
Quand Mao décrétait Antonioni « ennemi de la Chine »
En 1972, alors que la Chine était encore repliée sur elle-même, en proie à la Révolution culturelle, le cinéaste italien Michelangelo Antonioni avait été autorisé à passer cinq semaines dans le pays, pour tourner un documentaire. Le résultat déplut fortement à Mao et surtout à sa femme, Jiang Qing, alors toute-puissante. Une campagne virulente fut lancée contre le cinéaste, accusé des pires crimes antirévolutionnaires et surtout antichinois…
En hommage au réalisateur italien disparu cette semaine, Rue89 vous offre quelques minutes (en italien sous-titré en chinois, mais les images n'ont pas besoin de commentaire…) de ce documentaire exceptionnel, d'une durée totale de quatre heures et diffusé initialement par la télévision publique italienne RAI. En remerciant le site spécialisé sur la Chine EastSouthWestNorth de l'avoir exhumé pour notre plus grand plaisir, et d'avoir rappelé toute l'histoire, un épisode fascinant des rapports entre le maoïsme et les intellectuels occidentaux.
Ce qui est étonnant avec le recul, ce sont les critiques émises contre « Chung Kuo », le documentaire d'Antonioni. On lui reprocha d'avoir choisi de montrer de « vieilles choses » (la Révolution culturelle était en guerre contre les « vieilleries »), d'avoir filmé des enfants heureux de sortir de classe alors qu'il aurait fallu les montrer contents d'étudier, ou encore d'avoir fait un panoramique sur un pont qui pouvait suggérer qu'il était mal construit… Bref, d'avoir privilégié une esthétique d'artiste bourgeois au lieu de l'approche réaliste-socialiste en vigueur à l'époque. Des critiques qui peuvent paraître ridicules avec un recul de 35 ans, mais qui avaient toute la force que pouvait avoir alors Jiang Qing, qui était parvenue à imposer un seul opéra à tout un pays, dans lequel les ballerines portaient des fusils d'assaut ! Antonioni, rappelle EastSouthWestNorth, a surtout été victime des luttes internes du premier cercle du pouvoir maoïste. Jiang Qing et sa « bande des Quatre » avaient utilisé ces critiques contre le cinéaste pour affaiblir le fidèle Premier ministre de Mao, Zhou Enlai, artisan de la timide ouverture de la Chine qui avait permis à Antonioni de commettre ses « crimes »…
Il fallut attendre trois décennies pour que le film soit diffusé officiellement à Pékin, à l'Institut du cinéma. A la plus grande surprise du public chinois d'aujourd'hui, peu habitué à voir ces images d'une Chine embrigadée, qui a cédé la place à un contrôle bien plus subtil.
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De
15H10 | 05/08/2007 |
Pierre,
Je viens de finir votre livre « 5 ans en Chine » que j'ai beaucoup aimé. C'est avec grand plaisir que je retrouve vos chroniques ici.
Laurent H.
De Pierre Haski (auteur)
Rue89 | 15H57 | 07/08/2007 |
Merci !
à Pierre Haski
De
19H15 | 08/08/2007 |
Je me souviens de cet événement. A l'époque je militais à la Cause du Peuple et les déchirements entre nous étaient extraordinaires ! Ce fut ceci, parmis d'autres événements, qui m'amenèrent à commencer par penser par moi-même et non par le petit livre rouge qui nous disait que « le noyau dirigeant de notre cause, c'est le Parti communiste chinois. » que « Le fondement théorique sur lequel se guide notre pensée, c'est le marxisme-léninime. » Je m'en souviens encore par coeur ! et puis est venu le temps des chats, de la couleur des chats… maintenant nous en sommes au retour de l'esclavagisme dans les briqueries !
Une chose pourtant : si l'on dénonce avec raison le massacre que fut la Révolution Culturelle, il ne faut pas oublier les millions de Chinois régulièrement assassinés par les seigneurs de la guerre avant 1949.
De Ella Marder
Rue89 | 23H22 | 05/08/2007 |
Bravo Pierre pour ce cadeau hommage.
Et merci, vraiment.
C'est précieux et rare.
ella
De
11H40 | 06/08/2007 |
Dites monsieur Haski, pourriez vous nous dire un peu, si vous l'aviez vecus ou si vous etes informés, de l'accueil qu'à reçus ce film dans les cercles maoïstes parisiens ou européens ? Qu'en disaient nos chers amis sollers et compagnie ?
De Pierre Haski (auteur)
Rue89 | 13H35 | 06/08/2007 |
J'essaierai de me renseigner, ça peut être amusant de retrouver les traces de cette polémique l'époque.
De
19H13 | 06/08/2007 |
Les images se passent de commentaires ? Quand on sait le pouvoir de manipulation de l'image, je pense que c'est bien d'avoir le texte avec, j'imagine que si un cinéaste comme Antonioni a choisi de mettre un texte ce n'est pas par hasard quand même ! Ou peut-être que c'est déplacé de vouloir comprendre en profondeur ?
De Pierre Haski (auteur)
Rue89 | 22H23 | 06/08/2007 |
Je baraguine suffisamment l'Italien pour comprendre ce qu'il dit. Antonioni explique qu'il a choisi de commencer son film place Tiananmen, au centre de Pékin qui se trouve au centre du pays qui se considère comme l'empire du milieu. Il ajoute qu'il n'a pas voulu venir un jour de fête, lorsque la place est envahie par une foule officielle, mais un jour ordinaire, lorsque les Chinois font la queue pour se faire photographier. Parce qu'il veut que les Chinois ordinaires soient au centre de son film. Voici en condensé ce que dit le commentaire de l'extrait que vous pouvez voir. Voilà aussi pourquoi je pensais qu'on pouvait faire l'impasse sur ce commentaire qui n'est pas, dans ce contexte, fondamental.
De
04H17 | 07/08/2007 |
difficile d'imaginer la place de cette façon aujourd'hui …
pas encore de mausolé, de colonne, de circulation à outrance autour, …
de belles images !
Le film est-il disponible à la vente (avec une version st français) ?
De
12H17 | 07/08/2007 |
…commentaire intéressant tout de même puisque, justement, il situe le contexte.
Ni shuo bu shuo hanyu ma ?
De Pierre Haski (auteur)
Rue89 | 15H59 | 07/08/2007 |
Yidian !
De Biondo
13H40 | 08/08/2007 |
on dit : 你说不说汉语 ? ou 你说汉语吗 ?
Merci pour le commentaire, je n'ai pas le son sur mon ordi…
Je vais cherchez votre livre « 5 ans en Chine », il a l'air bien