Les frasques de Berlusconi, signe du retard féministe italien

Silvio Berlusconi devant l’image de sa femme Veronica Lario sur le plateau de « Porta a porta » le 5 mai (Remo Casilli/Reuters)
Qu’on ne pense surtout pas que les Italiennes ne sont pas révoltées par ces soirées animées par Berlusconi, où des filles doivent s’habiller de la même manière (en robe noire et avec un maquillage léger), où d’autres, déguisées en Saint Nicolas sexy, se touchent entre elles.
Ainsi sapées, et grotesques, pour chanter et danser avec le chef du gouvernement, avant de passer dans son grand lit, en recevant en échange de ces cauchemars des enveloppes bourrées de billets, et ramassant des carrières politiques payées par la collectivité.
La question, c’est qu’il n’y a pas de moyen de dire et d’agir pour montrer le dégoût des femmes italiennes, et qu’il est urgent de trouver des moyens d’y parvenir.
Jusqu’à maintenant, le manque d’action et les difficultés pour les réactions de trouver de la place dans les médias montre un manque de ruse, de communication et d’intelligence politique.
Le retard de la modernité de l’Italie
Pourtant, le grand retard de la modernité de l’Italie est du à la condition des femmes et à un féminisme ayant mal tourné, qui a permis de déboucher sur cette partouze d’Etat.
A cela s’ajoute une autre question majeure, celle de l’hégémonie culturelle. Berlusconi n’est pas un accident ou une mésaventure italienne : il est l’interprète principal de ce que ses médias produisent. Peu importe s’il en est aussi le propriétaire, l’Italie actuelle n’est que le résultat de sa « Weltanschauung », sa vision du monde.
Cela vient d’une part d’une stratégie lucide, commencée il y a trente ans, et d’autre part d’un phénomène incontrôlé favorisé par le silence des intellectuels, qui a rongé toute forme de démocratie, en la transformant en « vidéocratie » où « télécratie », comme le très éclairé philosophe Français, Bernard Stiegler nomme cette dangereuse forme politique. Une alerte très évidente en Italie, le pays de Gramsci, bien que la France aussi soit sur ce chemin.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, personne n’arrive a percevoir et à faire face avec détermination à cette connexion fatale entre la perte de toute conscience civique, politique et morale, la confirmation électorale de Berlusconi, et trente ans de bêtise déversée sur la nation par ce Leviathan médiatique qui se nourrit de ses propres déchets.
Les femmes, leurs corps, et leurs perte de dignité en sont un plat fondamental, et ces derniers événements n’ont été qu’une de ses évacuations les plus palpables.
Sous-représentées au parlement, presque inexistantes dans les conseils d’administration des grandes entreprises, les Italiennes font de moins en moins d’enfants, faute de tout soutien, et face au constat que la maternité correspond aussi à la perte de leur poste.
Une caricature de la mythique beauté italienne
En revanche, dans les médias (tous médias de masse confondus, à l’exception des îlots d’intelligence, et d’information correcte sur Rai3, mais on ne sait pas jusqu’à quand), elles se retrouvent hyper-représentées mais réduites, avec leur consentement et dans la plus totale inconscience, à une caricature de la mythique beauté italienne dépourvue de sa raison artistique, et transformée en symbole d’oppression.
Inutilement et toujours déshabillées, elles se crêpent le chignon comme des mégères, sont incompétentes en tout, mais ont une opinion très confuse sur tout. Et elles la disent, en plus, sur ce médium qui fait autorité et est discrédité à la fois qu’est la télé.
La sélection s’est faite « démocratiquement », comme on dit, après qu’on a empêché tout accès aux légions de femmes professionnelles de premier plan, compétentes et fiables, mais qui évidemment ne sont ni grégaires, ni disponibles.
En fait, une absence de totale démocratie, à part celle du narcissisme, et une blessure profonde au coeur de la nation. Ce que évidemment la femme de Berlusconi, Veronica, atteinte par les effets de cette pollution (qui apporte beaucoup d’argent) crée par le média des familles, a dû trouver pudique.
C’est aussi à travers ces corps que les médias captent « le temps de cerveau disponible » des spectateurs à vendre à la pub (et à la politique) comme le disait Patrick le Lay, l’ex-patron de TF1, à propos de la télé commerciale.
La même rengaine est répétée par les tout-puissants auteurs-producteurs italiens. Certains d’avoir compris le cynique mais si charmant monde des affaires et de la communication, ils ressassent les mêmes stéréotypes.
Mais ayant perdu et faisant perdre la perception de la réalité, ils s’adressent essentiellement à des gens âgés et à des « femmes au foyer », qui regardent cette télé plus de deux ou trois heures par jours. Il s’agit plus précisement de « femmes au chômage » (70% dans le sud du pays), qui sont la majeure partie de l’électorat de Berlusconi.
Echange de bons procédés avec le Vatican
Le Vatican aussi, comme la politique et le marketing, est très intéressé par le corps des femmes. Et c’est même fascinant quand ces pouvoirs se rencontrent sur le terrain commun du corps des fidèles.
Cardinaux et évêques, bien qu’ils aient pris récemment une claire distance vis-à-vis du Président du conseil, ont dû trouver tout à fait tolérable, vu l’inhabituel retard de leurs réactions face aux soirées tenues dans les palais de la République, que ces corps sans identité soient allongés sur le grand lit présidentiel, prêts au jeux érotiques du chef.
Hommes de pouvoir et d’église peuvent s’entraider, il y a pas mal des choses à régler, comme la place de la religion, ou la pilule du lendemain RU486.
Et que dire de l’euthanasie ? Elle est au centre des querelles après la dramatique histoire d’Eluana Englaro, la fille qui après dix sept ans dans le coma, ne pouvait pas mourir « puisqu’elle a encore ses règles et peut avoir des enfants », comme a pu dire Berlusconi dans une de ses tirades sur la vie et son importance.
Tandis que l’Italie montre des femmes nues, elle s’évanouit comme le chat du Cheeshire, en laissant en échange mourir de soif et de faim les immigrés en mer, au nom de l’« identité » de la nation.
NDLR : en complément du propos de Sabina Ambogi, voici la bande annonce du documentaire « Videocracy », consacré au système Berlusconi, qui a été refusée par tous les médias audiovisuels italiens, publics et privés. Le film sera présenté à la Mostra de Venise.
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Gabriel Nadeau-Dubois, talentueux porte-parole des étudiants québécois 







non connue
non connue
Ceci me rappelle la TV-Globo du Brésil.
Je partage votre révolte, et malheureusement, ce phénomène est général.
Si le contrôle des médias italiens permet le conditionnement de l’électorat féminin italien, le contrôle des médias français permet le conditionnement de l’électorat retraité et/ou rural.
En ce sens, ce fléau n’est pas lié directement à des questions de féminisme, mais à la dépendance d’une partie de la population à un moyen particulier d’accès à l’information.
Les chômeuses italiennes, comme les retraités français, n’ont pas la vie active pour sortir de cette aliénation. Et boivent le discours médiatique dans des proportions supérieures au reste de la population.
Ce qui nous amène à cette question : comment sortir de cette hégémonie médiatique ? J’aurais deux réponses possibles :
- par des actions populaires assez extrêmes contre l’asservissement de la télévision
- par la maîtrise d’autres médias, comme le net bien sûr
Il semble alors que le retour du féminisme italien passe par des actions de formation et d’équipement en informatique des foyers italiens.
Car le net est en train de gagner la bataille de l’information sur la télévision.




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