a la une 07/10/2007 à 14h10

Sur le Web, les pano-reporters voient le monde à 360 degrés

Audrey Cerdan | Photographe Rue89

Vous souvenez-vous de toutes les visites virtuelles en ligne qui ont fleuri dès les premiers balbutiements d’Internet ? Le Louvre, les agences immobilières, et nombre d’autres institutions étaient alors demandeuses de panoramiques sphériques, dans lesquels les internautes pouvaient promener leur regard dans des espaces virtuellement reconstitués. La pratique a depuis beaucoup évolué. Elle commence ainsi à s’ouvrir au reportage.



La mêlée (Gilles Vidal).


Cliquez ici pour voir le panoramique en plein écran

Si l’effet est spectaculaire (comme dans le « pano » ci dessus, pris au coeur de la mêlée par le panographe Gilles Vidal), la technique de prise de vue reste assez simple : le photographe place son appareil sur une « rotule » et, en le déplaçant manuellement, prend plusieurs clichés. Le plus souvent, six images suffisent pour embrasser tout l’espace à partir du même point de rotation, mais on peut aller jusqu’à une trentaine pour une meilleure définition.


Gilles Vidal en prise de vue lors d’une manifestation (Bálint Pörneczi).

Les « rotules » , plus communément appelées têtes panoramiques, sont des têtes articulées qui permettent de calculer avec précision les angles de prise de vues, et donc faciliter l’assemblage postérieur. Le panoramique peut être pris en moins d’une minute. La recomposition virtuelle de l’espace est elle-même assistée par des logiciels de montage. Ils avalent les images, repèrent les éléments visuels similaires se recoupant, et constitue ainsi la sphère complète, à 360°.

Un discours plus complet sur l’évenement que dans une photo traditionnelle

L’habitude du cadrage resserré et figé des images rend la première immersion à 360° surprenante. Au premier coup d’œil, ces photos sphériques s’apparentent à de simple enregistrements cliniques d’un environnement, du sol au plafond. En réalité, la technique n’est pas moins narrative ou analytique que la photographie classique. Surtout depuis qu’elle est utilisée à des fins de reportage.

Les panoramiques proposent ainsi un discours plus complet sur un événement : ils permettent d’en voir l’avant et l’arrière ; on aurait envie de dire « l’envers » . Un spectacle et le regard des spectateurs, par exemple :



Meeting de Ségolène Royal pendant la campagne (Gilles Vidal).


Cliquer ici

pour voir le panoramique en plein écran

Gilles Vidal est aujourd’hui l’un des très rares pano-reporters français, qui, comme la plupart d’entre eux, a commencé le panoramique en pleine bulle Internet, début 2000. Il travaille alors pour diverses institutions, touristiques essentiellement, produisant pour elles des visites virtuelles. En 2004, il débute le « pano-reportage » , comme il l’appelle, après avoir découvert les panoramiques non-sphériques (sans le sol et le plafond) de Travis Fox, photoreporter pour le Washington Post. Ces travaux, estime-t-il, disent quelque chose de différent, « une photographie qui se met au centre de l’évènement. » Il se souvient tout particulièrement d’un panoramique où le photographe s’était installé entre un groupe de soldats et un groupe d’enfants, en Irak : les enfants avaient un regard noir :

« On aurait pu croire qu’ils regardaient ainsi le photographe, si le panoramique ne nous permettait pas de voir l’autre côté de la scène. C’étaient les soldats que les enfants défiaient des yeux. »

Le bon pano-reporter doit se placer au coeur de l’événement

Tout en étant ludique, le panoramique sphérique invite à la réflexion. L’aspect recto-verso rassasie la curiosité du spectateur désireux de voir « ce qu’il se passe derrière » ; les pano-reportages du même Gilles Vidal sur la campagne électorale 2007 en sont une excellente illustration.

Les quelques secondes de décalage, dues aux contraintes techniques de prise de vue, entre l’instant où il prend Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal déclamant leur discours, et celui où il photographie le public militant, n’enlèvent pas au spectateur le sentiment d’être au coeur de l’instant figé. Il est dans la fosse des photographes, une occasion rare d’assister, concrètement, à la production des photos d’actualité.

Pour être efficace, que le panoramique doit être réalisé pile au bon endroit -au centre de l’événement- et au moment opportun. Gilles Vidal souligne les difficultés d’accès aux sites des pano-reporters :

« C’est une pratique peu répandue, parce que techniquement ardue, et qui revient assez cher. Mais le problème principal est peut-être plus d’accéder aux lieux idéaux, car nous n’avons pas encore de statut professionnel » .

Car si il est possible de faire une bonne photographie de presse en étant coincé contre un mur au fond d’une salle, on y fera en revanche un panoramique raté. Le panoramique ne trouve réelle justification que lorsque avant, arrière, gauche, droite, voire même que sol et plafond portent un certain intérêt.

Stéphane Mahé est également pano-reporter, plus tourné vers les événements et lieux culturels bretons (Rue89 a publié deux de ses images, réalisées pendant la Breizh Touch, à Paris) . Pour lui, réaliser des panoramiques, ce n’est que travailler pour trouver le lieu adapté, au meilleur moment.

« Le panoramique est pleinement photographique, même si son format ne fonctionne que pour le web. Un panoramique réussi, c’est tout les éléments d’une bonne photographie réunis : bonne lumière, bon sujet, de la technique, et pas mal de chance... sauf qu’il ne doivent pas seulement s’appliquer à une petite partie d’un espace, mais à l’ensemble. »

Eviter les vides, pour garder une intensité soutenue partout où se pose le regard

Réaliser un bon panoramique est donc très complexe. « Il faut être très près des sujets, vraiment au cœur » pense pour sa part Mickael Therer, photographe et pano-reporter ayant souvent collaboré avec MSF en Afrique :

« La gestion du vide est tout l’enjeu du bon panoramique. Il est très difficile d’obtenir une intensité soutenue sur 360°, le vide est donc rédhibitoire, sauf quand il répond au plein. »

Le panoramique n’a d’intérêt que s’il présente au moins deux aspects d’un même tableau : un face-à-face, par exemple. Dans le monde, les bon « pano-reporters’ se comptent encore sur les doigts de la main. La demande, de la part des médias, reste faible. “ La pratique ne fait vivre personne” , regrette Gilles Vidal, qui a cependant, au fil des années, recentré son activité sur les panoramiques sphériques. Pourtant, tout est aujourd’hui techniquement réuni pour permettre un décollage : l’Internet à haut débit, la création en 2006 d’un format Flash pour leur diffusion...

Question subsidiaire : où se cache le photographe dans ces 360° ? Peut-être l’unique et l’éternel jeu quand on visite un panoramique... On tourne, et tourne, sans jamais l’y trouver.

Breizh Touch : la Bretagne en escale à Paris, à voir à 360°

  • 26798 visites
  • 11 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Bonobo35
    • Posté à 15h01 le 07/10/2007
    • Internaute 4205

    Photographe amateur , je suis bluffé par cette technique.
    Ne pas oublier d’aller régulièrement sur le blog de Stéphane Mahé, ( cf colonne des blogs de rue 89 !).
    Du talent....Et breton ce qui ne gâche rien !
    Visitez les bars de chez nous au travers de son objectif !

    • Anonyme répond à Bonobo35

      Pour les amateurs comme moi, il est possible de faire vos propres panoramiques grace à un logiciel libre très efficace si on a pris les photos nécessaires.
      En gros (je l’ai fait pendant mes vacances) vous prenez des photos qui se recouvrent sur environ 50% de la surface, autrement dit vous prenez une photo, vous tournez vers la droite de façon à ce que ce qui se trouvait au centre de votre viseur se trouve sur la limite gauche du viseur, et vous continuez jusqu’à avoir couvert toute la zone qui vous intéresse (vous pouvez aussi faire un deuxième tour en visant plus haut en ayant toujours le recouvrement de 50% pour élargir en hauteur le champ de vue).
      Ensuite, vous installez hugin (Lien) et autopano-sift sur votre ordinateur, vous lancez hugin et vous lui donnez les images, et il fait le panoramique tout seul...
      Je peux confirmer que ça marche très bien pour un paysage.

  • Anonyme

    Il existe également des systèmes dit catadioptriques (un objectif + un miroir de révolution) permettant d’obtenir des images « panoramiques » en un seul shot.

    • Claude PELLETIER
      Claude PELLETIER
      Retraité dans son jardin
      • Posté à 22h29 le 07/10/2007
      • Internaute 10710
        Retraité dans son jardin

      Photographe amateur depuis 40 ans. Comme j’ai aimé cet article technique, ce savoir-faire et ces images étonnantes, j’y suis revenu, un peu étonné de ne pas trouver beaucoup de réactions.

      Et nouvel étonnement, ce message de 18H58 matraqué par un vote « Nul » alors que le messager apportait un plus à l’article ……

      Le procédé panoramique tourne le dos à l’instantanéité à laquelle nous étions habitué. Le clic-clac ! et c’est dans la boîte. On en revient à l’époque où il fallait plusieurs secondes pour impressionner la pellicule par temps ensoleillé et où on devait prendre la pose.

      Si le système catadioptrique permet de réduire la durée de prise de vue c’est une belle évolution.

      Si celui qui a maltraité le messsage de 18h58 revient, il va devoir trouver une appréciation du genre « Plus que nul » car contrairement à mon prédécesseur j’ai peu apporté à la discussion. Bonne nuit.

  • Anonyme

    Pour continuer la ballade de cet article, quelques belles photos panoramiques de Paris : Lien !
     : -)

  • Anonyme

    il faut savoir qu il existe des objectif tres grand angle que l on nomme « fish eyes » qui nescessite que deux photos pour avoir un panoramique de 360 degres . mais ca coute extrement chere ...

    • Anonyme

      En fait il existe des fish-eye pas cher d’origie russe (Zenitar) ou Bilorusse (Peleng) pour des prix très modestes et de qualité très correct (compter 150 à 250€, ce qui n’est pas cher en optique), ce matériel était à l’origine pour des applications militaires.
      En fait il faut plutôt 4 images (+ 1 si on photographie le sol).
      L’utilisation de ce type de technique est rendu assez simple en numérique avec des logiciels d’assemblage (Hugin ou le francais extraordinaire mais payant autopano) ...
      Reste que techniquement réussir ce type de montage en condition de reportage est vraiment superbe !

  • Puttermesser
    • Posté à 09h40 le 08/10/2007
    • Internaute 6280

    En 2000 déjà, Kazimir Marin avait réalisé un sublime panoramique reproduit dans un livre : « L’envers du passage ».La nuit de l’an 2000 sur les champs à Paris.
    Le livre n’étant pas relié il a longtemps constitué une frise qui courrait sur mes murs blancs.
    Un petit peu plus de détails techniques n’auraient pas été malvenus dans l’article mais ceci dit, merci !
    Détails que l’on trouve ici
    Lien dans la section photo panoramique

  • Anonyme

    Sinon le site un peu reference sur les panoramas 360°
    Lien

    • Anonyme

      Merci pour l’adresse, mon gamin est bluffé

  • Anonyme

    Le résultat reste super bluffant, on a l’impression d’être à mi-chemin entre le film et la photo. Le coté très interactif de la chose est indéniablement un plus par rapport aux photos classiques.