Voici la charte du bon conducteur pour les policiers cowboys
Les policiers de l’Essonne sont sommés d’améliorer leur conduite automobile : les réparations
coûtent trop cher.
Certains chiffres sont plus faciles à obtenir que d’autres chez les forces de l’ordre. Ainsi, on fait chou blanc quand on réclame le nombre d’enquêtes ouvertes en 2008 au sujet d’accidents impliquant un véhicule de police. Et puis, quand la police de l’Essonne demande à ses hommes de ne plus jouer les cowboys au volant, c’est parce qu’on apprend que les écarts de conduite coûtent trop cher : 529 000 euros par an, au titre du « coût de réparation des véhicules de police ».
Le 13 août dernier, Jean-Claude Borel-Garin, nouveau directeur départemental de la sécurité publique dans le département d’Ile-de-France depuis mars, a haussé le ton. Dans une note de service adressée aux quelque deux cents policiers de son département, il a mis en garde contre les dépenses exhorbitantes liées à l’entretien des véhicules malmenés. Toujours concrète, la DDSP précise qu’elle dépense l’équivalent de « vingt-neuf véhicules neufs » par an.
Un comportement irréprochable : « infantilisant »
Dans sa note de service (que Rue89 publie ici), le directeur départemental a a réclamé à chacun de ses hommes un comportement « irréprochable dans l’exercice de ses missions en vue de favoriser (son) comportement en faveur des usagers ».
A la clé, dix-sept commandements dans une charte de bonne conduite, qui hérisse les syndicats. A mesure que la polémique enflait dans ses rangs, le ministère de l’Intérieur informait en milieu de matinée, ce jeudi 27 août, qu’il « ne communiquait plus sur le sujet ».
Rue89 a pu consulter la charte en question, que chaque fonctionnaire de police devra avoir dans la poche, au même titre que le code de déontologie. (Lire le document ci-contre)
On y trouve, en vrac, des serments façon profession de foi comme :
- 4. Je porte ma ceinture de sécurité
- 7. J’adapte ma vitesse au trafic et aux condition atmosphériques
- 8. Lorsque je dois stationner, je porte attention aux obstacles bas
- 13. Je suis prudent et vigilant, je maîtrise mon véhicule en toutes circonstances
- 15. J’adapte ma vitesse pour contribuer à la sécurité des usagers
Rien que du bon sens à priori, mais autant d’injonctions qui trahissent aussi en creux pas mal d’écarts sur le terrain. « Lénifiant », « infantilisant » et même « dégradant », juge Synergie, deuxième syndicat d’officiers en France, dont les représentants enjoignent carrément le patron dans l’Essonne à retirer immédiatement sa note de service :
« On n’a pas attendu la venue d’un messie à la tête du département pour nous délivrer les dix commandements du code de la route. »
Les élections professionnelles dans le viseur
Même si ce syndicat, seul à être monté au créneau, s’en défend, la violence de la réplique de Synergie n’est sans doute pas étrangère au calendrier : les élections des représentants au sein de la police sont pour fin janvier 2010 et la campagne syndicale a déjà démarré.
« L’affront » de la DDSP de l’Essonne représente forcément une occasion en or de hausser le ton. Du côté d’Unité Police (ex-Unsa), en revanche, on n’a pas donné suite aux demandes de réaction de Rue89.
A Villiers-le-Bel, dans le Val-d’Oise, les émeutes de l’automne 2007 avaient démarré après la collision entre une voiture de police et la minimoto de deux jeunes de 15 et 16 ans. L’histoire ne dit pas combien l’accident avait coûté en frais de réparations mais on connait les nuits d’affrontements qui avaient suivi l’accident survenu ce dimanche de novembre.
Très vite, l’IGPN (l’Inspection générale de la Police nationale) chargée de l’enquête évoquait « un accident de la circulation », précisant que la voiture était simplement en patrouille. Une précision toutefois : les deux jeunes tués ne portaient pas de casque.
D’autres incidents, moins dramatiques le plus souvent, émaillent régulièrement les relations entre riverains et policiers. Quitte à les pourir largement, y compris à coups de sens interdits bravés et de ceintures de sécurité oubliées.
- Sur Rue89Villiers-le-Bel : deuxième nuit de heurts avec la police
- Sur Rue89Un photographe saisit l'IGS pour violences policières
- Sur Rue89Quand la police fonce, le piéton est en danger de mort
- Sur synergie-officiers.comLe site de Synergie
- Sur cnds.frLe site de la Commission nationale de déontologie de la sécurité
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Ce qui est étonnant, dans cette affaire, c’est qu’on se dit, dans un premier temps, « ah, tiens, un chef de la police qui ose taper sur les doigts des flics sous ses ordres ! de quoi t’est-ce qu’il peut bien s’agir, nom d’une pipe ! », et puis on regarde de plus près et on s’aperçoit que le principal souci est d’ordre « économique » (les accidents dus aux vilains pandores qui se la pètent cow-boy (c’est-à-dire, faut-il le rappeler, une écrasante majorité) coûtent des sous à la collectivité).
J’aurais presque envie de dire au chef de la police de l’Essonne que si son intention est louable, il est dommage qu’il n’ait pas poussé le bouchon un peu plus loin en évoquant d’autres comportements policiers « anormaux » découlant du sentiment d’impunité dont jouissent nos gardiens de la paix assermentés, je veux parler bien sûr de l’irrespect envers les citoyens dont font preuve de plus en plus de flics. Irrespect débouchant sur des violences de plus en plus fréquentes et banalisées – et ce ne sont pas les directives de résultat d’Hortefeux qui vont arranger les choses…
Je profite de ce billet de rentrée (ah, un mois en province, sans quasiment rencontrer un flic en tenue ! ! !) pour signaler deux procès pour outrage dans lesquels des citoyens ayant été victimes de violences policières sont poursuivis (lisez, c’est édifiant) :
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Et redire que vous avez jusqu’au 2 décembre pour signer la pétition du CODEDO contre les violences policières (notamment).




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