Marie Bové : le népotisme se porte bien à gauche aussi
Marie Bové, c’est un peu Jean Sarkozy, mais en fille. D’accord, elle a plus de bouteille (34 ans contre 23 pour le prince des Hauts-de-Seine) et sans doute davantage d’expérience politique (elle est permanente du groupe socialiste à la Communauté urbaine de Bordeaux), mais pour le reste...
Car comment apprécier autrement la proposition de Noël Mamère d’en faire la tête de liste d’Europe Ecologie en Aquitaine ? On pourra bien sûr affirmer que Bové junior est compétente et qu’il est scandaleux de l’empêcher de se faire un prénom au prétexte qu’elle a un papa célèbre.
L’on subodore pourtant qu’il faudra prestement se mettre en mode balkano-lefebvriste pour défendre cette initiative avec un minimum d’ardeur...
« Ceux qui commentent » et « ceux qui agissent »
Pour Nicolas Sarkozy, cette nouvelle affaire de népotisme ne saurait d’ailleurs mieux tomber : elle lui permet de ridiculiser les critiques venues de la gauche depuis que son fiston envisage d’emménager à La Défense ; elle l’autorise même à en remettre une couche sur la différence entre « ceux qui commentent » et « ceux qui agissent » !
Mais pour quiconque est d’accord pour oublier cinq minutes qu’un pistonné de gauche ou de droite, c’est toujours un pistonné, c’est surtout l’occasion de rappeler que les dynasties professionnelles ou politiques ne sont pas ce que la démocratie républicaine produit de meilleur.
Je m’amusais, la semaine dernière, à comparer la carrière express de Jean Sarkozy à celle de tous ceux qui, en France, disposent d’un appui, aussi modeste soit-il, pour contourner les procédures censées générer de l’égalité.
Une société où 80% d’« insiders » bloquent 20% d’« outsiders »
Je m’agaçais ainsi des travers d’une société où 80% d’« insiders » s’escriment à empêcher 20% d’« outsiders » à participer à la fête, du locataire de l’Elysée à l’agent SNCF obtenant que ses enfants aient priorité sur les enfants de chômeurs pour un simple boulot d’été gare d’Austerlitz. Marie Bové, pour toutes ses qualités présumées, est mal partie pour me faire changer d’avis.
J’ai entendu quelque part qu’un type sur deux embrassait la même carrière que son père par une sorte de déterminisme familial irrésistible : les fils de bouchers deviennent des bouchers, les fils d’acteurs des acteurs et les fils de Debré... des Baroin.
Dans le cas d’un commerçant transmettant la boutique à son rejeton, rien à dire. C’est sa boutique, c’est son rejeton. Dans le cas d’un politique transmettant un fief, c’est une autre paire de manches, ne serait-ce que du point de vue des serfs qui ont le malheur de l’habiter, le fief en question.
Tout comme lorsqu’une entreprise publique supposée appartenir à tous les Français devient la propriété transmissible de ses agents...
Mais le plus triste, avec toutes ces histoires, c’est qu’elles alimentent davantage le discours du tous-pourris qu’elles ne stimulent l’exigence de plus de démocratie. Qui sait, c’est peut-être que les marchands de tous-pourris font plus de gosses que les autres…
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Auteur(e) de l'article Chroniqueur
Chroniqueur
Contrairement à une idée fort répandue (surtout dans les commentaires de Rue89), la France est un pays riche dont les citoyens, dans leur immense majorité, vivent confortablement. Je ne parle donc pas de privilégiés, mais d’une classe moyenne élargie qui défend ses divers intérêts catégoriels avec la dernière énergie, mais a tendance à ne pas se préoccuper beaucoup des oubliés du système de manière concrète (c’est à dire au-delà du bla bla sur la nécessité de faire payer les riches et de récupérer les 450 millions du bouclier fiscal pour éponger les milliards des déficits publics).
Le népotisme sous toutes ses formes (le piston, les jeux de relations, les règlements permettant aux insiders de ne pas laisser les outsiders mettre le pied dans la porte...) est endémique. C’est presque un mode de vie.
Mon sentiment, d’ailleurs, c’est que les pays sont de bons exemple de « fractales » à la Mandelbrot : quelle que soit l’échelle à laquelle vous les observez, ils présentent exactement la même allure et les mêmes caractéristiques. Du coup, chez nous, le piston et les petits arrangements sont la norme pour monsieur Toutlemonde comme pour les puissants. Dans d’autres lieux, les pays scandinaves viennent immédiatement à l’esprit, la norme est inversée.
C’est la raison pour laquelle les Verts comme l’UMP peuvent se permettre ces polémiques sans changer leur fusil d’épaule : en son for intérieur, la majorité leur a déjà donné l’absolution.
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