Victoire de l'opposition à Taiwan, en dépit du Tibet

manifestants indépendantistes à Taipei, 2005 (P.Haski/Rue89)

Les événements du Tibet ont un impact imprévu à des milliers de kilomètres de là : à Taiwan où se déroulait samedi une élection présidentielle qui, jusqu’au soulèvement de Lhassa, semblait jouée d’avance. Les images du Tibet ont pesé sur le climat électoral. Mais pas assez pour empêcher l’élection du candidat d’opposition Ma Ying-yeou, qui pouvait sembler le plus "soft" vis-à-vis de Pékin.

Ma Ying-jeou, le candidat du Kuomintang, l’ancien parti nationaliste de Tchang Kai-chek, semblait assuré de l’emporter, à la fois en raison du discrédit du Parti démocratique progressiste (DPP) et du Président sortant Chen Shui-bian, mais aussi d’une attitude plus "constructive" sur la question des rapports avec la Chine continentale, la question-clé de l’avenir de l’île. Mais l’impact négatif des événements du Tibet auprès des 18 millions d’électeurs taiwanais a suscité une méfiance accrue de la population vis-à-vis de Pékin, dont le candidat du DPP, Frank Hsieh, a tenté de profiter.

Cet impact est logique : l’autonomie que refuse dans la pratique Pékin au Tibet, c’est ce qui est promis aux Taiwanais dans le cadre d’un rapprochement, voire d’une réunification, entre l’île et le continent. Taiwan vit séparée de la Chine depuis que Tchang Kai-chek y a trouvé refuge après avoir perdu la guerre civile chinoise face aux troupes de Mao Zedong en 1949. Le DPP, plus indépendantiste, a tenté en vain ces huit dernières années au pouvoir, de favoriser l’émancipation de Taiwan. Son échec et l’hostilité entre Taipei et Pékin ont permis un retour en force du Kuomintang, grand vainqueur des élections législatives de janvier dernier.

Les événements du Tibet ont contraint Ma Jing-yeou, le candidat du Kuomintang, à hausser le ton vis-à-vis de la Chine, fustigeant une "répression brutale et stupide" des autorités chinoises, et menaçant même de boycotter les JO de Pékin cet été (auxquels Taiwan participe de manière autonome mais également sous le nom de "Chine"). Il s’est soudain retrouvé sur la défensive face à son rival du DPP, plus en phase avec les craintes de la population en agitant la crainte qu’après le Tibet, ce soit le tour de Taiwan, qui vit sous la menace militaire chinoise permanente…

L’écart entre les deux candidats, qui était de 20 points il y a encore deux semaines, s’est légèrement réduit. Cela n’a pas été suffisant pour priver le Kuomintang d’une victoire largement assurée par l’échec de la gestion du DPP ces dernières années, et d’affaires de corruption touchant la propre famille du président sortant.

Reste la question-clé : avec la victoire Ma Jing-yeou, souhaitée par Pékin, quelles seront les relations entre les deux rives du détroit de Formose ? La réalité économique pousse à une intégration de plus en plus grande, les grandes entreprises taiwanaises ne pouvant survivre aujourd’hui sans investir sur le continent. Mais la logique politique est plus complexe, l’absence d’évolution du régime de Pékin sur la question démocratique empêchant de véritables progrès sur la voie d’une réunification qui divise profondément les Taiwanais.

L’autonomie version tibétaine est à juste titre un véritable repoussoir pour les Taiwanais ; la version plus moderne inaugurée avec Hongkong ("un pays, deux systèmes"), est plus présentable, mais jugée insuffisante dans un territoire qui a démocratisé ses institutions, dispose de son armée et d’une identité forte. L’issue du scrutin de samedi aura décidé de la tonalité, plus apaisée, des relations Taipei-Pékin, mais ne suffira pas à régler le problème, vieux de près de 60 ans (voire plus ancien encore si on compte les années de colonisation japonaise), de la séparation entre les deux rives du détroit de Formose.

► Mis à jour le 22/03/2008 à 13h00, avec la victoire de Ma Ying-yeou, le candidat du Kuomintang, à l’élection présidentielle, selon les premières projections de la télévision taiwanaise.


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daniel
09H27 22/03/2008

Imprévu ?

amha, vu de Pékin, tout cela est savamment orchestré !…

Le drame c’est que cela ne fait pas du tout rire les Chinois.

 
julesnadeau
10H22 22/03/2008

J’attends les résultats devant nous parvenir dans quelques heures avec impatience. J’ai vécu six ans à Taiwan, le sujet m’intéresse, et il serait très surprenant que les événements du Tibet n’aient pas un impact direct sur les résultats du scrutin à Taiwan. Les deux territoires n’ont pas beaucoup en commun sur plusieurs plans mais tous les deux font face au même gouvernement «central».Je note avec intérêt que le candidat Ma Ying-jeou a déjà pris ses distances de Pékin dans toute cette affaire du Tibet. Un dossier à suivre de très près. (Jules Nadeau à Montréal)

 
TARPON | chat de gouttiere
17H21 23/03/2008

Que peut il y avoir de commun entre une ILe qui a toujours été chinoise et un pays souverain annexé par la CHINE?

 
cywd
12H01 22/03/2008

Au moment où je rédige ce commentaire, Ma Jing-yeou a déjà récolté 6 480 000 votes contre 4 570 000 votes pour son adversaire. Le rapport de force n’a pas du tout été impacté par les événements du Tibet et MA Jing-yeou va sans doute remporter haut la main l’élection.

Cependant je partage l’avis de Pierre HASKI sur un point; l’absence d’évolution démocratique en Chine continentale empêcherait toute perspective de réunification dans un avenir proche. Les Taiwanais souhaitent évidemment profiter du boom économique du continent chinois; mais sans pour autant renoncer à leurs droits fondamentaux difficilement acquis après de longues années de lutte ardente.

 
cywd
12H12 22/03/2008

Je crois qu’il y a lieu d’informer les lecteurs de cet article que dans la photo utilisée par Pierre HASKI, ces individus portant des bandeaux verts sont supporteurs du parti indépendatiste DDP. A Taiwan, on les appel ¨ »le Camp des Vert ». Ceux qui soutiennent le Parti Nationaliste Kuomingdang sont dans le « Camp des bleu ».

 
Pierre Haski | Rue89
13H35 22/03/2008

c’est dit dans la légende qu’ils sont indépendantistes (légende qui apparait quand vous posez la souris sur la photo).

 
cywd
15H46 22/03/2008

Mais je pense q’il est toujours utilie de donner suffisamment d’informations sur l’image utilisé pour ne pas prêter aux confusions; car il s’agit là bien de militants du DDP et pas de simples électeurs lambdas taiwanais. Sans cette précision, le message que véhicule votre photo pourrait être très ambigu auprès de vos lecteurs.

 
Haina
14H05 22/03/2008

En effet, et la Chine se preparait activement a voir le DPP passer: enfin le conflit aurait ete permis. Le Guomingtang semblant vouloir l’emporter, 58 % a la moitie du depouillage, la guerre sera peut-etre evitee. Ce n’est pas forcement du gout de tous, a Pekin (pour les naifs qui croient encore a l’etincelle interne au tibet, il serait temps de se renseigner, ce monde me fait de plus en plus peur).

 
Yannick
16H32 22/03/2008

> la Chine se preparait activement a voir le DPP passer

Comment saviez-vous ce genre de choses ?

 
awen
19H34 24/03/2008

Sans pouvoir préciser les sources exactes, on m’a appris que les journalistes chinois qui devaient couvrir l’évènement se sont finalement vu refuser les autorisations de sortie du territoire. Un petit nombre de journalistes a tout de même pu se rendre sur place, mais en conséquence, les articles sur les élections taïwannaises n’occupaient que quelques lignes insignifiantes dans les journaux chinois.

Il est clair que le grabuge qu’aurait pu créer une nouvelle victoire du DDP servait beaucoup plus leur propagande nationaliste à l’intérieur du pays.

 
Aartus
14H05 22/03/2008

MA Jing-yeou étant élu, s’ouvre maintenant une période de grande incertitude, contrairement à la situation de statut quo qui prévalait jusqu’alors.
Lorsqu’il y a 8 ans le KMT perdait le pouvoir présidentiel (mais en concervant une majorité à l’assemblée) la Chine n’était pas encore la puissance économique qu’elle est devenue et l’économie de Taiwan n’avait pas encore mis tous ses oeufs dans le même panier continental. Et la Chine n’avait pas non plus encore acquis le statut de super puissance régionale qu’elle a désormais. En un mot, à l’époque, le KMT favorable à une réunification avait encore les moyens de dammer le pion à la Chine pour faire valoir ses exigences, évidemment innacceptables pour Pékin. D’où le statut quo qui en découlait, repris de fait par le DPP qui s’est très pragmatiquent abstenu de toute velléité indépendantiste malgré son objectif politique contraire.
Quelles sont aujourd’hui les marges de manoeuvre d’un KMT revenu au pouvoir et prônant un rapprochement avec la Chine? Celle-ci ne va t’elle pas être tentée de profiter de sa position de force pour imposer une solution négociée? Quelle sera alors la réaction du KMT et de son électorat dont il n’est pas sûr que dans son ensemble il soit prêt à se faire manger tout cru par Pékin?
L’avenir immédiat de Taiwan est ainsi rempli d’incertitudes… Une seule certitude, le statut quo vient de voler en éclats.

 
Haina
14H53 22/03/2008

La marge de manoeuvre sera celle accordee par oncle sam, qui a de quoi peser dans ses tours de manche, ca va etre TERRIBLE (hein, sarko!)

 
jumpas | 6
16H37 22/03/2008

Vive la democratie taiwanaise!!! ils ont montres un exemple excellent a leurs confreres continentaux!!

 
cywd
17H38 22/03/2008

La démocratie taiwanaise est sans doute un exemple voire un expoir pour les Chinois du continent.

Cependant les bagarres, les menances, les coups bas et les insultes quotidiens entre des parlementaires taiwanais (un vrai régal pour les téléspectateurs tw) nous invitent à montrer plus de prudence quant à qualifier cette jeune démocratie d’excellence. Encore une fois, la politique n’est ni noir ni blanc.

 
Meilidao
19H47 22/03/2008

« les bagarres, les menances, les coups bas et les insultes » …
… n’ont pas vraiment d’importance, et c’est ainsi que la politique taiwanaise est, teintée du tempérament des taiwanais. Ce n’est pas pour ça que la démocratie taiwanaise n’est pas exemplaire. La politique de la si grande puissance américaine n’est elle pas un spectacle parfois? et pourtant c’est un très grande démocratie

 
Yannick
16H37 22/03/2008

Je me souviens vaguement de la visite d’une délégation du KMT qui rendait visite à Pékin au grand dam des pro-DPP. Je ne me souviens plus de la période (2006, 2007 ?) et je n’arrive pas à retrouver cette info. Quelqu’un aurait une idée plus précise ? À l’époque cela avait paru très mystérieux, est-ce que depuis l’on en sait un peu plus sur cette visite ?

 
Pierre Haski | Rue89
18H02 22/03/2008

Vous devez faire allusion à la visite de Lian Chan, le prédécesseur de Ma Ying-jeou à la tête du KMT, qui s’était rendu en Chine en 2005. Ca avait fait pas mal de bruit en effet, car c’était une sorte de pélerinage sur ses traces familiales, avec grosse pub des médias chinois, une manière de maintenir le cordon entre l’île et le continent. Ma est assurément plus malin que Lian.

 
Yannick
18H08 22/03/2008

Merci !

 
Catherine GUIBERT
21H13 22/03/2008

Je viens de visionner votre intervention sur Arrêt sur images où vous faites parler d’un anglais qui a écrit sur son séjour au Tibet et en Chine. Pouvez-vous me transmettre des informations complémentaires et ce livre a-t-il été traduit en français.
Merci par avance
 Catherine

 
ziyouwudao
17H03 22/03/2008

Comme le rappelle P.Haski, les élections de cette année, et contrairement à 2004, se sont surtout jouées sur le terrain économique (le pouvoir d’achat comme on dirait ailleurs !) et l’image plutôt négative laissée par Chen, le président sortant.
Toutefois, concernant le rapprochement avec la Chine, et là intervient la question identitaire, je crois qu’il ne faut pas aller trop vite en besogne. Ce sentiment Taiwanais remonte effectivement bien avant 1949 (même s’il a évolué depuis) et a été assez fort pour faire changer, malgré tout, les positions du KMT. On n’est plus au temps où le parti de Tchang Kai-chek se sentait plus continental que taiwanais.

 
alexio56 | étudiant
18H24 22/03/2008

la chine a interêt à ce que le Tawain reste en alliance avec elle. la contribution des compagnies taiwanaises dans le PIB chinois est énorme. je crois que la chine est cencé garder toujours des bonnes relations démocratiques avec la Fermose pour qu’elle puisse en quelque sorte préserver son statut de « dragon ». les évenements du tibet vont certainement impacter les éléctions présidentielles au Taiwan. la Chine devra finalement revoir sa politique étrangère envers ces pays (Tibet, Hong kong, Tawain) si elle veut réussir économiquement.

 
cywd
19H00 22/03/2008

Votre commentaire manifeste très maleureusement une incompréhension totale de la Chine; car tout est faux:

1, Tibet et Hong Kong sont entre les mains de la Chine, ce qui relève, au risque de vous déplaire, d’une politique INTERIEURE.
2, Relire bien l’artcile de Pierre HASKI « les grandes entreprises taiwanaises ne pouvant survivre aujourd’hui sans investir sur le continent » et pas l’inverse.
3, Seuls les USA et parfois les pays de l’UE peuvent encore exercer des pressions sur la Chine.

 
alexio56 | étudiant
00H36 23/03/2008

peut etre que tu as raison, mais le twain et le tibet peuvent en tous moment revendiquer leurs indépendances. un mouvement d’indépendance est en train de se manifester sur le plan mondial: je fait allusion bien sur a Kosovo, et mle basque espagnol.

 
Akaz | (rêveur à Paris)
21H01 22/03/2008

« 2, Relire bien l’artcile de Pierre HASKI « les grandes entreprises taiwanaises ne pouvant survivre aujourd’hui sans investir sur le continent » et pas l’inverse. »

Etant donné qu’un certain nombre de grandes entreprises chinoises sont taiwanaises…Et l’inverse n’a pas de sens: qu’est ce qu’une entreprise chinoise peut apporter à Taiwan? Enfin, je ne sais pas si tu réalises…

Autre chose, qui, je crois, est largement oublié, c’est que c’est avant tout un vote sanction contre Chen Shui-bian. Qui a déçu dès le départ à la fois sur des questions institutionnelles, sur sa gestion économique, puis sur sa politique étrangère qui cherchait à cacher son inaction à l’intérieur, enfin et ça a été la touche finale, les révélations sur la la corruption de son entourage ont particulièremet choqué, vu qu’il avait été élu comme un nettoyeur, un incorruptible, un juste.

Enfin, une petite information (et oui, le monde est complexe en dehors de l’Occident) il y a beaucoup d’indépendantistes au KMT, si si.

 
Pierre Haski | Rue89
21H35 22/03/2008

Un certain nombre de grandes entreprises chinoises sont taiwanaises? Ah bon? Lesquelles?
Sinon d’accord avec vous sur le vote sanction contre Chen Shui-bian qui n’a que lui-même à blâmer. Un beau gâchis.

 
cywd
22H51 22/03/2008

« Un beau gâchis »

ahahaha, les mots en disent longue…

 
Pierre Haski | Rue89
23H15 23/03/2008

ce rire est formidable! même par écrit.

 
cywd
23H13 22/03/2008

« Etant donné qu’un certain nombre de grandes entreprises chinoises sont taiwanaises…Et l’inverse n’a pas de sens: qu’est ce qu’une entreprise chinoise peut apporter à Taiwan? Enfin, je ne sais pas si tu réalises… »

« Un certain nombre de grandes entreprises chinoises sont taiwanaises? Ah bon? Lesquelles? »

Il veut dire par là que les investisseurs taiwanais ont massivement investi dans certaines entreprises chinoises de très grande taille (le secteur chimie pétrole par ex), notamment dans les provinces du Fujian, Zhejiang et Jiangshu. Les rendements de ces investissements sont si importants pour que comme Pierre HASKI l’a dit, presque toutes les grandes entreprises taiwanaises ne puissent survivre sans le marché du continent, l’économie taiwanaise est bien dépendante de celle du continent; mais pas l’inverse et ce, à l’unanimité de tous les économistes de Taiwan.

Je lui accord des crédits sur le fait qu’il y a effectivement des indépendantistes au KMT.

 
l écrevisse
09H13 23/03/2008

« Lesquelles? »
Je crois que Acer est Taiwanais.
Sinon, je propose ici un lien à Wikipedia qui donne la liste des entreprises Taiwanaises, mais je n’y ai pas accès ici…
fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d’entreprises_de_Taïwan - 19k
Mr Haski, vous semblez pour l’indépendance de Taiwan, vous montrez une photo des manifestation du DDP pour illustrer l’article, vous parlez de « beau gâchis » pour définir l’échec de Chen Shui-bian, ou encore vous assurez que « Ma est plus malin que Lian » car (sous entendu) Lian Chan a fait une visite « back to the roots » à Beijing en 2005.
Mais peu être que je me trompe.
Pourriez vous éclaircir vos positions et si vous êtes pour l’indépendance Taiwanaise, expliquer la raison?

 
cywd
16H44 23/03/2008

Une Chine idéale est une Chine divisée en 7 morceaux; Xing jiang, Xi zhang, Mongolie,Yun Nan, Dongbei,Taiwan, et le reste. Comme quoi, vous pourriez voir dans la presse occidentale que la Chine est un pays aussi magnifique que l’Inde. :-)))

 
Pierre Haski | Rue89
23H14 23/03/2008

Je comprends mieux quand vous dites que des grandes entreprises chinoises sont taiwanaises. En fait, vous dites simplement que les grandes entreprises taiwanaises sont… taiwanaises. Acer ne se décrirait sûrement pas comme une « entreprise chinoise ».
Je ne sais pas si je suis pour l’indépendance de Taiwan! Tout ce que je sais, c’est que Taiwan a réussi à se libérer d’une dictature et instaurer une démocratie, certes imparfaite, mais qui connait quand même sa deuxième alternance sans drame, qu’il n’y a pas un seul prisonnier d’opinion sur l’île, et que la presse y est libre et dynamique. Je ne pense pas qu’ils aient très envie de se retrouver sous la coupe du PCC, surtout quand ils entendent les campagnes contre la « clique du dalaï »… Je suis simplement pour qu’ils aient le choix de rester libres s’ils le souhaitent.
En revanche, je suis convaincu que si la Chine continentale devenait démocratique, c’est-à-dire se rapprochait de la situation taiwanaise -ce qu’on peut lui souhaiter de mieux, si vous voulez mon avis…-, la question de l’indépendance de Taiwan ne se poserait certainement plus dans les mêmes termes, et la réunification ne serait plus qu’une formalité. Mais on n’en est pas là.

 
grasshopper | En transit à Paris
21H58 22/03/2008

Oui, un beau gâchis.
Pour avoir vécu quelques années à Taiwan, mon sentiment est qu’il y a beaucoup de désillusion chez les jeunes vis-à-vis de la politique en général, DDP et KMT confondus et, surtout, énormément d’amertume et de ressentiment face au cynisme de la Chine et à la manière dont réagissent les puissances occidentales…
La situation de Taiwan sur le plan international est scandaleuse. Nos gouvernements (européens, américain…) se bouchent les oreilles et ferment les yeux. Comme pour le Tibet.
Et pourtant, la jeunesse taiwanaise reste. Si beaucoup vont étudier à l’étranger, beaucoup aussi reviennent ensuite travailler sur place, et c’est plutôt bon signe. Mais là encore, avec beaucoup d’incertitudes sur un avenir qui semble hypothéqué aux caprices irrationnels du régime chinois, suranné et mégalomane, dépourvu de toute légitimité, mais néanmoins tacitement soutenu par la communauté internationale, qui craint sa puissance économique.
C’est à ceux qui, sous cette menace continue, bâtissent, jour après jour, la société taiwanaise de demain, que va ma toute ma sympathie, fraternellement.

 
Alain Provist
22H47 22/03/2008

Je me souviens d’un temps, pas si lointain, où le règne du Kuomintang sur Taiwan n’avait rien à envier à la main-mise du parti communiste sur la Chine. Chiang Ching-Kuo avait succédé à son père Chiang Kai-Shek(à quelques années près) à la présidence comme Kim Jong-Il a pris la suite de Kim Il-Sung à Pyong-Yang. Le culte de la personnalité de Chiang Kai-Shek (mausolées, portraits) n’avait rien à envier à celui de Mao Zedong à Pékin. Depuis la présidence de Lee Teng Hui, la démocratie taiwanaise a fait beaucoup de progrès. On ne peut pas en dire autant sur la continent.

On notera que le nouveau président taiwanais est l’ancien maire de la capitale Taipei comme le nouveau président sud-coréen Lee Myung-Bak est l’ancien maire de Seoul. Les deux nouveaux présidents appartiennent aux partis conservateurs classiques (KMT/GPN) qui avaient été écartés du pouvoir par des mouvements plus progressistes (DPP/CNNP: Chen Shui-Ban / Roh Moo-Hyun)

 
ziyouwudao
23H19 22/03/2008

Et alors ???? Chen Shui-bian avait été maire de Taipei aussi, Chirac a été maire de Paris, les exemples sont nombreux dans le monde !!!

A voir les couvertures de nombreux journalistes, on a l’impression que Taiwan va retourner à la Chine ou que Tchang Kai-chek is back, non, non, ce n’est pas aussi simple que cela !! On peut également espérer que la nouvelle opposition tire les leçons de ces votes sanctions successifs pour construire quelque chose de plus cohérent…

 
Alain Provist
23H30 22/03/2008

Alors rien, c’est juste une remarque. Le fait que le mouvement de balancier entre partis progressistes et partis conservateurs fonctionne est plutôt bon signe pour les deux pays qui connaissent une évolution politique équivalente. Je n’ai pas plus comparé le nouveau président Ma à Chiang Kai-shek que je ne comparerai Lee Myung-Bak au président Park Chung-Hee même si sa fille est dans le même parti.Les cures d’opposition ne font de mal à personne (quid du PS ?)

 
ziyouwudao
23H44 22/03/2008

« Les cures d’opposition ne font de mal à personne (quid du PS ?) »

C’est ce que je dis, toutefois je ne suis pas sûr que le PS soit un bon exemple !!

 
Alain Provist
11H32 23/03/2008

C’est bien ce que je dis moi aussi. Le PS ne semble pas tirer les leçons de 6 ans d’opposition gouvernementale et 13 ans d’opposition présidentielle.

 
Marc
23H58 22/03/2008

je suis un petit fils de mai 68 est j’assume

http://marc.vasseur.over-blog.com/

 
jumpas | 6
18H20 23/03/2008

j’ai toujours l’impression que bcp de journalistes francais n’ont pas une position objective…Mais Mr Haski est deja bcp mieux.

Cependant,les taiwanais qui ont ete pour l’independance sont seulement 15% de la population…

http://www.mac.gov.tw/big5/mlpolicy/pos/9701/po970106.htm
http://www.mac.gov.tw/english/index1-e.htm

 
Akaz | (rêveur à Paris)
18H00 23/03/2008

« Une Chine idéale est une Chine divisée en 7 morceaux; Xing jiang, Xi zhang, Mongolie,Yun Nan, Dongbei,Taiwan, et le reste. Comme quoi, vous pourriez voir dans la presse occidentale que la Chine est un pays aussi magnifique que l’Inde. :-))) »

Pourquoi une aire culturelle devrait-être forcément une seule unité étatique? Surtout quand l’entité qui veut incarner cette seule unité étatique veut détruire toutes les différences qui existent même dans une grande aire culturelle? Qui a envie de partager le sort de la Mongolie lors du grand bond en avant, du Tibet et du Xing Jiang tous les jours, des étudiants lors de Tien An Men, des paysans face à l’arbitraire?

La liberté quand on y a goûté on s’y accroche.Tant pis pour l’empire, la grandeur, et ce genre de choses qui ne peuvent satisfaire que les esprits étroits et les larbins. Tant pis pour l’empire, quel qu’il soit.

 
Akaz | (rêveur à Paris)
18H18 23/03/2008

Sur l’économie.
La Chine est rentable pour Taiwan et le sera encore plus dans les années à venir. Taiwan est déja l’un des principaux bénéficiaires du boom chinois, que le pays en profite encore plus tant mieux. D’ailleurs si j’ai bien compris (Ma Ying-yeou s’exprimant en taiwanais, j’ai encore un peu de mal), le nouveau président parle et spécifie bien qu’il s’agit d’un rapprochement économique et pas de mise en place d’une quelconque réunification: ça m’a tout l’air d’un nouveau Lee Teng hui, ça (je crois que c’est là qu’en vient Pierre Haski quand il parle de « malin », mais je peux me tromper).
Maintenant parler de dépendance? Taiwan a probablement trop investi, ne plaçant pas assez de billes ailleurs. Mais de ce que j’ai vu, lu, ressenti il y a un assez gros fossé entre les deux pays: leur culture économique est très très différente. Pour schématiser: les bras sont chinois, la compétence technique est encore de l’autre côté. Suffit d’entendre les investisseurs chinois ou japonais ce qui les intéressent c’est la main d’oeuvre.

Sinon autre exemple d’entreprise, comme ça sans se casser la tête, le fabricant exclusif des composants d’apple, taiwanais, basé en chine, milliardaire. Comme d’autres quand ça ne sera plus rentable il ira ailleurs.

 
jumpas | 6
18H37 23/03/2008

« Pourquoi une aire culturelle devrait-être forcément une seule unité étatique? »

Est ce que c’est une question meme valide??

Alors si vous posiez la meme question aux USA, a la russie, la france, le UK, le Yugoslavie, le canada, meme l’inde?! Leur demandez pourquoi il y a un seul etat qui governe une aire culturelle?

 
jcb29arz | Retraité à Quimperlé
00H42 24/03/2008

PETITION CONTRE LE TIGRE CHINOIS
SOUTENONS LE PEUPLE TIBETAIN

501,082 personnes ont signé la pétition dans les dernières 48h. … puis…
607,309 personnes ont signé la pétition dans les dernières 72h. … puis…
736,017 personnes ont signé la pétition ces cinq derniers jours…
Aidez-nous à atteindre 1,000,000
A diffuser massivement…
http://www.avaaz.org/fr/tibet_end_the_violence/98.php/?CLICK

“ Soyons tous des « Dalaï Lama » à notre niveau… Résistons contre le tigre chinois… Les Tibétains doivent nous servir d’exemple… Le Tibet doit être LIBRE

Mesdames, Messieurs les Maires de France, et nous tous, sur nos véhicules, sur nos maisons… partout où c’est possible, comme André Rossinot sur la Mairie de Nancy… Brandissons le drapeau Tibétain ! »
http://img208.imageshack.us/img208/9012/thibetflagsc2.jpg

« On s’intéresse à ses membres comme parties de son corps, pourquoi pas aux hommes comme parties de l’humanité ? » Dalaï Lama

 
cywd
01H02 24/03/2008

Une fois élue, MA Jing-Yeou a refusé sec toute possibilité de visite de DALAI LAMA à Taiwan.

Une belle et triste leçon de realpolitics.

 
Nutmeg
17H02 25/03/2008

Ce n’est pas du tout ce j’ai lu, sachant que ce que j’ai lu est sensé être ce qu’il a dit…
« […] le dalaï-lama sera plus que le bienvenu […] ».

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/03/23/taiwan-le-nouvea…

 
Aartus
10H59 24/03/2008

Mr Haski,
Vous écrivez que vous étes « convaincu que si la Chine continentale devenait démocratique, c’est-à-dire se rapprochait de la situation taiwanaise -ce qu’on peut lui souhaiter de mieux, si vous voulez mon avis…-, la question de l’indépendance de Taiwan ne se poserait certainement plus dans les mêmes termes, et la réunification ne serait plus qu’une formalité »

Que la question ne se poserait plus dans les mêmes termes, sans aucun doute, mais que la réunification ne soit plus dans ce cas qu’une formalité, je n’en suis pas aussi certain que vous. Dans le cadre d’une Chine par exemple confédéralisée, cette option serait peut être acceptable par une partie des indépendantistes, mais dans le cadre d’une Chine qui resterait centralisatrice, cette acceptation n’est pas si certaine. La démocratisation est une chose, la rupture avec le modèle impérial centralisateur en est une autre qui ne relève pas seulement de critères politiques, mais également culturels. Et une telle transition culturelle s’avèrerait à mon avis plus difficile encore qu’une transition politique vers la démocratie. Il y a un fort courant identitaire aujourd’hui à Taiwan qui transcende les sympathies politiques pour tel ou tel parti (oui, même au sein du KMT qui n’est pas aussi monolithique qu’il parait) et je ne crois pas qu’une démocratisation de la Chine le ferait disparaître d’un seul coup pour se fondre dans une identité chinoise indifférenciée. Plus d’un siècle de séparation effective entre l’île et le continent laisse forcément des traces dans les mentalités.

 
Akaz | (rêveur à Paris)
11H42 24/03/2008

« Est ce que c’est une question meme valide??

Alors si vous posiez la meme question aux USA, a la russie, la france, le UK, le Yugoslavie, le canada, meme l’inde?! Leur demandez pourquoi il y a un seul etat qui governe une aire culturelle? »

Tu t’es relue? Je veux dire tu as réfléchi aux termes que j’ai utilisé avant de répondre?
Le Canada et les Etats-Unis font partie de la même aire culturelle. L’europe est une aire culturelle, pourtant elle compte combien d’Etats?
D’aileurs une aire culturelle ça a des contours tellements flous que ce n’est qu’un concept pratique sans plus.

Par exemple, et je reprends un exemple du modeste Amartya Sen, l’Inde est sensée faire partie de l’aire hindouiste, pourtant elle compte 150 millions de musulmans, et que, par exemple, le Taj Mahal est un monument musulman. Tu vois ou je veux en venir? Non?
Tant pis…

 
Nutmeg
17H05 25/03/2008

Taiwan est pays qui évolue très vite. Depuis la démocratisation de l’île vers la fin des années 80 et la « taiwanisation » de l’île entreprise par le DPP, les lignes ont bougé vis-à-vis de la Chine. Dans un sens plus subtil qu’il n’y paraît. Le Kuomintang est réputé plus proche de Pékin, historiquement parce que la charte de ce parti envisage une réunification avec la Chine continentale. Plus actuellement parce que le resserrement des liens économiques (que le Kuomintang prône) avec le continent est perçu comme un bon moyen de relancer une économie en perte de vitesse après plusieurs décennies de forte croissance. Cependant, le Kuomintang est bien hostile au régime de Pékin. Historiquement, il est « anti-communiste ». Et plus actuellement parce qu’il est désormais « obligé » de prendre en compte une identité proprement taiwanaise de plus en plus forte dans le pays. A mon avis, ce sentiment d’existence d’une identité taiwanaise n’est pas prêt de s’éteindre. L’autonomie vis-à-vis du « pouvoir central » de Pékin ne date pas de 1949. Avant cela, l’île était japonaise, façon « colonnie intégrée » depuis 1895, à peine 15 ans après avoir été intégrée à l’empire chinois. Avant cette intégration, l’île de Taiwan jouissait d’une certaine autonomie, ou d’un certain désintérêt, entrecoupé de périodes d’occupation par les européens, puis les chinois, à des fins purement stratégiques au départ (contrôle du détroit). Le premier représentant de l’empire chinois à y avoir mis le pied, l’a fait vers la fin du XVIIème, sans que les habitants de l’île ne soient considérés comme des « citoyens » chinois (avant l’intégration de 1880 environ). Tout ça pour dire que l’identité taiwanaise ne tient probablement pas qu’à une différence de système politique, même si cela compte. La Chine et Taiwan ont certes une partie de leur histoire en commun, mais ils ont aussi un passé plus lointain distinct. Leur passé récent les emmène sur deux chemins très différents. C’est la notion d’identités soeurs, mais différentes. Avec le temps, il n’est pas certain que le sentiment « taiwanais » ne se renforce pas, même si la Chine se démocratise (ce qui, au rythme actuel, devrait prendre du temps…).