
Colonna aussi dénonce les « contradictions » de l'enquête
La parole était à l'accusé mardi. La veille, Roger Marion, l'ancien patron de la police antiterroriste, a clairement désigné Yvan Colonna comme l'assassin de Claude Erignac. Qu'à cela ne tienne : pour Colonna, Marion est un menteur. « Il a toujours menti, a-t-il déclaré. Il s'est trompé sur toute la ligne dans son enquête. » Dommage que Marion n'ait été présent pour l'entendre.
Colonna cite, pour exemple, Jean Castela et Vincent Andriuzzi, les commanditaires présumés de l'assassinat, acquittés en appel, ainsi que Marcel Lorenzoni et Mathieu Filidori, incarcérés plusieurs mois dans le cadre de la « piste agricole » et finalement mis hors de cause. Il condamne une enquête « pleine de contradictions », assure que des éléments ont été « dissimulés », notamment des écoutes téléphoniques qui l'innocenteraient.
Ecoutes et doutes
Ces écoutes, justement, Marion a reconnu leur existence. Parmi plusieurs milliers d'heures de conversations interceptées, certains appels passés sur lignes filaires entre Alain Ferrandi et les frères Yvan et Stéphane Colonna ont retenu l'attention des enquêteurs.
Le commissaire principal Philippe Frizon, ancien adjoint de Marion à la DNAT, en a détaillé le contenu devant la Cour d'assises spéciale de Paris. Les hommes y dissertent « de la coupe du bois pour l'hiver, des oliviers… » Des sujets hautement compromettants, en effet. A tel point que ces pièces n'ont même pas été versées au dossier d'instruction.
Pourquoi, dès lors, Marion et Frizon parlent-ils d'écoutes « judiciaires » ? Les magistrats instructeurs, entendus ce mercredi, répondront peut-être à cette interrogation. A moins qu'il ne s'agisse d'écoutes administratives, suspendues à une autorisation politique. Faudra-t-il entendre Lionel Jospin, Alain Richard et Jean-Pierre Chevènement pour en avoir le cœur net ? Sans aller jusque-là, Colonna a tout de même tenu à souligner le caractère politique de son procès :
« Je voudrais rappeler que Monsieur Sarkozy a dit que j'étais coupable avant d'être président de la République, à maintes reprises. Et que récemment Monsieur Marion a été reçu par Monsieur Guéant. »
Le secrétaire général de l'Elysée, ancien directeur général de la police nationale, sera entendu le 5 décembre à ce sujet.
Auditions sous haute attention
La Cour a ensuite poursuivi l'examen de l'enquête de police, en particulier le déroulement des interrogatoires. « On savait bien que tout se jouerait au moment des auditions », a précisé Philippe Frizon. C'est lui qui a dirigé les interrogatoires, sous la supervision de Marion. Il a donné sa version de l'histoire.
« Dépassés par le poids de leur acte », les suspects interpellés à partir du 21 mai craquent un à un. Leurs alibis n'ont pas résisté aux relevés GSM de leurs appels téléphoniques le soir du crime.
Didier Maranelli est le premier à se mettre à table. Le 23 mai, à 2 heures du matin, il nomme cinq autres membres du commando et désigne Colonna comme le tireur. A 3 heures du matin, Alain Ferrandi reconnaît être « l'idéologue du groupe » mais ne donne aucun nom. Le même jour, à 20 heures, Pierre Alessandri admet à son tour sa participation, sa présence sur les lieux du crime. « C'est Yvan Colonna qui a tiré », indique-t-il aux enquêteurs.
Leur a-t-on soufflé les réponses qu'ils refusaient de livrer ? « Il n'y a aucune déclaration calquée sur les autres », assure Frizon. Il y a toutefois un épisode troublant : Joseph Versini, arrêté le 23 mai, refuse de témoigner avant d'avoir parlé à son avocat, qui a rencontré les autres gardés à vue auparavant. Versini a-t-il été mis au courant des déclarations de ses complices ? « Je suppose… », lâche Frizon.
L'essentiel demeure que chaque aveu confirme les précédents. « Chacun a apporté sa pierre à l'édifice, résume-t-il, à part Marcel Istria. » Ce n'est pas faute d'avoir essayé, pourtant : « On a tout fait », se souvient-il. C'est sans doute ce qui a conduit Istria à se plaindre de « gifles » à son avocat, accusations maintenues devant le juge d'instruction. Mais le médecin présent en garde-à-vue n'a rien constaté.
« Aveux sincères » et détails troublants
Ces hommes ont-ils avoué de leur plein gré ? Frizon l'assure sous serment : quand Maranelli décide de parler, « c'est pas un homme stressé, il est conscient… C'est un homme qui a choisi d'assumer ses responsabilités. » Et qui en ressort « soulagé ».
Maranelli est aussi le seul suspect à évoquer des réunions du commando dans la propriété de la famille Colonna, pour planifier l'assassinat. Pourtant, les enquêteurs ne l'ont pas interrogé sur ce détail intriguant. Pourquoi douter de sa sincérité ? Idem pour Alessandri, « complètement maître de ses déclarations », selon Frizon. « Pour moi, ajoute-t-il, ses aveux sont sincères. » Une conviction renforcée par la longue amitié qui unit le suspect à Colonna : « Je connaissais les liens qui existaient entre eux », dit-il. De l'amitié à la complicité, il n'y a qu'un pas…
Lors des gardes à vue, Alessandri est le seul à décrire la scène du crime. Ses indications collent aux constatations de la police judiciaire sur les lieux le 6 février 1998 et aux témoignages recueillis depuis lors. A une broutille près : la deuxième arme dérobée à Pietrosella (celle qu'il était censé porter pour couvrir le tireur au cas où…), il ne l'a pas jetée à la mer. Quelques années plus tard, sur ses propres indications, les enquêteurs la retrouveront à son domicile.
Entretemps, les membres du commando étaient revenus sur leurs aveux. Condamnés en juillet 2003, ils n'ont pas fait appel de cette décision. Mais, le 14 octobre 2004, dans le bureau du juge Gilbert Thiel, Alessandri, confronté à Colonna, affirmait être le tireur.
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De
10H27 | 28/11/2007 |
On est en présence de militants, ceux qui sont condamnés à perpétuité, couvrent ceux qui ne le sont pas encore…après les avoir chargés quant ils étaient en liberté…
Classique pour des terroristes.
Quant aux témoins, dans la plus pure tradition de « courage » insulaire, ils la bouclent, ont des trous de mémoire, commettent des erreurs, ne se souviennent plus très bien etc…
Le reste est un petit jeu d'avocats…
Quant on pense qu'il se prétendent des résistants… ! ! !
On est très loin de Jean Moulin chez ces guignols…
De cooper59
pour la decroissance ! | 11H22 | 28/11/2007 |
on peux comprendre que vous ayez des positions fermes vis a vis de Colonna mais c'est quoi cette histoire de « courage » insulaire ? tout d'abord ( et sans developper , j'en ai parlé dans d'autres posts ) je ne crois absolument pas dans la culpabilité de Colonna , je n'aime pas specialement les nationalistes ( derives affairistes , mafieuse , mentalité d'extreme droite sous le portrait du Che ) mais vous vous en prenez a toute la population corse quand vous parlez de courage insulaire avec ironie . en Corse si vous temoignez dans un tribunal vous risquez d'avoir de gros problemes , alors ne racontez pas n'importe quoi , dites moi , vous seriez assez courageux vous , pour aller dans un pretoire temoigner a charge contre des nationalistes ? oui ? dans ce cas respect !
à cooper59
De
12H19 | 28/11/2007 |
pour cooper 59
Vous énoncez une situation ( peur de témoigner…) comme si c'était tout a fait normal, il y a là quelque chose de profondément choquant, mais vous n'avez pas le meme point de vue……
à cooper59
De
16H15 | 28/11/2007 |
Pourtant fort simple, devant plusieurs centaines de personnes, le fils d'un mafieu Corse bien connu a revolvérisé un rival lors d'une fète.
Sur les centaines de témoins pas un seul n'a voulu témoigner au procès.
On peut le comprendre, je le comprends, de là à l'excuser, il y a une nuance, de là à prendre pour argent comptant les rodomontades des nationalistes et les mensonges ou les hypocrisies de leurs avocats il y a un abime.
La France est un pays de Droit, la Corse accepte de ne pas l'être..
Il ne faut donc pas s'étonner que les continentaux n'aient pas considération excessive pour leur comportement.
D'autant que de nos jours on peut témoigner anonymement.
De
16H59 | 28/11/2007 |
Que je sache :
- le mafieu que vous citez et son fils sont actuellement en prison (pour d'autres affaires),
- que la cour d'assises qui n'a pas condamné ce fils de mafieu pour l'assassinat de ce jeune lors d'une fête de village était la cour d'assises Lyon,
- et qu'en Corse personne n'est dupe, un film (très bon) a même était tourné en Corse sur cette affaire. Et ce film est très explicite.
- les assassins de Robert Boulin courent toujours car aucune instruction n'a été ouverte … je cite « La France est un pays de Droit, la Corse accepte de ne pas l'être.. » … un peu de recul
De
07H09 | 29/11/2007 |
Le problème est précisemment que le mafieu en question soit condamné à Lyon ou ailleurs pour le meurtre qu'il commet et non ultérieurement pour d'« autres affaires »…s'il avait été condamné grâce à des témoignages, il n'aurait peut être pas eu le temps de recommencer….
Que personne ne soit dupe en Corse n'est pas le problème, on se doute que les Corses ne sont pas stupides, ils se contentent de manquer de courage et de civisme c'est tout…
Quant à Robert Boulin c'est une autre question, qui n'a rien à voir avec l'assassinat du préfet Erignac.
De
11H42 | 28/11/2007 |
Je me souviens, il y a vingt ans quand le commissaire Marion était en poste à Toulouse, d'écrits sur des murs « Marion torture ». Certain signalait déjà le savoir-faire de ce commissaire pour obtenir des aveux.
Sinon le courageux-anonyme de 10h27 connaît le dossier Colonna « parfaitement ». Il assène des sentences. Il se forge une intime conviction en lisant des comptes-rendu d'audiences dans la presse. Je préfère un État-de-droit à des jugements-de-comptoir.
Si Colonna est coupable, des preuves devraient exister. Des centaines de policiers ont enquêté pendant plusieurs années.
Si aucune preuve ne peut être apportée … on est en droit de s'interroger sur cette enquête et sur la culpabilité de Colonna.
De
11H56 | 28/11/2007 |
Merci à courageux anonyme pour cette intervention qui fait avancer le débat
Zic
De
12H06 | 28/11/2007 |
Qui est derrière ce « beau monde » Corse ? Maffia Siciliennes, CIA, les deux, ou autre « chose » encore.Mais on peut faire confiance a notre soi-disant justice, on n'en saura jamais RIEN.
De
15H18 | 28/11/2007 |
Les aveux ont un intérêt lorsqu'ils conduisent à des preuves tangibles.
Autrement ils démontrent qu'un prévenu interrogé dans les règles par un « spécialiste » (allemand français, américain, russe, chinois,…, il y en a partout), finit par avouer ce que le « spécialiste » veut entendre.
Je pense, pour ma part, être capable d'avouer l'assassinat de Jules César.
Le fait que les « aveux » incrimminant Mr Colonna n'aient conduit à rien, est bien ennuyeux !
De Terence
23H48 | 28/11/2007 |
Donc si je comprends bien nous sommes dans une configuration qui ressemblerait à celle de l'assassinat de Yann Piat, mutatis mutandis.
Quelques nationalistes perdus qu'on appâte avec un gros coup, parmi ceux qui appâtent, un type grand blond, barbe blonde naissante, qui n'a jamais été dans le box et qui n'y sera jamais.
Ce serait donc lui le tueur présumé, c'est du boulot de pro, rien à dire, net et sans bavure, une vraie exécution comme à Palerme : trois balles dans la nuque, rien à voir avec ceux qu'on a condamnés. Bien entendu.
Une pseudo guerre des polices pour bien embrouiller le tout, un type qu'on accuse et qui s'enfuit sans pouvoir dire que derrière l'assassinat du préfet il y a un règlement de compte entre le Ministère de l'intérieur, partisan d'une politique de fermeté et Matignon, partisan d'une autre politique via les conseillers spéciaux.
Enfin un gros merdier dont on ne saura jamais les tenants et les aboutissants.
Il est seulement à noter que l'assassinat du préfet correspond à un changement lof pour lof de la politique du pouvoir vis à vis de la Corse. Ce qu'on oublie bien évidemment de rappeler.
(PS : Et à ceux qui voudraient nous faire croire que le successeur peut mener la même politique que le prédécesseur (rétablir la légalité républicaine en Corse sous l'égide du Ministère de l'intérieur), nous rappellerons qu'une petite paillote, et son sort est réglé.)