31/08/2011 à 10h40

« La Guerre est déclarée » : Roméo et Juliette à l'hôpital

Eugenio Renzi | Independencia.fr

« La Guerre est déclarée », deuxième long-métrage de l’actrice Valérie Donzelli, sort enfin en salles. Le film a été présenté en ouverture de la Semaine de la critique au dernier Festival de Cannes. Quinze minutes d’applaudissements amplement mérités ont suivi la projection, à laquelle nos partenaires de Cine Independencia avaient assisté.

(De nos archives) L’histoire est autobiographique. C’est celle de ce couple d’acteurs, cinéastes, scénaristes. L’amour soudain et total, la naissance d’un enfant atteint d’un cancer du cerveau, la lutte pour lui sauver la vie et ne pas perdre la leur.

Ce film est aussi un poème. Joyeux, poétique, gracieux. Il parle à tout le monde mais ne raconte pas une histoire à un public. Il donne un visage et un corps aux expériences universelles : l’amour, la naissance, la mort. L’enfant s’appelle Adam, autant dire l’homme, n’importe quel homme. (Voir la bande-annonce)

Les deux parents portent les noms de Juliette et Roméo, autant dire les amoureux. Dès le choix de ces noms de bataille, on ne peut qu’admirer la simplicité du film – signe d’une grande concentration : lorsqu’on part à la guerre, il est vital d’aller à l’essentiel, de doser les forces.

Disons immédiatement que la maladie n’est pas le sujet du film, mais plutôt le terrain où ces deux jeunes gens jouent leur match. Ce terrain n’a aucune spécificité sinon celle de la science médicale, avec ses lieux, ses règles, son langage.

Si le film a touché autant, c’est qu’il a su franchir la question abstraite de l’être humain d’une part, celle concrète de la maladie de l’autre, et se pencher ainsi sur les outils dont le couple s’arme lorsqu’il décide de réagir à la déclaration de guerre qui annonce : votre fils a un cancer du cerveau.

Inventer de nouvelles armes

Quelles sont ces armes ? Il s’agit moins d’en inventer de nouvelles que de mesurer celles dont on dispose. Dans « Habemus Papam », monsieur Melville détrompe son analyste : si Dieu l’a choisi pour être pape, lui dit-il, c’est qu’il possède les qualités qu’exige la tâche.

De même, Juliette et Roméo conçoivent leur stratégie comme un habit taillé sur mesure : en tâtonnant, mais toujours à l’intérieur de limites précises. Sans envahir un espace qui les dépasserait. Prier : oui ou bien non. Fumer : oui, beaucoup. Parler, partager, discuter les mauvais fantasmes : oui. Décoder le jargon médical via Internet, voire s’improviser spécialistes en neurologie : certainement pas.

On l’avait remarqué, il y a un an, avec « Des hommes et des dieux » : le plus beau cinéma est celui qui met au centre de la scène la renaissance du langage politique. Il faut entendre par là un processus guidé par une action concrète, imposé par une situation de danger qui, liant les destins de plusieurs personnes à des résolutions collectives, oblige un groupe à associer un mode de communication et une discipline de délibération. En d’autre mots, à se constituer en assemblée.

Les moines de Beauvois finissent par comprendre, dans l’action, que l’Histoire leur fait revivre le récit de la première assemblé de chrétiens, récit qu’ils connaissent par cœur puisqu’ils le répètent chaque dimanche lors de la messe.

Juliette et Roméo n’ont peut-être pas de Bible à lire sinon celle offerte par la culture dans laquelle ils baignent. Leur vérité plus profonde consiste en revanche à formuler à haute voix des maximes conformes à la réalité de leur rapport. Pas pour se donner des conventions. Mais pour se rappeler, lorsque la fatigue et l’angoisse entravent leur alliance, lorsqu’une couche d’opacité se glisse entre eux, ce qu’il y a de fort dans la jeunesse d’aujourd’hui : un rapport paritaire, direct, frontal entre amoureux.

La morale des cinéastes

De ce point de vue, une scène entre toutes vient éclairer leur moral. Ils ont résolu de ne pas poser de questions techniques aux médecins. Mais Juliette a envie de briser la règle. Elle le dit à l’oreille de Roméo tandis que le docteur reste silencieux devant eux, derrière son bureau, exclu pour un moment du conseil de guerre qui s’improvise. Une frontière est posée.

C’est aussi une limite entre champs d’action que la caméra arpente avec précision chirurgicale, en trois mouvements :

  • champ rapproché sur Juliette et Roméo,
  • contrechamp avec Juliette et Roméo de dos,
  • champ large de Juliette et Roméo avec le docteur de dos, en amorce.

A l’intérieur de leur champ d’action, la morale des amoureux recoupe celle des cinéastes. La solidarité entre les pratiques de deux couples est une conséquence de la mise en abime. On peut y voir aussi l’inverse. Que cette solidarité entre vie et réalisation soit le prémisse nécessaire à la réalisation du film.

Tout comme le couple d’amoureux, le couple d’auteurs bégaye. Le film ne se donne pas de mode d’emploi. Il ne sait pas comment faire un drame et, d’ailleurs il en a pas spécialement envie. Il avance heureux par zigzags entre comédie, film d’action, mélo, clip...

Il sait en revanche qu’il ne peut pas s’imaginer différent de ce qu’il est : un film du jeune cinéma français. Il reprend d’ailleurs des motifs et des solutions de mise en scène souvent vus à l’écran, mais il le fait avec une joie et une conviction tellement inouïes qu’il semble presque s’insurger. Contre la mollesse des personnages et le cynisme des réalisateurs. Contre la difficulté, typique d’un certain cinéma français, d’admirer ses propres héros.

Un milieu social cadré, une trame universelle

« La Guerre est déclarée » est la réflexion d’un couple de jeunes gens sur l’état des rapports entre hommes et femmes. Pas n’importe quels hommes et femmes. D’une manière légère mais nette, un milieu social est donné d’emblée : artistes de gauche parisiens.

La mère de Roméo est programmatrice de cinéma, séparée de son père, elle a refait sa vie avec une femme.

Juliette vient au contraire d’une famille traditionnelle et aisée.

Ces deux bourgeoisies, réunies par la bataille en cours, s’enrôlent aisément dans les mêmes rangs. Tout le monde ne peut rentrer dans un tel tableau. Mais c’est un cadre. Et ce cadre contient une image, celle de trentenaires qui se parlent, agissent, se disputent et tentent de s’en sortir. La trame du film – la tragédie et le drame auxquels il nous fait accéder – est quant à elle universelle.

Les réactions émues lors de la projection dans la salle du Miramar le montrent. Mais le pinceau n’hésite pas à dessiner des formes et des teintes hautement résolues.

► Article initialement publié le 14/05/2011.

Aller plus loin
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  • unagi-
    unagi-
    卑語
    • Posté à 19h24 le 14/05/2011
    • Internaute 24252
      卑語

    Des hommes et des dieux est la négation du renouveau du langage politique dans le cinéma français et plus particulièrement la négation de ce qu’a été le combat politique des moines de Thibirine, la dépolitisation d’un engagement, un acte de propagande.

    « Mais est-ce que le film de Beauvois est encore vraiment dans l’Histoire sur laquelle il s’appuie ? Est-ce que tout son effort de reconstitution exacte – depuis la restitution des paroles et des comportements des moines de Tibhirine, jusqu’à son ethnographie amateur de la société algérienne – nous rapproche de ce qui s’est passé en 1996, ou nous en éloigne ? Tout film, tout récit, n’existe que par ce qu’il exclut. Même le roman le plus long et le plus foisonnant est le fruit d’un travail d’élimination radical. Refuser, taire, passer sous silence, sont non seulement les gestes artistiques par excellence, mais aussi des choix éthiques, voire des actes politiques. On est donc en droit de se demander de quoi Des hommes et des dieux, dont le titre semble prétendre à une vision panoptique capable de réunir les termes les plus opposés, a choisi de faire l’économie. Car c’est peut-être dans ce qui lui manque, plus que dans ce qu’il apporte, que réside la clé de son succès auprès du public français. »

    Quelques liens :

    Lien

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    Purement un avis personnel mais un film fait par et pour, la boucle est bouclée et nous devenons les voyeurs d’un sérail qui s’épanche. Tuons ce cinéma français.

  • A déménagé le 9-4-2012
    A déménagé le 9-4-2012
    Explore l'indéterminé
    • Posté à 22h58 le 16/05/2011
    • Internaute 22643
      Explore l'indéterminé

    Belle analyse : en espérant que le film atteint effectivement cette dimension d’universalité qui manque à la plupart des films français de ce type, qui ne dépassent guère la psychologie du petits-bourgeois en général.

    • Mr_Gutsy
      Mr_Gutsy répond à A déménagé le 9-4-2012
      Etudiant
      • Posté à 11h06 le 31/08/2011
      • Internaute 123963
        Etudiant

      Je trouve au contraire qu’un des travers du cinéma français est d’aspirer tellement à l’universalité qu’il en crée des personnages ultra-spécifiques dans lesquels personne ne se reconnaît.

    • brogilo
      • Posté à 11h18 le 01/09/2011
      • Internaute 164675

      Il est très bien Eugénio, limite atypique.

  • zigorhizomatique
    zigorhizomatique
    docte torrent
    • Posté à 13h30 le 31/08/2011
    • Internaute 139140
      docte torrent

    cadre : trentenaires, bourgeois, amoureux.
    En effet, ça limite la portée de l’universalité de la chose...
    cinéma parisianiste bourgeois autocentré, c’est un peu l’overdose.
    Bien sûr, rien n’empêche ce film d’être, par ailleurs, bon.
    Mais je paierai pas pour le voir.

  • Jordane
    Jordane
    dessinateur (et dernier des (...)
    • Posté à 13h40 le 31/08/2011
    • Internaute 30630
      dessinateur (et dernier des (...)

    Très bon film, un peu de fraîcheur dans le cinéma français ne fait pas de mal.
    Pas de bourgeoisie là-dedans, ce sont 2 trentenaires assez pauvres dans l’ensemble, donc rien à voir avec les films d’Honoré et consorts.
    Un film tourné à Paris, par une nouvelle vague d’acteurs, et c’est tout de suite connoté « bourgeois bobo parisien »... il faut voir un peu plus loin que le bout de son nez.

    • zigorhizomatique
      zigorhizomatique répond à Jordane
      docte torrent
      • Posté à 13h49 le 31/08/2011
      • Internaute 139140
        docte torrent

      j’ai ptètre pas vu le film, j’ai au moins lu l’article :
      « Pas n’importe quels hommes et femmes. D’une manière légère mais nette, un milieu social est donné d’emblée : artistes de gauche parisiens.

      La mère de Roméo est programmatrice de cinéma, séparée de son père, elle a refait sa vie avec une femme.

      Juliette vient au contraire d’une famille traditionnelle et aisée.

      Ces deux bourgeoisies, réunies par la bataille en cours, s’enrôlent aisément dans les mêmes rangs. Tout le monde ne peut rentrer dans un tel tableau. Mais c’est un cadre. “

      • Jordane
        Jordane répond à zigorhizomatique
        dessinateur (et dernier des (...)
        • Posté à 11h42 le 01/09/2011
        • Internaute 30630
          dessinateur (et dernier des (...)

        le fait est que en plein milieu du film, le banquier de Roméo lui coupe sa carte de crédit... il roule dans un vieux 4x4 talbot de 20 ans, puis son frère lui prête son scooter... bref, pour moi c’est pas de la bourgeoisie à la Honoré où on se demande ce qu’ils font de leurs vies.

  • labrisure
    labrisure
    Personnage exceptionnel
    • Posté à 15h39 le 31/08/2011
    • Internaute 48949
      Personnage exceptionnel

    « artistes de gauche parisiens »

    Pour le coup de l’universalité.

    Artiste : milieu technique et demandant de la culture
    Gauche : bon ben tous les droitistes telechargeront le film
    Gauche parisiens : on appelle ça des bobos.

    . . . On a déjà fait plus universel.

    • Sebby
      Sebby répond à labrisure
      mouche du coche
      • Posté à 12h28 le 01/09/2011
      • Internaute 48516
        mouche du coche

      Moi ça me gave ce plaisir sadique qu’on prend à traiter tous les jeunes parisiens de bobos.

      ça ne veut rien dire ce concept. La plupart d’entre eux sont en mode débrouille avec les armes que leur éducation a donné dans un monde un petit peu compliqué pour les jeunes. Ils galèrent pour trouver un job, un logement, mener de front vie professionnelle, amoureuse, familiale et amicale, comme beaucoup de gens. Ah oui, ils lisent des livres et aiment bien avoir des ipods et des macbook, et sont soit-disant majoritairement à gauche (ce qui reste vraiment à prouver). Et alors ? Ca leur enlève le droit d’expression ?

      Je trouve ce terme bien révélateur du mal français que l’on a à se trouver une cible pour la railler et jeter aux orties tout ce qu’elle produit. Sincèrement, vous n’avez rien d’autre à faire ?

    • Sebby
      Sebby répond à labrisure
      mouche du coche
      • Posté à 12h28 le 01/09/2011
      • Internaute 48516
        mouche du coche

      Moi ça me gave ce plaisir sadique qu’on prend à traiter tous les jeunes parisiens de bobos.

      ça ne veut rien dire ce concept. La plupart d’entre eux sont en mode débrouille avec les armes que leur éducation a donné dans un monde un petit peu compliqué pour les jeunes. Ils galèrent pour trouver un job, un logement, mener de front vie professionnelle, amoureuse, familiale et amicale, comme beaucoup de gens. Ah oui, ils lisent des livres et aiment bien avoir des ipods et des macbook, et sont soit-disant majoritairement à gauche (ce qui reste vraiment à prouver). Et alors ? Ca leur enlève le droit d’expression ?

      Je trouve ce terme bien révélateur du mal français que l’on a à se trouver une cible pour la railler et jeter aux orties tout ce qu’elle produit. Sincèrement, vous n’avez rien d’autre à faire ?

  • de la soul
    de la soul
    Go ahead, make my day.
    • Posté à 16h48 le 31/08/2011
    • Internaute 85071
      Go ahead, make my day.

    L’histoire de Roméo et Juliette, c’est évidemment le symbole absolu de l’amour pur, mais c’est d’abord le récit d’un amour rendu impossible par la haine viscérale entre deux familles. C’est tout le ressort dramatique de cette histoire qui finit plutôt mal pour les deux tourtereaux.
    Je ne vois pas le rapport avec le film, et l’utilisation symbolique de ces prénoms ne m’apparait pas très pertinente ici (à moins que les deux familles se haïssent, ce qui n’a pas l’air d’être le cas).

  • Brenig bar
    Brenig bar
    irreligieux
    • Posté à 19h27 le 31/08/2011
    • Internaute 125570
      irreligieux

    Un rien indécent, non, d’exposer sa vie devant des millions de personnes. Si après les fils et filles de, le cinéma ne trouve plus d’inspiration que dans la vie privée de ses acteurs, çà risque de devenir très lassant...

    • Paul1
      Paul1 répond à Brenig bar
      • Posté à 11h53 le 01/09/2011
      • Internaute 94469

      Tout dépend du film lui-même vous ne croyez pas ?

      S’il est mauvais oui. Si c’est un chef d’oeuvre, alors non. Il me semble qu’un certain nombre de chefs d’oeuvres littéraires ou cinématographiques sont très fortement emprunts d’éléments autobiographiques et donc voyeuristes et indécents... En outre, on pourrait ajouter que pour être acteur, il faut une certaine dose de voyeurisme et d’indécence.

  • JDep
    • Posté à 20h08 le 31/08/2011
    • Internaute 40602

    Sympa, nature, sans pathos, plein de santé, c’est vrai. Qualifier pour autant ce gentil moment de chef-d’œuvre... c’est risquer de dissuader vos lecteurs de moments + forts.

    Je leur conseille, sur le même thème, avec les mêmes intentions, le bouleversant « Arbre de Noël » de T. Young (1969) avec William Holden et Bourvil

  • bug 50
    bug 50
    • Posté à 23h50 le 31/08/2011
    • Internaute 104506

    Pas vu le film, mais ai vécu un scénario d’enfant (très gravement) malade. Pour les gens amateurs de réalité une petite visite à Necker remplacera le place de cinéma, et il y beaucoup à faire pour entourer les parents et les enfants dans des détresses incommensurables. La maladie de son enfant fait douter de beaucoup de choses. l’exorciser par la création, montrer que la victoire est possible pourquoi pas.
    Gagner de l’argent avec, cela me heurte un peu je l’avoue.
    Mais je le dis, il y a à Necker des « mamans bénévoles » qui câlinent ces petits corps souffrants, pensez que si vous le désirez qu’il est possible d’être utile et que l’amour peut aider à guérir. Je ne voudrais pas que ce commentaire soit considéré comme agressif, je suis maladroit mais je n’ai pu oublier la souffrance et la douleur de notre enfant et celles des autres parents et de leurs enfants. Chaque visite annuelle nous replonge dans cet abîme.

  • Lucien_de_Rubempré
    Lucien_de_Rubempré
    Splendeur et misère des court- (...)
    • Posté à 06h07 le 01/09/2011
    • Internaute 50016
      Splendeur et misère des court- (...)

    Mouais, c’est peut être parce que je ne suis pas réveillé, mais cet article ne m’a pas du tout mais alors pas du tout donné envie de voir ce film. Il est chiant cet article, il parle de la vie avec des mots de musée.

  • Jiben
    Jiben
    fonctionnaire
    • Posté à 18h34 le 01/09/2011
    • Internaute 46917
      fonctionnaire

    Je trouve que ce film a le mérite d’exister. Construit à partir d’un récit très autobiographique, la maladie grave d’un enfant est un sujet délicat à traiter et sans verser dans le pathos relève de la gageure.

    Pour avoir vu le très prometteur premier film de l’actrice/réalisatrice, je trouve remarquable de traiter ce sujet à partir de sa propre expérience.

    J’ai hâte de le voir car je trouve l’actrice « magnifique » et si elle peut être la nouvelle icône de la « nouvelle vague » du cinéma français, alors, ne pouvons que l’encourager dans cette voie tant la fraîcheur et la spontanéité seront présents dans la construction de son œuvre cinématographique.

    Longue vie à ce second film, une consécration par la profession serait amplement méritée !

    • Ar-S
      Ar-S répond à Jiben
      Createur Multimedia
      • Posté à 19h14 le 01/09/2011
      • Internaute 104994
        Createur Multimedia

      Voilà un film réservé aux gens qui n’ont pas traversé ce genre de saloperies ou pire... Pour les autres, surement aucune envie d’aller le voir...

      • Jiben
        Jiben répond à Ar-S
        fonctionnaire
        • Posté à 18h11 le 03/09/2011
        • Internaute 46917
          fonctionnaire

        Pourquoi dites vous cela ? Pour ma part, je connais très bien la douleur hospitalière pour l’avoir vécue in vitro.

        Peut être que le misérabilisme vous choque, mais il n’en est pas question dans ce film, il est plutôt question de courage, d’affrontement face à la maladie et d’union face aux obstacles.

        Au contraire, je trouve que la réalisatrice a eu beaucoup de courage d’affronter cela et de le raconter publiquement sans fausse pudeur.

        Je ne peux que vous inviter à aller voir ce film avant de faire connaître votre opinion.

  • wroclaw
    wroclaw
    nd
    • Posté à 02h31 le 03/09/2011
    • Internaute 100912
      nd

    La guerre est déclarée est un très beau film à plusieurs points de vue
    ce n’est pas la lutte des classes, et on se fout de savoir le milieu socio-culturel des protagonistes, ce que cela montre bien est que la maladie grave d’un proche fait que la vie se désagrège (emploi, ami, quotidien). La Maison de parents de même que la tumeur du cerveau ne distinguent pas le bobo du prolo. Et les uns comme les autres ont besoin de la subvention de l’Etat prévue pour les maladies morbides, et de l’assistante sociale qui va avec
    ce n’est pas réservé à ceux dont les enfants se portent bien et qui veulent s’offrir le frisson de « ouf mon gamin va bien », ou qui n’ont pas d’enfant, ce n’est pas fait pour retourner le couteau dans la plaie de ceux qui ont dû traverser ou traversent cette épreuve, je n’ai jamais vu autant de personnes pleurer dans une salle et rire en même temps
    c’est bien la qualité majeure du film, pas voyeuriste, cela ne montre pas un enfant malade dans sa chambre et tout ce que son traitement peut lui faire subir, pas tire-larmes, les scènes qui font pleurer sont bien celles qui peuvent faire écho chez chacun pour des raisons diverses, annoncer à un proche une très mauvaise nouvelle, voir leur peine et leur impuissance dans certaines situations qui fait encore plus souffrir que de sa propre peine, pas moralisateur, il n’y ni dieu, ni héros, ni solution parfaite, ni parents ou médecins tout-puissants, ni fatalisme, même face au hasard de la maladie et à celui de la guérison
    la fin offre un hommage à l’hôpital public, et c’est sans doute ce qui explique ce que l’on ressent durant le film et qui prend le contrepied de l’état d’esprit pourri en france actuellement : face à tous les médecins et accueils divers et variés qu’ils rencontrent, les réactions différentes face à la maladie, ce n’est jamais revanchard, ni dénonciateur, ni accusateur, ni pleurnichard, c’est un film qui fait penser que pouvoir compter sur les autres, qu’il s’agisse de confiance ou de solidarité, à travers la famille, les amis ou l’hôpital, permet non pas de faire disparaître le drame, mais tout simplement de peut-être s’en sortir mieux.