Iran : Clotilde Reiss admet avoir manifesté et rédigé un rapport
Comme la Française, une centaine de personnes sont jugées à Téhéran. Paris proteste contre les conditions du procès.
Ce samedi 8 août, Clotilde Reiss, universitaire française de 24 ans accusée d’avoir encouragé les émeutiers du mois de juin manifestant contre la rélection de Mahmoud Ahmadinejad, a, selon l’agence iranienne Irna, admis devant le tribunal révolutionnaire de Téhéran avoir participé et rédigé un rapport sur ces manifestations à Ispahan :
« J’ai écrit un rapport d’une page et je l’ai remis au patron de l’Institut français de recherche en Iran qui appartient au service culturel de l’ambassade de France. »
La Française, dont la comparution ce samedi a surpris sa famille comme la diplomatie française, qui l’a appris par la presse, risque cinq années de prison. Elle a demandé « pardon » :
« Les motifs de ma participation aux manifestations étaient personnels (...) mais j’accepte que c’était une erreur et je n’aurais pas dû participer à ces rassemblements. (...) Je demande pardon au pays, au peuple et au tribunal d’Iran et j’espère que je serai graciée. »
De son côté, une employée locale de l’ambassade de France en Iran, Nazak Afshar, arrêtée jeudi, a affirmé devant ce tribunal que l’ambassade avait demandé à ses employés d’accueillir les manifestants dans ses locaux en cas de problème.
Arrêtée à l’aéroport de Téhéran le 1er juillet
La jeune diplômée de Sciences-Po Lille s’est installée en Iran en février dernier après avoir décroché une bourse de l’Ifrian (Institut français de recherche en Iran). C’est à l’aéroport de Téhéran qu’elle a été arrêtée le 1er juillet alors qu’elle rentrait en France. Depuis, elle est enfermée à la prison d’Evin et l’ambassadeur de France n’a pu la rencontrer qu’une fois.
Elle a affirmé devant ses juges, toujours selon Irna, que « les gardiens et les agents chargés de mener les interrogatoires ne se sont pas mal comportés », tout en parlant d’une « certaine pression psychologique ».
Les autorités iraniennes lui reprochent d’avoir participé à des manifestations de protestation contre l’élection d’Ahmadinejad à Ispahan. Elle aurait pris des photos qu’elle a envoyées par un mail privé à un ami à Téhéran.
Le contenu, anodin, des mails envoyés par Clotilde Reiss est souligné par son comité de soutien qui a publié l’un de ces textes sur son site :
« Je vous écris de Téhéran pour vous dire que tout va bien pour moi malgré la crise politique qui touche le pays. Vous n’avez pas de raison de vous inquiéter de mon sort. Non seulement je suis prudente mais surtout les violences ne touchent que les manifestations. »
Quelques heures après l’annonce de sa comparution, la France a réagi dans un communiqué officiel :
« Après la comparution de Clotilde Reiss devant un tribunal de Téhéran, la France renouvelle sa demande de libération immédiate de la jeune universitaire, les accusations portées contre elle étant dénuées de tout fondement.
La France s’élève par ailleurs contre les conditions de cette comparution. L’Ambassade n’a pas été informée au préalable, ni autorisée à assister à cette comparution, conformément aux règles internationales de la protection consulaire. Nous déplorons aussi que Clotilde Reiss et Mme Afshar n’aient pu être assistées d’un avocat. »
Sur LCI, Bernard Kouchner a dénoncé des aveux forcés :
« Je veux m’adresser avec force aux autorités iraniennes : ces allégations ne tiennent pas. Clotilde Reiss n’est coupable de rien du tout.
Elle n’a pas incité aux manifestations. Comme si une jeune Française enseignante de 23 ans pouvait inciter à des manifestations des millions de personnes, voyons, ça n’est pas sérieux ! »
De son côté, Rémi Reiss, le père de Clotilde, estime que la partie iranienne n’a « évidemmenté pas pu apporter de preuves tangibles, puisque le document dont on parle est un simple e-mail dans lequel elle tenait sa famille informée de ses conditions de vie à Ispahan ». (Ecouter le son)
Plus d’une centaine de sympathisants de l’opposition en procès
L’Iran accuse également Hossein Rassam, un employé iranien de l’ambassade de Grande-Bretagne, d’avoir remis des rapports au gouvernement britannique. Il a expliqué devant le tribunal que l’ambassade avait demandé à ses employés locaux de se rendre aux manifestations.
Londres a jugé « inacceptable » la présence de Hossein Rassam dans le box des accusés.
Ce procès des manifestants anti-Ahmadinejad, ouvert samedi 1er août, doit juger plus d’une centaine de sympathisants de l’opposition, arrêtés au mois de juin durant les manifestations.
Plusieurs d’entre eux sont passés aux aveux la semaine dernière. Mohammat Ali Abtahi, l’ancien vice-président de Khatami, a ainsi demandé pardon pour avoir participé aux manifestations et a déclaré qu’il n’y avait pas eu de fraudes lors de l’élection d’Ahmadinejad.
Selon ces « aveux », un serment de solidarité aurait été passé entre Mir Hossein Moussavi, Mohammad Khatami et l’ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani.
Procès-spectacle
Des dizaines d’accusés ont également fait des aveux, filmés par la télévision iranienne. Ce « procès-spectacle » a été dénoncé par Mir Hossein Moussavi dès le 2 août :
« De quoi veulent-ils convaincre le peuple avec des aveux qui rappellent des tortures moyenâgeuses.
(...) Ils disent que les enfants de la révolution ont avoué lors du procès de samedi leurs liens avec les ennemis et un plan pour renverser la République islamique.
Tout ce que j’ai entendu, c’est un gémissement qui traduit ce qu’ils ont enduré pendant ces cinquante jours. »
Plusieurs associations de défense des droits de l’homme accusent les autorités iraniennes de tortures et de mauvais traitements, ce dont se défend Téhéran.
Les audiences sont interdites à la presse. Seuls les médias officiels sont autorisés. Les accusés encourent jusqu’à cinq ans de prison. D’autres risquent la peine de mort.
► Mis à jour le 08/08/2009 à 19h55 suite à la publication du communiqué du Quai d’Orsay.
► Mis à jour le 09/08/2009 à 18h20 suite aux déclarations de Bernard Kouchner.
- Sur Rue89« Je suis sortie du défilé de Téhéran le visage en sang »
- Sur Rue89Iran : les accusations de fraude électorale se précisent
- Sur lefigaro.frLes anti-Ahmadinejad devant la justice iranienne (Le Figaro)
- Sur guardian.co.ukIran election: faces of the dead and detained (Guardian)
- Sur lemonde.frUne version téhéranaise des procès de Moscou (Le Monde)
- Sur rue89.comNazak Afshar, l'autre Française emprisonnée et jugée en Iran
- Sur rue89.comIran : scènes de résistance et de violences à Téhéran
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Gabriel Nadeau-Dubois, talentueux porte-parole des étudiants québécois 








Bien sûr, ces procès ne sont qu’une farce judiciaire. Je doute que leur but soit de convaincre les Iraniens, je suppose plutôt qu’ils ont vocation à montrer la détermination du régime. De ce point de vue, on dirait que c’est réussi, au moins avec Sarkozy : la France n’a pas envoyé de télégramme de félicitations à Ahmadinejad, la belle affaire ! Pour le reste, le résultat de l’élection est, comme on pouvait s’y attendre, entériné et j’imagine que les chancelleries doivent s’arracher les cheveux pour décrypter les petits manèges de je-t’aime-moi-non-plus dans les cercles du pouvoir iranien.
En ce qui concerne le cas de Reiss, il a toutes les chances de se solder par une condamnation suivie plus ou moins immédiatement d’une expulsion du territoire iranien. Et comme il est peu probable qu’elle obtienne (voire qu’elle sollicite) à nouveau un visa, elle aura toute liberté de raconter ce qui lui est arrivé. Pas de bol pour elle, mais on peut considérer que ce serait un moindre mal. Elle aura été un pion dans un jeu qui, apparemment, la dépasse de très loin.
Sur l’Iran, on peut trouver en kiosque le n°1 de Moyen-Orient (10,95 €) qui propose un dossier sur l’Iran intitulé Quel avenir pour le régime d’Ahmadinejad ? et que j’ai trouvé très intéressant, notamment parce qu’il inscrit l’Iran d’aujourd’hui dans la durée et qu’il est beaucoup plus fouillé et nuancé que ce qu’on a pu entendre jusqu’ici. (Je précise à toutes fins utiles : plus nuancé ne signifie pas plus favorable.)




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