Ni homme ni femme (bien au contraire) dans Le Monde
Que je vous explique : Camille est en vacances, mais il/elle continue d’avoir des yeux partout. Ce qui lui a permis de repérer dans le quotidien Le Monde une enquête sur les « intersexués », « intersexes » ou « intergenres », ces personnes « mi-hommes, mi-femmes » :
« Ils sont nés avec une malformation des organes génitaux. Un clitoris trop gros, un pénis trop petit, un vagin incomplet ou des testicules sous-cutanés, du fait d’un dérèglement hormonal ou d’une anomalie chromosomique. »
J’ai donc reçu pour consigne de vous signaler cette saine lecture. On y apprend que pour certaines associations font pression « pour que les médecins cessent d’opérer systématiquement les nouveau-nés atteints de malformations génitales, et attendent que ces derniers soient adultes pour choisir leur genre. Voire pour ne pas choisir ».
Le mélange des genres, Camille adore, vous le savez. Le corps médical est, lui, moins convaincu. Ainsi, le docteur Claire Fékété, spécialiste de ces malformations cité par Le Monde :
« Ce débat est complètement biaisé, et il est en train de s’éteindre. Il a été initié par des adultes de 30-40 ans, eux-mêmes porteurs de DSD [Disorders of Sex Development, ndlr], qui avaient été traités et opérés à une époque où on ne disposait pas des moyens thérapeutiques actuels, et qui demandaient à juste titre qu’on ne fasse rien plutôt que cela.
Mais les progrès, depuis, ont été considérables, dans le diagnostic comme dans le pronostic. »
Voilà, moi j’ai fait mon boulot, hop, à vous d’aller lire l’article complet avant de revenir commenter par ici.
- Sur Rue89Les transsexuels ne sont plus fous, mais toujours discriminés
- Sur lemonde.frNi lui ni elle... alors qui ?
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Voici le courriel que j’ai envoyé à la journaliste suite à son article :
Bonjour Madame Vincent,
Suite à votre article du 8 aout 2009 au sujet de l’intersexualité sur le site Le Monde.fr je tenais à vous faire part de quelques remarques.
Tout d’abord, je m’étonne que vous y écriviez que pour la première fois des intersexes prennent la parole. En effet, nous avons produit un ouvrage collectif sans passer par le filtre d’un journaliste dans le numéro 27 de « Nouvelles Questions Féministes » de mars 2008 : Lien
Au delà de cette imprécision, il est difficile pour nous d’accepter d’entendre parler de et pour nous sans jamais être consulté. Vous véhiculez dans votre article tous les poncifs du traitement médical/ sociétal de l’intersexualité avec des termes extrêmement stigmatisants pour nous, certainement sans vous en rendre compte et sans le vouloir, mais sans prendre la peine de nous interroger.
Bien sûr votre article est court et s’adresse à un grand public, vous ne pouvez donc pas aller au fond des choses. Pour autant, vous donnez une large tribune aux médecins qui prônent l’assignation hormono-chirurgicale sans même mentionner que de plus en plus de médecins refusent ces traitements dégradants et inhumains. Plus triste encore, vous interrogez François Ansermet qui fait parti de ceux qui refusent les assignations hormono-chirurgicales dans la petite enfance (l’équipe de Lausanne à laquelle il a appartenu pendant des années ne pratique plus ce type de traitement), sans mentionner ces nouvelles pratiques et en faisant croire malgré tout que celui-ci est d’accord avec Madame Fékété, alors qu’ils sont au contraire en opposition sur la question intersexe.
Contrairement à ce que votre article fait croire, il est possible de ne pas opérer et hormoner des enfants pour fabriquer des pseudo-mâles ou pseudo-femelles dont les capacités de plaisir auront été obéré, ce n’est pas le simple desiderata d’intersexes vieillissantEs comme le clame Madame Fékété mais bien une pratique existante qui satisfait toutes les parties concernées !
Nous ne sommes ni des handicapés ni des pathologies, nos organes génitaux externes sont sains. D’autres parties du corps peuvent être porteuses d’une pathologie, mais nous mutiler les organes génitaux extérieurs et nous stériliser ne résoudra pas un problème thyroïdien ou rénal, par exemple.
Par contre, nous posons le constat accablant que toutes les personnes assignées hormono-chirurgicalement le vivent mal tandis que ceulles que l’on a pas rectifié vivent bien la chose. Se baser sur les quelques centimètres carrés que représentent nos organes génitaux externes pour nous définir est infiniment réducteur, d’autant plus que la majorité des intersexes les ont « conforme » à la norme, leur différence se situe ailleurs : dans leur identité.
Mais au fond, la question intersexe n’est-elle pas finalement qu’est-ce qu’un clitoris « trop grand », qu’un pénis « trop petit », si ce n’est qu’un fantasme permettant de formater à coup de bistouri nos corps ?
Nous ne vivons pas mal nos corps, ce sont les autres qui vivent mal nos corps, le problème ce n’est pas nous, c’est le regard que portent les autres sur nous, votre regard madame, Nous ne sommes pas troublé par notre genre, c’est vous qui êtes troublés par nos organes génitaux externes. Notre mal être ne provient pas de nos corps, il provient du fait que nous n’existons pas au sein de la société occidentale (ce qui n’est pas le cas dans d’autres cultures), que l’on nous cache qui nous sommes en essayant de façon stochastique de nous gommer alors que bien évidement nous avons une conscience aiguë de qui nous sommes depuis tout petit, mais avec une chape de plomb sur la tête. C’est le paradigme intersexe : Nous n’avons pas le droit de dire ce que l’on nous a pas dit que nous étions.
Les médecins savent (et Madame Fékété le sait aussi) qu’opérer les enfants intersexes dans l’enfance donne de piètres résultats. Il faut lorsqu’ils fabriquent de pseudo femelles (la majorité des cas car c’est techniquement bien plus aisé de bricoler un vagin sans tenir compte des autres paramètres tel que le caryotype ou les gonades, ce que Madame Fékété appelle le diagnostique/ pronostique, c’est à dire sa propre capacité à mettre en conformité l’aspect des organes et non pas révéler le « vrai sexe »). Il faudra ensuite dilater le pseudo vagin quotidiennement, c’est un viol incestueux pratiqué par les parents sur ordre médical, ni plus ni moins ! Il faudra ensuite re faire une ou plusieurs opérations lorsque l’enfant aura cessé de grandir avec des chairs abimées et un clitoris entièrement ou partiellement insensible ou douloureux alors qu’à l’aune des transsexuelles on sait parfaitement faire un vagin en tout point conforme à celui des femmes biologiques.
Et puis fondamentalement est-ce la demande des intersexes d’avoir des organes génitaux externes conformes ? Si certainEs le souhaitent, d’autres (et ce n’est pas une minorité) souhaitent tout simplement être eulles même avec un corps non mutilé, comme vous Madame. Illes ne souhaitent pas être castré (ce qui est systématique quand les gonades ne correspondent pas au sexe d’assignation) car les techniques de procréation médicalement assistée leur permettraient souvent d’être parent. Illes ne souhaitent pas avoir à subir des traitements hormonaux substitutifs très lourd à vie quand souvent leurs gonades produisaient naturellement des hormones avant ablation.
Mais dans une société normative avec une médecine sexiste et binaire il reste impensable que des hommes puissent porter un enfant, que des femmes puissent avoir des gamètes mâles, que des femmes aient de « gros clitoris »( ?) et s’en trouver satisfaites, des hommes des vagins et s’en trouver satisfaits. Alors, ad vitam eternam les personnes mutilées continueront à vivre l’enfer en se dilatant douloureusement quotidiennement, en ayant des fistules, des infections urinaires, en étant incontinent, ou préférant, ce qui est une grande partie de la communauté, mettre fin à leurs jours, non pas parce qu’ils ont un trouble identitaire mais bien parce qu’illes ont été massacrés physiquement et psychologiquement par les médecins.
J’ai un corps non conforme, j’ai passé mon enfance dans les boucheries/ hôpitaux, ai régulièrement des infections qui nécessitent des soins et des reprises chirurgicales, mon corps est un champ de bataille permanent, il ne me ressemble plus depuis longtemps. Je suis sous traitement hormonal substitutif à vie avec de très nombreux effets secondaires qui obèrent ma vie au quotidien alors que mes parents et moi même n’avions rien demandé et que nous vivions très bien ma différence. Je rencontre par ailleurs tout le temps des intersexes (souvent de moins de trente ans et parfois des enfants contrairement à ce que dit Madame Fékété) et leurs parents, qui souffrent non pas de l’intersexualité mais du traitement médical/ sociétal de l’intersexualité, ce dont François Ansermet peut témoigner.
Non, les techniques médicales dans la petite enfance n’ont pas évolué au point d’être simplement satisfaisantes, non, rien ne justifie le viol quotidien des enfants intersexes, la castration, l’enfance passée en hôpital au nom d’une normativité eugéniste et fascisante. La solution réside dans un véritable accompagnement des familles et des enfants, (il n’y a point de pronostiques possible contrairement à ce que clame Madame Fékété, on ne pronostique pas une identité ou une orientation sexuelle) et dans la recherche avec le sujet concerné (et non des tiers) de l’identité dans laquelle celui-ci se vivra plus tard, et, s’il en fait la demande, à un recours à la chirurgie et/ou à un traitement hormonal. C’est de cette manière que travaille depuis des années l’équipe de Lausanne avec des résultats tangibles en terme de bien être et de qualité de vie pour les personnes concernées. (Cf page 104 de l’ouvrage de Monsieur Picquart le témoignage du chirurgien pédiatrique, , collègue de François Ansermet au C.H.U.V. de Lausanne).
Vincent Guillot
Fondateur du mouvement intersexe en Europe.




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