Le « Cercle du Diable », zone de non droit où agit Al Qaeda au Maghreb
Samedi 8 août, la Mauritanie découvrait avec effroi que sa jeunesse islamiste comptait aussi des candidats au terrorisme suicidaire. Ce jour-là, en début de soirée, un jeune homme de 22 ans seulement se faisait exploser devant la clôture de l’ambassade de France, blessant deux gendarmes tricolores.
Si l’auteur n’avait pas choisi le mauvais jour et la mauvaise heure, le bilan aurait été plus lourd, samedi étant jour de repos hebdomadaire et au crépuscule le quartier des ambassades étant habituellement désert. Il y aurait eu plus de victimes aussi, si ce banlieusard, qui manifestement ne connaissait pas cette partie de la ville, avait su que deux ou trois rues à côté, des dizaines d’expatriés, dont de nombreux diplomates français, étaient attablés dans des restaurants sans grande sécurité.
Des Mauritaniens dans Al-Qaeda au Maghreb islamique
Ce premier attentat-suicide effraie d’autant plus les Mauritaniens qu’ils savent que beaucoup de leurs jeunes compatriotes se trouvent depuis plusieurs années au sein de l’ex-GSPC algérien devenu depuis 2007 les Brigades d’Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi)... lequel vient de revendiquer sur internet l’attentat du 8 août.
« C’est vrai », confirmait à Nouakchott, en octobre dernier dans un entretien au Soir, le colonel Mohamed Lemine Ould Taleb, chef du bureau des opérations de l’Etat-major. Mais, pour le « Monsieur Al-Qaeda » de l’armée mauritanienne, cette présence n’est pas le vrai problème de son pays.
Selon lui, les Mauritaniens de l’Aqmi ne seraient que quelques dizaines, tous ou presque connus, l’organisation ne comptant guère plus de 600 à 800 éléments, et ce qui leur sert de refuge est connu : quelques points d’eau et des grottes qui se trouvent entre l’extrémité nord de la Mauritanie, le sud algérien, le désert septentrional du Mali, et l’ouest du Niger. « Ce Cercle du Diable », comme l’appelle le colonel, est selon lui, « le vrai problème ».
C’est une zone qui a longtemps été ignorée par les autorités étatiques et où toutes sortes de trafic se sont développées au point de devenir une zone de non-droit.
« Il faut absolument en reprendre le contrôle. Alors, la bataille contre la menace terroriste dans cette partie saharo-sahélienne sera presque gagnée ».
Le colonel, qui suggère une plus grande coordination entre les services de sécurité de la sous-région, n’est pas contre l’idée d’« une vaste opération commune destinée à déloger l’Aqmi de ses bases ». Mais à croire les analystes mauritaniens, l’idée est presque impossible.
« L’existence de bases d’Al-Qaeda dans la région arrange beaucoup de monde.
Elle sert d’épouvantail pour des régimes très controversés, y compris en Mauritanie, pour continuer à réclamer le soutien des puissances occidentales, surtout les Etats-Unis, qui sont engagées contre le terrorisme international », estime Ahmed Ould Cheikh, le directeur du journal Le Calame.
« L’analyse a quelque chose de vrai », observe, Ahmed Jiddou Ould Aly, directeur de publication d’Al Mourabit. Mais, selon cet ancien officier de l’armée devenu spécialiste des questions sécuritaires, cette lecture s’applique plus à l’Algérie qu’aux autres Etats de la région victimes du terrorisme islamiste :
« Tout le monde connaît les liens entre l’ancien GSPC et les services de sécurité algériens Si ces derniers ne sont pas derrière l’apparition de cette organisation, il est au moins prouvé depuis de longues années que son existence lui est très utile.
Pas seulement pour justifier l’état d’urgence qui prévaut depuis les années 1990 et qui sert à couvrir le musellement de l’opposition. Mais aussi pour conforter le pays dans son rôle de grand frère dans la région. La présence dans le Sahara de bandes liées à Al-Qaeda, sert à l’Algérie de moyen d’influence et de nuisance vis-à-vis de ses voisins ».
Dans le cas mauritanien, Alger redoute, selon lui, que ce pays jusqu’ici un des plus pauvres du monde nourrisse avec les découvertes récentes de gisements énergétiques des ambitions contraires à ses intérêts stratégiques, surtout sur la question du Sahara occidental qui oppose ses protégés du Front Polisario à l’autre prétendant au rôle de puissance régionale, qu’est le Maroc.
Or, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, l’ancien putschiste qui vient tout juste d’être élu le 18 juillet dernier à la tête de la Mauritanie est réputé très proche de Rabat. Formé à l’Académie royale de Meknès, il est issu d’une tribu originaire de la région de Marrakech, et son épouse mauritanienne est aussi sujette du souverain chérifien.
- Sur Rue89Mauritanie : attentat suicide près de l'ambassade de France
- Sur Rue89En Mauritanie, un putschiste « champion des pauvres »
- Sur algeria-watch.org"Al-Qaeda au Maghreb ", ou la très étrange histoire du GSPC algérien, sur Algeria-watch
- Sur www.rfi.frAl-Qaeda au Maghreb islamique revendique l’attentat anti-français de Nouakchott, sur rfi.fr
- Sur afrik.comLe danger Al-Qaeda s’accroît en Mauritanie, sur Afrik.com
- Sur rue89.comTous les articles sur Al-Qaeda
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Gabriel Nadeau-Dubois, talentueux porte-parole des étudiants québécois 








non connue
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La lutte contre Al-Qaeda ressemble de plus en plus à la lutte contre la drogue, avec ses effets pervers.
Comme la prohibition fait monter le niveau de ressources financières du trafic de drogue, les actions violentes et les soutiens douteux, au nom de la lutte contre Al-Qaeda, fournissent des arguments aux recruteurs d’Al-Qaeda.
Et le véritable ennemi, qui s’appelle misère et ignorance, continue de se développer.




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