16/05/2011 à 19h31

« Michael », ou quand le cinéma touche le fond

Ciné independencia"
Eugenio Renzi | Independencia.fr

L’envie manque d’évaluer ce film abject : Michael, de Markus Schleinder. Michael est employé d’une compagnie d’assurance. Avec ses collègues, il est poli pour éviter d’être sympathique. Il sait faire du ski mais ne pourrait pas affronter une piste noire. Il ne rend pas visite à sa mère à Noël. Il connaît des chansons mais chante faux. Il sait faire la cuisine mais se limite à la junk food. Il ne regarde pas à droite lorsqu’il traverse la rue. Il ne sait pas draguer. Il bande mou. Il ne sait pas raconter des blagues. Il aime de mauvais films. Il fume. Il a enlevé un enfant et le garde dans sa cave. Il est pédophile.

Il n’y a pas que le pape de Moretti à avoir besoin d’un psy, cette année à Cannes. L’obsession du banal, du gris et du laid ne sont pas nouveaux dans le cinéma germanique. Mais avec Michael, présenté en compétition officielle, on touche le fond.

Une scène peut donner une idée du film entier. Allongé sur son canapé en train de regarder la télé, Michael semble s’amuser. Une réplique lui arrache un sourire : « Ça, c’est mon couteau. Ça, c’est ma bite. Avec quoi veux-tu être pénétrée en premier ? ». Plus tard, à table, il se lève, ouvre sa braguette, brandit sexe, couteau, et répète la réplique à l’enfant. Sans hésitation évidemment : « avec le couteau ».

Se demander comment cette scène a été tournée, c’est évidemment déjà entrer dans la perversion. Le cinéaste a-t-il vraiment exposé l’enfant à cette horreur ? On espère que seul un trucage ait pu les réunir dans un même plan. Mais pourquoi un seul plan, sinon pour dire au spectateur : regarde, j’ai osé faire ça pour de vrai. Cela n’a pas d’importance. Ce qui en a, c’est que l’enfant était aujourd’hui dans le théâtre Lumière, pendant la projection. Et a donc assisté à au résultat de la scène. Difficile d’imaginer ce qu’il peut encore attendre du cinéma. Ce qui s’est passé dans la tête du cinéaste, et de ceux qui ont choisi ce film, mieux vaut l’ignorer.

Publié initialement sur
Ciné independencia
  • 5564 visites
  • 24 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 16h59 le 16/05/2011
    • Internaute 36864
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    - « Michael », ou quand le cinéma touche le fond »

    - Oui, comme si la « vraie vie » n’était pas ces temps-ci suffisamment glauque ...

  • resume
    resume
    Délinquant sexuel
    • Posté à 16h59 le 16/05/2011
    • Internaute 107899
      Délinquant sexuel

    Ho moooon dieu, on a montré une bite à un enfant ! ! ! ! ! ! !

  • unagi-
    unagi-
    卑語
    • Posté à 17h54 le 16/05/2011
    • Internaute 24252
      卑語

    Vous devriez essayer le théâtre mais pas Allemand ni Autrichien. Le sujet sur la perversité est intéressant et devrait faire s’interroger le spectateur que vous êtes, je dis spectateur pas critique faut quand même pas abuser des termes.
    Comparé aux daubes que vous vous enfilez joyeusement, vous retrouver au cinéma doit être un choc.
    Et vous vous dites une revue provocatrice et scandaleuse...
    Ca doit tanguer au presbytère.

    « Son film s’intitule tout simplement “ Michael ”. Il décrit les cinq derniers mois de la vie commune forcée entre Wolfgang, 10 ans (David Rauchenberger) et Michael, 35 ans (Michael Fuith). Michael séquestre le jeune garçon dans sa cave, derrière une lourde porte. Enfermé comme un vulgaire animal, Wolfgang doit subir les viols répétés de son geôlier. Le malaise du spectateur est renforcé par le fait que l’histoire racontée ici lui rappelle cruellement un fait divers récent : enlevée à l’âge de 8 ans, Natascha Kampusch avait dû subir pendant près de 10 ans les sévices d’un homme “ sans histoires ”. Le contexte dans lequel Schleinzer place sont action n’est pas inconnu du public qui a vu des images semblables au journal de 20 heures : une maison sans intérêt, dans une banlieue pavillonnaire dortoir, les volets fermés jour et nuit, une cave transformée en cellule…

    Le réalisateur autrichien invite le spectateur à réfléchir sur cette situation abjecte. Il se garde bien de se comporter en accusateur, évite l’écueil des images choquantes et ne montre que ce que le spectateur avait imaginé auparavant. Mais qui peut agir ainsi ?

    Michael est un type paumé, sans amis, qui préfère laisser libre cours à ses envies dans le petit monde souterrain qu’il s’est créé. Il tient à tout contrôler. Le jeune Wolfgang incarne l’impuissance, la faiblesse. C’est un enfant qui n’a plus le droit d’être un enfant. Un enfant qui est violé chaque jour dans son corps et dans son âme. Au fur et à mesure que le film se déroule, le spectateur se sent de plus en plus mal dans son siège. Et pourtant, dans ce cachot de l’horreur, semble s’installer une “ routine quotidienne ”, avec des bougies et un sapin à Noël. À certains moments, on en vient presque à regretter de ne pas être assis dans un avion pour pouvoir saisir en dernier recours le sac vomitif caché dans la poche du siège. Mais Schleinzer n’a aucune pitié. Il a résolument choisi le point de vue du criminel, sans jamais tenter de moraliser. Il tente de nous expliquer pourquoi ce Michael fait de telles choses. Peut-être le réalisateur a-t-il peur de se prononcer, mais en tous cas, son travail revêt une importance indéniable : loin des manchettes des journaux à scandale, Michael ne passe pas ici pour un “ monstre ”. Si le spectateur est loin de pouvoir comprendre de tels agissements, le violeur n’en reste pas moins un être humain et nous contraint à réfléchir à ce thème. En tous cas, une chose est sûre : le spectateur ne risque pas d’oublier l’image de cette porte bleue. Une petite porte bleue fermée par un lourd cadenas. Et si cette image ne venait pas du film de Michael Schleinzer, le photographe et artiste Thomas Demand s’en serait chargé. »

    Sven Waskönig

  • A déménagé le 9-4-2012
    A déménagé le 9-4-2012
    Explore l'indéterminé
    • Posté à 17h20 le 16/05/2011
    • Internaute 22643
      Explore l'indéterminé

    En effet... : (

  • Schrödinger
    Schrödinger
    Poli et gentil. Très rue89.
    • Posté à 17h51 le 16/05/2011
    • Internaute 41709
      Poli et gentil. Très rue89.

    Quand je lis la description du magazine Indépendancia, il est évident que la critique cinéma, elle, à touché le fond...

    « aux cinéastes la fonction de bien voir (montrer) pour faire voir ; à la revue la théorisation, les réflexions multiples et ses critiques pour faire voir ce qui dans un film a été bien vu et bien senti. »

    Donc sans critique points de cinéma, ce qui est une pitoyable expression de son autosatisfaction masturbatoire et qui disqualifie d’entrée de jeu toute vision...

    « Donc une revue de jeunes, ces jeunes auxquels on impose une vision trouble de la vie, de leur vie. Donc, pour lesquels le cinéma redevient une nécessité existentielle. »

    Une revue de jeune, sachant que le jeune est un, unique, fidèle à la description que veulent bien en donner les vieux... De la nécessité existentielle du cinéma on ne peut que rigoler. Ou l’histoire de jeunes cinéphiles passionnés mais pas passionnants, engagés pas pas engageants... Des sectaires, quoi.

  • LaFeeFagot
    LaFeeFagot
    étudiante
    • Posté à 19h13 le 16/05/2011
    • Internaute 142186
      étudiante

    Personnellement je ne vois pas ce que ce genre de films peut apporter. On connaît l’histoire ; y a t-il besoin de montrer des images, de faire un film (au passage du fric et une renommée) sur cette histoire ? Quand on parle du torchon de BHL sur Daniel Pearl on s’indigne ; je m’indigne pas je suis juste fatiguée que toutes ces tragédies se banalisent. Bien sûr on n’est pas dans le monde des bisounours, mais des Irréversible ou des Michael, non merci, on a déjà assez à faire dans le monde réel. Des tarés y en a partout, il s’agit pas d’un Pol Pot ou d’un Charles Manson, juste d’un gars complètement paumé et qui en tient une couche. Bien. Quant à montrer ses parties génitales...bon indicateur du niveau du film qui nécessite ce genre d’accessoires pour donner de l’attrait. On tient le bon bout là ; la prochaine fois, il faudra penser à présenter à Cannes un docu sur une nana qui couine en se dandinant comme une poule dans des carcasses de bovidés.

    • Grunt_
      Grunt_ répond à LaFeeFagot
      Technicien informatique
      • Posté à 14h02 le 17/05/2011
      • Internaute 119275
        Technicien informatique

      Personnellement je ne vois pas ce que ce genre de films peut apporter. On connaît l’histoire

      Tout comme « La Chute » apporte quelque chose, bien qu’on connaisse l’Histoire.

      Bien sûr on n’est pas dans le monde des bisounours, mais des Irréversible ou des Michael, non merci, on a déjà assez à faire dans le monde réel.

      Alors, selon vous, le cinéma ne devrait parler que des bonnes nouvelles ou raconter des histoires fictives de bisounours ?

      Au contraire je trouve ça bien qu’on ait du cinéma qui montre l’envers du décor. Des « Yes Men » qui nous montrent les humains qui sont derrière le saccage de la planète, des « La Chute » qui nous montre les humains qui était derrière l’horreur du nazisme, des « Michael » pour nous parler des humains qui sont derrière les faits divers sordides.

      Ça permet de sortir de la case bien pensante des gens ni actionnaires, ni nazis, ni violeurs, qui chaque matin lisent le journal en s’étonnant du fait que « on » puisse faire ça.
      Le but n’étant pas de sombrer dans le nihilisme ou le relativisme moral, ou de tout excuser, mais de comprendre, d’accepter d’ouvrir les yeux sur la réalité, voire de se demander « Et si ç’avait été moi dans cette situation, avec ce vécu, aurais-je agi différemment » ?

    • Grunt_
      Grunt_ répond à LaFeeFagot
      Technicien informatique
      • Posté à 14h02 le 17/05/2011
      • Internaute 119275
        Technicien informatique

      Personnellement je ne vois pas ce que ce genre de films peut apporter. On connaît l’histoire

      Tout comme « La Chute » apporte quelque chose, bien qu’on connaisse l’Histoire.

      Bien sûr on n’est pas dans le monde des bisounours, mais des Irréversible ou des Michael, non merci, on a déjà assez à faire dans le monde réel.

      Alors, selon vous, le cinéma ne devrait parler que des bonnes nouvelles ou raconter des histoires fictives de bisounours ?

      Au contraire je trouve ça bien qu’on ait du cinéma qui montre l’envers du décor. Des « Yes Men » qui nous montrent les humains qui sont derrière le saccage de la planète, des « La Chute » qui nous montre les humains qui était derrière l’horreur du nazisme, des « Michael » pour nous parler des humains qui sont derrière les faits divers sordides.

      Ça permet de sortir de la case bien pensante des gens ni actionnaires, ni nazis, ni violeurs, qui chaque matin lisent le journal en s’étonnant du fait que « on » puisse faire ça.
      Le but n’étant pas de sombrer dans le nihilisme ou le relativisme moral, ou de tout excuser, mais de comprendre, d’accepter d’ouvrir les yeux sur la réalité, voire de se demander « Et si ç’avait été moi dans cette situation, avec ce vécu, aurais-je agi différemment » ?

    • Keldan
      Keldan répond à LaFeeFagot
      Now future & karpe diem
      • Posté à 15h29 le 17/05/2011
      • Internaute 5164
        Now future & karpe diem

      C’est choquant et trash Irréversible ?
      J’avais pas remarqué, vu qu’après les dix premières minutes qui valent le détour, y’a 1h30 d’ennui complet qui donne seulement envie de dormir.
      Filmer à l’envers pour faire le malin c’est bien gentil, mais tout le monde n’est pas capable de faire Memento.

      C’est con, parce que ce réalisateur a fait « Seul contre tous » et celui là est vraiment terrible, bien glauque et bien tordu.

  • Gibert Because-Youno
    Gibert Because-Youno
    Kaléïdoscopique
    • Posté à 19h15 le 16/05/2011
    • Internaute 68955
      Kaléïdoscopique

    Il y en a qui prennent vraiment les enfants pour des cons.

    Les grands critiques d’Independencia seraient capable de distinguer la réalité de l’illusion cinématographique ? Un enfant de 10 ans, non ?

    • unagi-
      unagi- répond à Gibert Because-Youno
      卑語
      • Posté à 21h01 le 16/05/2011
      • Internaute 24252
        卑語

      Et ça sa ressemble à sa la réalité pour un enfant de dix ans ?

      • Gibert Because-Youno
        Gibert Because-Youno répond à unagi-
        Kaléïdoscopique
        • Posté à 21h09 le 16/05/2011
        • Internaute 68955
          Kaléïdoscopique

        Euh...

        A lire votre précédent commentaire, j’ai plutôt l’impression que nous sommes d’accord.

        N’y aurait-il pas un malentendu ?

         
        • unagi-
          unagi- répond à Gibert Because-Youno
          卑語
          • Posté à 21h14 le 16/05/2011
          • Internaute 24252
            卑語

          à partir d’une certaine heure je deviens super con, je suis vraiment désolé pour le malentendu.
          ca ne se reproduira plus
          mais les monty python ça reste classe.

          • Gibert Because-Youno
            Gibert Because-Youno répond à unagi-
            Kaléïdoscopique
            • Posté à 22h41 le 16/05/2011
            • Internaute 68955
              Kaléïdoscopique

            « Les monty python ça reste classe »

            C’est pas moi qui vais vous dire le contraire...

            D’ailleurs, pour votre erreur, je vous condamne à répéter trois fois le nom de ce compositeur allemand...

        3 autres commentaires
    • unagi-
      unagi- répond à Gibert Because-Youno
      卑語
      • Posté à 02h08 le 17/05/2011
      • Internaute 24252
        卑語
    • unagi-
      unagi- répond à Gibert Because-Youno
      卑語
      • Posté à 20h09 le 16/05/2011
      • Internaute 24252
        卑語

      f

  • We want a shrubbery
    We want a shrubbery
    Fonctionnaire. A voté!
    • Posté à 20h02 le 16/05/2011
    • Internaute 100046
      Fonctionnaire. A voté!

    « L’obsession du banal, du gris et du laid ne sont pas nouveaux dans le cinéma germanique ». Ouillouillouille la syntaxe !

  • MegaLOL
    MegaLOL
    Courtier
    • Posté à 20h40 le 16/05/2011
    • Internaute 147085
      Courtier

    Bien d’accord : ras le bol de ces films malsains. Le cinéma, c’est fait pour se divertir. Si c’est pour ressortir avec la nausée...

    • Grunt_
      Grunt_ répond à MegaLOL
      Technicien informatique
      • Posté à 14h05 le 17/05/2011
      • Internaute 119275
        Technicien informatique

      Tiens, de quoi divertir ton temps de cerveau disponible :
      Lien

  • amonhumbleavis
    amonhumbleavis
    Rue89 fait monter le FN
    • Posté à 23h02 le 16/05/2011
    • Internaute 93168
      Rue89 fait monter le FN

    Quelle critique merdique.

  • de passage
    • Posté à 23h48 le 16/05/2011
    • Internaute 30356

    Ah ! comme chaque année pour le festival de Cannes, Rue 89 nous ressort du frigo Eugenio Renzi ! Le critique qui n’aime pas les films dérangeants, et qui aime parler de ces films-là (en fait, ils exercent une certaine fascination sur lui, non ?)
    L’an dernier, il avait descendu Venus noire de Kechiche, en prêtant à celui-ci des intentions à l’opposé de tout ce qu’il est. Bon, la vision du film a confirmé qu’il n’avait rien compris et qu’il avait juste projeté ses propres angoisses...
    Cette année, il descend un des films qui m’a semblé le plus intéressant parmi les premières projections, un qui s’attaque à une question profonde, sans mainichéisme semble-t-il d’après les autres critiques que j’ai lues - un film sur « la banalité du mal », question qui reste posée et toujours sans solution, donc question passionnante. J’apprends aujourd’hui que Renzi a trouvé son nouvel objet-repoussoir : c’est décidé, j’irai voir ce film à sa sortie !
    (après tout, c’est à ça que ça sert les critiques, à donner envie d’aller voir les films - merci M. Renzi)

  • batmad
    batmad
    enrevenantducinema.fr/
    • Posté à 23h49 le 16/05/2011
    • Internaute 154601
      enrevenantducinema.fr/

    Je trouve pour ma part cette critique intéressante, je ne sais pas si je suis d’accord, mais je fais partie de ceux qui pensent que filmer d’une certaine façon est une affaire de morale, que le regard du cinéaste peut être abjecte...
    Je n’aime pas en général les cinéastes qui cherchent à me choquer... Je n’ai jamais vu de film de Haneke (bon il faudra que j’essaie un jour quand même...) parce que dans un entretien après Funny Games, il disait « j’ai fait ce film pour mettre une claque au spectateur », je me suis dit qui est ce type à qui je n’ai rien fait qui voudrait me mettre une claque, et mon poing dans sa gueule si je le croise ? Quelle est cette conception du cinéma qui est hélas de plus en plus à la mode ? Je vais au cinéma pour partager, me confronter au regard d’un auteur, pas pour qu’il me prenne de haut... Je ne sais pas s’il en est de même pour ce film « Mickaël »

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h21 le 17/05/2011
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    C’est une question que je me suis souvent posée à propos des films ou séries mettant en scène des enfants victimes de meurtres, de viols et autres joyeusetés du genre : les acteurs jouant ces enfants, donc eux aussi des enfants, ont-ils conscience du contexte ?

    Bon après dire qu’un film est nul seulement parce qu’un type montre sa bite à un gosse, je trouve ça craignos.
    Faudrait un peu plus argumenter que ça, parce que c’est au contraire le genre de truc qui peut être terrible. Même si j’imagine aisément que c’est un film tout pourri, comme la plupart des films de Cannes, et que le thème du pédophile a déjà été traité par des chefs d’oeuvre.