06/10/2009 à 17h31

La reconnaissance des intersexes passe-t-elle par la judiciarisation ?


Vincent Guillot, fondatRICE du mouvement intersexe en Europe francophone, revient sur les derniers développements de l’affaire du Distilbène, hormone de synthèse que l’on donnait aux femmes qui avaient des grossesses difficiles et qui s’est révélée très dangereuse pour les enfants, engendrant entre autres des enfants intersexes.

De nombreux journaux français ont titré récemment sur la « victoire » sur le Distilbène, médicament utilisé en France de 1950 à 1977 pour empêcher les fausses couches. Mais celui-ci a provoqué un grand nombre de malformations congénitales (et en provoquera encore en sautant les générations) essentiellement au niveau des organes génitaux, fabriquant entre autres des enfants intersexes.

Se reconcilier avec son genre atypique

Je m’interroge sur cette présumée victoire et surtout sur les modalités jurisprudentielles pour que les personnes victimes de la molécule diéthylstilbestrol fassent valoir leurs droit.

Si je réagis à cette annonce, ce n’est pas parce que je suis un probable enfant du Distilbène, mais bien suite au mail que j’ai reçu de la part d’une personne qui se vit comme une erreur médicale due au Distilbène.

Pour ma part je ne le vis pas du tout comme cela ; la (ou les) cause(s) de mon hermaphrodisme m’importent peu et pour rien au monde je ne souhaiterais être différentE de ce que je suis, j’aime mon corps et mon genre atypique.

Cependant, peu d’articles parlent de la difficulté pour les victimes à faire valoir leurs droits à réparation.

La Cour de cassation a eu beau inverser la charge de la preuve, il revient maintenant aux laboratoires de prouver que leur spécialité n’était pas en cause et non aux femmes de déterminer le nom de celui qui avait produit la molécule ; il n’en reste pas moins qu’il faut prouver au moyen d’une ordonnance ou d’un dossier médical que le Distilbène est en cause.

Certaines ont pu le faire mais parmi les nombreuses personnes atteintes que j’ai rencontrées, je n’en ai jamais vu une seule ayant conservé les originaux des ordonnances. Et quand nous réclamons nos dossiers médicaux, neuf fois sur dix on nous répond que notre dossier a brûlé ou qu’il y a eu des inondations dans les archives... Quand on obtient notre dossier (comme moi), il est plus que sybilin et des pièces manquent, ce qui le rend inutilisable en justice.

Le Distilbène est aussi une affaire d’hommes

Une autre chose est frappante dans ces articles : très peu, et de façon très éludée, abordent la question autrement que sous l’angle des effets sur les femmes (certain parlent en effet de filles du distilbène), alors qu’au moins autant d’hommes (et de personnes ni femelles ni mâles) sont touchés par les effets de cette molécule.

Comme si la masculinité ne pouvait être questionnée, remise en cause, ne fût-ce qu’à l’aune de médicaments aux effets délétères.

Et bien sûr pas un mot sur « ceulles » qui ont des corps non conformes aux deux seuls standards admis. La France est en retard sur les questions de genre et de « conformité » des corps. Mais les frontières craquent : il y a cette victoire judiciaire (individuelle) sur les laboratoires pharmaceutiques qui, si elle reste ancrée dans une essentialisation des sexes/sexualités, n’en reste pas moins une victoire judiciaire d’une personne ayant un corps non conforme.

Par ailleurs, de plus en plus de personnes concernées par cet enfermement dans une corporalité conventionnelle, provoquée soit par une thérapie hasardeuse soit par une simple variabilité des organismes en terme d’identité (transidentité) ou de corporalité (intersexes), prennent la parole.

Dénoncer l’assignation hormono-chirurgicale des enfants intersexes

Bientôt, nous verrons poindre en France, comme en Amérique du Nord dans les années 90 ou en Allemagne l’année passée, des requêtes en justice pour dénoncer l’assignation hormono-chirurgicale des enfants intersexes ou les modifications corporelles liées à des médicaments pris par les mères lors de la grossesse : tous sans exception ont gagné leurs procès face aux médecins, touTes lorsqu’elles avaient en possession les preuves médicales ont gagné contre les laboratoires pharmaceutiques.

Ne nous y trompons pas, les médecins, mais aussi les juristes (et accessoirement les assurances) ont bien conscience des enjeux à venir et ce n’est pas un hasard si la spécialiste de l’assignation hormono-chirurgicale française, la professeure Claire Fékété, déclarait au journal Le Monde le 8 août 2009 : « Ce débat est complètement biaisé et il est en train de s’éteindre »...

En disant cela, elle tentait d’éteindre le feu qui couve. Contrairement à ce qu’elle pense le débat n’est pas biaisé et surtout est loin de s’éteindre. Au contraire : les personnes victimes des assignations arbitraires ou ratées s’organisent en organisations diverses tel que Orpheo ou encore l’OII (mais aussi des associations de malades ou de porteurs de tel ou tel syndrome de désordre du développement sexuel).

En prenant la parole, notre solitude est en train de s’éteindre, mais les souffrances de ce que la plupart d’entre nous avons subi ne sont pas prêtes de s’éteindre et pour la majorité des personnes concernées, la résilience ne pourra passer que par une judiciarisation de la question, et bien sûr l’arrêt des mutilations hormono-chirurgicales des enfants intersexes, qu’ils soient « des produits de l’industrie pharmaceutique » ou simplement des enfants différents.

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  • guerzit-
    guerzit-
    Incomprenant majeur
    • Posté à 18h03 le 06/10/2009
    • Internaute 28472
      Incomprenant majeur

    En parler contribuerait déjà activement à leur reconnaissance... Je dis ca car je croyais que cela n’arrivait que tr-s rarement.

    Or on n parle de 1,5 à 4% d’intersexes dans la population, selon diverses études... C’est suffisamment important pour constituer un genre à part entière me semble t-il...

    Judiciarisation ? Dans cette affaire on retient plus l’ampleur de l’affaire que ses conséquences sur les victimes... Pour ne pas m’être penché la dessus, la vision que j’en avais était celle de jeunes femmes affligés d’un mal peu évoqué, du fait de l’activité d’un laboratoire pharma.

    Si l’affaire judiciaire permet de parler, elle ne permet pas forcément de parler des choses importantes. Quand on parle de 4% de la population et que les effets de la pollution tendant à augmenter cette dernière...

    • Tyrian
      Tyrian répond à guerzit-
      Informaticien
      • Posté à 21h40 le 06/10/2009
      • Internaute 61861
        Informaticien

      1.5%, ou 4% non ce n’est pas un genre. Car dans cette minorité, vous un n’avez pas un intersexe, mais une vaste quantité différentes. Contrairement aux 2 genres « principaux » biologiques qui forment des ensembles assez bien identifiés, ces groupes présentent des caractéristiques très variées, d’un bout à l’autre du « spectre ». Créé une 3ème case ne changerait donc pas grand-chose, si ce n’est d’accroître justement leur différence de manière artificiel.

      Reconnaître que ce sont des anomalies d’un point de vue biologique ne doit pas mener à un déni de leur droit, surtout le droit de justice. Une chose qui me choque dans l’article, c’est la disparition massive des dossiers. Normalement ce genre de documents sont en 4 exemplaires, dans 4 villes différentes. Ça fait beaucoup d’incendies et d’inondation je trouve. Soit c’est de l’incompétence, soit c’est de la corruption.

      • Vincent.Guillot
        Vincent.Guillot répond à Tyrian
        Auteur(e) de l'article
        • Posté à 10h06 le 07/10/2009
        • Internaute 26182

        Bonjour,
        Pour nous il ne s’agit pas d’une anomalie, nous sommes des variations mais pas des anormaux, nos organes sont fonctionnels. pour ce qui est des dossiers, ils sont archivés dans les cliniques/ hôpitaux ou l’on a été suivi, pas dans quatre endroits différents (je n’ai jamais entendu parlé de cela).
        Nous ne réclamons pas la création d’un 3 em sexes, mais l’abolition de la mention de sexe à l’état civil (ainsi que n° INSEE et papiers) cela réglerait le problème pour tout le monde et ne couterait rien. .
        cordialement

         
        • Tyrian
          Tyrian répond à Vincent.Guillot
          Informaticien
          • Posté à 11h09 le 07/10/2009
          • Internaute 61861
            Informaticien

          Êtes-vous capable d’avoir des enfants de manière normale, sans risque ? Si non, vous êtes clairement une anomalie.

          Le terme anomalie n’est pas péjoratif. C’est juste que vous n’êtes pas dans les normes biologiques classiques de notre espèce. Je ne le suis pas non plus (maladie génétique mineure, qui fait que mes globules rouges sont plus petits et moins efficaces), même si c’est bien moindre que vous en terme de conséquence. Ce n’est pas en rejetant des mots qu’on change la situation. Cela s’appel du politiquement correcte et on y gagne rien, juste de l’hypocrisie.

          L’existence des sexes est utile. Les 2 sexes sont différents biologiquement. Cela a des conséquences sur notre vie. Rien que médicalement, cela sert pour nos statistiques. Je ne vois pas le gain à supprimer les sexes, par contre je vois des inconvénients. Sans compter que cela ne changerait strictement rien à la réalité. On ne ferait que nier un fait existant.

          Et qu’est ce que cela change envers vous-même ? Vous savez qui vous êtes, ce que vous êtes. Qu’est-ce qui vous dérange dans le chiffre figurant sur un bout de papier ? Ça ne change rien à qui vous êtes.

          • nelmezzodelcamin
            nelmezzodelcamin répond à Tyrian
            di nostra vita
            • Posté à 13h15 le 07/10/2009
            • Internaute 3956
              di nostra vita

            mouais... je ne suis pas convaincue que ce ne soit pas péjoratif comme terme « anomalie », surtout après le verbe être. Vous êtes une anomalie, bonsoir ! (remplacez « anomalie » par « maillon faible »)

            Si on additionne tous les gens qui ont une anomalie, il ne va pas rester grand monde de normal... moi même je ne serai pas très « normale » non plus, d’ailleurs...

            Vincent ne parle pas de supprimer les sexes, juste leur mention à l’Etat civil. Moi aussi je suis d’accord : en quoi ça regarde l’Etat le genre d’organes qu’il y a dans ma culotte ? ? il paraît qu’on ne doit pas discriminer les hommes et les femmes (pas plus que, disons, les noirs et les blancs), par contre sur le moindre formulaire il y a écrit « homme » ou « femme », « madame » (ou pire « mademoiselle ») ou « monsieur ». Cela ne vous choquerait pas que l’on mette sur les cartes d’identité « noir » ou « blanc » ou autre chose, en disant ensuite : ah oui mais on ne fait pas de discrimination là dessus...

            Dire que ce qu’il y a d’écrit sur le bout de papier ne change pas ce que l’on est n’est pas tout à fait vrai, ça change plein de choses dans la façon dont on vous perçoit. Et dont vous vous percevez aussi, du coup. On est une espèce sociale.

            Et puis le fait de devoir cocher une case (même si en fait la loi est plus nuancée) dès les premiers jours de vie d’un enfant fait que les médecins vont pousser les familles à des opérations, qui n’ont pas nécessairement pour but, ou alors secondairement, de soigner cet enfant... comment réagiriez-vous si on vous disait à la naissance de votre gamin : « ah mais c’est une fille/un garçon, mais il y a une petite anomalie - tiens tiens - à corriger on va faire ça tout de suite »

            Cela dit, je trouve très intéressante la question de savoir ce que c’est que des organes sexuels fonctionnels...

            • Tyrian
              Tyrian répond à nelmezzodelcamin
              Informaticien
              • Posté à 09h49 le 08/10/2009
              • Internaute 61861
                Informaticien

              Le terme n’a pour moi rien de péjoratif envers l’individu non. Je juge un individu à ses actes ou raisonnement, pas selon son fonctionnement biologique. Ils ont eu un développement anormal, il y a eu une défaillance génétique provoquée parfois par un médicament ou la pollution. Cela a probablement pour certains d’entre eux d’autres conséquences sur la santé.

              Diriez-vous d’un albinos qu’il est normal, alors qu’il souffre de sa condition ? Ne seriez-vous pas content qu’on puisse la corriger ? La majorité des gens sont normaux, même si les anomalies génétiques se multiplient.

              Une précision, les anomalies sont parfois positives, et donne lieu à l’évolution.

              Pour l’état ça génère des statistiques, cela donne une idée de la situation de la population. Le sexe est une donnée comme une autre, relativement simple à gérer.

              On a beau être une espèce sociale, à nous d’assumer ce qu’on est. Et vouloir faire disparaître sur des papelards ce qui dans la réalité sera toujours affiché tant qu’on sera des homo sapiens, je trouve ça hypocrite et inutile. Pire, nous ne pourrons plus gérer ces cas particuliers car nous n’aurions plus de données dessus.

              Il faut donc au contraire accroître la précision de nos données et mettre en place une gestion plus humaine de ces cas particuliers. Ce n’est pas en effaçant administrativement une réalité qu’on la fait disparaître.

              • Camille
                Camille répond à Tyrian
                Mauvais genre
                • Posté à 10h44 le 08/10/2009
                • Internaute 48427
                  Mauvais genre

                Dans ce cas là, pourquoi ne pas ajouter un code « 3 » aux codes 1 et 2 pour les personnes qui ne se sentent ni hommes ni femmes ?

                C’est simple à gérer, ça permettrait effectivement de pouvoir sortir des stats sur les différences de salaires pas seulement hommes/femmes mais aussi hommes/femmes/autres genres, etc.

                Le problème n’est pas tant de décider soit « on abolit les genres et on ne les observe plus » ou « on observe tout le monde », le problème c’est que la société accepte qu’il existe des personnes qui ne soit pas des hommes, pas des femmes et pas des monstres. Des êtres humains différents.

                Ton analogie avec l’albinos ne colle pas tout à fait car il s’agit effectivement d’une déficience de pigment. Je pense qu’il faut plutôt aller vers l’analogie avec le mulet : c’est un animal stérile, croisement de l’âne et du cheval mais qui est parfaitement viable et qui peut connaitre un développement normal, du moment qu’on admet qu’il est d’une espèce qui n’est ni l’âne, ni le cheval mais ça reste un équidé.
                Effectivement un mulet n’est pas un cheval ni un âne mais pour autant dire d’un mulet qu’il est un « cheval handicapé » n’a pas de sens, on reconnait qu’il est une autre sorte d’équidé (alors qu’on peut dire en quelque sorte d’une personne albinos qui est un être humain avec un handicap)
                Il faudrait accepter qu’il y a des êtres humains, de la race des êtres humains qui ne sont ni des hommes au sens strict (à définir), ni des femmes au sens strict (à définir également) et qu’on accepte qu’ils existent sans parler de défaillance.

                la définition de l’homme et de la femme est déjà très complexe... si on se base sur la reproduction, une femme stérile n’est plus une femme ?

                • Tyrian
                  Tyrian répond à Camille
                  Informaticien
                  • Posté à 21h12 le 08/10/2009
                  • Internaute 61861
                    Informaticien

                  J’ai voulu répondre l’après-midi mais tu méritais une réponse de qualité que je ne pouvais fournir en travaillant en même temps.

                  Pour le 3ème code pour ce genre de situation, pas de problèmes. C’est plus cohérent pour leur reconnaissance que de vouloir effacer les autres. Je précise une chose, je ne les ai jamais considéré comme des monstres. J’ai choisi le terme d’anomalie car c’est le terme qui m’a parut le plus neutre. Une anomalie pouvant être positive.

                  Prenons l’analogie du mulet. Un mulet n’est pas une anomalie. Il a eu un développement normal par rapport à ceux qui ont été ses parents. Ces gènes font qu’il est stérile de manière systématique. Ce n’est pas anormal. Il est à cheval (^^’) entre 2 espèces qui ne se sont pas encore totalement dissociées.

                  Les intersexes semblent être du à la non-expression ou surexpression d’un gène présent. Depuis quelque temps, nos quelques connaissances sur le développement biologique ont évoluées (même si restant très insuffisante et remettant beaucoup de choses en question). L’expression d’un gros paquet de gènes est en fait contrôler par différentes hormones, elles-même affectées par la pollution. Or une bonne partie des intersexes semblent provenir de l’absorption par la mère de médicament agissant sur les hormones. Il y donc bien une anomalie dans le développement. Et cela doit parfois provoquer d’autres complications.

                  Je ne vois donc pas comment on ne peut pas parler d’anomalie. Toutes nos connaissances pointent vers un développement anormal. Encore une fois ce n’est pas méprisant. Ce n’est pour autant qu’ils doivent être considérés comme inhumains, sur ça on est d’accord.

                  Pour la femme stérile, ça dépend des conditions qui la rende stérile. Si celle-ci n’a en fait pas les organes nécessaires pour être fertile, mais qu’elle a subit un développement anormalement affecté par la testostérone, alors oui elle entre dans la 3ème catégorie. Si c’est une blessure, cela reste une femme, elle a connu un développement normal. Cela dépend des causes de sa stérilité en gros.

                  • Vincent.Guillot
                    Vincent.Guillot répond à Tyrian
                    Auteur(e) de l'article
                    • Posté à 00h17 le 09/10/2009
                    • Internaute 26182

                    Oui enfin, sauf que, le mulet est généralement stérile mais pas toujours, j’ai vu récemment une mule pleine et suitée.... Par ailleurs les intersexes sont généralement fertiles et les variations génétiques ne sont pas loin s’en faut la majorité des intersexes, tout comme les intersexualités liées à la prise de médicament. Alors qu’est ce qu’on fait ? on continue la pathologisation et les mutilations, on ferme notre gueule et comme cela vous étes content, comme vous on se vit en creu, en négatif en anomalie !
                    Non nous ne sommes pas des anomalies ou alors l’immense majorité de l’humanité est une immense anomalie, car nous sommes toutEs différentEs. De plus femme est une identité, lorsque vous parlez de stérilité des femmes pour les inclure ou non dans la féminité, vous parlez de femelles. Une femme stérile ou fertile est une femme parce qu’elle se définie ainsi, on peut à l’inverse être une femelle fertile et ne pas être femme. Enfin quid des personnes qui n’ont pas questionné leur fertilité ? Les incluez vous dans la féminité (ou la masculinité) ?

                    • Tyrian
                      Tyrian répond à Vincent.Guillot
                      Informaticien
                      • Posté à 00h47 le 09/10/2009
                      • Internaute 61861
                        Informaticien

                      Inutile d’être agressif, je ne le suis pas avec vous, juste froid. On peux parler de ça calmement ou faut-il verser dans le duel ?
                      Encore une fois, le terme anomalie n’est pas forcément négatif. Et vous en êtes. Les milliards d’humains sont effectivement différents, mais ils ont tous à part quelques anomalies suivit le même schéma de développement. A partir d’un oeuf construit par un spermatozoide et un ovule comportant chacun la moitié du code génétique. Ce code suit pour tous les même règles qui définissent l’espèce humaine. Être en-dehors de tout ça, c’est être une anomalie. Mais c’est également comme ça que marche l’évolution. Peut-être que les intersexe seront l’humanité de demain. Encore une fois, contrairement à ce que vous semblez croire, il n’y a pas de jugement de valeur.

                      Par contre, pourquoi tenez-vous tant à ce que les gens s’identifient à un sexe ? Car c’est bien l’objet de votre second paragraphe ? Je me suis intéressé à l’aspect biologique car je me fiche de « l’identité sociale » d’un sexe. Je trouve votre discours incohérent sur ce point. Vous êtes ou contre ce genre d’identité sociale ?

                      Ensuite, une chose m’intrigue. Quelle proportion d’intersexe se sont déclarés mécontent des opérations ? Combien auraient refusés ? Représentez-vous réellement l’ensemble des intersexes ?

                      • Vincent.Guillot
                        Vincent.Guillot répond à Tyrian
                        Auteur(e) de l'article
                        • Posté à 10h16 le 09/10/2009
                        • Internaute 26182

                        Je comprend votre position (nous sommes des anomalies) mais je ne comprend pas les raisons qui vous poussent à cette affirmation. La médecine ne serait-elle pas « questionnable » ? Tout ce qui est posé comme normal ou pathologique (cf Foucault) serait un fait « scientifique » inébranlable ? l’homosexualité encore récemment était de l’ordre du pathologique et du physiologique. Il y a encore (et de plus en plus) des tenants de cette vision de l’homosexualité. Je peux comprendre qu’on le défende mais ce n’est pas mon angle de vision, ou alors comme le disait l’endocrinologue espagnol Maranon, il y a 99% d’intersexes. ce n’est qu’une question de regard de positionnement.

                        Je ne tiens pas à ce que les gens s’identifient à un sexe, bien au contraire, je répons simplement à vos propos et a ceux de camilles au contraire, je (nous) propose la désexualitsation juridique des corps afin que chacunE puisse se vivre comme bon lui semble. nous ne nions pas l’existence des hommes et des femmes, nous disons simplement qu’il n’y a pas que cela

                        « Combien auraient refusés » :
                        Le consensus est clair la dessus : quasiment 100% auraient voulu choisir et non pas subir quelque soit le vécu. Ceulles qui auraient refusés sont très nombreux, et ceulles qui ont échappé aux assigations ne sont généralement pas en demande. ceulles qui demandent une assignation à l’age adulte ne passent que par une opération et les résultat est probant ce qui n’est JAMAIS le cas dans l’enfance. des pays comme le Suisse on cessé les assignations enfantines depuis plusieurs années.
                        « Représentez-vous réellement l’ensemble des intersexes ? “ connaissez vous des personnes qui représentent REELLEMENT quoique ce soit ? Je ne suis pas porte parole, je suis juste cellui qui à porté la parole intersexe en Europe francophone, toutes les paroles. je travaille avec toutes sortes d’intersexes en accord ou non avec mon positionnement. je travaille aussi avec de nombreuSEs chercheuSEs et des médecins. A titre personnel je ne suis pas pour la judiciarisation mais pour le dialogue. Je fais se rencontrer des intersexes et des médecins (et chercheurs) .

                        ps, je ne suis pas aggressiVe, je répond simplement à votre propre agressivité. Vous avez écrit que vous êtes une anomalie, je ne le suis pas, respectez notre vécu, cela n’enlèvera rien au votre. Votre insistance à me reléguer dans le no man’s land des anomalies est pour moi d’une violence ultime !
                        cordialement
                        cordialement

                        • Tyrian
                          Tyrian répond à Vincent.Guillot
                          Informaticien
                          • Posté à 13h34 le 09/10/2009
                          • Internaute 61861
                            Informaticien

                          La médecine est discutable, comme l’ensemble de nos connaissances scientifiques. Mais on doit quand même agir/réflechir selon nos connaissances présentes, vous voulez vous basez sur quoi sinon ? Il faut toujours une base. Une anomalie n’est pas forcément une pathologie à soigner, je n’ai jamais dit cela. Par contre il est toujours intéressant d’en comprendre l’origine et l’ensemble des conséquences. De plus, avec ces procès, vous vous mettez en position de victime (au sujet du médicament). Faut savoir, si ce n’est pas une anomalie et donc encore moins une pathologie, pourquoi vous portez plainte ?

                          Si je tiens à ce terme, c’est par honnêteté intellectuelle. Je n’aime pas l’hypocrisie, je n’aime pas le politiquement correcte. Je trouve ça extrêmement dangereux car cela peut amener des erreurs de raisonnement colossale et une incapacité d’action. Ce n’est pas en refusant une réalité qu’on l’efface. C’est une manière de nier sa différence en prime. Un nain n’est plus un nain mais une personne verticalement contrariée...

                          Avec ce genre de comportement, on ne plus étudier le phénomène. Pourquoi étudier quelqu’un de normal ? A l’inverse, étudier les intersexes permettraient de mieux comprendre les causes du phénomène et prévenir les potentiels problèmes (et oui, un dérèglement hormonal pareil ne doit pas être sans conséquences pour l’organisme, quand on voit juste les effets de la pilule...). Effacer cette réalité, c’est empêcher de gérer une population ayant potentiellement des risques accrus de maladies diverses type cancer.

                          Je continuerais donc à dire que vous êtes une anomalie, sans jugement de valeur associé à ça. Ce n’est pas un no-man’s land, bien au contraire, c’est un point d’intérêt.

                          Pour la desuaxilsation juridique, vous ne ferez que niez une réalité existante et en plus vous nous ferait perdre en données statistiques qui peuvent être intéressantes. Notamment au niveau médical. Qu’est-ce qu’on y gagne ? Vous parlez des problèmes pour récupérer un colis. Dans ce cas là, c’est la procédure de récupération de colis qu’il faut changer. Qu’on dégage les barrières qui vous gênent dans votre vie, je suis pour. Mais ça n’est pas en dégageant un chiffre qu’on va réussir. La solution de Camille est bien meilleure.

          • Vincent.Guillot
            Vincent.Guillot répond à Tyrian
            Auteur(e) de l'article
            • Posté à 10h24 le 09/10/2009
            • Internaute 26182

            « Qu’est-ce qui vous dérange dans le chiffre figurant sur un bout de papier ? “
            Le n° INSEE est une création du gouvernement de Vichy, le 3 et le 4 concernaient les juifs, et ensuite il y avait les Tziganes, les autochtones... De plus la mention de sexe sur la carte d’identité est très récente, elle date de l’informatisation. Enfin le sexe n’est pas mentionné sur le permis de conduite et cela ne gène personne !

            Ce qui est dérangeant au quotidien, c’est de ne pas pouvoir retirer un courrier recommandé, ouvrir un compte en banque, accéder simplement à la citoyenneté lorsqu’on a un corps qui n’est pas conforme à la norme à cause d’un simple 1 ; 2 ; M ; F
            C’est aussi simple que cela !

        10 autres commentaires
  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 08h16 le 07/10/2009
    • Internaute 7659
      oiseau

    Loin d’être spécialiste, il me semble avoir néanmoins compris quelque chose. Il se peut que l’assignation médicale à un sexe soit motivée par un soucis de santé physique du patient. A ce moment, le choix du médecin m’apparait relativement légitime, puisqu’il en a va de la santé physique.

    Cependant, il se peut aussi que l’assignation médicale à un sexe soit motivée par un soucis de santé morale, mais ici, le soucis est attribué au patient. A ce moment, le choix du médecin m’apparait non légitime. En effet, non seulement c’est le médecin qui attribue un problème qui n’existe pas nécessairement pour le patient, mais il décide de la vie et du corps d’un autre. Cela relève des même principes que le combat féministe de la deuxième vague (années 60-70) qui luttait pour le droit des femmes de disposer de leurs corps.

    Le parallèle semble pertinent : dans les deux cas, il s’agissait du principe de choisir pour soi contre la morale et la culture qui imposaient aux femmes de n’être qu’un organe reproducteur ou, aux intersexes, une identité qui leur est étrangère.

    Si on continue le parallèle, on remarque une dernière chose pour répondre à la question du titre. Les acquis féministes de la deuxième vague (droit à l’avortement, viol comme crime, etc.) n’empêchent pas la morale et la culture ambiante d’être encore sexiste dans les faits. La judiciarisation est peut-être une étape dans la reconnaissance des intersexes, mais elle ne saurait probablement suffire pour changer la culture et la morale qui pousse les médecins à « devoir » faire un choix quand la vie du patient ne l’exige pas.

    • Tyrian
      Tyrian répond à Tita
      Informaticien
      • Posté à 09h39 le 07/10/2009
      • Internaute 61861
        Informaticien

      Une chose tout de même, on ne peut pas vraiment critiquer les médecins pour des choix que la société tout entière faisait. Il ne faudrait pas non plus que cela tourne à une sorte de chasse aux sorcières alors que les médecins n’étaient que les exécutants. Les parents étaient alors eux-même coupables de ce choix. La société tout entière l’était. Les médecins ayant pratiqués ces opérations devenant alors des bouc émissaires faciles.

      • Vincent.Guillot
        Vincent.Guillot répond à Tyrian
        Auteur(e) de l'article
        • Posté à 09h51 le 07/10/2009
        • Internaute 26182

        Bonjour,
        Les médecins ne disent jamais que l’enfant est intersexe, ils éludent la question et font peur aux parents tout en imposant « le “sexe de l’enfant. les parents en aucun cas ne sont coupable dans l’affaire.
        cordialement

         
        • Tyrian
          Tyrian répond à Vincent.Guillot
          Informaticien
          • Posté à 11h11 le 07/10/2009
          • Internaute 61861
            Informaticien

          Ce sont les parents qui font le choix, un peu trop facile de les déresponsabiliser et de rejeter tout la faute sur un inconnu... Que vous vous battiez contre la firme pharmaceutique qui a sciemment refourgué un médicament dangereux, je comprend, mais la chasse aux sorcière contre les médecins ressemblent plus à une vengeance qu’autre chose. Ce n’est utile pour personne.

        1 autres commentaires
      • Tita
        Tita répond à Tyrian
        oiseau
        • Posté à 11h43 le 07/10/2009
        • Internaute 7659
          oiseau

        Oui et Non

        Oui, c’est la société entière qui aime des catégories claires et distinctes du genre « Un homme n’est pas une femme et réciproquement ». Cette catégorisation des sexes (apprise très tôt) conduit à un méta-contraste (cf. les travaux de Turner, 1991). Ce méta-contraste se caractérise par la diminution des perceptions des différences intra-groupes et l’augmentation des perceptions des différences inter-groupes. Ainsi, on accentue les différences entre les chiens et les chats tout en réduisant les différences entre les chiens ou entre les chats. Selon ce chercheur (Turner), on aime avoir un environnement avec des catégories claires et le sexe est une catégorie des plus saillantes. Ainsi donc, si le quidam tombe dans ce travers d’aimer une catégorisation du sexe binaire et de refuser les alternatives, on a aucune légitimité à en accuser exclusivement les médecins.

        Non, car ce qui est dénoncé chez le médecin est dénoncé aussi chez tout le monde. On a tous tendance à faire de cette discrimination envers les intersexes, avec comme toile d fond cette vue bien-pensante d’une catégorie nécessairement binaire du sexe. Croire que seuls les médecins font de cette discrimination serait un peu ridicule. Le combat nous concerne tous et dans ce « tous », il y a aussi les médecins.
        Par ailleurs, c’est bien nonobstant le médecin (et pas le quidam de la rue) qui décide si tel ou tel enfant doit être un homme ou une femme. Certes, il le décide en fonction des valeurs qu’il pense être bonnes et ses valeurs sont sociales mais :

        1) dans une même société, il peut y avoir des valeurs antagonistes. Par exemple, on peut faire un choix pour le bien d’une personne (principe altruiste) ou s’en abstenir par respect du libre arbitre de cette personne (principe de respect du déterminisme de chacun). Ces deux principes sont valorisés dans notre société. Le choix de privilégier certains principes ou valeurs sociales sur d’autres relève bien de la responsabilité de la personne qui fait ce choix : soit ici le médecin.

        2) Il n’en reste pas moins qu’à une époque on brulait les gens pour leur bien. Les inquisiteurs en étaient persuadés bien que je ne suis pas persuadé que leurs victimes étaient d’accord. De la même manière il était bien de ne pas donner de droits politiques aux femmes pour préserver leur pureté et leur innocence. Par exemple, le sénateur et rapporteur Alexandre Bérard déclamait le 3 octobre 1919 : « les mains des femmes sont-elles bien faites pour le pugilat de l’arène publique ? ». Le « bien » qu’on veut donner à l’autre n’est donc pas toujours un bien.

        Bref, un médecin est compétent pour soigner des désordres physiques, mais il ne l’est pas pour imposer ses choix de valeurs(fussent-elles esthétiques ou morales)

    • Vincent.Guillot
      Vincent.Guillot répond à Tita
      Auteur(e) de l'article
      • Posté à 10h00 le 07/10/2009
      • Internaute 26182

      Bonjour Tita,

      « Cependant, il se peut aussi que l’assignation médicale à un sexe soit motivée par un soucis de santé morale, mais ici, le soucis est attribué au patient. A ce moment, le choix du médecin m’apparait non légitime. En effet, non seulement c’est le médecin qui attribue un problème qui n’existe pas nécessairement pour le patient, mais il décide de la vie et du corps d’un autre. Cela relève des même principes que le combat féministe de la deuxième vague (années 60-70) qui luttait pour le droit des femmes de disposer de leurs corps. »

      C’est exactement cela !

      cordialement et merci pour vos contributions

  • A déménagé le 13-10-2012 2
    • Posté à 13h25 le 07/10/2009
    • Internaute 85164
      non connue

    11 réponses pour un article de rue 69 , nul , la prochaine fois titrez « MA NUIT AVEC UN OU UNE INTERSEXE »

    • Pseudo
      Pseudo répond à A déménagé le 13-10-2012 2
      Enfin libre : -)
      • Posté à 14h33 le 07/10/2009
      • Internaute 25947
        Enfin libre : -)

      En fait, je crois que c’est très difficile d’intervenir sur un sujet, dont on ne connaît pas grand chose. Tout au plus, peut-on compatir quand on se rappelle combien le regard des autres est souvent cruel.

      Plus que le nombre de réponses, ce que je trouve triste, c’est le nombre de visites : 1087 pour l’instant. Parce qu’il me semble que plus on parlera de la question des intersexes, plus le regard des autres changera.

    • Camille
      Camille répond à A déménagé le 13-10-2012 2
      Mauvais genre
      • Posté à 14h43 le 07/10/2009
      • Internaute 48427
        Mauvais genre

      Oui au moins cette fois-ci Rue69 fait moins bien que les massacres en Guinée !

  • solene
    solene
    vagabonde
    • Posté à 15h07 le 08/10/2009
    • Internaute 20951
      vagabonde

    pour rester dans la thematique, n’oubliez pas que samedi c est l existrans a paris
    Lien

    et le 17 octobre la journeee internationale contre la pathologisation des trans’
    Lien

    a bon-ne entendeureuse !

    • Vincent.Guillot
      Vincent.Guillot répond à solene
      Auteur(e) de l'article
      • Posté à 00h20 le 09/10/2009
      • Internaute 26182

      Et aussi samedi prochain à 20h au festival international du film militant d’Aubagne, le docu Sexes variables sur l’intersexualité, programme sur aubagne.tv
      cordialement

  • eden-saga.com
    eden-saga.com
    webmestre
    • Posté à 22h18 le 08/10/2009
    • Internaute 89905
      webmestre

    Vous avez raison d’aimer votre corps d’hermaphrodite, c’est un magnifique cadeau du Vivant Lien
    Mais dites-vous que ce corps splendide est loin d’être atypique. Vous incarnez sans doute la norme de demain. Et très probablement celle d’avant-hier : l’androgyne primordial était bâti(e) comme vous.
    Lien
    Vous avez bien de quoi être fier(e) !
    Hommages sincères

    • Tyrian
      Tyrian répond à eden-saga.com
      Informaticien
      • Posté à 00h48 le 09/10/2009
      • Internaute 61861
        Informaticien

      Les trucs de sectes non-merci, franchement.