
Colonna à la famille Erignac : « Ce n'est pas moi qui ai tué »

Nouveau revirement au procès Colonna : la parole du médecin légiste est remise en cause, photos à l'appui. Au cours d'une journée intense en émotion, consacrée aux témoignages des proches de Claude Érignac, une nouvelle faille est apparue dans l'enquête.
La nuit porte conseil. Sonnés, jeudi, par le témoignage du médecin légiste, les avocats des parties civiles ont rebondit dès le lendemain matin. Ils contestent les déclarations du docteur Paul Marcaggi, qui a certifié que les trois balles qui ont traversé la tête de Claude Érignac sont entrées et sorties à des hauteurs similaires. Sur la foi de ces trajectoires « presque horizontales », l'expert a présumé que « le tireur était de grande stature ». Or Yvan Colonna mesure treize centimètres de moins que la victime.
Le ministère public se joint à cette demande. La Cour décide donc de visionner, à nouveau, les photos de la scène du crime et, puisqu'il le faut, celles de l'autopsie. Le président Coujard suspend alors la séance quelques minutes « pour que les parties civiles puissent… prendre l'air ».
C'est sur les clichés de profil, pris lors de l'examen du cadavre, que l'évidence jaillit. Trois longues tiges métalliques lui traversent la crâne de part en part. Chacune illustre le trajet suivi par un projectile. Or, il apparaît clairement que, si les trajectoires sont rectilignes, les balles sont ressorties plus haut qu'elles sont entrées.
Tout cela laisse perplexe. Décision est prise de reconvoquer Paul Marcaggi dès lundi matin. Les experts en balistique, attendus jeudi, ne se sont toujours pas manifestés.
Un mort si vivant
L'audition des parties civiles peut alors commencer. Robert Érignac, le grand frère de la victime, s'avance en premier. Il replonge dans leur enfance, quand leur père, sous-préfet, les contraignait à de fréquents déménagements. Claude était plus jeune de deux ans, un peu plus petit aussi. Il se souvient d'un jeune homme plaisant, « un bout-en-train », dit-il, un brin charmeur, « qui plaisait beaucoup » en tout cas.
Son fils, Charles-Antoine, complète ce portrait. « Grand sportif », Claude Érignac était un cycliste chevronné, amateur d'ascensions. Passionné de tennis, « il disait que son père avait dû lui confisquer sa raquette pour qu'il passe son bac. » Cultivé et curieux, l'homme était un lecteur insatiable qui « aimait apprendre, se renseigner » et manifestait en ce domaine un éclectisme remarquable.
L'annonce de sa mort fut on ne peut plus impersonnelle : « J'ai allumé la radio, France Info. J'ai appris que le préfet de Corse était mort. » Dans le coffre de son père, il trouvera son journal intime. Début 1996, dans une lettre intitulée « Histoire d'un piège », Claude Érignac y épanchait ses doutes sur l'opportunité d'accepter un poste en Corse. A son fils, il avait simplement confessé : « J'ai pas envie. »
« Ils ont tué papa »
« Il est important pour moi que mon père reprenne vie », énonce, un sanglot dans la voix, Christophine Érignac, la fille de la victime. « J'ai encore en moi l'image de son corps, de son visage déchiqueté », ajoute-t-elle. Ce n'est pas ce qu'elle veut garder de lui : « Il était la joie, l'humour, la tendresse et la force. Il était mon repère dans la vie et le restera. »
Le 6 février 1998, vers 20h, elle lui téléphone. Il est pressé : « Il faut que j'y aille, lui dit-il. Je vais être en retard. Je vais à un concert avec ta mère. » Assaillie par l'émotion, elle conclut : « J'aurais aimé qu'il fut plus en retard. » C'est sa mère qui lui apprendra la funeste nouvelle. Elle l'appelle le soir même : « Ils l'ont tué. Ils ont tué papa. »
Dominique Érignac a préparé un texte. « Depuis cette date, explique-t-elle, j'ai toujours du mal à rassembler et à exprimer ce que je ressens. » Il y a d'abord ce manque, cette absence de l'être qu'elle a « aimé toute [sa] vie ». Une part de nostalgie, aussi : « Nous trouvions cet endroit magnifique. Presque chaque tournant était un spectacle. » Il y a, peut-être, encore un peu de cet horrible sentiment de culpabilité : « Pendant des mois, je me suis sentie coupable de ne pas l'avoir empêché d'aller à ce concert. »
« Vous croyez toujours que c'est moi »
Le ton est maîtrisé, nulle trace de colère dans sa voix. Mais un irrépressible besoin de comprendre : « Sa mort est à l'opposé de sa vie. La violence de sa mort est insupportable. De quel droit a-t-on pu lui ôter la vie ? Et quel sens donner à sa mort ? Mes enfants et moi avons droit à la vérité et mon mari, Claude, à la justice. » Elle ne pourra jamais oublier ce soir-là. « Près de dix ans après, termine-t-elle, je me souviens encore de ses dernières paroles, quand il m'a déposé devant le théâtre : “A tout de suite'.”
Paupières mi-closes, visage fermé, comme assommé, Yvan Colonna semble abasourdi par ce qu'il vient d'entendre. La parole lui est donnée. Il se contente d'une courte déclaration :
“Je sais que c'est difficile pour vous de m'écouter, car ça fait huit ans et demi qu'on dit que je suis l'assassin. D'après ce que j'ai lu dans la presse, vous croyez toujours que c'est moi. Je sais que vous avez droit à la vérité. La vérité, je le dis depuis le début, c'est que ce n'est pas moi qui ai tué, votre mari, votre père, votre frère. Croyez bien que je compatis à votre douleur et que je respecte votre deuil.”
Une piste négligée
La journée, consacrée à la personnalité de la victime, a tout de même permis de lever un lièvre. Le mérite en revient à Didier Vinolas, ancien secrétaire général du préfet de Corse.
Le 29 janvier 1998, soit une semaine avant les faits, il affirme avoir eu une altercation téléphonique d'une rare violence avec le gérant de la société de convoyage de fonds Bastia Securita. Une société à la réputation sulfureuse, dirigée par François Santoni avant son inculpation dans l'affaire du golf de Spérone. “On savait que sa société pouvait servir à transporter des armes et des hommes”, précise-t-il.
Il s'en ouvre, au lendemain de l'assassinat, aux enquêteurs du SRPJ d'Ajaccio, qui ne prennent pourtant pas sa déposition. “Ce n'est pas de côté-là qu'il faut chercher”, lui indique-t-on.
Maître Gilles Simeoni relève le paradoxe et demande alors à Didier Vinolas, commissaire divisionnaire de la police nationale, s'il n'aurait pas pris la peine, en pareilles circonstances, de dresser un procès-verbal d'audition. Il semble hésiter : “Ca dépend des autres pistes dont vous disposez…” Soudain, sûr de son fait, il se reprend : “Non, vous avez raison. Je dresse un procès-verbal.”
L'audition des témoins du crime n'a pas encore commencé que, déjà, se profile l'examen de l'enquête et de ses zones d'ombre.
► Illustration aimablement dessinée pour Rue89 par Tignous, qui couvre le procès pour Charlie Hebdo.
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De FREDERIC 67
18H23 | 17/11/2007 |
cela laisse perplexe et donc merci
De
19H07 | 17/11/2007 |
On pourrait comprendre de la part d'un droit commun, le fait de chercher à éluder ses responsabilités.
De la part d'un politique, puisque les séparatistes corses se vivent comme tels, c'est beaucoup moins compréhensible.
Il faut au moins pour être respectable avoir le courage de ses actes.
A moins qu'il ne s'agisse pas d'un politique mais d'une sorte de mafioso, les méthodes et les réactions qualifiant le personnage mieux que ses discours.
De denis.moulin
Abonné au gaz | 19H55 | 17/11/2007 |
Vous-êtes juge d'instruction sur l'affaire Colonna ?
Témoin à charge, peut-être ?
procureur de la république ?
Gendarme chargé de l » enquête ?
êtes-vous d'une manière ou d'une autre en possession d'informations non encore divulguées au public ?
Parce que dans le cas contraire, vous jugez un homme qui, et au moins jusqu'au verdict, n'est pas coupable aux yeux de la loi et de la république.
Rien ne me prouve à moi qu'il est coupable. Et même, ce nouveau fait est pour le moins troublant et invite à plus de retenue, à mon humble avis.
à denis.moulin
De
06H44 | 18/11/2007 |
Et vous vous êtes quoi ?
Juge ? Gendarme ? Témoin ? Procureur ? Avocat de la défense ?
Relisez l'article…
Le docteur….Marcaggi…(sans commentaire) ! ! ! a vu sa déposition infirmée par les faits…précisemment.
Les cinq membres du commando interrogé séparément ont tous chargé Colonna, ce charmant personnage suite à des indiscrétions a levé le pied pendant 4 ans, démonstration évidente de sa bénignité.
Sa propre famille a écrit à la malheureuse Madame Erignac pour demander pardon.
Que des gens condamnés à perpétuité s'accusent par la suite du meurtre c'est de bonne guerre sans mauvais jeu de mot.
Que la famille revienne sur ses écrits est humain.
Qu'on se laisse abuser est un autre débat.
Il existe quelque chose qui s'appele l'intime conviction vous avez la votre, j'ai la mienne.
De denis.moulin
Abonné au gaz | 10H13 | 18/11/2007 |
« Et vous vous êtes quoi ?
Juge ? Gendarme ? Témoin ? Procureur ? Avocat de la défense ?
Relisez l'article… »
bein oui, justement, ya ça qui me gène :
« Les experts en balistique, attendus jeudi, ne se sont toujours pas manifestés. »
Bizarre, non ?
et puis, pour se faire une « intime conviction » il faut assister au procès, en tant que juré.
En attendant, vous pouvez tout au plus vous faire une « opinion ».
La mienne est que cette affaire n'est pas aussi claire à mes yeux qu'il y paraissait au moment de son arrestation.
cordialement
à denis.moulin
De
10H24 | 18/11/2007 |
Excluez vous toute pression ?
Il s'agit de la Corse et c'est dur d'être un héro…
Même quand on est médecin légiste ou expert balistique.
Vous ne vous souvenez plus d'un certain assassinat commis à visage découvert devant des centaines de personnes et ou pas un témoin n'était venu à la barre confirmer ses déclarations aux policiers ?
Ceci dit vous avez raison, l'intime conviction ressort des juges (et non des jurés…) c'est une cour spéciale afin d'éviter les pressions sur les jurés précisemment.
C'est donc mon opinion.
De
12H50 | 18/11/2007 |
En quoi le nom du docteur Paul Marcaggi devrait susciter un commentaire ? Que vous inspire ceux de Démetrius Dragacci, Hélène Graziani ou Bernard Squarcini ?
Pour votre gouverne, ceux qui ont dénoncé Colonna se sont tous rétractés avant leur procès, et leurs dépositions à propos de Colonna sont parfaitement contradictoires.
De
13H15 | 18/11/2007 |
Tu parles…
Mais vous croyez à ce que vous écrivez ou vous êtes de la famille Pieri ?
La famiglia devrais-je dire…
De
09H30 | 18/11/2007 |
Pourquoi considérez vous si absurde le fait qu'Yvan Colonna soit innocent ? Est ce si impossible ? Je vous rappelle que la présomption d'innocence existe toujours en France, et qu'Yvan Colonna ne peut être condamné sans preuves, ni aveux convaincants. Quant à sa fuite, je rappelle qu'à la même époque, Mathieu Finidori et Marcel Lorenzoni sont restés, respectivement, 5 et 13 mois en prison dans le cadre de l'enquète sur la mort du préfet… pour rien (pour le cas de Mathieu Finidori, la police a même reconnu à posteriori avoir falsifié les preuves ! )… Et que dire alors de Jean Castela et Vincent Andriuzzi, présenté à tort comme les instigateurs de l'assassinat, et qui à ce titre ont fait respectivement 8 et 7 ans de prison, alors que la seule preuve qu'il y avait contre eux était l'intime conviction de Roger Marion (n'est ce pas un peu léger ? ). Il ne faudrait pas qu'Yvan Colonna soit condamné simplement parce qu'il faut à tout prix un coupable, et pour ne pas contredire Son Incommensurable Splendeur le Commandant Suprême Nicolas Sarkozy 1er qui est convaincu de sa culpabilité. Je sais qu'au vu des évènements, il est assez facile de penser qu'Yvan Colonna est coupable, mais je vais vous demander de considérer qu'il est innocent, et de vous mettre à sa place dans les mêmes circonstances… Imaginez un instant… Un haut responsable est abattu pas loin de chez vous, et vous n'y êtes pour rien. À la suite de cet assassinat, la police procède à un très grand nombre d'arrestations sans preuves bien flagrantes (1 % des Corses ont été arrêtés suite à l'assassinat de Claude Erignac) ; certains des hommes arrêtés restent même plusieurs mois en prison, avant qu'on ne les relâche en leur disant : « Désolé, monsieur, on s'est trompé. » Et puis, un an après le meurtre, tandis que les arrestations ne ralentissent pas, ce sont des amis à vous qui sont arrêtés, cette fois, avec des preuves formelles. Et puis, voilà qu'ils disent que c'est VOUS l'assassin. Vous faites une conférence de presse pour expliquer le contraire, mais voilà que vous découvrez, à votre grande surprise, votre photo en première page d'un magazine, avec comme texte en dessous : « Wanted, assassin »…. Que feriez vous dans ce cas là (en considérant toutes les données que j'ai donné)
(Signé Louis Fulbolk (ce n'est pas mon véritable nom, bien entendu))
De
11H47 | 18/11/2007 |
Z'ont qu'à faire témoigner les chèvres…
De La Bernache
11H41 | 19/11/2007 |
Ne pas aller à l'encontre de la parole de Nicolas Sarkozy devenu depuis président de la République …voilà la pression que je crains sur la Justice - je suis persuadée qu'il y a des forces occultes qui s'y appliqueront et même les Magistrats,à fortiori les témoins ,sont en danger - trop d'affaires non élucidées ,mystérieuses , troubles … rien ne coûte aux hommes de l'ombre ! c'est grâve, très grâve . J'espère quand même la véritable Justice .Je crois Yvan Colonna innnocent.
De
11H45 | 19/11/2007 |
Madame Erignac se demande quel sens donner à la mort de son mari. Ce qui me frappe, c'est que ce dernier ait avoué à son fils qu'il ne voulait pas aller en Corse. Craignait-il pour sa vie et la sécurité de ses proches ? Je pense que cette peur refoulée l'a rendu plus vulnérable encore. Cela peut paraître étrange, mais pour moi Claude Erignac est mort parce qu'il a accepté une mission à laquelle il ne trouvait aucun sens. Si sa mort en a un, c'est celui-ci : Claude Erignac a accepté une mission dont il ne voulait pas par sens du devoir et par fidélité à son pays. Celui-ci, durant sa mission, lui a-t-il rendu cette fidélité ?
Sur l'affaire elle-même : l'émotion de la famille Erignac est bien compréhensible. Mais la justice doit être impartiale. La personnalité de la victime, pour attachante qu'elle soit, et la souffrance de ses proches ne font pas d'Yvan Colonna le coupable. Le travail de la justice est de retrouver et punir l'assassin de cet homme estimable pour, entre autres choses, donner réparation à ses proches. Pas de condamner, sous le coup de l'émotion, un homme dont on ignore encore s'il est coupable.
Justement, à ce sujet…
Les photos de l'autopsie démentent le témoignage du médecin-légiste, qui semblait favorable à Colonna. La trajectoire ascendante des balles rend donc à nouveau possible le fait que Colonna soit le tireur. Entre parenthèses, il lui était plus simple de tirer de bas en haut au lieu, comme il a été dit dans certains posts, de lever le bras à hauteur de la tête du Préfet et de plier le poignet. Reste qu'il s'agit toujours de trois balles dans la nuque. Et qu'à cela ma réaction est toujours la même : « Du travail de pro. » Ma question est donc : Yvan Colonna est-il un pro ?
S'il est démontré que Colonna est un fin tireur, capable de tuer de sang-froid, son affaire sera mauvaise.
Cependant, l'idée du travail de pro m'avait fait penser à autre chose qu'à la piste nationaliste, ce que le témoignage de Didier Vignolas semble confirmer. Erignac s'est-il mêlé de choses auxquelles l'obligeait sa fonction, mais dont le souci de sa sécurité personnelle aurait dû le tenir à l'écart ?
Cette question en amène une autre, que je posais il y a quelques jours : celle du « Pourquoi », occultée par celle du « Qui ». Pourquoi a-t-on assassiné Claude Erignac ? Pourquoi l'a-t-on tué lui, alors que ses prédécesseurs immédiats, ainsi que ses successeurs, sont toujours vivants ?
Thomas GREDAT
De
23H11 | 19/11/2007 |
Ce ne sont pas les separatistes corses qui ont assasiné Erignac mais la DGSE.
Le FLNC n'a rien à voir la dedans et Yvan est innocent.
Beaucoup de prefets sont des fumiers mais le Prefet Erignac était un grand Homme. La lumière ne se fait que sur les tombes comme disait Léo-Ferré.
Erignac était incorruptible et c'est pour quoi ils l'ont assasiné.
Qui « on » me direz vous ?
LA BANDE A PASQUA !