
JO : un attentat dans le Xinjiang renforce l'obsession sécuritaire

(De Pékin) Dans le métro flambant neuf de Pékin, tous les sacs doivent passer au détecteur d'explosifs, et à l'entrée des universités, des gardes font ouvrir le coffre des voitures. Ces mesures étaient déjà en vigueur avant l'attentat sanglant commis lundi au Xinjiang, dans l'extrême ouest de la Chine. L'attaque ne manquera pas de renforcer le climat hypersécuritaire à l'approche des Jeux olympiques qui s'ouvrent vendredi dans la capitale.
Cet attentat, attribué par les autorités chinoises à un groupe d'indépendantistes ouïgours, le groupe ethnique dominant dans cette province, a provoqué la mort de seize policiers, tués alors qu'il faisaient leur jogging matinal près de Kashgar, la ville la plus à l'ouest du pays, sur l'ancienne route de la soie. C'est l'attentat le plus meurtrier en Chine depuis plus de dix ans.
Les versions diffèrent sur les circonstances, l'agence officielle Xinhua faisant état de deux assaillants ayant jeté des explosifs sur les policiers avant de les attaquer au couteau, d'autres informations évoquant un camion bourré d'explosifs. Toujours est-il que les deux hommes auraient été arrêtés, l'un d'eux blessé.
De manière extrêmement graphique, en se basant sur la version officielle, le quotidien hongkongais Apple daily a reconstitué la scène.


Depuis le début de l'année, les autorités chinoises mettent en avant la « menace terroriste » d'islamistes ouïgour, sans réellement convaincre de la réalité de cette menace. Il faut dire qu'il n'y a pas eu d'attentat important attribué aux Ouïgours depuis une décennie, même si des Chinois de ce groupe ethnique ont été capturés par les Américains dans les camps de la mouvance Al Qaeda en Afghanistan et emmenés à la prison de Guantanamo.
Il y a seulement une semaine, une vidéo extrêmement mise en scène, provenant d'un groupe inconnu jusque-là, avait revendiqué une série d'attentats relativement peu importants, et avait proféré des menaces vis-à-vis des JO. (Voir la vidéo.)
Il reste évidemment un grand décalage entre la capacité -relativement artisanale, on le voit sur la reconstitution d'Apple daily- à attaquer des policiers à Kashgar, aux confins de l'Asie centrale, et avoir les moyens de frapper dans la capitale mobilisée jusqu'aux dents pour les Jeux olympiques.
Quels que soient les auteurs et l'ampleur de ce qui vient de se produire à Kashgar, cet événement lointain -à plusieurs milliers de kilomètres des stades olympiques- risque de peser sur le climat des Jeux.
Ce qui n'est pas surprenant, en tous cas, c'est que les Ouïgours, comme les Tibétains ou tous ceux qui ont à se plaindre du régime chinois, choisissent cette période pour attirer l'attention sur leur cause, quelle qu'en soit la taille ou l'enjeu.
Pour les Ouïgours, ces musulmans turcophones qui se plaignent de l'afflux de migrants Hans (l'ethnie dominante en Chine) qui est en train de bouleverser l'équilibre démographique au Xinjiang, l'occasion de se faire entendre est unique.
De même, d'une toute autre nature, plusieurs familles qui se plaignaient des conditions d'indemnisation de leurs logements dans une procédure d'expulsion, se sont opposées lundi aux policiers près de la place Tiananmen, au centre de Pékin. Elles ont brièvement bloqué la circulation, meilleur moyen d'attirer l'attention, avant l'intervention musclée de la police.
Ces familles provenaient du quartier de Qianmen, un des plus anciens de la capitale, en pleine rénovation avec son lot d'expulsions - et donc d'arbitraire et de corruption dans les attributions des compensations aux familles. Un incident mineur qui trouve, à la faveur des JO, une exceptionnelle caisse de résonance.
► mise à jour 5/8/08 à 10h (heure de Pékin), avec les images d'Apple daily.
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De chengyang
03H10 | 05/08/2008 |
Et voila, c est reparti, un nouveau couplet du peril jaune, version 2008.
Ainsi les mechants chinois oppriment-ils les gentils ouighours …
La realite est beaucoup plus complexe : l arrivee des Hans au Xinjiang remonte a l empire romain et il n y a pas de groupe ethnique majoritaire dans cette province autonome :
Capitale : Ürümqi
Population : 19,6 millions (2004)
Langues officielles : chinois et ouïgour
Groupe majoritaire : aucun
Groupes minoritaires : ouïgour (45 %), chinois (41 %), kazakh (7 %), kirghiz (0,9 %), mongols (0,8 %), dongxiang (0,3 %), tadjiks (0,2 %), xibé (0,2 %), russe, tatar, ouzbek, daur, miao, tibétain, tujia, etc.
Système politique : région autonome
Articles constitutionnels (langue) : art. 4, 19 et 134 de la Constitution de 1982
Lois linguistiques : la Loi sur l'autonomie des régions ethniques (1984) ; Loi sur la langue et l'écriture communes nationales de la République populaire de Chine (2001).
source : http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/asie/chine-region-auto-ouigoure-Xinjiang.h…
De Pierre Haski (auteur)
Rue89 | 03H28 | 05/08/2008 |
@Chengyang : et voilà encore un beau conte de fées. Il s'est passé beaucoup de choses entre l'empire romain et aujourd'hui, et le Xinjiang, situé sur la route de la soie, a été l'une des zones les plus disputées de l'histoire de cette partie du monde. Pour votre info, il ne restait quasiment plus un Han au Xinjiang en 1950, lorsque l'armée populaire de libération en a repris le contrôle, et les premiers habitants venus du reste de la Chine étaient les occupants des fermes militarisées le long des frontières occidentales. Il ne s'agit pas de péril jaune, il s'agit simplement de comprendre ce qui est en jeu dans tout cela, du Xinjiang au Tibet et … aux JO !
De chengyang
04H00 | 05/08/2008 |
Votre analyse est a-historique.
Vous m expliquez qu en 1950 il n y avait quasiment plus un Han au Xinjiang : auriez-vous oublie le jeu des puissances coloniales au XIX eme s. pour chasser la Chine d Asie centrale et la demanteler ? auriez-vous oublie les efforts desesperes des souverains Qing pour garder a l empire le Xinjiang pendant qu Anglais et Francais s ouvraient les ports chinois a coup de canoniere ?
L histoire chinoise (et la notre, ne nous exonerons pas aussi facilement de notre passe colonial) ne s inscrit pas sur une duree de quelques decennies mais de siecles.
De Pierre Haski (auteur)
Rue89 | 04H10 | 05/08/2008 |
@Chengyang : Donc la cannonière sur la côte Est a chassé les Hans du Xinjiang ? Un peu court, les puissances européennes n'ont guère influé sur le cours des événements au Xinjiang. La Russie, y compris soviétique, beaucoup plus.
L'histoire est trop complexe pour être réduite à des slogans comme « les Hans sont là depuis l'époque romaine ». Vous ne pouvez pas nier, sauf à ne pas être allé au Xinjiang, que l'arrivée quotidienne par le train d'Urumqi de nouveaux immigrants venus de l'Est de la Chine est perçu par les Ouigours comme une « colonisation » et pas comme des déplacements naturels de population à l'intérieur d'un même pays. Que la Chine fasse une lecture historique qui l'avantage est une chose, que les Ouigours fassent une autre lecture historique et de la réalité actuelle en est une autre. Cela ne justifie pas de tuer seize personnes, mais c'est incontestablement la toîle de fond de cette affaire.