Mao Zedong, manager modèle selon The Economist

Le magazine britannique The Economist, très libéral dans tous les sens du terme, a choisi de se montrer facétieux en cette fin d'année, en choisissant Mao Zedong comme modèle en matière de... management ! Mao lui-même, qui ne comprenait semble-t-il pas grand chose aux règles de l'économie et que l'histoire crédite de quelques désastres historiques, en serait sans doute le premier surpris. Surtout quand il est mis au même plan qu'Alfred Sloan, l'ancien patron de General Motors, auteur d'un livre culte sur le management dans les années 60.

Le choix de The Economist est dicté par le culte du paradoxe : il est en fait offert en modèle par l'hebdomadaire aux mauvais gestionnaires , y compris du monde des affaires, en raison, en particulier, du décalage extraordinaire entre la réalité de ses réalisations et sa réputation dans l'histoire. Car, souligne le magazine,

Mao a toujours une prise symbolique sur l'économie chinoise, même si celle-ci n'a commencé à prospérer qu'après sa mort. Son visage reste gravé sur les billets de banque, les sacs, les chemises, les montres, sur tout ce qui peut être vendu par les innombrables entrepreneurs capitalistes qui sont nés sous sa férule quand il était au pouvoir. Aucun autre dirigeant d'un pays viable (autre que la Corée du nord, donc) n'est honoré de cette manière, même pas ceux qui ont fait un bon boulot.

Parmi les qualités que The Economist reconnaît à Mao et qui pourraient servir de modèle aux mauvais managers » , celle d'avoir su inventer des slogans fallacieux mais puissants , comme servir le peuple , un comble pour quelqu'un qui a vécu comme un empereur. Le magazine ajoute parmi ses conseils la manipulation des médias » , avec le petit livre rouge comme modèle de produit marketing pour faire passer son message, ou encore le sacrifice de ses amis et camarades, dont la liste est effectivement longue...

Sous Mao, la Chine n'a pas dérivé, elle a caréné. L'impulsion venait du sommet. Les politiques étaient faibles, la mise en oeuvre atroce, et les dirigeants mal dirigés, mais chaque initiative semblait générer une force centripète car chacun regardait en direction de Pékin pour connaître la direction à suivre (ou éviter de se faire écraser). L'équivalent, dans la vie des entreprises, serait la restructuration : plus c'est grand, mieux c'est. Peut-être que pour un manager en difficulté, la principale leçon est celle-ci : si vous ne pouvez rien faire, faites-en beaucoup. Et plus ça dure, plus il faudra de temps pour que les conséquences désastreuses de vos actes soient apparentes. Et pensez réellement en grand : avec toutes ses faiblesses, Mao était vraiment une source d'inspiration.

On l'aura compris, c'était de l'humour... britannique et libéral.


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V comme vendetta | Ecrivain
17H44 22/12/2007
Après la Une de TIME sur l'homme de l'année 2007, Vladimir Putin, voici celle de The Economist, sur Mao... La presse anglo-saxonne fait fort en cette fin d'année 2007. Le capitalisme, sous couvert d'humour, nous dévoile peut être ces modèles cachés, objet de désir et de répulsion.
 
brise marine | portier de nuit
22H01 22/12/2007
"Britannique et libéral" : n'est ce pas une tautologie?
 
Pierre Haski | Rue89
12H15 23/12/2007
Ce qui est amusant, c'est que la même semaine, Le Point fait aussi sa "une" sur la Chine, mais choisit d'y mettre Zhang Ziyi, l'actrice chinoise du moment (avec, c'est à peine croyable, une faute sur son nom, au moins dans les affiches du métro, je n'ai pas vérifié sur le magazine). Encore plus amusant, il y a quelques années, Le Point avait déjà fait un dossier similaire sur la Chine, en mettant cette fois Gong Li en couverture, c'est à dire l'actrice de la génération précédente. La même méthode marketing, et, si on suit votre raisonnement, la révélation d'un "objet de désir" vu de France, différent de celui de nos cousins anglo-saxons!
 
zorbek
00H26 24/12/2007
Je ne dirai pas que c'est de l'humour facile...disons juste un peu trop cynique à mon gout. Article interessant quand même par ce qu'il laisse transparaitre sans l'avouer tout haut, à savoir toutes les bassesses et turpitudes dont les hommes de pouvoir sont capables pour arriver à leur fin et promouvoir encore un peu plus leur ego surdimensionné. C'était évidemment le cas de Mao - et ici l'article tape très fort, car il suffit de se rappeller la fascination exercée jusqu'ici en Europe par des monceaux d'inepties qui n'avaient pourtant qu'une seule fonction: asseoir le pouvoir d'un dictateur, inepties qui n'en étaient pas moins gobées telles quelles (sic) - mais c'est aussi le pain quotidien d'une multitude d'entreprises, et pas forcément en restructuration, où le mensonge et la manipulation prennent leurs titres de noblesse sous couvert de "management" : "si vous ne pouvez rien faire, faites-en beaucoup. Et plus ça dure, plus il faudra de temps pour que les conséquences désastreuses de vos actes soient apparentes". Je ne compte plus les exemples dans ma vie professionnelle où beaucoup d'agitation et suffisamment de fumée ont permis à leurs véritables auteurs de faire porter la responsabilité de leurs échecs sur d'autres... Que ca ne dure pas éternellement est une bien maigre consolation.