour accéder à la liberté et à la force de vivre .

  • fightanyevil
    fightanyevil
    Chomeur
    • Posté à 15h50 le 03/11/2009
    • Internaute 94373
      Chomeur

    C’est une folie que les impôts français aillent dans des hôpitaux facturant 500 euros par jour ! !
    Une folie, encore une fois, le gouvernement devrait s’y attaquer.

  • Hemistal
    Hemistal
    Alcoolique à Vittel
    • Posté à 00h00 le 04/11/2009
    • Internaute 89632
      Alcoolique à Vittel

    Tiens, encore un billet qui approche le problème des SDF en france.
    Et autant de comm. qui parlent, expliquent, argumentent ... sans avoir vécu cette « peine ».

    Dave Fang, nous avons longuement disserté sur ce qui était autrefois mon blog. Nous étions entièrement d’accord sur les principes, nous retrouvions sur les moyens nécessaires, moins sur les causes.

    Ce qui ressort d’abord de ce billet, c’est (et même si je ne pense pas que cela soit une volonté de l’auteur) : SDF = alcoolisé

    Non. Si, et pour cause, l’alcoolisation de cette population est plus élevée que la moyenne, elle n’est pas obligatoire, loin de là.
    Certains, et cela a été mon cas, ont compris, à la première nuit dehors, que l’alcool (même autre que le doux cognac d’après-repas) leur était désormais interdit ... parce que facteur d’immobilisme.

    Mais cela n’est pas le plus important.
    Le domicile est la clef. Le pivot de cette vie à rattraper.
    Si le pouvoir politique ne peut (et c’est démontré) agir sur l’emploi, il a un rôle à jouer sur le toit.
    Avoir un logement, c’est se poser. Se projeter. Mettre (avec la ressource seule d’un RMI) de côté, c’est pouvoir se réorganiser.
    S’acheter des vêtements potables.
    Se rendre « employable ».

    C’est la pierre angulaire de la réinsertion de cette population. Dont le petit peuple con se fout en été (alors qu’on y meurt de déshydratation autrement plus qu’en hiver) et dont il ne s’intéresse que l’hiver, la dinde et le père Noël venus ... Chrétien ... Déculpabilisant ...

    Je parle d’un peuple qui a admis sans broncher que l’on crée sous ses yeux ... et en son nom ... un ministère de la race, de la chasse à l’immigré et autre gourmandise vichysante.

    Et qui, 5,6,7 ème (ou plus si affinité) puissance mondiale qui laisse crever ses laisser-pour-compte à la rue, comme des chiens. Pourquoi ? Parce qu’ « ils » ont une fonction sociale importante (qu’on leur renie d’ailleurs) : ils font office de repoussoir. Pour vous. Tous. Ta gueule et bosse. Ou tu finiras comme lui, comme eux (réflexion autant valable pour un père à lui-même qu’ à un père à son fils ... Regarde le pauvre)

    Nous sommes dans une société américanisée à l’extrême. Et je précise que je ne déteste pas les USA.
    Juste leur égoïsme dont nous avons cru, jusqu’à il y a peu encore, nous être prémunis.
    Nous y sommes. Les deux pieds dedans. Et par obligation.
    Faire manger les siens ... ou vivre dans une société où tout le monde mange : Voilà le dilemme auquel nous sommes intimement confronté.

    Merci aux rares qui auront eu le courage de me lire.

    PS : A l’attention du journaliste qui s’occupe des revenus « aux rayons X ».
    Si l’avis, et le décompte d’un rmiste (qui ne s’oblige pas à avoir 150 kms pour percevoir son dû (oui, je sais, le terme « dû » énerve) est susceptible de vous intéresser, je suis à votre disposition.