
La Chine est-elle encore communiste? Oui, répond Pékin

Il y a quelques jours, un internaute me demandait pourquoi je m’évertuais à qualifier la Chine de communiste alors que, de toute évidence, son économie était désormais capitaliste. Réponse lundi, avec l’ouverture à Pékin du XVIIe congrès du parti… communiste chinois (PCC), seul détenteur du pouvoir en Chine depuis 1949.
Etrange moment, cela dit, qu’un congrès du PCC : la capitale chinoise se pare de rouge pour accueillir les 2200 délégués, les discours prennent des accents révolutionnaires, aux antipodes des soirées de gala pour la revue "Fortune" qui se tiennent dans le même bâtiment, le Palais du peuple de la place Tiananmen. Et, surtout, le même rituel immuable d’opacité dans la désignation des dirigeants. Question au coeur du XVIIe congrès : qui émergera pour remplacer Hu Jintao dans quatre ans ? Le PCC, fiction ou réalité ?
La question de notre internaute reste néanmoins valable : que reste-t-il du communisme en Chine ? S’agit-il seulement d’une fiction pour maintenir le pouvoir du parti unique et l’asseoir sur une légitimité historique, dans la continuité de Mao Zedong qui repose toujours au centre de la place Tiananmen ? D’un rituel qui sert de ciment en l’absence d’idéologie de remplacement ? Ou y a-t-il encore des fondamentaux du communisme dans le fonctionnement de la République populaire ? En marge du précédent congrès, la télévision chinoise avait expliqué très sérieusement qu’on s’était trompé parce que Marx avait dit qu’il fallait passer par la phase du capitalisme avant de devenir communiste, alors que Mao avait tenté de passer directement du féodalisme au communisme. Plus sérieusement, qu’en est-il aujourd’hui ? Economiquement, la messe est dite : nous sommes en économie mixte, avec un capitalisme d’Etat encore très puissant (banques, assurances, énergie, transport, télécoms) qui fait bon ménage avec un secteur privé florissant, le tout irrigué et marié à des investissements étrangers massifs. Tout ce qui pouvait ressembler à une préfiguration du communisme, avec la propriété collective des moyens de production, la vie en communauté dans l’entreprise ou dans les communes populaires, a été systématiquement démantelé et privatisé au cours des deux décennies de réformes et de libéralisation.
Socialement, c’est pire encore puisque les réformes sont allées plus loin encore dans le démantèlement du système étatique que tout ce dont avaient pu rêver les idéologues néolibéraux. Santé et éducation payantes, pas de couverture médicale ou de retraite pour des centaines de millions de paysans, etc. Un sociologue membre du Parti communiste qui me citait en exemple le modèle américain à tout bout de champs, a éclaté de rire à mes objections : "C’est vrai, vous les Européens, vous êtes les derniers vrais socialistes"…
73 millions de membres, l’élite
Reste le champs politique. Le parti reigne en maître, et tous ceux qui avaient prédit son effondrement après le massacre de Tiananmen en juin 1989 en ont été pour leurs frais. Dix-sept ans plus tard, les effectifs dépassent les 73 millions de membres, en augmentation constante, surtout parmi les étudiants et l’élite. Les contestations sont certes très répandues, mais rien qui ne menace, à ce stade, le pouvoir d’un parti qui garantit 10% de croissance économique par an, et une bonne de dose de "rêve américain à la chinoise" à ceux qui n’en recueillent pas encore les fruits.
Mais quelle est la nature de ce parti ? C’est d’abord un appareil de pouvoir, qui double à tous les échelons de la vie sociale, et même dans les entreprises privées, les structures administratives classiques. Ainsi, dans une ville ou une province, le Secrétaire du Parti est l’homme fort, pas le maire ou le gouverneur. On reconnait un PDG puissant au fait qu’il est également le Secrétaire du Parti de son entreprise… Mais cette machine de pouvoir est désormais vidée de tout sens idéologique. Le PCC est le gestionnaire de la "China Inc.", à la fois tremplin de carrière pour tout jeune arriviste, et gardien de la stabilité pour tous ceux qui ont aujourd’hui quelque chose à perdre dans un changement de pouvoir, et ça fait désormais du monde.
Reste la manière dont son désignés les dirigeants, qui n’est communiste que dans sa définition stalinienne (voir l’amusante photo ci-dessus, prise dans un restaurant de province). Hu Jintao a ainsi accédé au poste suprême après avoir été désigné par Deng Xiaoping, le "petit timonier", dans la foulée de la répression de 1989 et du limogeage de Zhao Ziyang, alors chef du PCC. Deng avait désigné Jiang Zemin pour incarner la "troisième génération" (après Mao et Deng), et Hu Jintao la "quatrième génération" (voir "les Archives de Tiananmen", présenté par J-P Beja, ed. Le Félin). Le fait que Deng n’avait aucune fonction officielle lorsqu’il a fait ce choix n’a rien changé au respect absolu de ses instructions, longtemps après sa mort.
En route vers la cinquième génération
Qui incarnera la "cinquième génération", après Hu Jintao et son premier ministre Wen Jiabao, qui devront céder la place dans quatre ans ? Les jeux sont ouverts, mais, à la suite d’un processus de décision de la plus grande opacité, les paris sont ouverts en faveur de deux jeunes quinquas de l’appareil, Xi Jinping et Li Keqiang, qui devraient faire leur entrée au sein du Comité permanent du Bureau politique du PCC, un organisme de neuf membres qui concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Ces deux hommes, fruit de compromis savants entre les factions du parti, pourraient ainsi devenir dans quatre ans président et premier ministre. Les Chinois en seront informés en temps voulu.
Ainsi va la vie politique dans ce pays qu’on continue à appeler communiste d’abord parce qu’il le revendique, et par commodité, faute de meilleur mot. Mais au-delà de l’étiquette, force est de constater que les réformes politiques sont restées en panne dans un pays capable de réformer son économie de manière aussi radicale en aussi peu de temps. Question : est-ce tenable ?
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Est-ce que les chinois ne disent pas « socialisme à la chinoise » plutôt que communisme .
L’édito du Quotidien du Peuple de lundi est intitulé « suivre de manière constante la voie grandiose du socialisme à la chinoise »
La Chine est comme une voiture qui clignote a gauche, mais vire a droite(rire). L’Occident qui criquait les « chinoiseries » au debut des annees 70 s’est rendu compte que les « communistes » par discours et « capitalistes » dans la pratique, avaient de longues dents. Devenue l’atelier du monde, la Chine polulaire n’accorde en realite pas d’attention a l’adjectif communiniste. Elle sait qu’en Occident, ce qui compte c’est d’amasser d’abord le bien materiel et l’argent. La morale, la religion, les ideologies ne compte que pour du beurre. Quand les Etats Unis, terre par exellence du liberlaisme economique cherchent a ce que Cuba, leur voisin communiste renonce au communisme, avant toute negociation, cela fait sourire. A la Chine, aucune puissance regionale ou mondiale ne demanderait ca. Elle s’en fou chez elle des droits de l’homme et du citoyen. Who cares? Nobody! En plus, le pays de Mao possede d’enormes reserves en bons de tresor americain. La Chine, non seulement a un droit de veto au Conseil de securite de l’Onu, elle est devenue un partenaire et acteur economique incontournable dans les echanges internationaux. La globalisation chaque jour un peu plus des economies du monde ne peut que renforcer la place de ce grand pays-continent. Ce qui est loin d’etre le cas de Cuba. Moins encore de l’Iran, par exemple. la Chine croit et saiot que l’heure est arrivee pour elle de jouer, de facon « decomplexee » son role de leader naturel du 21 siecle. Elle ne se peroccupe plus de demander la permission des pays developpes quand elle investit en Afrique, quelques fois dans des pays avec lesquels l’Union Eurepeenne, les USA et le FMI et la BM ne sont pas en programme. Comme le Soudan, par exemple. En Asie, avec la Birmanie.
Bakima Baliele, Washington, DC
Un article de Rue 89 où il est question de bombe atomique chinoise parle de bombe financière.
La Chine aurait 2000 millards de dollars.
S’ils mettaient ça sur le marché ce serait bien pire que l’affaire américaine des crédits immobiliers.
A CA de 4 h 04
Si ce que vous dites est en train d’arriver alors cela veut dire que les dirigeants progressivement s’acheminent vers un socialisme qui est peut-être LA solution chinoise au bien être du peuple.
Je souhaite bonne chance à la Chine et merci pour vos précisions.
Merci pour cet article qui me conforte dans ce que je pense de la Chine
Est-ce tenable?
Oui et pour longtemps encore parcequ’il y a moins de 10% de la population qui profitent du système chinois,le reste en est encore au moyen âge et si par bonheur un membre de la famille peut aller travailler en ville et envoyer un peu d’argent, cela leur suffit.
Pour que la France en soit où elle en est actuellement, et ce n’est pas le Pérou, combien de temps avons nous dù attendre, 100,200 ans?
A ce sujet je me permet de copier ci-dessous une partie de commentaire que je vous ai envoyé il y a peu de temps et qui traite de ce sujet:
A Tienanmen les étudiants ont été calmés par la force, mais les dirigeants chinois ont compris que ce n’était pas la bonne méthode.
La bonne méthode pour durer dans un tel régime c’est de satisfaire ceux qui ont assez de culture pour s’organiser, donc de permettre à certains, intellectuels ou malins, de s’enrichir ou au minimum avoir une vie correcte dans l’administration ou autres organismes contrôlés par l’état, en quelque sorte créer une élite.
Ils devraient donner la recette aux Birmans.
Comme quoi de la Chine on en revient toujours.
Si la cohesion de la Chine ne tiens que par les institutions rouillés de l’Etat, ça veut dire que la Chine n’est qu’une coquille vide, un tas d’institutions et d’administration…
Un pays solide et fort est un pays ou la cohesion est faite par la nation, et le consenssus social et identitaire, l’Etat n’étant que l’organisation et la materialisation de cette cohesion.
Une « cohesion » ou plutot « unité » assuré par une machine administrative, c’est aussi cela, une dictature.
Moi, je crois en la cohesion de la Chine Han, la nation Han, pour le Xinjiang et le Tibet, j’en suis moins sûr… (surtout pour cette dernière), mais ce n’est pas si grave, ce qui compte, c’est que la Chine devienne un pays ou il fait bon vivre quoi que l’on face (dans le respect des valeurs positives de cette civilisation), que l’on ne soit plus jetté en prison parcequ’on a refusé de payer au noir un chef de la police pour avoir l’impunité ou parcequ’on a découvert une catastrophe humaine ou ecologique lié a un scandale de corruption entre un milliardaire et un haut fonctionnaire du parti… ou que l’on ne harcele pas la famille d’un celebre avocat, y compris ses enfants à l’école… les ressources en eau du Tibet, ou les mines du Xinjiang, ça se discute, ça se marchande…
La RPC sous la coupe du PCC me semble prendre la route inverse. Pourquoi se reformeraient ils vers plus de libertés et de respect vis à vis des chinois, ils ont gagné tout ce qu’ils ont en étant de plus en plus dur…
En attendant, de sources chinoises, les salaires n’augmentent pas, au contraire des prix et des cadences de travail…
« que reste-t-il du communisme en Chine? »
Le centralisme, qui fait que la Chine existe depuis l’acte fondateur « unité sur terre » du roi Qin.
Est-ce tenable ? La question pourrait être posé autrement est ce que le developpement économique de la chine, et l’amélioration des conditions de vie pour des centaines de milliers voire des millions de ses compatriotes peut continuer à s’accroître ?
Car tant que le developpement économique améliorera la vie de millions de gens, et permettra la création d’une bourgoisie et d’une petite bourgeoisie nombreuse, la stabilité du régime a toute chance de se perpétrer. Mais cette croissance est elle infinie ? est ce que la chine aura des krach et des révoltes de tout les laissés pour compte de ce developpement qui sont aussi des millions.
C’est à mon avis à travers cette contradictions que se situe l’évolution du régime.
Est ce que le monde entier continuera a commander à l’usine du Monde, des produits ? Est ce que la disponiblité des matières premières sera suffisante pour soutenir le developpement ? Est ce que le marché intérieur se developpera assez vite pour pallier à la demande internationale, Est ce que l’inévitable hausse des salaires, - très perceptible aujourd’hui en chine- ne va pas contrarié l’offre des produits à bon marché ?
Toute ces contradictions se resoudront elles dans un saut qualitatif qui permetrra à Huhong de déplacer les montagnes ou entrainera l’ouverture d’une grande explosion? Telle est la question.
Merci du lien! Pour ceux qui auraient la flemme d’y aller, voici les premiers paragraphes du discours:
« Le système théorique du socialisme à la chinoise est en fait un système théorique scientifique composé de la théorie de Deng Xiaoping, de la pensée importante de Triple Représentativité et d’une série d’idées stratégiques majeures dont le concept scientifique de développement, » a dit Hu.
« Elaboré sur la base du maintien et du développement du marxisme-léninisme et de la pensée de Mao Zedong, ce système porte en lui la cristallisation des sagesses et énergies des communistes chinois qui pendant plusieurs générations ont conduit le peuple dans des pratiques et des tâtonnements inlassables, » a-t-il dit.
« C’est pourquoi il est considéré comme le dernier acquis de l’adaptation du marxisme aux conditions chinoises, le bien le plus précieux du Parti en termes tant politique que spirituel et le fondement idéologique sur lequel repose l’union des différentes communautés ethniques qui sont engagées dans une même lutte. Il s’agit d’ailleurs d’un système complètement ouvert et en évolution constante », a dit Hu.
Depuis la publication du Manifeste du Parti communiste il y a quelque 160 ans, les expériences ont démontré que le marxisme ne saurait manifester une vitalité, une créativité et une attractivité puissantes que lorsqu’il est adapté aux conditions réelles d’un pays, qu’il évolue avec son temps et qu’il épouse le destin du peuple. Dans la Chine contemporaine, rester fidèle au marxisme revient à s’attacher au système théorique du socialisme à la chinoise », a-t-il dit.
J’adhere! Tout est dis.
Suite a cet article, j’ai demander a mes amis chinois (résident en Chine) ce qu’ils en pensaient. Ils m’ont dit que c’était normal que les européens aient besoins d’aides (sécu & chômage) car il n’y a pas de solidarité dans leur société. Or en Chine, les enfants s’occupent des parents. On peut même demander de l’argent aux amis. De plus, pour les ouvriers, prive ou public, des villes, il y a une retraite (bien que petite). Mais ils ont bien conscience du problème des paysans, c’est eux qui font les frais du système.
MM
http://1pasenavant.blogspot.com/
Pour trouver les racines de ces rapports intergénérationnels il vaut mieux loucher du coté de Confucius que de Mao…
J’avoue, j’ai ris en lisant le titre !
La seule chose encore communiste en Chine reste les moyens de lobotomisation de la jeunesse… Bien moins subtiles mais tout aussi efficaces qu’en occident !
Essayez de parler de Taiwan avec un jeune chinois, je vous garanti une soirée animée…