Témoignage 05/10/2009 à 11h07

J'ai fait travailler des détenus et je n'en ai pas du tout honte

thilou | chef d'entreprise

Après la publication du reportage L’emploi en prison : zone de non droit du travail, Thilou, chef d’entreprise et riverain de Rue89, nous a écrit pour nous raconter sa « bonne » expérience de « patron » de détenus. Il a en effet été concessionnaire dans une prison durant quelques semaines. Témoignage.

Ouh ! Le vilain exploiteur capitaliste ! Il profite d’une main d’œuvre « captive » à bas coût, il exploite la misère humaine, il paie au lance-pierre, méprise les conventions sociales, honte à lui...

Combien de fois ai-je entendu, ou lu dans le regard de mes interlocuteurs, de tels jugements à l’emporte-pièce ? Affrontons donc publiquement la vindicte bien-pensante, et tentons d’expliquer l’injustifiable.

Gérant d’une toute petite entreprise, j’ai conçu et breveté il y a deux ans un produit nouveau pour les piscines dont je tairai le nom. J’étais confronté au problème de la production : il me fallait une première série d’appareils pour tester le marché. Comment trouver le personnel nécessaire à la fabrication ?

Je ne pouvais m’engager sur une embauche « classique », avec bien peu de perspectives certaines à offrir aux employés. Le recours à l’intérim était bien trop cher, impossible... Un ami entrepreneur m’a suggéré parmi d’autres celle du travail pénitentiaire. J’ai décidé de tenter l’aventure.

L’administration du petit centre de détention proche de chez moi hébergeait déjà 5 ou 6 « concessionnaires », petites entreprises produisant, pour partie ou totalité, en milieu carcéral. La responsable des ateliers m’a réservé un accueil intéressé. Vérifications sur ma « bonne moralité » (pas de casier judiciaire), discussions sur mon produit, mes besoins (combien de personnel ? durée de la mission, besoins en espace, en matériel), visite des ateliers déjà constitués etc.

Premières difficultés : trouver les salariés, organiser le travail

Au bout de trois rendez-vous, je suis mis en présence de deux détenus, sélectionnés par l’administration selon mes critères parmi une liste de plus de 40 volontaires : difficile, ici, de trouver une embauche chez un « concessionnaire », les places sont chères. Je trouve pour ma part ce que je suis venu chercher, à savoir la possibilité, en cas de succès, de mobiliser davantage de personnel sur des séries limitées, recrutables très rapidement, alors que le marché de la piscine est saisonnier et qu’il ne faut pas que je rate les pics de commande - s’il y en a !

Un petit local m’est fourni, pas de véritable loyer à payer, reste à ma charge une participation à l’entretien des locaux (minime : électricité, chauffage) et les frais d’assurance pour les risques liés à l’activité. Là commencent les premières difficultés : comment trouver une compagnie qui veuille assurer l’activité sans assurer les locaux (qui appartiennent à l’Etat), une activité accomplie par des détenus avec des responsabilités assez floues en cas d’accident du travail, d’incendie, etc. Seul le vol du stock ne fait pas péril ! !

Une fois cet obstacle franchi avec force coups de téléphone et déclarations sur l’honneur, j’organise le travail proprement dit : dans des horaires d’ouverture restreints, les fournisseurs doivent livrer les matières premières dans des ateliers surveillés, il faut donc donner copie des cartes grises des véhicules susceptibles d’entrer dans les sas (après une fouille méticuleuse), copie des permis de conduire des chauffeurs, au casier judiciaire nécessairement vierge, et prévenir avant chaque livraison.

Une logistique pas toujours très simple, et lorsqu’il faut passer ou recevoir un coup de fil, c’est trois portails de sécurité, 200m à pied et une bonne demi-heure de démarches. Sans compter qu’on m’explique que s’il y avait une alerte de sécurité au moment où un intervenant extérieur se trouve en atelier, il restera enfermé jusqu’à ce que l’alerte soit levée.

Bref, beaucoup de petits obstacles techniques, de procédures, auxquels il va falloir se soumettre quotidiennement. C’est aussi l’occasion de communiquer avec mes fournisseurs, plus ou moins réticents...

Il ne faut pas que les détenus gagnent autant que les surveillants

Il faut également définir la rémunération. Pour ma part, je déclare vouloir payer un gros smic : le coût de la main d’œuvre compte pour peu dans le prix de mon produit, je ne viens pas chercher du prix en prison, mais de la souplesse dans la gestion du personnel.

Ce discours, cependant, ne passe pas bien aux oreilles de l’administration pénitentiaire, et on me fait comprendre qu’une rémunération trop élevée créerait des disparités entre les détenus, et des conflits potentiels. J’entends même qu’il ne faudrait pas que les détenus gagnent autant que les surveillants : on en est loin ! ! !

J’arrive à contourner l’obstacle de deux manières : d’une part j’explique au responsable financier que la mission risque de ne pas être reconduite si mon produit ne se vend pas - et qu’à ce titre cela vaut bien une petite compensation de « précarité » en quelque sorte, et ensuite je propose une rémunération « à la pièce », que je calcule pour qu’elle revienne au salaire que je m’étais fixé. Objectif rempli.

Je ne suis pas là pour juger mais pour un travail précis

On passe alors à la production elle-même : j’accompagnerai les détenus pour les former pendant une semaine, puis ils se débrouilleront tout seuls, et je ne passerai que pour apporter des matières premières et récupérer les produits finis.

Le premier contact avec mes nouveaux collaborateurs est bon : au milieu de surveillants dont la fonction consiste nécessairement à suspecter, et avec qui les contacts humains sont assez froids - ils se limitent au début à des vérifications scrupuleuses d’identité et à des fouilles, les amabilités sont optionnelles : elles viendront parfois avec le temps -, les détenus apportent paradoxalement les premiers sourires.

Contents d’être là, contents de cette nouveauté qui vient enrichir leur quotidien répétitif, contents de cette petite machine à café que j’apporte. Nous nous apprivoisons mutuellement : ils comprennent vite que je ne suis pas là pour questionner, juger ou faire la morale, mais pour un travail précis. Je les respecte en tant qu’hommes, charge à eux de se comporter de même à mon égard... Bien reçu, pas de problème.

On m’avait mis soigneusement en garde au début : « ils peuvent être dangereux », « gardez ce beeper à portée de main », « soyez vigilant », « ne faites pas confiance », « ils vont vous tester »... Je ne dis pas que c’étaient là de mauvais conseils, mais au cours de ma petite expérience personnelle, je n’ai jamais eu la moindre anxiété, ni n’ai jamais été confronté à la moindre alerte. J’ai été « testé » en effet par un détenu sur la possibilité d’entrer en détention un objet (me semblait-il, assez anodin), mais j’ai décliné et nous n’en avons plus reparlé.

Sur le plan professionnel, le bilan est très satisfaisant : les contraintes liées au milieu carcéral sont certes pesantes et chronophages, et la productivité s’en trouve réduite. Les conditions de travail ne sont pas des plus relâchées, on s’en doute, et les tracasseries multiples. Mais le travail a été bien réalisé, dans les temps, avec deux détenus qui avaient un souci de qualité, ce qui était pour moi une dimension essentielle.

Le travail en prison, c’est bien vu du juge

C’est sur le plan humain que, pour moi, l’expérience a été la plus riche. Au bout de quelques jours de travail, sans poser la moindre question, les détenus sont venus vers moi et ont commencé à partager : ce pour quoi ils étaient là, pour combien de temps encore, le programme de leurs journées ...

C’est là que j’ai appris une foule de détails gênants : les hiérarchies malsaines entre détenus, qui se font peu de cadeaux entre eux ; le coût exorbitant des cantines, qui ne se justifie pas mais qui s’apparente plutôt à du racket ; le coût d’un téléviseur ou d’un ordinateur, bien supérieur aux prix courants ; les petits trafics ordinaires, respiration indispensable entre le dehors et le dedans, mais aussi enjeux de pouvoir et sources de marchés noirs.

C’est là que j’ai appris que le travail en prison, c’est bien vu du juge d’application des peines, surtout s’il y a un remboursement, même symbolique, des victimes ... Une des raisons pourquoi on en cherche...

Pour ma part, j’ai partagé avec « mes » détenus un peu du monde de dehors, expliqué mes petites difficultés de chef d’entreprise, expliqué mes problèmes de marché, de conjoncture, bref, fait entrer dans leur horizon un peu de la vraie vie, pas toujours facile non plus.

Je suis plus vigilant sur les questions concernant la prison

J’ai aussi pu constater combien étaient importantes les qualités humaines des surveillants : purger une peine ne sous-entend pas qu’on doive s’exposer aux brimades ou au mépris des uns, tandis que d’autres exercent leur métier avec ce petit plus d’humanité qui peut faire la différence.

La prison produit des désespérés, des suicidaires, ou des insoumis et des révoltés, et de nombreux récidivistes : je suis persuadé que l’humanité des surveillants pourrait être un remède, même si je sais que leur mission n’est pas si simple, et souvent ingrate. Il y a de la place pour faire mieux ...

Il n’est pas question ici de tirer des conclusions générales, je ne suis certes pas qualifié pour ça. Mais il me semble qu’avoir fait entrer un peu de la « vraie vie » auprès de ces deux détenus, avoir partagé avec eux quelques moments d’humanité ... cela ne m’a pas paru inutile, ni pour eux, à qui j’ai, je crois, apporté un peu, ni pour moi, qui suis dorénavant un citoyen plus averti et plus vigilant sur les questions concernant la prison.

La production en milieu carcéral implique certaines contraintes pas toujours faciles à gérer pour une entreprise, il faut donc, pour être incitatif, des compensations économiques. Pour certains entrepreneurs le choix du travail en prison est ainsi purement intéressé.

J’espère, je crois, que ce peut aussi être l’occasion de créer un lien parfois utile avec ceux de nos frères humains que la société a écartés - et qui se sont écartés d’elle - , dans l’intérêt bien compris de tous. C’est aussi une des rares et précieuses occasions pour la société civile de voir, et de témoigner.

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  • the chronic
    the chronic
    oisif
    • Posté à 11h21 le 05/10/2009
    • Internaute 91438
      oisif

    la question sur la taule, c’est de savoir si on est pour ou contre, tout le reste, c’est de la la littérature : du coup, qu’un patron emploie des salariés prisonnier, le met au même niveau de lèse-humanité qu’un maton, que le directeur de prison ou le juge qui prononce ces peines.

    aussi beau qu’une prison qui brûle dirait l’autre, et que le système capitaliste en prime.

  • manusan
    • Posté à 11h25 le 05/10/2009
    • Internaute 40431

    S’il y avait plus de travail en prison, il y aurait certainement moins de récidive.

    • the chronic
      the chronic répond à manusan
      oisif
      • Posté à 11h38 le 05/10/2009
      • Internaute 91438
        oisif

      et si tout le monde bouffait à sa faim, bénéficiait d’un logement, et ne voyait pas s’afficher dans la rue des différences sociales telles qu’il existe un quartier Curial à Paris à trois kilomètres de saint germain, peut être qu’il y aurait moins de récidives ? ?
      et si les sans papiers, les petits larcins, les fumeurs de péts et les 20 à 30% de personnes dont tout le monde tant à dire qu’ils ont plus leur place en HP qu’en prison n’y étaient pas derrière les barreaux, il en resterait combien des prisonniers, hein ? ?

      littérature de réacs qui n’osent pas se regarder en face : en la matière, oui, il y a les méchants et les gentils, c’est comme ça, ça existe aussi.

      • lavoine
        lavoine répond à the chronic
        région parisienne
        • Posté à 13h05 le 05/10/2009
        • Internaute 27439
          région parisienne

        Et si tous les cons volaient, tu serais chef d’escadrille ! Ton post haineux et baveux nous prouve bien que tous les asociaux ne sont pas en taule. Hélas !

         
        • shillom
          shillom répond à lavoine
          • Posté à 14h23 le 05/10/2009
          • Internaute 22134

          A mon avis il est loin d’être asocial, plutôt écœuré par une société qui produit bien souvent les vices qu’elle punit ensuite.

      • shillom
        shillom répond à the chronic
        • Posté à 14h53 le 05/10/2009
        • Internaute 22134

        Oui oui mais on verra ça pour le grand soir ok ?
        Il y a trop de gens en prison, c’est pas nouveau, et tous les riverains ou presque s’attacheront à le décrier, mais là c’est du hors sujet.
        En attendant, il y a des mécanismes de protection de l’individu au sein de cette saloperie de société. Des criminels, j’entends par ce terme des personnes portant atteinte directe à un autre individu, existent, et la prison est malheureusement un moyen de protection de la populace.

        Je préfèrerais mille fois que le monde ouvre les yeux et décrète les 20h de travail par semaine pour tout le monde, au moins le chômage serait rendu à 0, et la criminalité baisserait mécaniquement. N’oublions pas que l’automatisation et les machines sont censées libérer les êtres Humains, qui auraient alors du temps pour se développer personnellement, alors qu’à l’heure actuelle nous passons la majeure partie de notre vie éveillée aliénés par le travail. Une petite limitation de la rémunération des chefs d’entreprise à n fois le salaire minimum de la boite ferait pas de mal non plus. L’argent finirait peut être même par disparaitre de lui même...

        Mais comme dirait l’autre, avec des si et des queues de vaches, on pourrait faire une échelle pour aller sur la lune !

        En attendant l’expérience de ce créateur d’entreprise me semble plus enrichissante que votre discours ; merci à lui d’avoir témoigné d’une expérience qui semble s’être déroulée de manière éthique.

      • pierrejcallard
        pierrejcallard répond à the chronic
        http://www.nouvellesociete.org
        • Posté à 21h05 le 05/10/2009
        • Internaute 3366
          http://www.nouvellesociete.org

        @ The chronic :

        Il en resterait beaucoup. Et s’il n’en restait qu’un, il faudrait toute de même qu’il y soit.. SI nous avions une société plus juste, il y aurait moins de crimes, c’est vrai ... mais ici on parle de travail.

        OUI, il faut intégrer la main-d’oeuvre carcérale au marché du travail. Il faut seulement s’assurer que DANS SA FONCTION DE TRAVAILLEUR, le détenu est traité et rémunéré comme tout autre travailleur.

        Lien

        Pierre JC Allard

         
        • thilo
          thilo répond à pierrejcallard
          chef d'entreprise
          • Posté à 22h53 le 05/10/2009
          • Internaute 85078
            chef d'entreprise

          Bonjour,
          je vous approuve, à quelques petites nuances près : pour l’entreprise, faire travailler en milieu carcéral, ça a un coût (en temps, en organisation, en logistique, etc ...), c’est aussi ce que j’ai tenté d’expliquer. Dans notre monde (je suis très largement ouvert à d’autres expériences, croyez moi, mais on vit dans celui-là aujourd’hui), il faut qu’une entreprise soit compétitive, sinon elle meurt. Il faut donc une compensation pour les entreprises qui choisissent le travail pénitentiaire. On pourrait espérer que cette compensation soit incitative et versée par l’état, le détenu percevant le même salaire qu’à l’extérieur. Mais comment expliquer à la société que nos impôts serviraient à financer les entreprises qui choisissent le travail en prison, et comment expliquer à un chômeur « bon citoyen » qu’un travailleur détenu, déjà « logé, nourri et blanchi », ait un boulot bien rémunéré, alors que lui-même est sur la touche ... Le tout dans une société qui est encore persuadée qu’aujourd’hui les prisons sont des clubs med où on regarde la télé toute la journée ... Je n’ai pas de réponse, à la réflexion il ne me paraît pas totalement injustifié qu’un détenu gagne un peu moins qu’un travailleur à l’extérieur, tout est question de proportion, et je m’accorde avec vous en tout cas pour dire que la rémunération minimale des détenus est insuffisante.

          • pierrejcallard
            pierrejcallard répond à thilo
            http://www.nouvellesociete.org
            • Posté à 05h55 le 06/10/2009
            • Internaute 3366
              http://www.nouvellesociete.org

            @ Thilo : Je comprends que nous sommes tout à fait d’accord sur le principe. Dans le modèle NS, le détenu est payé le salaire que tout autre travailreur... mais il assume les frais de son gite et couvert. Seule sa surveillance demeure è la charge de la société. Celui qui emploie un détenu reçoit un abattement fiscal calculé pour couvrir la différence de productivité due aux circonstances et un incitatif calculé de façon pragmatique suffisant pour susciter les offres d’emploi.

            Lien

            Pierre JC Allard

        2 autres commentaires
    • Anonyme répond à manusan

      Et s’il y avait plus de travail à l’extérieur il y aurait certainement moins de monde en taule...

      • Rahan FilsdeCrao
        Rahan FilsdeCrao
        (libre penseur)
        • Posté à 12h12 le 05/10/2009
        • Internaute 67504
          (libre penseur)

        PLus de travail ou moins d’inégalités ? ;)

         
        • Anonyme répond à Rahan FilsdeCrao

          Les deux mon capitaine ! Mais il y a très certainement un lien entre les deux !

        1 autres commentaires
      • lavoine
        lavoine
        région parisienne
        • Posté à 13h07 le 05/10/2009
        • Internaute 27439
          région parisienne

        Et s’il y avait moins de feignants assistés, il y aurait moins de chômage.

         
        • Anonyme répond à lavoine

          Vous me confortez dans l’idée que l’intelligence est un handicap pour trouver du travail... Mais si les flemmards assistés dont vous parlez ne l’étaient pas à minima, ils pourraient se fâcher beaucoup, beaucoup, et vous savez que les gueux, ils n’ont pas les bonnes manières des gens de la ville... Mais bientôt vous ferez parti des leurs, comme les copains...
          Vous ne devriez ^pas être au turf plutôt que sur internet ? A moins que... ce ne soit pris sur votre temps de travail. Bonne journée, et attention au stress.

        • melpou
          melpou répond à lavoine
          Informaticien
          • Posté à 13h51 le 05/10/2009
          • Internaute 44732
            Informaticien

          Sois faignant, tu vivras ! (Coluche)

          • shillom
            shillom répond à melpou
            • Posté à 14h30 le 05/10/2009
            • Internaute 22134

            Longtemps. Mais surtout Content.

        3 autres commentaires
  • A déménagé le 06-02-2012
    • Posté à 11h34 le 05/10/2009
    • Internaute 43286
      Non connue

    voilà ce que j’attends de rue8/9 : un équilibrage, une vision un peu plus complexe que « les méchants » et les « gentils ».

  • samlepirate
    samlepirate
    en fuite
    • Posté à 11h40 le 05/10/2009
    • Internaute 57332
      en fuite

    Bravo, beau témoignage. Et belle initiative de votre part. Votre regard semble assez juste sur une expérience qui a visiblement été pleine d’enrichissement, le monde carcéral étant bien méconnu aujourd’hui en France. Merci à vous et à Rue89 pour l’article.

  • LeLapin
    LeLapin
    Infopigiste
    • Posté à 11h43 le 05/10/2009
    • Internaute 31149
      Infopigiste

    La question se pose aussi pour les travailleurs handicapés. Mais un oncle qui dirige plusieurs CAT dans le sud m’a affirmé que ces centres, et leurs résidents, sont très demandeurs de tout ce qui peut leur donner l’impression d’être « normaux ».

    • Evans
      Evans répond à LeLapin
      • Posté à 12h32 le 05/10/2009
      • Internaute 91931

      Et c’est justement pour ça qu’il faut encadrer un minimum les conditions de travail et la paie, pour ne pas que cette envie de normalité soit détournée de façon malsaine.

  • libermind
    libermind
    étudiant
    • Posté à 11h44 le 05/10/2009
    • Internaute 45802
      étudiant

    je pense que tout est dit en début d’article :
    « tentons d’expliquer l’injustifiable »...
    cela dit, si ce patron considère que le fait d’exploiter les détenus (pas de sécurité de l’emploi, pas de sécu social, pas de chomage, le fait que sans travail tu manges pas à ta faim en prison, etc.) est juste, je ne comprends pas pourquoi il ne cite pas son entreprise. Etant sûr de sa morale, il ne devrait pas avoir honte. en outre, la Société devrait être en droit de savoir la provenance de ce qu’elle achète : tout comme le fait d’exploiter des enfants dans le tiers monde pour la fabrication de chaussures ou autre, chacun serait libre de choisir d’exploiter -ou non- des esclaves (il y a un peu plus de 150 ans, les esclaves étaient à la même enseigne : on les logeait, les nourrissait, etc, mais ils n’étaient pas libre.).

    • Plume timide
      Plume timide répond à libermind
      • Posté à 12h06 le 05/10/2009
      • Internaute 4280

      Avec votre raisonnement sans nuance les premiers punis sont ceux dont vous prétendez défendre la cause.
      Vous n’achèteriez pas d’objets fabriqués en prison ?
      Portez vous donc bénévoles comme visiteur de prison, demandez leur ce qu’ils en pensent, et, parallèlement, prenez votre bâton de pèlerin pour changer les lois pénitentiaires.

    • lavoine
      lavoine répond à libermind
      région parisienne
      • Posté à 13h14 le 05/10/2009
      • Internaute 27439
        région parisienne

      Il se méfie des gauchos anarcho-syndicalistes de Rue89....Il a raison quand on lit des posts comme le tien ou ceux du malade chronic un peu plus haut. S’ils sont en taule c’est qu’ils sont surtout esclaves de leurs déviances sociales.

      • Segmentation fault
        Segmentation fault répond à lavoine
        Keyboard jockey
        • Posté à 13h39 le 05/10/2009
        • Internaute 90581
          Keyboard jockey

        Évidemment, la société n’y est pour rien.

         
        • Corti
          Corti répond à Segmentation fault
          Onaniste Otaku
          • Posté à 13h51 le 05/10/2009
          • Internaute 46986
            Onaniste Otaku

          Supprimer la société ne fera pas supprimer les crimes.

          • Segmentation fault
            Segmentation fault répond à Corti
            Keyboard jockey
            • Posté à 14h00 le 05/10/2009
            • Internaute 90581
              Keyboard jockey

            J’ai beau relire mon commentaire, je n’arrive pas a trouver ou j’ai parle de supprimer la société...

            • Corti
              Corti répond à Segmentation fault
              Onaniste Otaku
              • Posté à 16h43 le 05/10/2009
              • Internaute 46986
                Onaniste Otaku

              Disons que j’ai un peu trop extrapolé.

              Mais genre beaucoup.

              Mais des commentaires qui ont commencé de façon assez lourde, j’ai fait le raccourci rapide :

              « La société n’est pas innocente = > La société est coupable = > Il faut la supprimer, ça supprimera les crimes »

              La dernière partie étant liée aux chouineurs sur la prison, du type que la prison, c’est le mal et symbole de l’oppression des méchants et que ça ne devrait pas exister :)

              • Segmentation fault
                Segmentation fault répond à Corti
                Keyboard jockey
                • Posté à 20h13 le 06/10/2009
                • Internaute 90581
                  Keyboard jockey

                On peut changer quelque-chose sans le supprimer. Un detenu est encore humain, il faut le traiter en temps que tel.

        4 autres commentaires
  • Plume timide
    • Posté à 11h53 le 05/10/2009
    • Internaute 4280

    Merci de votre contribution qui apporte un sérieux bémol au prêt à penser qu’il soit de gauche ou de droite. S’Il est effectivement choquant de penser qu’on puisse exploiter des prisonniers, vous éclairez fort bien ce qu’est la prison et vous suis reconnaissante d’avoir éclairé la lanterne de nos concitoyens . Ceux qui s’insurgent contre l’exploitation des prisonniers seraient bien inspirés de se battre d’abord pour que la prison soit un vrai lieu de réinsertion ( merci Audiard pour ce Prophète) et de regarder aussi ce qui se passe hors des murs de la prison.
    Je pense tout particulièrement à la façon dont on exploite les compétences des jeunes lors des stages en entreprise. Ces temps pleins à 300 euros par mois pour faire le plus souvent un vrai travail sont un scandale absolu .
    Je sais de quoi je parle ayant d’une part eu à pénétrer dans les prisons pour des raisons professionnelles et d’autre part ayant eu des enfants qui ont faits des stages de six mois aussi bien dans le privé que dans le public.

    • the chronic
      the chronic répond à Plume timide
      oisif
      • Posté à 12h15 le 05/10/2009
      • Internaute 91438
        oisif

      c’est quoi le prêt à penser de gauche en la matière ? ?
      j’ai un peu l’impression malheureusement qu’à part les anarchistes (dont je suis) qui veulent purement et simplement l’éradication de ce système inhumain, tout le monde est d’accord pour le maintenir.
      la gauche et la droite ont, qui plus est, des ennemis politiques qu’il leur faut enfermer (genre, Rouillan ou les basques...).

      et puis, il est tellement plus simple de faire une campagne sur l’insécurité et donc, la justification de toute la merde sécuritaire qu’on a autour de nous et qui atténue peu à peu les frontières entre dedans et dehors, plutôt que de s’attaquer à des problèmes éco et socio que tous (droite et gauche) ont fomentés depuis des années.

      en gros, il est toujours plus simple de taper sur momo le prolo que sur Jean-Édouard le chef de grosse entreprise qui exploite justement momo le prolo

      • Tyb
        Tyb répond à the chronic
        (par ici, par là)
        • Posté à 13h03 le 05/10/2009
        • Internaute 24914
          (par ici, par là)

        Et vous en êtes l’exemple parlant, il est encore plus simple de taper sur un clavier pour raconter n’importe quoi.

      • lavoine
        lavoine répond à the chronic
        région parisienne
        • Posté à 13h32 le 05/10/2009
        • Internaute 27439
          région parisienne

        Et selon une expression désormais devenue célèbre...« casse toi pauv’con » !

         
        • padiran
          padiran répond à lavoine
          Chroniqueur Grolandais
          • Posté à 14h26 le 05/10/2009
          • Internaute 5159
            Chroniqueur Grolandais

          « Et si tous les cons volaient, tu serais chef d’escadrille ! Ton post haineux et baveux nous prouve bien que tous les asociaux ne sont pas en taule. Hélas ! »
          « Et s’il y avait moins de feignants assistés, il y aurait moins de chômage »
          « Il se méfie des gauchos anarcho-syndicalistes de Rue89….Il a raison quand on lit des posts comme le tien ou ceux du malade chronic un peu plus haut. S’ils sont en taule c’est qu’ils sont surtout esclaves de leurs déviances sociales. »
          He ben, pour de la littérature, c’est du concentré, du pur, du fond de tonneau.
          « the chronic » artiste en écriture de comptoir, se prend une avoinée par le bien nommé Lavoine, je n’aurais raté ça pour rien au monde.
          « gauchos anarcho-syndicalistes de Rue89 ? je sais pas ce que c’est mais ça doit être terrible, j’espère que ça s’attrape pas ?

        1 autres commentaires
      • michel 13
        michel 13 répond à the chronic
        • Posté à 14h17 le 05/10/2009
        • Internaute 49378

        Heureusement que des anar comme toi sont là pour nous expliquer qu’eux seuls peuvent changer le monde. Faudrait un peu regarder autour de toi plutôt que d’écrire des trucs complètement creux.

      • nestor38
        nestor38 répond à the chronic
        inséré ?
        • Posté à 14h38 le 05/10/2009
        • Internaute 60788
          inséré ?

        Tiens bon camarade, en ces temps de délire sécuritaire où la solution à tous les problèmes semblent être la prison, exhutoire pour toutes les frustrations du quotidien, il faut défendre cette position : destruction de toutes les prisons, et en parallèle transformons cette société pour une autre où nous n’aurons pas besoin des prisons pour nous sentir bien...

        La répression est la seule solution, le seul discours du petit guignol qui est tout en haut, et je te l’accorde, les gouvernements précédents quelque soit leur couleur n’ont guère fait mieux.

        On est minoritaires mais on a raison, nous n’avons pas dans la bouche le gout de l’échafaud !

         
        • lavoine
          lavoine répond à nestor38
          région parisienne
          • Posté à 17h08 le 05/10/2009
          • Internaute 27439
            région parisienne

          En somme la cour du roi pétaud.

        1 autres commentaires
      • Plume timide
        • Posté à 14h48 le 05/10/2009
        • Internaute 4280

        Le prêt à penser n’a pas d’idéologie. Il se nourrit de l’ignorance, de la bêtise et de la vanité de croire tout savoir sur tout.
        Merci d’avoir illustré si bien mon propos ....

    • Iv
      Iv répond à Plume timide
      Roboticien utopiste
      • Posté à 14h52 le 05/10/2009
      • Internaute 39192
        Roboticien utopiste

      Je pense que le premier article sur le sujet ne vient pas en contradiction avec celui-là. Il n’y aurait pas de droit du travail en France, certains patrons seraient humains (certains l’ont d’ailleurs été lorsque ce droit était maigre) mais ce ne sont pas eux que le code vise, ce sont ceux qui commettent justement les abus.

      Pour un employeur qui cherche à diminuer les couts et avoir une main d’œuvre flexible, le travail pénitentiaire semble une porte ouverte aux abus. L’auteur de cet article semble humaniste et ouvert à l’aspect social du travail. En faire une généralité serait un raccourci dangereux.

      La plupart des lois sont faites pour les 1 ou 2 % de gens qui sont prêts à voler, blesser ou exploiter autrui. Le fait qu’elles soient inutiles dans 98% des cas ne les rend pas moins indispensables. En ce sens, l’absence de droit du travail pénitentiaire est une carence d’autant plus dommageable que c’est loin d’être la seule de l’univers carcéral.

      • Plume timide
        Plume timide répond à Iv
        • Posté à 15h55 le 05/10/2009
        • Internaute 4280

        Complètement d’accord avec vous. Et c’est bien parce qu’il n’y a pas de droit du travail en prison que l’auteur n’a pu offrir un salaire « normal » à ces deux détenus sauf à rajouter de l’injustice à ce monde carcéral.

  • Evans
    • Posté à 12h10 le 05/10/2009
    • Internaute 91931

    La manière dont l’histoire est racontée me gêne franchement.

    « Il était une fois un gentil chef d’entreprise qui, tiraillé entre un CDI impossible et un intérim trop cher, prit l’administration pénitentiaire à bras le corps et fit travailler des détenus afin de leur apporter un but dans la vie tout en faisant avancer sa petite activité fragile ».

    Sortez vos violons...

    Déjà, pourquoi ne pas pas avoir parlé de la possibilité d’une embauche en CDD, si votre activité saisonnière vous empêche d’avoir la visibilité suffisante pour un contrat à durée indéterminée ?

    Je n’ai aucune idée de la région où vous habitez, mais des gens prêt à accepter malgré tout un CDD court pour se relancer dans le monde du travail et rebondir sur autre chose, il y en a partout par les temps qui courent...

    Alors oui, vous insistez lourdement sur le fait que vous teniez à payer vos 2 détenus au SMIC, mais il serait sans doute très intéressant pour les lecteurs d’expliquer les différences de charges / cotisations à payer, ainsi que les devoirs à respecter envers un employé classique et envers un taulard...

    Soyons honnêtes : vous n’êtes pas passé par toutes ces contraintes administratives et vous n’avez pas embauché ces gens juste pour leur « apporter un peu de la vraie vie en prison », leur donner une épaule sur laquelle confier leurs malheurs, ou parce que ce sera « bien vu par leur juge ».

    Vous les avez pris uniquement parce vous vouliez des travailleurs low-cost dont vous pourriez vous séparer en un claquement de doigt, pour éventuellement les ré-embaucher et les virer à nouveau quelques mois plus tard si le besoin s’en fait sentir.

    L’Inde étant trop loin et le Code du Travail Français trop chiant à votre goût, il suffisait de se tourner vers la prison d’à côté.

    Vous voyez ?

    C’est beaucoup plus simple et clair sans l’enrobage de pathos, de bons sentiments et de vœux pieux.

    • Hemenate
      Hemenate répond à Evans
      • Posté à 17h14 le 05/10/2009
      • Internaute 856

      « Déjà, pourquoi ne pas pas avoir parlé de la possibilité d’une embauche en CDD »

      Le recours au CDD est très encadré, il est illégal en l’occurrence.

      • Propergol
        Propergol répond à Hemenate
        Chasseur de troll
        • Posté à 00h11 le 06/10/2009
        • Internaute 24265
          Chasseur de troll

        Je me permets de préciser : le seul contrat possible quand on embauche lors de la création d’une entreprise est le CDI. Il n’y a pas de délai légal, mais disons qu’au bout de trois mois après les premières rentrées d’argent, on peut avoir des postes en CDD.

    • remi.tafethau
      remi.tafethau répond à Evans
      Bosco de goelette galactique
      • Posté à 21h37 le 05/10/2009
      • Internaute 66429
        Bosco de goelette galactique

      Je déplore ce commentaire qui nous fait malheureusement retomber dans une description noir / blanc du monde.

      Nous avons initialement un vécu, un témoignage, et vous répondez avec des arguments réthoriques, politisés et surtout déconnectés du réel.

      Combien de personnes avez-vous déjà embauchées ? Combien de relances Urssaf avez-vous déjà eues ? Combien de nuits blanches avez-vous déjà passées à ne pas savoir si vous pourriez payer vos salariés ?

      Je suis attristé par ce discours simpliste. Au final, il ne tente qu’à discréditer un témoignage humain restitué avec mesure. Une telle attitude contribue à rendre chaque jour le code du travail un peu plus sclérosé, ce qui, pour finir, va à l’encontre de ce que vous souhaitiez : un job correct pour chacun.

  • Philippe Leclercq
    Philippe Leclercq
    dilettante
    • Posté à 12h07 le 05/10/2009
    • Internaute 64790
      dilettante

    Ben voyons ! C’est tellement plus facile, plus simple, avec la main d’oeuvre pénale ! Pas de contrat de travail, pas de contraintes légales, et peu, si peu, de salaires !
    Lorsque j’étais détenu à la Santé, certains détenus « travaillaient » à mettre en sachet des chevilles plastique. Si, si ! Ça revenait moins cher au négrier de service que d’investir dans une ensacheuse lambda (parce que, vraiment, une ensacheuse pour mettre en sachets des chevilles plastique, ça vaut quelques milliers d’euros, pas plus...).

    On ne voit pas pourquoi l’administration pénitentiaire s’exonère du Droit du Travail.
    D’autant que ces gens-là, d’après le Code de Procédure, ont un devoir d’exemplarité.
    Si celui-ci consiste à s’exonérer du Droit quand il ne vous convient pas, on ne peut jeter la pierre aux délinquants : c’est exactement ce qui les a amenés là !

  • onapatouvu
    onapatouvu
    perdu pour la science
    • Posté à 12h14 le 05/10/2009
    • Internaute 85117
      perdu pour la science

    Ce témoignage d’un petit patron « humain » est intéressant. Il montre que le travail en prison n’a pas que des aspects négatifs.

    Il n’en reste pas moins que la raison de son recours à cette « main-d’oeuvre » n’est pas claire.
    Il affirme : « Pour ma part, je déclare vouloir payer un gros smic : le coût de la main d’œuvre compte pour peu dans le prix de mon produit, je ne viens pas chercher du prix en prison, mais de la souplesse dans la gestion du personnel. »
    Après avoir annoncé un peu avant que : « Le recours à l’intérim était bien trop cher, impossible… »

    Il recherchait donc de « la main-d’oeuvre » précaire (peut-être par obligation) et pas trop chère ; ce qu’il a trouvé grâce à la prison. Finalement, il ne nous apprend pas grand chose, à part qu’il avait de meilleures relations avec ses employés que les surveillants ; ce dont on aurait pu se douter.

  • Rahan FilsdeCrao
    Rahan FilsdeCrao
    (libre penseur)
    • Posté à 12h15 le 05/10/2009
    • Internaute 67504
      (libre penseur)

    Article intéressant, reste plus qu’à savoir ce qu’en pensent les 2 taulards ;)

  • Hippopotable
    Hippopotable
    Honnête homme
    • Posté à 12h22 le 05/10/2009
    • Internaute 22179
      Honnête homme

    Très bon témoignage, bien écrit, informatif, modeste, éclairant intelligemment le débat. Bravo Rue89.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 12h31 le 05/10/2009
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    J’ai fait travailler des détenus et je n’en ai pas du tout honte..

    Juste une remarque , sur la forme et pas sur le fond : Vous savez , plus personne n’a honte de rien , aujourd’hui , chez les chefs d’entreprise comme partout .

    La honte , c’est ringard , à moins de l’instrumentaliser avec l’aide d’une bonne agence conseil de cellule de communication de crise, et encore.

    • Adéménagé le 3 janvier 2011
      • Posté à 12h40 le 05/10/2009
      • Internaute 29846
        menuisier

      Mauvais esprit, va !

    • Lurker
      Lurker répond à Numerosix
      Neant
      • Posté à 13h21 le 05/10/2009
      • Internaute 43564
        Neant

      Remplacez le terme « honteux » par « décomplexé » ou « sans tabou », et vous avez un parti politique.

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