
Condamné à perpétuité, Yvan Colonna fera appel
Ce qui devait arriver arriva. Après cinq heures de délibéré, la Cour d'assises spéciale de Paris a rendu son verdict jeudi : Yvan Colonna est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, sans peine de sûreté. Ses avocats ont annoncé qu'ils feront appel de cette décision.
A l'énoncé du verdict, les proches de l'accusé, sa famille, s'effondrent en pleurs. Assommés. Le père, Jean-Hugues Colonna, encore plus abattu que les autres, met longtemps à s'en relever. Côté partie civile, la fille de la victime, Marie-Christophine Erignac, ne peut contenir ses sanglots. C'est désormais officiel : Yvan Colonna est coupable de l'assassinat de Claude Erignac.
La tension, palpable depuis l'ouverture de ce procès, est brusquement montée dans l'après-midi, tandis que les sept magistrats du jury de la cour spécialement composée délibéraient. Cinq heures durant, la foule des curieux et des intéressés s'est agglutinée au pied de l'escalier menant à la chambre d'assises.
Bientôt, une vingtaine de gendarmes prennent position sur les premières marches pour contenir un possible mouvement de masse. D'autres pandores bloquent les accès par les couloirs du Palais de Justice à grand renfort de barrières métalliques. Dans l'imposante ruche des journalistes, l'attente accouche d'estimations qui deviennent vite des rumeurs. L'impatience guette. Soudain, un présage : la presse est autorisée à rentrer. Le dénouement approche.
« Ne pleurez pas »
La cloche retentit à 19h20, alors que la famille Erignac et ses avocats se font encore désirer. Dans l'intervalle, un silence inquiet a gagné l'assistance, les visages se sont crispés, les derniers sourires se sont estompés. L'heure est grave.
Quand la Cour s'installe, on épie les signes annonciateurs, le coup d'oeil à l'accusé qui trahirait un acquittement ou le regard fuyant qui se détournerait de celui qu'on ne peut dévisager sans éprouver de remords. Mais rien. Le mystère demeure.
Au moment de se rasseoir, le Président Dominique Coujard demande à l'accusé de rester debout. Yvan Colonna écoute son verdict les bras croisés sur le torse : « Aux trente-six questions sur la culpabilité, il a été répondu oui à la majorité. En conséquence de quoi la Cour condamne Monsieur Colonna à la réclusion criminelle à perpétuité. »
La Cour, qui ne motive jamais ses décisions, ne s'est donc pas prononcée à l'unanimité. Probablement la raison pour laquelle, comme pour Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, la perpétuité n'a pas été assortie d'une période de sûreté, pourtant requise par l'accusation.
Avant qu'on ne le ramène à sa geôle, Colonna lève ses mains menottées vers sa famille, assise au premier rang. Aux proches effondrés, il glisse simplement, en corse : « Ne pleurez pas. »
« Le combat ne fait que commencer »
Stupeur et accablement laissent vite place à la colère. Quelques « liberta ! “ retentissent dans la salle d'audience, puis à l'extérieur du Palais. Visiblement exaspérés, les partisans du berger expriment leur amertume. Une femme s'exclame : ‘Bienvenue en République centrafricaine de France ! A côté d'elle, un homme a l'ironie aigre : On se sent fier d'être Français ! Ils sont tranquilles, maintenant, les métèques vont rentrer chez eux. Les Corses vont rentrer chez eux.’
Il est probable qu'ils reviendront, car la défense entend donner suite à l'affaire. ‘C'est un verdict incompréhensible tant l'accusation nous a paru indigente’, s'est indigné Me Gilles Simeoni. Son homologue, Maître Philippe Dehapiot, estime que son client ‘a été condamné au bénéfice du doute.’
Pour Maître Pascal Garbarini, il s'agît d'une ‘erreur judiciaire qui est très certainement commanditée par la raison d'Etat’. Maître Antoine Sollacaro annonce que ‘le combat ne fait que commencer’ : ‘Nous allons faire appel dans les plus brefs délais.’
‘Ce n'est pas une surprise’
Les parties civiles, elles, se gardent bien d'afficher leur satisfaction. Maître Benoît Chabbert, représentant l'Etat, ferait presque preuve de compassion envers le condamné : ‘Même quand on a plaidé pour, il est lourd de constater un tel gâchis.’ Maître Philippe Lemaire, avocat de la veuve du préfet Erignac, se contente, lui, d'indiquer que la peine prononcée ‘est à la hauteur de ce qu'était pour elle la perte de son mari’.
Maître Vincent Courcelle-Labrousee, avocat du frère de la victime, considère que la sanction ‘est tout à fait légitime et juste par rapport au dossier. C'est une décision qui n'est pas une surprise’. La justice est passée. Elle repassera. Dans quelques mois.

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De machinchose
10H29 | 14/12/2007 |
j'avoue que je n'ai suivi que de loin ce procès mais il me semble qu'à aucun moment l'accusation n'a réussi à être certaine, solide, sure.
et du coup je me dis que, sans qu'il n'y ai de besoin de manipulation politique, les jurés en fait, dans notre pays, tremblent à l'idée non plus d'enfermer un innocent mais plutôt de libérer un coupable…
Je veux dire on médiatise tellement la moindre récidive, la moindre défaillance de la justice qu'ils se disent « oh il est probable que ce soit lui » au moins en prison il ne commettra pas un meurtre dont on aurait pu dire sur TF1 « on a laissé un assassin en liberté ».
et le drame il est là.
maintenant, de plus en plus, on peut avoir peur de se retrouver devant la justice Française. En effet le doute, semble t il, ne profite plus du tout à l'accusé. On préfère, dirait on, comme dit Thierry, 10 innocents en prison qu'un coupable en liberté… ça m'inquiète un peu.
Je ne sais pas si Colonna est coupable ou innocent mais j'ai le sentiment que l'accusation n'a pas su convaincre qu'il est coupable. ça aurait du suffire pour le libérer non ?
De Clarence
11H01 | 14/12/2007 |
Bonjour.
Je ne sais si Colonna est ou non coupable, et n'ayant pas assisté au procès, je me garderai bien de donner l'avis que j'ai, avis évidemment plus que subjectif et qui se fonde uniquement sur la façon dont la presse a rapporté l'affaire depuis ses débuts, et récemment les débats qui ont eu lieu depuis quatre semaines.
Ce qui, quoi qu'on puisse penser du fond, est extrêmement gênant (c'est un euphémisme), c'est que Colonna a été jugé (et sera rejugé en appel) par une cour composée uniquement de magistrats professionnels.
De tels tribunaux d'exception sont inacceptables, ne serait-ce que parce que pèse sur eux, et souvent avec de bonnes raisons, le soupçon de juger « sur ordre ».
Sur ordre en l'occurrence d'un pouvoir politique dont le moins qu'on puisse en dire est qu'il n'a, en effet, jamais respecté dans cette affaire la présomption d'innocence.
Et qu'on nous épargne l'histoire habituelle des pressions qui pourraient, dans le cas d'un jury d'assises « normal », peser sur les jurés, car alors, quid de celles susceptibles d'être ici exercées, de tous côtés, sur les témoins, les hommes déjà condamnés, les magistrats eux-mêmes ? …
De Zonzon
11H38 | 14/12/2007 |
En tous cas, tous les compte-rendus s'accordent à dire que le procès a basculer en faveur de l'accusation, au moment des témoignages ambigus de ces anciens amis…
Aujourd'hui, à cause de ces témoignages, les jurés prononcent ce verdict.
Et la lutte nationaliste a enfin retrouvé un martyr, martyr qui deviendra bientôt un héros… un Ché corse…. bientôt, on aura la photo qui va avec, sur des t-shirts !
Si rien ne change en appel, Colonna deviendra l'exemple vivant que l » état français colonisateur, n'est jamais impartial envers la Corse et les Corses…
Alors à qui profite vraiment tout ce cirque ?
Je pense sincèrement que le doute aurait du profiter à l'accusé, mais c'est la justice qui a rendu son verdict, et tous les avocats de Colonna, pendant leur plaidoirie, ont rendu hommage à la cour et au président, pour ce procès équitable. De plus, il a apporté quelques éléments nouveaux, j'espère qu'une nouvelle enquête sera menée.
De Mordious
12H28 | 14/12/2007 |
Aucune pression n'a jamais été constatée chez nous, en Corse. Pas plus qu'on a observé la moindre réticence de la part de la population à venir témoigner ! … J'en veux pour preuve l'assassinat de Santoni tué devant cinquante personnes, en pleines noces, sans qu'aucun participant à la cérémonie n'ait rien vu… C'est comme Pieri, victime de je ne sais combien de tentatives de meutres, mais qui ne se « connait toujours pas d'ennemi »… Une voiture piégée lui a explosé à la gueule, lui arrachant un oeil, mais ce n'était qu'un malheureux hasard… « J'étais là au mauvais endroit et au mauvais moment… Ah, fatalité ! … »
De Lavrenti
12H33 | 14/12/2007 |
Je n'ai pas d'opinion arrêtée quand à la culpabilité de Colonna dans ce crime.
Je n'ai pas suivi ce procès comme a pu le faire un membre du jury et je ne prétends pas que mon opinion puisse se substituer à ce qu'ils ont décidé, que ce soit en faveur ou en défaveur du verdict.
Toutefois, j'ai suivi le procès à travers les médias écrits et tout particulièrement rue89, qui m'a semblé en donner un compte rendu aussi neutre et prêtant peu à interprétation que possible.
Or, tous s'accordent pour dire que les débats furent équitables.
Les éléments à charge contre l'accusé, à savoir toute une série de témoignages émanant de personnes différentes, concordants et répétés d'abord chez les flics puis devant le juge d'instruction, sont parfaitement valables pour condamner un accusé.
Il n'y a pas d'absence de preuve, il y a seulement des preuves contestées.
Le seul fait que ces éléments soient contestés ne suffit pas à ôter leur validité.
Si je dépose dans le cadre d'une procédure légale devant un flic et que je m'accuse ou que j'accuse une personne que j'identifie de l'assassinat d'Henry IV, je constitue une preuve. La contestation de cette preuve sera facile mais elle n'en constitue pas moins un élément légal valable.
Dans le cadre de cette affaire, la contestation des preuves apportées par les témoignages contre Y. Colonna n'a pas été efficaces et n'a pas atteint son but.
Cela suffit-il à faire de ce procès un déni de justice et une affaire politique ?
Je ne le pense pas et si les juges se sont trompés, ils avaient matière à le faire de bonne foi et sans qu'il leur soit nécessaire d'obéir à des ordres.
Il n'est donc pas honnête de clamer à la honte et au déni de justice.
Que de nombreuses personnes aient arrêté leur opinion dans cette histoire et soient confortées ou révoltées par la décision du jury est une chose. Prétendre que le jury est vendu parce qu'il n'exprime pas la même conviction que celle que l'on a arrêté en est une autre.