Identité nationale : la fin de cinquante ans de mensonges ?
Le débat sur l’Identité nationale que lance l’Etat sarkozyen sera, espérons-le, l’occasion de sortir de décennies d’hypocrisie et de mensonges délétères, dans lesquels la quasi-totalité de la classe politique, des intellectuels et des médias français sont englués.
D’autant que ce débat aura notamment lieu pendant qu’on commémorera les 50e anniversaire des indépendances africaines, en 2010, année que Nicolas Sarkozy a voulu celle de « l’Afrique en France ».
Le régime actuel, la Ve République blanciste, fut fondé il y a un demi-siècle sur une vision très spéciale de l’identité nationale française. Une vision que Charles de Gaulle partageait avec une grande partie de la classe politique métropolitaine de l’époque. Une vision en contradiction radicale avec les principes les plus fondamentaux de la République héritière de 1789.
De Gaulle : « Les Arabes sont des Arabes, les Français des Français »
De Gaulle confia à Peyrefitte en 1959 :
« C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France.
Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. (...) Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants.
Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ?
Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! » (« C’était De Gaulle », tome 1, p. 52)
Evidemment, De Gaulle ne pouvait se permettre de déclarer tout cela publiquement. Pour revenir au pouvoir, et bénéficier de l’appui de l’armée, le Général tint donc un discours totalement inverse.
En juin 1958, face aux foules algériennes, il affirma sa volonté de faire de tous les Algériens, voire de tous les Noirs africains, des « Français à part entière ». Cette promesse déclencha l’enthousiasme parmi les populations, en Algérie comme à travers toute l’Afrique, mais aussi en métropole.
A la décolonisation, le droit à l’autodétermination bafoué
Or, élu sur ce programme révolutionnaire, De Gaulle fit en définitive l’exact contraire de ce qu’il avait annoncé.
Au lieu d’engager la France et ses territoires d’Afrique sur la voie de l’intégration, c’est-à-dire de l’égalité politique et sociale entre tous les habitants, quelle que soit leur race ou leur religion, le général démantela systématiquement l’ensemble franco-africain.
Habile, il justifia officiellement son choix par le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », bien qu’il savait que les populations aspiraient bien davantage à l’égalité...
Pour autant, après avoir refusé la départementalisation demandée par le Gabon (Affaire gabonaise, 1958), il priva les Africains du droit à l’autodétermination (Loi 60-525, 1960). Enfin, il livra l’Algérie au FLN ultraviolent et nationaliste, à qui il laissa le soin d’organiser le référendum sur l’indépendance (99,72% de OUI à l’indépendance, en 1962) et de faire rentrer, par la terreur, les Algériens dans le rang.
Par la suite, pour mieux ensevelir le rêve de la fraternité franco-africaine qu’il avait eu tant de mal à briser, le régime abreuva le bas peuple de mensonges : le FLN fut présenté comme le glorieux vainqueur de la guerre de « libération » algérienne, et les partisans de l’Algérie française de l’intégration (c’est-à-dire de l’égalité et de la diversité dans la République) furent désignés en bloc comme des « fascistes ». Enfin, les harkis furent assimilés à des « collabos », traîtres au peuple algérien.
La stigmatisation des harkis et la glorification de De Gaulle
En l’an 2009, dans les banlieues françaises, le système récolte ce qu’il a semé : pétrie de ces simplismes pervers, une grande partie de la jeunesse exècre les harkis, maudit de plus en plus souvent la France prétendument vaincue par les glorieux nationalistes algériens, et brandit, fort logiquement, le drapeau FLN, devenu celui de l’Algérie indépendante...
Clef de voûte du système : depuis des décennies, Charles de Gaulle est glorifié, érigé en idole visionnaire, presque sacrée, lui qui bazarda les « nègres » et les « bougnoules », et livra les harkis au supplice et à la mort, parce qu’ils étaient coupables d’incarner l’unité franco-africaine qu’il s’agissait, définitivement, d’anéantir.
Parce que les harkis étaient coupables, aussi, d’être ce qu’ils étaient : des Français arabo-berbères et musulmans... D’ailleurs, les rescapés, parvenus en France, furent enfermés dans des camps.
Puisse le débat sur l’identité nationale, évidemment indispensable au regard de l’ampleur des blocages et des petits intérêts menacés, des compromissions stratifiées, être l’occasion d’un révolutionnaire aggiornamento, et non d’un énième crime contre la France, l’Afrique et leur mémoire commune, tellement falsifiée.
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Prof Seine Maritime
Prof Seine Maritime
Quelle nation voulons-nous ?
A cette question, il convient avant de tenter humblement une réponse parmi d’autres d’en poser une autre en préambule :
Quelle Nation avons-nous aujourd’hui ? Le constat, sans tomber dans le catastrophisme, est néanmoins accablant :
La Nation France en 2009 est une Nation très divisée. Les communautés, qu’elles soient sociales, culturelles, religieuses, politiques, générationnelles, voire ethniques, sont très éloignées les unes des autres. Dans certains cas, elles ne se parlent plus, ne se connaissent plus et par là, ne se comprennent plus. Alors que nous célébrons l’anniversaire de la chûte du mur de Berlin, d’autres murs invisibles s’élèvent en France. Il est intolérable que les forces vives de la Nation ne soient plus que des électrons dispersés aux quatre vents du non-dialogue. L’école, creuset de la Nation, est elle aussi ballotée par les tempêtes car elle est en première ligne. Je pense, en écrivant cs lignes, à tous mes jeunes collègues nouvellement certifiés et qu’on envoie en priorité dans ls établissements qu’on dit difficiles. Mais ce ne sont pas les établissements qui sont difficiles ! Ni même, au risque de choquer, les jeunes qui les fréquentent. Ce qui est difficile, c’est tout simplement le VIE, la vie quotidienne des quartiers dont Fadela Amara devait, par un « plan-banlieue », améliorer la qualité. Qu’en est-il aujourd’hui ? Nul ne sait vraiment ! L’école pourtant nous dit, chaque jour car elle est caisse de résonnance, que la Nation France en 2009 est en souffrance car elle se croise plus qu’elle ne se rencontre.
Alors oui, quelle Nation voulons-nous ?
Je n’ai pas de réponse toute faite. Il n’y en a d’ailleurs pas. Mais peut-être peut-on esquisser un portrait « idéal ».
D’abord une Nation rassemblée autour des valeurs constitutionnelles : Liberté - Egalité - Fraternité. Trois mots aujourd’hui totalement incompris par celles et ceux qui n’en sont jamais les bénéficiaires : jeunes, personnes agées, précaires, handicapés, immigrés (légaux ou pas), français issus de l’immigration et j’en passe ! Comment voulez-vous une Nation fraternelle quand ces trois mots-là ne sont partagés que par certains ? Il est nécessaire, urgent, vital que les pouvoirs publics, que les élus de tous les partis envoient par des actes, par des décisions, par l’exemplarité de leurs actions, des signes clairs vers ceux qui demain iront une fois encore brûler des voitures ! Leurs voitures d’ailleurs ! (Ce n’est qu’une illustration).
Et puis une Nation dont on ne falsifie pas l’Histoire. Oui la France a été et reste un phare de la Démocratie. Malgré les erreurs, les horreurs parfois, elle est et reste l’héritière des Droits de l’Homme et du Citoyen dont elle est le berceau. A condition d’en être une héritière digne ! Ce n’est pas le cas aujourd’hui avec la politique menée par Messieurs Sarkozy et Besson. Ils sont des falsificateurs d’Histoire. Il pratiquent à leur manière une forme de captation d’héritage !
Une Nation métissée aussi. Métissée et qui le montre en mettant en place les moyens de métisser les pouvoirs de décision. Notre Parlement ne représente pas la diversité. Chacun en est conscient mais personne ne fait l’effort de donner des clefs pour un métissage visible. Etre français, puisque c’est l’une des questions posées, c’est d’abord réaffirmer que nous sommes une nation métissée, mélangée. C’est l’accepter, le revendiquer ! Et c’est faire comprendre aux jeunes générations venues d’ailleurs que ce métissage est une richesse. A condition, encore une fois, de ne pas contenir cette jeunesse « d’ailleurs » dans l’ « ailleurs » : ces banlieues qui sont de nos jours pour beaucoup devenues des terres étrangères.
Une Nation dans laquelle les femmes auront toute leur part. Ce n’est pas le cas. Une femme meurt tous les trois jours en France sous les coups de son conjoint ! En France ! En 2009 ! Les femmes sont discriminées à l’embauche ! Discriminées aux salaires ! Les meilleures élèves sont des filles. Toutes les études le démontrent. Pourtant, lorsqu’arrive le moment des choix de grandes études, lorsqu’arrive le moment de nommer les élites décisionnaires, ce sont les hommes que l’on retrouve aux plus hautes fonctions parce qu’ils sont majoritaires dans les grandes écoles !
Une Nation qui pourra choisir son information quand seulement quatre grands groupes de presse se partagent le gâteau de la presse écrite quotidienne et hebdomadaire !
Une Nation qui n’aura peur ni de son drapeau, ni de son hymne ! Non pas pour en être fière par supériorité ! Il ne s’agit pas de cette fierté là ! Ca c’est de la prétention. Non ! Fière d’apporter au monde en le partageant l’héritage de Voltaire, de Montesquieu, de Diderot, l’héritage universel des Lumières, ces Lumières éteintes par messieurs Sarkozy et Besson !
Voila la Nation que nous devons appeler de nos voeux ! Voila celle pour laquelle j’accepterai de vivre et éventuellement, mais le plus tard possible, de mourir !
Christophe/Lien




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