25/11/2009 à 16h02

« La Domination masculine », film anti-mâles : deux bonus vidéo

INA"
Pascal Riché | Redchef Rue89

Rue89 est partenaire de « la domination masculine », documentaire de Patric Jean. Le film est un drôle d'objet, extrêmement violent dans son propos. Ce n'est pas une oeuvre chirurgicale, l'autopsie subtile d'un problème social : Patric Jean ne pratique pas le scalpel, mais la grenade.

Patric Jean est un passionné de la cause des femmes, comme vous pouvez le constater sur son blog. Un « womanichéen », pourrait-on dire.

Il n'hésite pas, par exemple, à tracer un lien direct dans son film entre la spécialisation des jouets par genre (Barbies pour les filles, bagnoles pour les garçons) et la violence faite aux femmes dans le monde des adultes : l'ensemble s'inscrit dans un même système, celui de la domination d'une moitié de la population par l'autre.

Ne reculant devant rien, Jean est allé jusqu'à filmer les caricatures de cette domination : quelques « masculinistes » québécois paranoïaques.

Un débat soulevé dans les années 60, labouré dans les années 70, toujours ouvert

Malgré l'outrance de ses procédés, ce film est pourtant une piqûre de rappel utile. Et si les couples « se disputent à la sortie » (prophétie de l'auteur), c'est tant mieux !

La question de la domination masculine, soulevée dans les années 60, labourée dans les années 70, n'a toujours pas été réglée, loin de là. Mais lorsqu'on en parle, aujourd'hui, c'est généralement sans la flamme d'antant ; que ce soit un homme qui rallume celle-ci n'est pas sans intérêt. (Voici la bande-annonce du film).

Vous avez reconnu, dans la bande annonce, le si patelin Pierre Tchernia qui déclare : « le meilleur outil de l'homme, c'est la femme ».

« N'hésitez pas, achetez une femme ! »

En bonus, nous vous proposons la séquence complète, diffusée en 1965, fournie par nos amis de l'INA. Sa tirade complète :

« Depuis des milliers d'années où l'on s'intéresse aux arts ménagers, l'outil le plus parfait, le seul qui ravaude, qui lave, qui épluche les pommes de terres, qui soigne les enfants et qui sourit à son mari, c'est la femme.

Alors n'hésitez pas, achetez une femme ! Il existe plusieurs modèles que nous serons heureux de vous présenter sur les grands boulevards et les grandes avenues de Paris. » (Voir la vidéo)

Enfin, le titre, « La Domination masculine », est un clin d'oeil au vocuabulaire des années 70. Pierre Bourdieu a écrit un livre éponyme en 1998, mais Jean affirme sur son blog que Bourdieu n'est pas sa référence.

« Le film ne fait nullement référence à
Bourdieu dont le titre du livre est une expression très ancienne
souvent utilisée dans la littérature féministe. L'influence pour
l'écriture du film est plutôt à trouver chez Beauvoir, Buttler, Delphy,
Héritier... »

Voici, en tout cas, une interview que le sociologue avait donnée sur le sujet. (Voir la vidéo)

En partenariat avec l'INA


 ? Mise à jour 26 décembre 1h45 : précision sur la non-référence à Bourdieu.

Publié initialement sur
INA
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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 16h28 le 25/11/2009
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    Bon sang , il y en a partout de ces affiches dans Paris pour ce film pénible fait par un réalisateur mâle collabo qui va encore accentuer le sentiment de victimisation des femmes et ne rien résoudre du tout ..

    On va la voir , la tronche des mecs traitres , faibles et hypocrites dans la queue des cinémas qui n'ont pas su dire non à leur femme libérée et on accepté de l'accompagner pour se mortifier avec ce film . Ça vaudrait le coup de les prendre en photo et de les afficher sur Rue89 : -)..

  • oomu
    • Posté à 16h41 le 25/11/2009

    victimisation ?

    je ne sais pas.

    y a juste qu'il existe des gens dont le seul fantasme est de dominer l'autre, et donc aussi des femmes. Qu'il faut constamment remettre à sa place les dominateurs

    et que savoir cela et les vaincre n'est pas être victime.

    Personnellement, si on peut rabaisser constamment les violents et les dominateurs cela me va parfaitement. Je travaille pour.

    -
    il est vrai aussi que la France sous-estime la violence des relations hommes-femmes et croie que depuis les années magiques 70 tout est joli.

    non, juste un énième tabou mortel.

  • numeroSeptduvillage
    • Posté à 16h52 le 25/11/2009

    bonjour,

    Je ne comprends pas pourquoi 99% des films de cinéma sont de la propagande US jamais sujette à critique et là on a un sujet toujours en deça de la vérité (car un film ne peut pas tout montré) et que votre titre attaque faussement.

    Il faut faire attention en mettant anti-mâle : vos propos sont contradictoires Mr Riché (je vous adore au fait au passage, voilà c'est dit : ) ). Pour preuve : vous écrivez juste à côté
    « Il n'hésite pas, par exemple, à tracer un lien direct dans son film entre la spécialisation des jouets par genre (Barbies pour les filles, bagnoles pour les garçons) et la violence faite aux femmes dans le monde des adultes : l'ensemble s'inscrit dans un même système, celui de la domination d'une moitié de la population par l'autre. »
    Donc le film n'est pas anti-mâle mais dénonce les mécanismes d'oppression, tout genres confondus.

    Ensuite je vous maladroit la formulation :
    « Il n'hésite pas...Ne reculant devant rien... » « on a l'impression que c'est une critique. peut-être avez-vous voulu dire que c'était au courageux ? hein ? allez je suis sûre que c'était ça : )
    mais à lecture on comprend le contraire. Même si après vous allez bien dans ce sens et disant que ce film est une piqûre de rappel utile.

    Un témoignage personnel :
    j'ai vécu quelques années au québec. C'est terrible. La liberté des femmes est un échec. (En France c'est pas mieux, c'est différent, ça évolue lentement). Au Québec elles stagnent dans le droit de faire ...comme les hommes. De fait elles sont des managers impitoyables et atomisent l'homme. Les hommes se posent la question de leur place puisque les femmes ont les mêmes (ça c'est interessant) lieux (de dépravation) qu'eux...etc
    Du côté des hommes : ils ont peur des femmes au Québec sous pretexte qu'ils ne veulent pas assumer leur parentalité. Le sexe est représenté comme une consommation, la famille représente pour la plupart un fardeau qu'ils ne veulent pas. Ils veulent rester jeune, consommer du sexe comme des “jeunes” toutes leur vie. Ils sont terrorisés à l'idée qu'une femme toque à la porte et leur informe qu'ils sont pères. Du coup ils sont très préservatifs. Voilà voilà.
    Le plus absurde reste de supporter les “étalages de détails de relation sexuelles à table” racontée par les québecois alors qu'ils ne communiquent pas entre eux et que les relations sociales ou sentimentales sont tabous. L'isolement et l'individualisme a gagné, ce sont des gens seuls et livrés au doute qui les rongent. Du coup, en France, héhé ! on est considéré comme des... “sentimentaux”. Car nous on demande d'abord le prénom de la personne avant de passer aux relations physiques.
    voilà le québec comme les US ça se résume par : “tu payes tu as le droit, Tu consommes tu les roi.”

  • Camille
    Camille répond à Numerosix
    • Posté à 16h57 le 25/11/2009

    (mode médisance on)

    Soyons positif, le film a l'air très simple à comprendre : les hommes sont de méchants violents et les filles sont de gentilles victimes donc on peut s'endormir sans risque d'avoir loupé un bout.

    j'aime bien l'affiche, je trouve ça mignon cette chaussette à bite, vous croyez qu'ils en vendront comme dérivés du film ?

    (mode médisance off)

    Bon N6 on va médire du film en live (sans l'avoir vu sinon c'est trop facile) ?

  • bleuet1
    bleuet1
    espère malgré tout
    • Posté à 18h28 le 25/11/2009
    • Internaute
      espère malgré tout

    J'ai entendu une interview de ce Patric Jean aujourd'hui dans le magazine de la santé.
    Bien sûr il faut sensibiliser tout le monde au sujet.
    Mais je lui reproche un propos avec lequel je ne suis pas d'accord : il dit qu'il n'y a aucune différence entre les hommes et les femmes, que ces différences ne sont que des résultats de l'éducation et des étroitesses de la société. Je trouve qu'il y va un peu fort. C'est certain, il y a de ça. Mais il ne peut pas nier que les hommes et les femmes sont intrinsèquement différents, et que par conséquent ils ne peuvent pas être traités de manière strictement égalitaire dans tous les domaines.
    Je précise : je suis une femme, et je suis la première à m'insurger contre les inégalités entre hommes et femmes dans la société. Mais ce type qui dit qu'il n'y a pas de différence entre les deux sexes, là j'ai envie de l'envoyer à la crèche avec les enfants de 1 à 2 ans qui apprennent à comprendre qu'ils sont bien de leur sexe et pas de l'autre.

  • raspo
    • Posté à 20h58 le 25/11/2009
    • Internaute

    Je trouve étrange la présentation que vous faites de Patric Jean, et de son film, qui seraient follement radicaux et manichéens.

    « Il n'hésite pas, par exemple, à tracer un lien direct dans son film entre la spécialisation des jouets par genre (Barbies pour les filles, bagnoles pour les garçons) et la violence faite aux femmes dans le monde des adultes. »

    Ce que vous présentez comme une folle audace est l'évidence même pour qui s'intéresse un peu aux études de genre et au féminisme.

    Je crois que ça montre à quel point, malgré tous les discours sur l'égalité déjà là, les apports du féminisme demeurent méconnus - en dehors des caricatures qu'on en fait trop souvent.

    Quant à l'expression « anti-mâles », c'est là encore un raccourci regrettable selon moi. Oui, le film critique les bons gros mâles dominants. Mais il critique surtout la construction et l'imposition sociale de ce rôle de mâle. Avec ce titre, vous éveillez tous les paranos de la « guerre des sexes », qui nous ressortent leur refrain « mais pourquoi tant de haine ? »... Et l'oppresseur se retrouve victime, comme par magie !

  • olympe blogueuse
    • Posté à 23h19 le 25/11/2009

    vous allez être étonné numerosix, j'ai vu le film et j'en pense à peu près la même chose que vous.
    sauf que encore plus que victimiser les femmes il vise à culpabiliser les hommes

    mais ce n'est pas une raison pour ne pas le voir, allez donc faire la queue

  • jeanlire
    jeanlire
    enseignant
    • Posté à 07h27 le 26/11/2009
    • Expert
      enseignant

    Je n'irai pas voir ce film, ce serait une insulte à ma fille (unique) enlevée par la mère. Je n'aime pas les « masculinistes », version préhistorique de l'homo sapiens (dont Zemour est l'emblème), je déplore le caricatural propos des féministes (merci Mme Alonso de m'avoir envoyé paître lorsque je pensais trouver un soutien auprès de « copines » que j'avais soutenues dans les 70, sans rancoeur : la preuve je suis passé de Charlie à Siné quand bien même cette dame y tient une rubrique), je déplore l'oubli des violences faites aux hommes par les femmes : personne n'en parle et pourtant, par exemple, les enlèvements d'enfants (perpétrés à 80% par les femmes sauf les conjoints-hommes à double nationalité maghébine) sont en hausse de 4% l'an et pour cause : s'agissant de femmes, la Justice aux Affaires Familiales leur « passe » tout, elles le savent bien sûr etc.
    M. Riché j'aime bien vos articles mais là, vous n'êtes pas le seul, quelle désinformation par l » « oubli » d'information...Pourquoi ne pas parler GLOBALEMENT de la violence faite aux...enfants car c'est bien là que le bât blesse et c'est bien là l'enjeu (en lieu et place de la stérile confrontation homme/femme). Pas plus que les hommes, les femmes ne respectent les enfants mais elles disent le faire pour leur bien...Par ailleurs, j'ai touvé un jour un article dans Libé (« le viol psychologique », je l'ai qque part dans mon PC, peux vous l'envoyer) mais une seule fois...Ecoeurement devant la caricature, la simplification abusive. 2000 hommes-pères se suicident chaque année en France, ne supportant pas la séparation d'avec leurs enfants ; souvent elle est définitive, ne serait-ce que par le laps de temps qui tue la relation père-enfant. Si je ne me retenais, je serais tenté de penser que la situation des femmes est en grande partie de leur responsabilité. Dans l'éducation nationales, quid de la parité ? Prof de lettres en lycée, l'équipe compte 9 professeurs, dont 1 homme. Votre serviteur. Cela ne me pose, perso, pas de pb mais quid de l'image de l'homme futur père pour les ados mâles ? Pas grave...
    En attendant, M. Riché, quelques éléments de réflexion possible afin de voir l'autre côté du miroir :
    Lien
    (je suis le représentant de cette assoc pour l'idf)
    Lien
    (marraine : Simone Weil)
    et bien d'autres...mais pas SOS PAPA (assoc masculiniste...)

    Juste quelques réflexions pas forcément structurées mais bon...je chosis l'à-quoi-bonisme laforguien ; seule issue pour survivre et devoir supporter le discours dominant du moment. Aucun ne me satisfait, aucun ne tient compte de la réalité, tous sont partisans : les enfants trinquent...

  • Camille
    Camille répond à raspo
    • Posté à 11h07 le 26/11/2009

    Raspo, je vous assure que Pascal Riché a été finalement plutôt gentil et en dessous de la vérité avec Patric Jean sur son côté manichéen. Qu'il existe une « domination masculine » est indéniable. La question que je me pose est « est-ce que culpabiliser les hommes fait avancer l'égalité homme-femme ? »

    Olympe, blogueuse, qui écrit régulièrement sur le plafond de verre ne risque pas de se faire taxer de machisme et elle est d'accord avec Pascal Riché.

    Pour ma part, étant épicène, la relation que Patric Jean et moi avons eue a été très simple : si je suis un homme, mes propos sont sordides et je suis un masculiniste, si je suis une femme, mes propos sont censés et je peux être féministe ! Ne trouvez-vous pas incroyable qu'un homme juge une personne non pas sur ses propos mais sur son sexe ? Y-a-t'il plus sexiste que cela ?

    J'aimerai discuter sur le fond de mes propos indépendamment de mon sexe, je ne veux pas qu'on me regarde comme « un homme » ou « une femme » et qu'on réinterprète ce que je dis en fonction de cela. Patric Jean réinterprète précisemment tout ce qui peut être dit en fonction de votre genre...

    Je n'en dirai pas plus parce que Patric Jean, à qui j'ai finalement révélé mon sexe suite à une discussion houleuse, s'est engagé à ne pas le dévoiler et que je ne voudrais pas le mettre en porte-à-faux et qu'il ne puisse pas se défendre sans me trahir.

    Néanmoins, je trouve que Pascal Riché a été extrèmement gentil dans son article et il ne me parait pas certain que ce film puisse faire avancer les droits des femmes. Il réveille comme vous dîtes la guerre des sexes. Je crois au contraire que, par exemple, c'est en aidant les hommes qui veulent prendre des congés paternité que les employeurs auront aussi peur d'embaucher un homme qu'une femme et que l'un ou l'autre parte en congé parental qu'on aidera à limiter le plafond de verre par exemple.
    Pour le moment, les hommes ne peuvent pas prendre les congés parentaux, c'est très mal vu, ceux qui le font -j'en connais- font face à une image de défaut de virilité difficile à vivre.
    Il me semble qu'encourager ces hommes féministes là serait plus utile et efficace.

  • lally
    • Posté à 13h32 le 26/11/2009

    Ce film tombe à pic dans une société qui tend depuis quelques années à culpabiliser les femmes d'être féministes, tend à dire que les hommes doivent renouer avec le machisme, qu'il faut remettre chaque sexe à sa place originelle et naturelle.
    Ce discours de culpabilisation du féminisme mais aussi de revalorisation du machisme (que la plupart des médias, des politiques, des milieux médicaux tiennent) est en fait un revival réactionnaire et qui va avec la radicalisation religieuse toutes obédiences confondues, mais aussi qui va avec le retour de la droite facho au pouvoir en Europe.

    Donc le film de Patric Jean est particulièrement utile.
    Et également très intéressant pour comprendre comment démarre le formatage éducatif genré et comment peu à peu les deux sexes deviennent esclaves de ces représentations.

    Déformater nos enfants pourrait donc amener moins d'adhésion machiste par la suite chez eux, elles. C'est une évidence même si ça ne suffirait sans doute pas.
    Car il faut nous-mêmes nous déformater.
    Et ça c'est sans doute pas évident au plan de la démarche.
    Ca nécessite une autocritique permanente et une attention vis à vis de tout ce qui autour de nous cherche à nous formater idéologiquement et sexuellement également.

    J'adhère totalement en tout cas à cette nécessité de déformatage culturel même si c'est un travail personnel et social de longue haleine.
    En tant qu'enseignante, je vois encore plus la nécessité de ce travail.

    Simplement pour maintenir les droits fondamentaux de tous, qu'ils soient ceux des hommes, des femmes, mais aussi des enfants.

    Sachant que depuis quelques années, les droits fondamentaux de tous sont de plus en plus bafoués et remis en question.