Le Tibet révèle l'impasse entre Chine et Occident

A quatre mois des JO, cette crise met en évidence un malaise aux racines bien plus profondes. Decryptage.

Forces de l'ordre devant un bâtiment de Lhassa vendredi (Reuters)

Les Jeux de Pékin devaient marquer le retour de la Chine au centre du monde, le moment symbolique de sa reconnaissance comme grande puissance en devenir. Le rendez-vous du mois d'août a toutes les chances d'être une occasion ratée, le point culminant de tous les malentendus entre la Chine et le monde occidental. Décryptage d'une impasse.

Info et intox

Plus de deux semaines après les violents incidents de Lhassa, le 14 mars, c'est version contre version, préjugé contre préjugé. Pour l'immense majorité des Chinois, ce sont eux, les Han (ethnie dominante en Chine), les victimes des émeutes survenues dans la capitale tibétaine. Alors que si on faisait un sondage dans les pays occidentaux, il ne fait aucun doute que les Tibétains seraient présentés comme les victimes d'une sauvage répression chinoise.

Paradoxalement, il ne s'agit pas que de manipulation. Mais aussi de perceptions. Les Chinois ont factuellement raison: les premières victimes ont été des Han lynchés dans la rue par la foule tibétaine en révolte, ou, brûlés vifs comme les cinq employés (quatre Han, une Tibétaine) du magasin Yishion de Lhassa, devenus des martyrs pleurés par toute la Chine. Cette dimension n'a pas été immédiatement perceptible dans les informations diffusées par les médias occidentaux (Rue89 en a parlé dès le 16 mars, grâce au témoignage d'un touriste français qui a, parmi les premiers, parlé de "lynchages" dont il avait été le témoin).

La raison: il n'y avait alors qu'un seul journaliste étranger sur place, James Miles, de The Economist, et les correspondants qui ont voulu s'y rendre en ont été empêchés. Reste que, pour avoir privilégié les informations sans confirmation sur la répression terrible des protestations tibétaines, les médias occidentaux, CNN en tête, font l'objet d'une violente campagne hostile en Chine (voir le site "anti-CNN.com). D'autres sont montrés du doigt pour avoir utilisé les images de matraquages de moines au... Népal voisin, pour illustrer la répression au Tibet, restée sans images!

Deux semaines après, on ne sait toujours pas si le bilan de ces événements est bien de 19 morts, majoritairement Han, comme l'affirme Pékin, ou de 140, comme l'affirme le gouvernement tibétain en exil. Des photos de corps de Tibétains tués par balles circulent sur Internet, semble-t-il tués dans les provinces avoisinantes comme le Sichuan, le Gansu ou le plateau du Qinghai, mais pas à Lhassa.

Deux semaines après, personne n'est encore en mesure d'enquêter librement sur place: les journalistes étrangers emmenés cette semaine au Tibet étaient soigneusement encadrés par les autorités, tout comme les diplomates, dans un voyage séparé. Le mal est donc fait: les Chinois, certes exposés à peu d'informations contradictoires, s'estiment les victimes et ne comprennent pas que le reste du monde ne le reconnaisse pas...

Dans un syndrome colonial classique, ils s'arrêtent à la violence commise par les "colonisés" et ne la comprennent pas "alors qu'on leur a tout donné".. Le reste du monde, lui, surtout en Occident, considère comme acquis que les Tibétains sont opprimés et se sont révoltés, et que la Chine a réprimé violemment leurs protestations. Ce fossé-là mettra du temps à se combler.

le rapport de force a changé

Au moment de la répression dans le sang du "Printemps de Pékin", place Tiananmen, en 1989, la Chine pouvait être montrée du doigt par le reste du monde, elle ne pesait pas lourd. Aujourd'hui, le rapport de force a changé.

Cette équation différente explique l'embarras colossal des dirigeants occidentaux, qui se trouvent en porte-à-faux avec leurs opinions publiques, sensibles à la personnalité du dalaï lama, au message bouddhiste et à leur perception de la répression sanglante de Lhassa, qui se rapproche dans les esprits de celle de Rangoon. A l'époque, on avait vu Nicolas Sarkozy recevoir à l'Elysée le chef du gouvernement birman en exil et Bernard Kouchner prendre des airs tragiques pour évoquer le martyr des moines birmans.

Aujourd'hui, le même Bernard Kouchner reconnait que le poids des relations économiques avec la Chine (nucléaire, Airbus, TGV...) pèse sur les choix du gouvernement. Il faut y ajouter que la Chine est devenue incontournable sur les grands dossiers diplomatiques de l'heure, Darfour, Iran, Corée du nord... Le New York Times faisait observer samedi que lorsque George Bush a téléphoné à Hu Jintao pour lui faire part de sa "préoccupation" (ah le langage diplomatique!...) sur le Tibet, il en a profité pour lui parler aussi du nucléaire nord-coréen.

Mais surtout, ce qui est sous-estimé en Europe, c'est à quel point l'état d'esprit chinois a changé: les dirigeants, mais aussi l'élite urbaine, ne sont plus d'humeur à se laisser donner des leçons par un Occident largement dévalorisé à leurs yeux. Dès lors que Nicolas sarkozy a un peu haussé le ton sur le Tibet, pour répondre à l'attente de l'opinion, il s'est attiré une volée de bois vert à Pékin pour le remettre à sa place. Et ce sentiment est partagé par l'élite chinoise qui, si elle apprécie de faire du tourisme à Paris et de faire ses courses chez Louis Vuitton, a acquis un sentiment de supériorité aussi fort que la croissance économique de son pays comparée à la nôtre...

Ce rapport de force est la principale différence avec la période de Tiananmen. Elle explique que les 27 ministres des Affaires étrangères européens qui se sont réunis ce weekend en Slovénie n'ont ... rien décidé! Pas un mot sur un éventuel boycottage de la cérémonie d'ouverture (relevons quand même que ce sont les anciens pays communistes, Pologne et Republique tchèque, qui ont pris l'initiative et ont annoncé qu'ils n'iraient pas à la cérémonie), mais un voeux pieux de "dialogue constructif" entre la Chine et le dalaï lama. En priant secrètement pour que tout rentre dans l'ordre d'ici au mois d'août et que les opinions auront "oublié".

L'illusion de l'influence

Avec le plus grand sérieux, les responsables français expliquent qu'ils ont offert leurs bons offices pour servir de médiateurs entre Pékin et le dalaï lama, exilé à Dharramsala. Il faut espérer qu'ils ne se font pas d'illusions, sinon leur réveil sera douloureux.

Deux mille ans d'histoire des relations sino-tibétaines sont là pour attester que la Chine n'acceptera pas que le reste du monde se mêle de cette affaire. La campagne menée par Pékin contre le dalaï lama, avec des accents dignes de la Révolution culturelle, ne laisse pas beaucoup d'espace au "dialogue" que les Européens appelaient de leurs voeux samedi. Et on voit mal ce qui, d'ici au 8 août, ferait changer d'avis des dirigeants chinois qui ont diabolisé le leader tibétain au-delà du raisonnable.

De fait, le scénario qui se déroule est la répétition de ce qui s'est produit avec le panchen lama, le deuxième personnage de la hiérarchie du bouddhisme tibétain. Lorsque le dalaï lama a désigné un jeune Tibétain comme "réincarnation" du précédent dalaï lama, en 1995, cet enfant de 6 ans a été kidnappé par les autorités chinoises qui ont fait sélectionner un autre jeune. Ce dernier est aujourd'hui entre les mains du pouvoir chinois et il a sévèrement condamné les événements du 14 mars, tandis que plus personne n'a plus jamais entendu parler de l'autre enfant.

La Chine espère renouveler l'exercice à la disparition de l'actuel dalaï lama, en manipulant le processus traditionnel de "réincarnation". Le Parti communiste, le plus sérieusement du monde, a interdit de proclamer un "bouddha vivant" sans son accord!

La toîle de fond de cette crise est que la Chine, communiste ou impériale, ne renoncera pas au territoire tibétain. Et elle ne tolèrera pas le retour du dalaï lama qui serait alors le seul "contre pouvoir" à l'intérieur d'un pays qui n'en compte aujourd'hui aucun.

Le seul problème est que le dalaï lama est un leader autant politique que religieux, et qu'il est, de ce fait, un redoutable adversaire, qui a su tisser des réseaux de soutien puissants à travers le monde. Sa venue à Nantes, cet été, rassemblera ainsi des milliers de personnes. Appeler au dialogue comme le font les Occidentaux relève donc largement du déclamatoire.

Que feront les dirigeants occidentaux quand ils trouveront porte close à ce "dialogue"? Fort prudemment, ils ne disent rien de leurs intentions car, vraisemblablement, ils n'en savent rien eux-mêmes. A travers cette crise, c'est tout l'équilibre des relations à venir entre la Chine et les autres puissances mondiales qui se joue, c'est la tonalité de ce "XXI° siècle chinois" qui se dessine.

Et maintenant?

Les événements des dernières semaines étaient assurément prévisibles. Tout remonte à la faute originelle qu'a représentée cette décision du Comité international olympique, en 2001, d'attribuer les JO à la Chine sans autre contrepartie, attiré par le potentiel fabuleux de sponsoring. Accordons à certains le bénéfice du doute: probablement espéraient-ils que les Jeux pousseraient la Chine à plus d'ouverture...

La société chinoise a assurément changé ces dix dernières années, mais ce n'est pas sous la pression des JO: l'urbanisation, l'enrichissement d'une partie de la population, la circulation plus grande d'information et de population ont eu leur effet. Les Chinois n'avaient rien promis de concret, et personne ne s'est préoccupé de cette question pendant des années: le réveil est douloureux. La complaisance d'alors se paye aujourd'hui au prix fort.

La Chine doit assurer le triomphe de ses JO, c'est la fierté du régime qui est en jeu. Que les Occidentaux gâchent la fête (le reste du monde viendra, devenu "client" de la Chine comme l'Afrique, ou par réaction hostile à un Occident jugé trop arrogant), et ce sera une déferlante nationaliste sur une population déjà passablement chauffée à blanc par les événements du Tibet.

Comment faire passer le message à la population chinoise du décalage perçu à l'extérieur entre la nature du système chinois -et pas seulement au Tibet- et l'"esprit olympique"? C'est tout l'enjeu pour les organisations de défense des droits de l'homme et la société civile mobilisées autour de cette question (voir ici le discours de Daniel Cohn-Bendit au Parlement européen). Ce devrait être aussi celui des gouvernements qui ne veulent pas remettre en cause leurs relations, devenues trop importantes, avec la puissance chinoise, mais qui ne pourront pas faire comme si de rien n'était le 8 août.

La vision de Nicolas Sarkozy, George Bush et quelques autres dirigeants, assistant sans broncher au spectacle kitschissime que nous prépare le cinéaste Zhang Yimou (privé de Steven Spielberg) pour la cérémonie d'ouverture, risque d'être dur pour leur image. Il leur reste un peu plus de quatre mois pour sortir de l'impasse.


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Par adaunis
16H32    30/03/2008

Étant musicien, Le violon n'étant pas mon instrument, bien que l'on dise que c'est l'un des plus difficile à pratiquer, je ne désire donc pas en jouer pour vous féliciter d'avoir écrit la plus intelligente des "contributions" parmi les nombreuses que je lis depuis des mois sur ce sujet.
Merci, tout est dit, vous avez tout dit et magistralement sérié les différents aspects de cet événement proche !
"Tout remonte à la faute originelle qu'a représentée cette décision du Comité international olympique, en 2001..."
Et oui, c'est évident!
Vous avez je crois vécu de longues années dans ce pays, et parlant régulièrement avec un ami médecin africain, y résident actuellement à Chengdu, vos propos rejoignent les siens, quand je lui demande des explications.
Les autorités Olympiques se sont quelque peu fourvoyées et "faites rouler dans la farine" !
Il n'y a rien à rejeter à votre analyse, sinon s'il le faut, la relire au moins deux fois pour tout comprendre, assimiler, avoir une expertise correcte du problème et de ce qu'il reste à faire pour essayer comme vous le dites "sortir de cette impasse". Merci.

 
Par DidierB63
16H46    30/03/2008

Bien. Donc, les chinois et les tibétains ne veulent plus dialoguer à cause de 2000 ans d'histoire, les chinois voient les JO comme une question de fierté nationale et les occidentaux ne veulent rien faire qui pourrait nuire au commerce avec la Chine.
Tout ça pour un problème qui n'existe que dans la tète des quelques journalistes en mal de sensationnel...

Alors, on fait quoi nous? On n'y pense plus et on regarde nos JO CocaCola comme tout le monde?

Je reste persuadé que le boycott commercial est l'unique chose qui arrivera à changer quelque chose. Les produits que nous achetons en Chine, on peut les trouver ailleurs. En revanche, les Chinois ne peuvent pas vendre ailleurs.

Face à la diplomatie du porte monnaie, je doute que les dirigeants chinois restent bien longtemps arcboutés sur leurs positions colonialistes.
Et au diable les contrats d'Areva et d'Alsthom pour du nucléaire et des trains, qui en plus s'accompagnent de transferts de technologie avec lesquels les chinois viendront, d'ici à 20 ans, concurrencer les entreprises occidentales.

http://polemiquons.over-blog.com/

 
Par BarsouK
17H25    30/03/2008

Je travaille pour quelques années aux Etats-Unis et il se trouve qu'une forte proportion de mes collègues sont chinois (et ont grandi dans ce pays...). A la suite des évènements de Lhassa j'ai vite constaté la complexité du dialogue au quotidien entre le monde occidental et la société chinoise.
Il est difficile d'imaginer que de jeunes adultes surdiplomés, disposant de plusieurs sources d'information internationales affichent un soutien presque inconditionnel au gouvernement chinois.
Pour cela, j'ai trouvé l'analyse de Pierre Haski très pertinente.

 
17H48    30/03/2008

Mondialisation ou non, les intérêts vitaux de l’Europe au Tibet se limitent au respect de la dignité humaine. C’est beaucoup. Mais cela ne suffit pas à faire du Tibet et des JO le terrain où lire la trame des nouvelles relations qui s’esquissent entre Européens et Chinois.
L’Afrique, en revanche, ce sont des matières premières, dont des énergies fossiles, des territoires et des populations. Et la confrontation y a bien commencé. Avec la Chine et avec les Etats Unis.
Ce terrain là offre une image beaucoup moins flatteuse, mais sans doute plus détourée, des trois protagonistes. La façon dont chacun des trois agit, dans ses relations avec les autres, comme celle dont les différents pays - ou plutôt gouvernements- africains jouent de cette concurrence, y est déjà visible. Ces manières de faire diffèrent profondément. Les dangers certains sont là.
A cela aussi, vous pourriez, avec votre expérience, vous intéresser.

 
Par yamato
18H01    30/03/2008

boycotter les JO chinois, c'est encore tomber dans le piège ...

C'est les JO eux-même qu'il faudrait boycotter, mélange de nationalisme, de marchandisation (ha, ces belles gymnastes de 16 ans...qui sont esclaves de l'entrainement depuis l'age de 7 ans...).

Quant à la chine, boycotter les jeux, si l'on continue de leur vendre des avions et de leur acheter leurs produits, on peut toujours se défouler en taggant leur image. Ca vexe, mais ça n'arrête pas...

Quant au peuple Chinois...que devient-il la dedans ?

Nationaliste ?

Comment l'éviter !

 
Par GanLanShu
03H15    31/03/2008

Bonjour à tous
@PH à propos de J.-P. Béja, l'excellent texte dans "La pensée en Chine aujourd'hui" (folio essais 486) intitulé 'Liu Xiaobo: le retour de la morale'.
@Servais Jean... Votre tour d'horizon géopolitique est évidemment aussi juste qu'effrayant et les Chinois n'hésitent pas à s'en servir pour dénoncer l'arrogance des étrangers. Quelques bémols cependant... A l'impérialisme américain (ou encore Disneyland fasciste selon Jim Harrison/Jim Crumley) on peut encore voir les réponses d'un Michael Moore (par exemple); en France, l'imposture présidentielle peut être critiquée dans rue89 ou ailleurs; etc. En Chine, Tang Wei et Ang Lee sont persona non grata suite à 'Lust, caution'... C'est cet énorme différentiel qui construit le fossé dans lequel nous nous jetons par des propos radicaux qui ne font qu'obtenir le contraire de l'effet recherché: convaincre la population civile chinoise qu'elle est manipulée. Lorsque j'ai transmis l'article de rue89 concernant la censure qui frappe l'actrice et le réalisateur à mes étudiants, les réponses ont été très rapides- en substance: 'J'ai vu Tang Wei dans telle ou telle pub sur Internet, donc l'article ment...' Je parle ici d'étudiants d'environ 25 ans en Masters et PHD de langue étrangère, je vous laisse imaginer le décalage entre eux et leurs parents ou cousins des provinces...
Pour ce qui concerne le Tibet. Jeudi dernier, c'est une collègue chinoise proche de la retraite qui a ouvert la discussion dans le car qui nous ramenait de l'université. Au Parti depuis toujours, désillusionnée depuis longtemps, écoeurée par la corruption, notamment du système éducatif, elle se déclarait profondément choquée par le shoot'em up de la presse occidentale à l'encontre de Beijing... Parfaitement trilingue, nombreux voyages à l'étranger, prof honnête et compétente, son discours est celui de la désinformation de la presse officielle: la clique du Dalaï Lama, etc. J'y suis allé sur des oeufs mais j'ai quand même évoqué, par exemple, l'enlèvement du Panchem Lama, ce que personne ici ne sait... J'ai aussi parlé de la nécessité des J.O. pour mettre les choses à plat (nécessaire utopie). "Au moment de jouer avec le monde, la Chine ne peut pas ignorer les règles du monde; au moment de jouer avec la Chine, le monde ne peut pas ignorer les règles de la Chine." Ça, ça passe... Plus, c'est le fossé. Dans un pays et une culture ou un mot tel que 'dissident' n'existe pas et est traduit par 'traitre', ou le confucianisme millénaire récupéré par le Parti place l'unité nationale avant TOUT (alors que les Tibétains refusent cette prééminence lui préférant leur spiritualité), la presse française et occidentale est totalement discréditée pour son 'esprit critique' qui ici n'est pas culturellement acceptable - le concept n'existe même pas. Les propos radicaux et quelque peu oublieux des exactions perpétrées chaque jour dans le monde au nom de la démocratie sont perçus comme une agression caractérisée, une ingérence. Il faut savoir ce que l'on veut, exactement! A de rares exceptions, si les étudiants regrettent les émeutes de Lhassa, c'est à cause de l'image désastreuse que cela donne de leur pays (et donc d'eux-mêmes!), pas par compréhension de la cause tibétaine... Quant à boycotter les J.O., de nombreux commentaires disent à quel point cela serait contre-productif. Et même Cohn Bendit va trop loin! 'Aller foutre le bordel', c'est ni plus ni moins perçu comme un propos de hooligan! Si je suis d'accord avec Pierre Haski sur la distance que peut prendre la classe moyenne par rapport à ses dirigeants, je crains qu'il ne faille limiter cette distance au sacro-saint pragmatisme relatif à l'argent, au droit à la propriété et à l'environnement (comme on l'a vu avec les récentes manifs de Shanghai). Pour ce qui de l'unité nationale et de la politique étrangère, nous sommes encore très loin du compte! C'est pourquoi il est essentiel de profiter de Beijing 2008 et Shanghai 2010 pour entrer en contact avec la population civile et communiquer de manière appropriée, c'est à dire en tenant compte de la réalité historique et sociologique de la population. Pour 1 Liu Xiaobo, 1 300 000 000 de Wang, Li, Wei, Zhang dont au moins un des grands-parents est mort de faim et à qui le Parti aujourd'hui apporte une télévision totalement décérébrée et manipulée... Et, encore une fois, la distinction n'est pas faite ici entre le gouvernement et la population! A l'heure où des gens, Hans et Tibétains, sont lynchés, il est bien sûr difficile de prôner une modération toute pédagogique. Je crois pourtant que tout autre approche est non seulement vouée à l'échec mais favorise ce qui semble être le projet de Beijing: discréditer le Dalaï Lam au Tibet même, pour avoir enfin une rébellion armée à mater et définitivement anéantir l'identité tibétaine.

 
06H51    31/03/2008

Bonjour,

L’analyse de Pierre Haski est très pertinente et le choix du mot impasse est très juste. Je travaille en Chine depuis plus d’un an et demi et je me rends de plus en plus compte de cette impasse.

Comme l’a dit plus haut Barsouk, je suis aussi très frappé de voir des chinois avec de très haut niveau d’étude défendre la Chine bec et ongle sans aucun argument derrière.
Les propos peuvent se retourner en éclair et devenir d’une extrême violence dès qu’il s’agit de l’image de la chine.

Ils faut dire que la propagande marche très bien, les média repasse en boucle les images des Han qui on perdu la vie à Lhassa, des moines qui pillent les magasins et si je n’avais pas accès à quelque rare média en français (ou en anglais, ce qui est de plus en plus rare) pour pouvoir m’informer j’en serai vite réduit à penser comme les chinois.

Et je ne suis ici que depuis 1 an et demi, alors pour les gens naît ici et n’ayant toujours qu’un seul son de cloche il est bien difficile de faire preuve ne serai ce que d’une once d’esprit critique vis-à-vis du régime chinois. D’un autre coté il y a certain grand média occidentaux qui méconnaissent la chine et ont été un peu vite en besogne ce qui a permis et aux médias chinois de pointer insidieusement les incompétentes des occidentaux alors que certaines analyses sont pourtant très juste.

Donner les JO à Pékin sans contrepartie était une grosse erreur et faisait preuve d’une certaine naïveté de la part des Occidentaux.
Les chinois avaient promis de s’ouvrir si ils avaient les jeux, maintenant ils les ont et ils sont fidèles à eux même. Le plus important est de sauver la face, peu importe qu’ils respectent ou non leur engagements de toute façon ils étaient restés très flou sur la définition même de »l’ouverture ».

L’indulgence Occidentale commence à se payer aujourd’hui, le réveil est brutal certes mais ce n’est que le début, et il n’y a qu’à voir ce qui arrive à Danone en ce moment en Chine pour avoir un avant goût de ce qui attends les Occidentaux dans les prochaines années.

Ce n’est pas un fossé qui sépare la Chine de l’occident mais belle et bien un gouffre.