Sur le terrain 27/09/2009 à 21h36

L'emploi en prison, zone de non droit du travail

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

Sans contrat ni salaire décent, le travail en prison vise-t-il vraiment la réinsertion des détenus ? Reportage.

S’il ne fallait pas traverser plusieurs sas de sécurité et un détecteur de métaux avant de pénétrer dans les ateliers, rien ne distinguerait cette aire de travail du centre de détention de Melun d’une quelconque usine.

Il y a d’abord le hall qui abrite les ateliers de l’imprimerie administrative. Derrière leurs machines, les détenus vêtus de bleu travaillent sans mot dire dans un formidable vacarme de machines et de magnétos.

« On décompose le travail au maximum », explique Alain Hochet, responsable de l’atelier. « De la fabrication jusqu’à la livraison, on couvre tous les besoins de la chaîne graphique. »


Vue de la prison de Melun (Zineb Dryef/Rue89).

On conduit les machines offset, on détaille les grandes feuilles imprimées, on numérote, on découpe, on maquette, on procède à l’encrage, on coud, on emballe et on orne même à la main. Au fond, isolés dans des pièces fermées, certains accomplissent des gestes semblant d’une grande précision.

Le responsable est fier de l’atelier de reliure d’art. Derrière son bureau, un détenu s’applique à nettoyer des jaquettes en cuir commandées par un ministère. Lui aussi semble fier. « On a restauré un livre de 1576 », dit-il. Une commande privée.

Les 105 détenus qui travaillent dans cet atelier sont employés par la Régie industrielle des établissements pénitentiaires, la RIEP. 80% de leur production est vendue au service public, notamment au ministère de la Justice. Les détenus fabriquent ainsi la majorité des documents judiciaires.

« Pas de problèmes de sécurité, les scies sont sous clé »

Plus loin, c’est l’atelier de métallurgie, un peu sur le déclin. Une trentaine de personne travaille ici, surtout pour le privé. Là, un jeune homme s’active sur un lit dont les pieds se fixent au sol. C’est une commande de la préfecture de police : 59 lits pour le centre de rétention de Vincennes. Plus loin, des armoires à fusils à destination de la prison de Melun sont prêtes à livrer. Mais il y a aussi un portail de grande taille commandé par un particulier ou des cabines de douche pour la prison.

Et partout, des scies, des barres de métal... « Oh non, il n’y a pas de problèmes de sécurité, rassure Gérard Blot, responsable de l’atelier depuis trente-cinq ans. Tout est contrôlé. Avant le départ des palettes pour les livraisons, on vérifie tout. Et les scies sont sous clé. » (Voir la vidéo)

A Melun, on s’enorgueillit d’avoir un taux de travail important. Sur quelque 300 détenus, plus de 200 travaillent. « Non seulement ils travaillent, mais ils sont formés », explique Christophe Comparot, responsable du travail de la prison.

Les privilégiés sont assignés à des tâches qualifiantes. Au sein de l’imprimerie, une pièce abrite ainsi huit détenus travaillant pour l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Après une formation de plusieurs mois, ils sont chargés de restaurer puis de numériser des archives audiovisuelles.

Une sous-traitance que l’INA assume d’autant plus qu’il s’agit d’un programme réfléchi à des fins de réinsertion pour les prisonniers. Et non pour avoir de la main-d’œuvre à très bas prix, principale motivation des clients privés de l’administration pénitenciaire -qui ne souhaitent pas dévoiler leur identité.

Un travail non qualifiant

En 2007, 48 439 personnes ont travaillé en prison. Soit près de 40% de la population carcérale. Il existe trois types de travail :

  • Le service général : payés par l’Administration pénitentiaire, les détenus effectuent des travaux d’entretien, de maintenance dans la prison.
  • La Régie industrielle des établissements pénitentiaire : des ateliers comme à Melun qui produisent pour leur propre compte ou pour des clients extérieurs.
  • Les concessionnaires : on met à disposition de clients privés la main-d’œuvre carcérale.

Marie Crétenot, responsable de la permanence juridique de l’Organisation Internationale des Prisons (OIP), regrette le manque de réflexion sur le rôle du travail en prison :

« Ce que fait l’INA, c’est très bien, les détenus ont de véritables compétences après leur formation. Ce n’est malheureusement pas général. L’essentiel du travail en prison n’est pas qualifiant parce qu’il s’agit de tâches qui n’existent plus à l’extérieur. On ne prépare donc pas du tout le prisonnier à sa sortie. »

Les salaires... trop bas

Les détenus sont payés à l’heure ou au nombre de pièces, la rémunération varie entre 180 et 450 euros par mois. Les mieux lotis sont ceux qui travaillent pour la RIEP. La moyenne des salaires y est de 521 euros, contre 244 euros pour le service général. A Melun, les détenus travaillent cinq heures par jour, cinq fois par semaine.


Vue de la prison de Melun (Zineb Dryef/Rue89).

Le salaire minimum horaire est de 3,27 euros
en maison d’arrêt et de 3,54 euros en centre de détention, contre 7,61
euros hors prison.

Dans son rapport 2008, Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation des libertés, souligne la modestie des salaires et la rareté du travail en prison.

Le salaire des prisonniers est divisé en trois parts : une somme disponible pour cantiner, un pécule mis à disposition à la sortie et, le cas échéant, le versement des indemnités des parties civiles (qui peuvent atteindre entre 20 à 40% du salaire sauf s’il est inférieur à 200 euros). Le bulletin de salaire détaille ces différents éléments.

Voir le document

(Fichier PDF)

Le droit du travail inexistant

En prison, le droit du travail ne s’applique pas aux détenus. Un support d’engagement est bien signé entre le détenu et l’administration pénitentiaire mais il s’agit pas d’un contrat de travail. Les détenus n’ont pas le statut juridique de salarié. Ils ne disposent pas de compensations en cas de maladie, d’accident du travail ou de licenciement. Il n’est pas question de congés payés, de droit syndical ni d’assurance chômage.

Un rapport de l’Institut Montaigne intitulé « Rendre la prison utile » plaide pour le travail obligatoire (comme dans de nombreux pays européens) et pour la signature d’un contrat entre le prisonnier et l’employeur relevant du droit administratif.

Ceci afin de faire du travail un véritable outil de réinsertion et non plus seulement un moyen d’occuper les prisonniers et de maintenir l’ordre dans les prisons.

La loi pénitentiaire de 2009 prévoit la mise en place d’un « acte d’engagement » mais refuse les dispositions qui existent ailleurs en Europe craignant que des avantages au profit des détenus (congés payés, rémunération au niveau du SMIC, droits à indemnisation en cas de rupture du contrat ou encore des droits collectifs) résultent des charges financières dissuasives pour les entreprises privées. Celles-là même qui proposent les tâches les moins qualifiantes et les moins bien payées aux détenus.

Photos : vues extérieures de la prison de Melun (Zineb Dryef/Rue89).

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  • penabranca
    • Posté à 21h42 le 27/09/2009
    • Internaute 62583

    ...un peu loin du sujet, mais ; : Elle ne vous fait pas rire la pub pour s’engager dans la pénitencière ?

    • sarkhobbit
      sarkhobbit répond à penabranca
      la jeune garde présidentielle
      • Posté à 21h48 le 27/09/2009
      • Internaute 82076
        la jeune garde présidentielle

      oui elle est drôle. L’important est qu’elle donne envie donc elle remplit son objectif.

      • tweesty
        tweesty répond à sarkhobbit
        Gaucher et contrarié
        • Posté à 00h55 le 28/09/2009
        • Internaute 83901
          Gaucher et contrarié

        Ca vous donne vraiment envie ?

  • taner
    taner
    Etudiant
    • Posté à 21h55 le 27/09/2009
    • Internaute 49686
      Etudiant

    A quoi bon faire travailler les détenus, même dans le but de les former, sachant qu’à leur sortie leur passage en prison constituera un répulsif pour d’éventuels employeurs ? Avoir un casier vierge est même une condition d’admissibilité dans la fonction publique.

    Si ce n’est pour fournir aux entreprises de la main d’oeuvre très bon marché, docile, et surtout flexible ? Finalement, le travail en prison, c’est l’incarnation du rêve néolibéral pour le marché du travail. Aucune contrainte, et même pas besoin de délocaliser.

    Mais sinon, on peut toujours donner des leçons de droits de l’homme à la Chine, fameuse pour ses camps de rééducation par le travail. Bref.

    A part ça l’article est bien, il oublie juste de mentionner que l’Institut Montaigne (créé par Claude Bébéar, président d’honneur d’AXA) est le principal réservoir d’idées de l’UMP. Ses publications ne sont donc pas neutres politiquement, c’est bien de le savoir.

    • Autist Reading -
      Autist Reading - répond à taner
      In enculo cum vibro
      • Posté à 22h08 le 27/09/2009
      • Internaute 73535
        In enculo cum vibro

      l’Institut Montaigne (créé par Claude Bébéar, président d’honneur d’AXA, membre de l’OPUS DEI) est le principal réservoir d’idées de l’UMP.

    • pierrejcallard
      pierrejcallard répond à taner
      http://www.nouvellesociete.org
      • Posté à 23h18 le 27/09/2009
      • Internaute 3366
        http://www.nouvellesociete.org

      Taner : Vous avez raison... dans la problématique actuelle. Mais imaginons une autre problématique. Le détenu est payé au prix du marché et selon les normes syndicales, il ne biaise donc pas l’équilibre du revenu emploi. CEPENDANT, le détenu devrait payer pour son gite et couvert, réduisant le coût du système carcéral.

      On peut aller plus loin. On peut imposer aux coupables l’indemnisation de leurs victimes, transformant peu à peu, pour les crimes sans violence, la prison comme châtiment en une prison- résidence surveillée où le détenu est simplement gardé à vue le temps qu’il répare le dommage causé à la victime.

      C’est le modèle que propose une Nouvelle Société (Voir Section 3.1 du texte en lien)

      Lien

      Pierre JC Allard

      • Pr Ourcq
        • Posté à 01h04 le 28/09/2009
        • Internaute 90201

        Payer le gite, le couvert et pourquoi pas le coût du procès. On est pas loin de l’excellent Brazil de Terry Guillliams là, non ?

         
        • pierrejcallard
          pierrejcallard répond à Pr Ourcq
          http://www.nouvellesociete.org
          • Posté à 03h20 le 28/09/2009
          • Internaute 3366
            http://www.nouvellesociete.org

          @ Pr Ourcq : OUI. Il faut passer d’une justice qui privilégie le châtiment et la réhabilitation du coupable à une justice axée sur la protection des innocents et l’indemnisation des victimes. Je ne pense pas que cette approche facilite une « fonctionnarisation » de type ’Brazil’, mais j’écouterai vos arguments avec plasir. Vous pouvez les mettre sur mon site s’ils s’écartent du fil du présent article.

          Lien

          Pierre JC Allard

        1 autres commentaires
      • onapatouvu
        onapatouvu répond à pierrejcallard
        perdu pour la science
        • Posté à 11h49 le 28/09/2009
        • Internaute 85117
          perdu pour la science

        L’indemnisation des victimes est prélevée sur leur rémunération ; c’est précisé dans l’article :

        « Le salaire des prisonniers est divisé en trois parts : une somme disponible pour cantiner, un pécule mis à disposition à la sortie et, le cas échéant, le versement des indemnités des parties civiles (qui peuvent atteindre entre 20 à 40% du salaire sauf s’il est inférieur à 200 euros). Le bulletin de salaire détaille ces différents éléments. »

    • Tyrian
      Tyrian répond à taner
      Informaticien
      • Posté à 09h43 le 28/09/2009
      • Internaute 61861
        Informaticien

      Si on ne cherche pas à les réinsérer, on en fait quoi ?
      Il est certains que les ex-détenus n’auront pas une vie facile après, ils vont avoir du mal à retrouver du boulot. Il faut peut-être agir à ce niveau. Mais si aucun efforts n’est fait dans ce domaine, si on les condamne à toujours être en-dehors de notre société, autant revenir à la peine de mort et de manière massive, ou à la technique de l’exil, car ils seront à vie une gêne pour la société. C’est ce que vous voulez ?

    • onapatouvu
      onapatouvu répond à taner
      perdu pour la science
      • Posté à 11h12 le 28/09/2009
      • Internaute 85117
        perdu pour la science

      La situation de ces détenus-travailleurs sans statut me fait irrésistiblement penser aux 4000 (ou 4500 ?) compagnons d’Emmaüs, qui vivent dans le même état de non-droit, avec la bénédiction de nos députés et de Martin Hirsch.
      Chloé Leprince avait publié un article (modéré) à ce sujet le 13 juin dernier, sur Rue 89.
      La similitude est flagrante.

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 22h04 le 27/09/2009
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Quand je pense à tous les honnêtes gens qui sont privés de travail !

    • heleor
      heleor répond à Autist Reading -
      artiste
      • Posté à 09h29 le 28/09/2009
      • Internaute 59226
        artiste

      quand je pense à tous ces honnêtes politiciens qui magouillent et qui sont toujours en liberté.
      elle est belle la république

  • Lola48
    • Posté à 22h41 le 27/09/2009
    • Internaute 89855

    Je me demande comment certaines entreprises arrivent à contracter avec la Pénitentiaire. Comment tout cela s’organise t-il ? Quelle est la vraie contrepartie. Qui y gagne. Votre article ne dit pas si les détenus bénéficient d’une remise de peine, pour travailler à 3,27euros. Y a t-il des cotisations sociales, pour le détenu ? j’ai bien compris que non ! Mais pour l’entreprise, quelles charges paient-elles. Si j’ai bien compris aucune. On voit bien, l’intérêt pour les politiques de construire de nouvelles prisons. Prétexté la réinsertion, pour utiliser, abuser, défier le code du travail et tout ce qu’il comporte en matière de protection et de prévention, il n’y a vraiment que l’État qui puisse à ce point se mettre Hors la Loi, sans craindre, ni risquer quoi que ce soit. Ce système est bien rôdé, cela s’appelle du travail au noir mais maintenant on l’appelle Clear.....
    Et sur le CV, le détenu écrit quoi.

    • Zineb Dryef
      Zineb Dryef répond à Lola48
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 22h58 le 27/09/2009
        rédacteur
      • Journaliste 24
        Journaliste

      Oui il y a un système de remises de peine. Désolée de ne pas l’avoir précisé.

      • sebastien542
        sebastien542 répond à Zineb Dryef
        lecteur
        • Posté à 23h49 le 27/09/2009
        • Internaute 90769
          lecteur

        Il n’y a pas de remise de peine automatique du fait d’avoir travaillé, il est juste à noté que lors de l’évaluation du dossier d’un détenu pour statué sur une éventuelle remise de peine ça peut être positif.

    • caro
      caro répond à Lola48
      délinquante avérée
      • Posté à 23h30 le 27/09/2009
      • Internaute 6484
        délinquante avérée

      Un ex-prisonnier peut bâtir un CV sur ses compétences et écrire de telle date à telle date pour l’entreprise X, puisque la prison est sous-traitante.
      C’est au cours d’un entretien que l’ex-prisonnier peut dire qu’il a fait de la prison. Mais si l’employeur ne lui demande rien, il n’a rien à dire. Il a fait sa peine, il a payé. Point/barre Il ne va certainement pas postuler sur un emploi où il doit fournir un casier judiciaire vierge ...

      • tweesty
        tweesty répond à caro
        Gaucher et contrarié
        • Posté à 01h08 le 28/09/2009
        • Internaute 83901
          Gaucher et contrarié

        C’est un peu le souci... Le problème étant que de (trop ?) nombreux emplois sont accssibles uniquement à qui a un casier vierge, sauf pour être élu de la république, si on n’a pas déchu de sa citoyenneté (sanction rarissime concernant les condamnations dans les procès politico-financier, mais c’est un autre problème).
        Si vous êtes un employeur, un bailleur ou un simple voisin, vous pouvez obtenir via le site du ministère de la justice, un exemplaire du sésame en question, que la motivation soit légitime ou non (aucune demande de justification).
        Vous pouvez faire l’essai, c’est très facile !
        Je vous mets le lien :
        Lien
        Dans ces conditions et si on part du principe qu’une peine effectuée est synonyme de rachat global et inconditionnel, il y a de quoi se poser quelques questions

         
        • caro
          caro répond à tweesty
          délinquante avérée
          • Posté à 11h45 le 28/09/2009
          • Internaute 6484
            délinquante avérée

          c’est un peu le même problème avec le fichier STIC qui recense tous ceux qui ont eu à faire avec la police, même les victimes. Or, il y a minimum 20 % d’erreurs dans ce fichier et la CNIL ne peut faire rectifier toutes les demandes qui affluent
          Lien

          Et le fichier est accessible à un trop grand nombre de personnes.

          C’est un peu hors sujet, quoi que ...

        1 autres commentaires
    • galdo
      galdo répond à Lola48
      (none)
      • Posté à 13h23 le 28/09/2009
      • Internaute 54396
        (none)

      Oui, il y a bien des prélèvement sociaux sur le bulletin de paie qui est montré.
      Par contre, qui dit pas de droit du travail, dit pas de règles de sécurité. Elle ne me paraît pas des plus règlementaires, la position du soudeur à genou sur la table au début du film...

    • Gedeon Grois
      Gedeon Grois répond à Lola48
      • Posté à 22h32 le 28/09/2009
      • Internaute 11813

      « e me demande comment certaines entreprises arrivent à contracter avec la Pénitentiaire. Comment tout cela s’organise t-il ? “
      Voir bakchich.
      NON, PAS .INFO

  • Bicket du Val-
    Bicket du Val-
    étudiant
    • Posté à 22h46 le 27/09/2009
    • Internaute 86238
      étudiant

    C’est dégueulasse.
    Faut mieux continuer à faire travailler les prisonniers chinois et coréens... Et garder nos taulards fermés à double tours dans leurs appartements 23/24 h.
    Merde alors.
    Halte à l’ esclavage franco-français.

  • nayko
    nayko
    Troubadour urbain
    • Posté à 23h24 le 27/09/2009
    • Internaute 14789
      Troubadour urbain

    En tout cas, y’ en qui se gavent depuis le début du programme 13000 (loi qui a permis l’entrée des entreprises privées dans les prisons en 1987). Notamment la société Eurest. Qui veut du plateau repas pas cher ?

    • nayko
      nayko répond à nayko
      Troubadour urbain
      • Posté à 23h29 le 27/09/2009
      • Internaute 14789
        Troubadour urbain

      Plus de détails :

      Travail en prison = esclavage légal
      Un communiqué d’Act Up-Paris à l’occasion du 1er mai

      « Depuis 1987, le travail au sein des prisons françaises n’est plus censé être afflictif et obligatoire. Au contraire il serait devenu un “moyen de réinsertion”. Pourtant au simple regard du coût de la vie en prison, on comprend aisément que le travail salarié soit pour le détenu la seule façon de pouvoir “surpayer” les services qui vont de l’achat de biens de premières nécessités à la location d’une télévision.

      Il existe trois types de travail en détention :
      - le service général d’entretien de l’établissement : il concerne 8000 détenus et sa rémunération est de 800 Fr/mois environ.
      - le travail pour la régie industrielle des établissements pénitentiaires, de l’imprimerie à la confection d’uniformes pénitentiaires, dont la rémunération est de 1900 Fr/mois environ.
      - Enfin le travail en concession, dernier cas le plus courant, qui concerne plus de 11000 détenus et n’est pas le mieux rémunéré, de l’ordre de 1200 Fr/mois environ.

      C’est depuis la mise en place du programme 13000 en 1987 que des entreprises privées peuvent cogérer une vingtaine d’établissements pénitentiaires français. Ils ont été construits par Vivendi, la Lyonnaise des Eaux ou Dumez et sont gérés de manière rentable mais souvent inhumaine et déplorable, notamment en matière de santé, par Sodexho, Eurest, Gecep, Gepsa. Les points communs à tous ces travaux sont l’absence de contrat de travail, de salaire minimum garanti, de congés payés, de congés maladie, des avantages de la retraite (alors même qu’ils cotisent), l’interdiction du droit de grève, de contestation, d’association, de syndicalisation. Des tâches répétitives et peu qualifiantes, un travail précaire n’assurant même pas ce maigre revenu pendant toute l’année. La flexibilité est d’ailleurs ici un mot d’ordre : on déclasse arbitrairement, on paye encore à la pièce. Un détenu de la Maison d’Arrêt de Caen ayant travaillé trois semaines pour un concessionnaire a ainsi perçu 200,88 Fr pour ce travail. Le Conseil de Prud’Hommes et la Cour de Cassation ne se sont pas sentis concernés par le cas de ce “travailleur”.

      Ces entreprises “citoyennes”, épargnées dès lors par les charges sociales et les éventuels préavis de grèves, se cachent derrière l’alibi honteux de la “réinsertion”. Or, un prisonnier leur rapporte en fait 255 Fr/jour et elles touchent 3 à 5% du Chiffre d’Affaire de la prison chaque année. De plus ce sont elles qui gèrent le cantinage et par les prix exorbitants qu’elles y pratiquent, elles exploitent doublement chaque détenu qui ne peut vivre sans y avoir recours et ne peut payer sans travailler...

      L’Administration Pénitentiaire organise cet esclavage légal des détenus et favorise leur exploitation. Le ministère de l’Emploi et de la Solidarité n’accorde pas à ces travailleurs les droits qui leurs sont dus. Quant aux syndicats dits représentatifs, ils ignorent totalement leur qualité de travailleur et ne défendent que les intérêts des matons. »

      lien : Lien

      • caro
        caro répond à nayko
        délinquante avérée
        • Posté à 23h56 le 27/09/2009
        • Internaute 6484
          délinquante avérée

        l’article que vous citez est intéressant, il semble daté - 2001 - et pourtant, rien n’a vraiment changé. En voici un de 2008
        Lien

        J’ai lu ailleurs, qu’une société a installé une plate-forme téléphonique dans la prison de femmes de Rennes. Plus besoin de délocaliser ! c’est vrai qu’en sortant, les femmes auront un métier ... qui est de moins en moins exercé en France. Drôle d’insertion !

        Les prisonniers subissent aussi la crise, il y a moins de travail, moins de prisonniers/travailleurs, même mal payés, qui peuvent cantiner. Il serait urgent de revoir tout le système de la cantine, sans parler, bien sûr, de tout le système carcéral !

         
        • Aengus
          Aengus répond à caro
          étoile filante
          • Posté à 09h39 le 28/09/2009
          • Internaute 65126
            étoile filante

          Il faut aussi revoir toute la chaine pénale car rien ne change :
          Lienpar Lien
          Détournement - Downfall :
          La commission de révision ne fait rien et le chancelier n’est pas content du tout..

          Daniel Massé - Présumé coupable :
          Lien
          Lien

        • nayko
          nayko répond à caro
          Troubadour urbain
          • Posté à 12h20 le 28/09/2009
          • Internaute 14789
            Troubadour urbain

          Merci pour la source plus récente. Mais je me suis permis de poster cet article un peu daté justement parce que je savais que rien n’avait bougé (et j’avais la flemme d’en chercher un plus récent.).
          Bref, c’est ça la modernité : on change les mots et les intentions, en empirant la réalité. D’un côté je te souris parce que je vois que t’es pas content et de l’autre côté........... (autocensure ;)

        2 autres commentaires
  • hagalma
    • Posté à 23h42 le 27/09/2009
    • Internaute 8451

    « S’il ne fallait pas traverser plusieurs sas de sécurité...une quelconque usine ». Oui, c’est à peu près ça, le périmètre pénitentiaire comme incarnant l’idéal de la production : bas salaires, mobilité, employabilité, polyvalences des tâches. Bien sûr, on peut protester contre les conditions de travail du détenu. Il est cocasse que dans le même temps il n’y ait plus grand monde pour croire, en zone « libre », à l’amélioration du sort des ouvriers. Les employeurs sont les mêmes, et leurs portiques de sécurité bien conçus pour casser dans le vif la culture des travailleurs. Contre les râleurs, ils préféreront alors tant qu’à faire confier l’ouvrage à des qu’ont pas intérêt à la ramener. Le pied ! Le gagne petit est de plus en plus partout dans une zone de non-droit, en tous les cas d’un droit qui n’est pas le sien.

  • Pr Ourcq
    • Posté à 01h02 le 28/09/2009
    • Internaute 90201

    Il y a beaucoup de chose à dire quand à ce sujet et les réactions qu’il sucite.

    On a de toute façon en prison des gens en large majorité qui sont là parce qu’ils étaient en marge complète de la société. On peut toujours trouver des gens ,qui, bien que intégrés, voir aisés vont commettre des actes qui entraineront leur incarcération mais ce n’est qu’une infime minorité. Si je me souviens bien un haut magistrat du tribunal de Bobigny avait dit que de plus en plus de gens étaient incarcérés car on leur laissait plus la possibilité de subsister, de se soigner.

    Maintenant, il faut se poser la question de savoir ce que l’on veut faire du détenu. Bien évidement il faut le ré-intégrer. Mais quand on a des gens qui ont des lacunes graves jusqu’à la lecture, c’est pas en les mettant derrière une machine qu’on va leur apporter autre chose que quelques revenu indécents. L’incarcération est une chose telle pour toute être humain qu’il faut arrêter de les faire payer encore d’avantage.

    Les faire travailler d’accord mais formons les sérieusement, donnons-nous le moyen de les ré-intégrer ne formons pas des serial récidivistes. La prison manque de tout et c’est pas en donnant si peu d’humanité à des gens qui devaient en manquer tant qu’on va produire autre chose que des monstres ou des êtres brisés.

  • tweesty
    tweesty
    Gaucher et contrarié
    • Posté à 01h17 le 28/09/2009
    • Internaute 83901
      Gaucher et contrarié

    Anticipation complètement arbitraire et loufoque de la France de demain :

    - Une moitié de la France en prison(ou assimilés), main d’oeuvre soumise et « nourrie, logée, blanchie » donc, mal payée et n’ayant aucun recours.
    - L’autre moitié surveillant/gérant/employant la première moitié.

    Je me suis peut être trompé dans les proportions. En Chine, c’est 80/20.
    Vous rectifierez vous même.

    En tous cas, merci à Zineb Drief de nous donner si souvent à lire et à penser sur des sujets aussi sensibles et problématiques.
    (c’est vrai, ça fayotte un peu, mais quand c’est bien, il faut le dire...)

    • Jean-Luc LUMEN
      Jean-Luc LUMEN répond à tweesty
      en invalidité
      • Posté à 02h37 le 28/09/2009
      • Internaute 47198
        en invalidité

      de la France de demain...et d’hier.

      je mettrais en ligne une journée « normale » du n° 833-3

  • Glasgo
    Glasgo
    Etudiant
    • Posté à 02h13 le 28/09/2009
    • Internaute 45259
      Etudiant

    Merci Zineb Dryef pour cet article, très interessant mais hélas pas assez divulguer à certains faibles d’esprit...

  • manusan
    • Posté à 02h40 le 28/09/2009
    • Internaute 40431

    Je ne vois pas très bien l’intérêt, d’interdire à un prisonnier de travailler pour 400 euro/mois, pour ensuite privilégier l’emploi en Chine à 80 euro/mois. Ne me faite pas croire que c’est pour lutter contre l’esclave, dans le deuxième cas, on privilégie le pouvoir des dictature et l’enrichissement non mérité des intermédiaires (d’où la crise actuelle), sans parler du gaspillage pour transporter les marchandises.

  • Sierra
    Sierra
    citoyen
    • Posté à 08h19 le 28/09/2009
    • Internaute 85193
      citoyen

    Comptez pas sur moi pour pleurer sur le sort des taulards.

  • picheloure
    picheloure
    rien
    • Posté à 08h39 le 28/09/2009
    • Internaute 51580
      rien

    Réinsertion ? Exploitation oui !

    • jeffouletofou
      jeffouletofou répond à picheloure
      cddiste
      • Posté à 09h32 le 28/09/2009
      • Internaute 43444
        cddiste

      pourquoi exploitation, à melun se ne sont que des longues peines, ils ont largement le temps de mettre des sous de cote.

      on est loin, là bas, du ptit voleur à la tire

  • dufoli
    dufoli
    Région parisienne
    • Posté à 08h43 le 28/09/2009
    • Internaute 45962
      Région parisienne

    faut pas oublier que les prisonniers coutent de l’argent à notre société et je trouve normal qu’ils bossent et pas que pour les réinsérer mais pour réduire le cout de leur hébergement et travailler dur c’est toujours plus stimulant que de tourner en rond dans sa cellule.

    • zompti
      zompti répond à dufoli
      futur « départ volontaire »
      • Posté à 09h59 le 28/09/2009
      • Internaute 71360
        futur « départ volontaire »

      Mais toi aussi tu coûtes de l’argent à la société puisque tes caisses de santé et de retraites sont déficitaires, tes enfants scolarisés ne sont pas producteurs de richesse, etc, etc… En toute logique tu devrais donc travailler gratuitement. D’ailleur c’est ce que nous expliquent progressivement nos politiques, le travail coûte trop cher, il y a trop d’improductifs, le code du travail est une gène à la flexibilité, etc, etc…

      Quand à dire que travailler dur est stimulant, visiblement tu confonds travailler dur et travail dur, qui généralement n’a rien de stimulant, surtout avec les années.

      Il est néanmoins anormal que des entreprises privées puissent bénéficier d’une main d’œuvre bon marché et sans aucun contrat de travail. Ce n’est ni plus ni moins que de l’exploitation, qui plus est avec la bénédiction des pouvoirs publiques. pour tout illégal et immoral qu’il soit, ce travail ne profite de toute façon pas à amortir pour la collectivité publique le coût de l’incarcération puisqu’il profitte à des entreprises privées. mais c’est logique puisque l’on s’oriente de plus en plus vers des prisons privées qui deviendrons à coup sûr des fournisseurs de main d’ouvre bon marché et hors du cadre du code du travail. Tout est bien planifié…

      • nayko
        nayko répond à zompti
        Troubadour urbain
        • Posté à 11h54 le 28/09/2009
        • Internaute 14789
          Troubadour urbain

        Merci ! ! C’est hallucinant comme la servilité est en train de rentrer (de nouveau ?) totalement dans les moeurs. C’est franchement flippant !

      • nayko
        nayko répond à zompti
        Troubadour urbain
        • Posté à 11h54 le 28/09/2009
        • Internaute 14789
          Troubadour urbain

        Merci ! ! C’est hallucinant comme la servilité est en train de rentrer (de nouveau ?) totalement dans les moeurs. C’est franchement flippant !

      • a déménagé le 10 décembre
        a déménagé le 10 décembre répond à zompti
         ? ? ?
        • Posté à 21h10 le 28/09/2009
        • Internaute 42623
           ? ? ?

        ça n’empêche que hormis le rôle de réinsertion du travail, celui ci a aussi la fonction de faire gagner de l’argent pour lui même et rembourser les victimes éventuelles et l’administration de la justice !
        Celà ne me choque pas que une part du salaire soit enlevée pour payer la nourriture et le logement et une autre pour les frais liés au procès, à la surveillance de la prison et le paiement des indemnités éventuelles dues aux parties civiles.
        Il faut par contre partir d’un salaire horaire équivalent au SMIC car il n’est pas normal de travailler en dessous mais je ne suis pas sûr qu’il resterait quand même beaucoup plus que les 3,27 ou 3,54 € car le coût de ce qui est cité au dessus est quand même important.

        Je ne pense pas qu’on puisse réellement insérer des prisonniers à partir d’une prison, il faudrait une étape intermédiaire.

    • poum
      poum répond à dufoli
      • Posté à 12h29 le 28/09/2009
      • Internaute 87464

      Qu’ils travaillent est une chose (plutôt bonne), mais que le droit du travail ne soit pas respecté en est une autre. Ils travaillent, créent de la richesse, donc devraient bénéficier des mêmes protections, droits et devoirs comme tout travailleur. Quel image de la société leur donne-t-on avec ces pratiques ?

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 08h55 le 28/09/2009
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    l’camion rentre dans la cour ,les cartons arrivent, là faut voir

    c la course a celui qui vas prendre le plus de cartons,

    plus de cartons plus de sous,ont beau ètre habitué ,mais c toujours hallucinant s’te course et dans la cellule il ne reste (souvent) juste la place pour dormir et encore ,très souvent assis sur l’plumard

    pour l’reste c une énorme aubaine pour les boites, pasque payé quelques centimes d’€ l’carton

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 09h36 le 28/09/2009
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    JEUNES !

    Vous voulez du travail ?

    Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

  • Aengus
    Aengus
    étoile filante
    • Posté à 09h36 le 28/09/2009
    • Internaute 65126
      étoile filante

    Lienpar Lien
    Détournement - Downfall :
    La commission de révision ne fait rien et le chancelier n’est pas content du tout..

    Daniel Massé - Présumé coupable :
    Lien
    Lien

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 09h39 le 28/09/2009
    • Internaute 82025
      non connue

    On peut s’étonner que face à des gens à qui on devrait inculquer la nécessité d’un état de droit, on pratique l’absence de droit...

    Il n’y a pas de solution miracle concernant la réinsertion. Et toutes les mesures envisagées doivent prendre en compte les particularités de chacun : analphabétisme, difficulté de socialisation, handicap psychiatrique lourd, fragilité concernant les addictions...

    Si la justice traite (ou est censée traiter) chaque cas de manière personnalisée, cette personnalisation s’arrête aux portes de la prison. Et ce d’autant plus que l’on met le personnel pénitentiaire dans l’incapacité de répondre individuellement aux nécessités de préparation de la sortie.

    Qu’un détenu sorte sans savoir ni lire ni écrire, par exemple, ça me rend malade.

  • El doctor
    El doctor
    Citoyen errant
    • Posté à 09h40 le 28/09/2009
    • Internaute 67679
      Citoyen errant

    Bravo pour votre article ! !

    Avec les prisons privées le travail des prisonniers bientôt une évidence pour réduire les couts de surveillance, rentabiliser la prison, entretenir les murs, etc.

    Travailler plus pour être mieux gardé... hé hé....

    Pas de smic, pas de syndicats, pas de témoins, rien... juste une toute petite carotte au bout d’un très gros bâton..

    Pour les prisonniers démunis et sans argent, le travail est juste une obligation pour pouvoir avoir le minimum comme par exemple des cigarettes.

  • Philippe Leclercq
    Philippe Leclercq
    dilettante
    • Posté à 09h47 le 28/09/2009
    • Internaute 64790
      dilettante

    Alors que j’étais prisonnier à la Santé, la République fêtait le bi-centenaire de l’abolition de l’esclavage, et le sénat s’était fendu d’une somptueuse plaquette en quadrichromie, vantant les mérites de ladite république, et affirmant haut et fort que ces temps révolus n’étaient pas près de recommencer, car la patrie des droits de l’homme était toujours vivante et veillait au grain sous l’éclairage diffus mais constant du Siècle des Lumières, fermez le ban...
    Certes.
    Mais...
    Mais l’assemblage de ces plaquettes était confié, via un négrier agréé, aux détenus que la nécessité poussait à « travailler », rémunérés quelques francs par jour pour un travail à la tâche, les palettes encombrant les cellules déjà trop petites, l’odeur d’encre fraîche entêtante prenant le pas sur les remugles de chiottes, de choux et de grésyl...

    Le détenu est hôte de l’état, et travaille pour celui-ci. Un esclave ? Non, un fonctionnaire.
    On comprend mieux, du coup, et le statut des prisonniers, et celui des fonctionnaires.

  • lucsky
    lucsky
    la force en moins
    • Posté à 09h59 le 28/09/2009
    • Internaute 54632
      la force en moins

    En fin d’article :
    « craignant que des avantages ... (il) résulte ... »
    et pas « résultent ».
    Soignez l’orthographe merde ! ça facilite la lecture.

    • lucsky
      lucsky répond à lucsky
      la force en moins
      • Posté à 10h02 le 28/09/2009
      • Internaute 54632
        la force en moins

      Oups !
      Excusez-moi... « des charges financières... résultent » !
      Désolé.

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