11/09/2008 à 21h31

Fronde démocratique à l'Association des avocats de Pékin

Charlotte Cailliez | Aujourd'hui la Chine


(De Pékin) Le renouvellement du conseil d’administration de l’Association des avocats de Pékin doit avoir lieu cette année. Trente cinq avocats du barreau de la capitale en profitent pour réclamer des élections directes de leurs représentants.

Ces avocats se sont saisis de l’occasion pour dénoncer l’opacité des procédures de l’association et ont réclamé dans une lettre ouverte des élections directes des représentants des avocats, comme l’exige la loi et la constitution. Ces avocats font partie d’une mouvance plus large de juristes qui ont décidé de faire progresser la démocratie en utilisant les outils du droit et les propres mots d’ordre du Parti communiste.

Avocats aux pieds-nus, avocats des droits de l’homme ou encore membres du mouvement constitutionaliste, tous ces juristes poursuivent le glorieux dessein du PCC : « construire une société harmonieuse basée sur l’état de droit ».

Il est vrai que la Chine est partie de rien sur le plan législatif et a réussi le tour de force de construire en moins de vingt ans une législation complète. De plus, pour donner le change sur la scène internationale, elle signe avec une belle constance les traités et conventions onusiennes qui garantissent les droits des citoyens.

Mais en réalité, la justice est entièrement soumise au pouvoir qui n’hésite pas a recourir à des méthodes mafieuses, l’intimidation ou la police pour faire taire les mécontents. Mais en se fabriquant une face présentable, le pouvoir a fourni des armes à ces juristes démocrates.

Ces avocats pékinois précisent que l’association des avocats de Pékin a fonctionné jusqu’à présent de façon illégale, plus de 90 % des avocats de Pékin n’ayant jamais eu la possibilité d’élire leurs propres représentants. Ils soulignent également que la démocratie locale est déjà en marche dans les villages et que l’association des avocats de Shenzhen a adopté le suffrage direct pour le renouvellement de son bureau en 2003.

Ces associations professionnelles fonctionnent en réalité comme les syndicats officiels. Tandis que la constitution leur assigne un rôle de moteur et de protection de la profession, elles sont en fait un instrument de contrôle du Parti, qui profite à un petit cercle de privilégiés.

Comme l’explique un des signataires :

« les avocats qui deviennent administrateurs permanents de l’association sont admis dans les cercles officiels et ont accès à de précieuses informations. Ils sont aussi très bien placés pour intégrer les Conseils d’administration des grandes entreprises cotées en bourse… ».

Le 5 septembre, l’association a réagi sur son site internet en se fendant d’une « Déclaration solennelle » courroucée et grotesque, digne des plus belles pages de la Révolution Culturelle. Ces avocats sont accusés de

« brandir la bannière de la démocratie pour fomenter un complot interdit et fabriquer des rumeurs et semer la confusion dans la conscience populaire ».

Pire, leurs méthodes et comportements « visent directement à remettre en cause le fonctionnement politique de la Patrie ». Les tenants de l’ordre ancien terminent sur une menace :

« tous les avocats qui relaieront cette opinion subversive dans les media, sur internet ou par sms se placeront dans l’illégalité ».

Manifestement, ceux qui demandent des réformes ont tapé juste ...

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  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 22h58 le 11/09/2008
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Attention la secousse ! ça bouge en Chine de tous les côtés. Ceux qui veulent nous faire le coup de la petite fourmi docile qui parle comme le maître, de la multitude disciplinée, vont devoir faire face, de plus en plus, à un individalisme révolutionnaire. On en reparlera.

  • Alain Colbert
    • Posté à 09h38 le 12/09/2008
    • Internaute 2215

    L’avancée des idées démocratiques en Chine, le monde entier l’attend, le monde entier en a besoin.
    Elle viendra de la jeunesse intellectuelle insérée professionnellement dans la société : il est plus difficile de sanctionner un travailleur, difficile à remplacer, qu’un étudiant.

    • thomasfan
      • Posté à 10h26 le 12/09/2008
      • Internaute 38143

      Mais qu’est-ce que la démocratie ? Voici une piste de réponse :

      1936 = 2008 ? ? ?

      Un Vert Franco-allemand ne se s’embarrasse pas de faire un parallèle entre les JO de Pékin et ceux de Berlin 1936. Son cas est loin d’être unique. Il est à l’unisson de ces gens qui ne répugnent pas à la démagogie en faisant un lien raccourci avec le mal absolu du 20ème siècle pour mieux vilipender la Chine, sans avoir compris la vraie nature du 3ème Reich. Soit dit en passant, l’Allemagne de 1936 fut une démocratie dans tous les sens du terme ! Hitler accéda au pouvoir par la grande porte en 1933, en engrangeant 44% des suffrages exprimés pour un mandat de 4 ans, dans des élections parlementaires qui affichèrent une participation de 88,8% de votants. Suite à une dissolution anticipée du Reichstag, la liste hitlérienne obtint 98,9% des voix le 29 mars 1936, soit quelques mois avant l’ouverture des JO. Certes, le chiffre risque d’alimenter la polémique. Néanmoins, on ne peut douter que le résultat est bien une écrasante manifestation d’approbation enthousiaste pour Hitler.

      Depuis des lustres, le régime nazi, qui a mis en scène un des drames le plus effroyable que le monde ait connu au cours de son histoire, est frappé d’anathème du camp démocratique par la propagande dominante. Les défenseurs de la démocratie ont éprouvé le besoin de montrer les pattes blanches et de se démarquer de cet allié encombrant qui fait de l’ombre à la démocratie, en lui collant à la peau une étiquette simpliste du totalitarisme. Mais ils ne s’en sortent pas à si bon compte. Il est temps de lever le voile sur le vrai visage du 3ème Reich.

      Hitler n’a pas aboli la Constitution de Weimar

      Une fois installé au pouvoir, Hitler s’accommode bien de la Constitution de Weimar. Longuement débattue, celle-ci a d’incontestables mérites : suffrage universelle pour les hommes et les femmes de plus de 20 ans ( Il aura fallu attendre 1946 pour que le Général De Gaulle ait étendu ce droit aux femmes ), représentation rigoureusement proportionnelle, référendum à l’initiative d’un dixième de l’électorat ( Une disposition similaire vient d’être introduite par le Parlement dans la Constitution française avant les vacances de l’été dernier ), Président du Reich élu au suffrage universel ( Ce suffrage sera entré dans les mœurs politiques françaises à compter de 1958 ).

      Il est d’usage aujourd’hui de faire la distinction entre la République de Weimar et le 3ème Reich. Ce tour de passe-passe a le don de nous attirer dans un piège. Car, il nous laisse à penser qu’il y a un abîme entre eux, d’autant que la propagande dominante martèle que la première est démocratique, tandis que le dernier, totalitaire. Déjà, les mot « République » et « Reich » ne sont pas indolores. Ils recoupent l’idée reçue que nous suggère la propagande dominante. Personne ne peut dire que la ficelle est grosse.

      Le compromis sur le plan du régime a ouvert une brèche où s’enfoncent les manipulateurs. Dans la Constitution de Weimar, l’article 1er stipule que « le Reich est une République ». Conservant le nom de Reich, la nouvelle Allemagne s’inscrit dans le fil républicain et démocratique. Le Parlement s’appelle le Reichstag, l’armée, la Reichswehr et la Banque centrale, la Reichsbank. « Le Reich » et « la République » sont interchangeables pour désigner le même régime. On dit couramment « le président de la République » ou « le président du Reich ». Hitler n’ayant pas aboli la Constitution de Weimar, le 3ème Reich se situe dans la droite lignée de Weimar. Rien ne permet de conclure à une rupture quelconque.

      Hitler a agit dans le cadre de la légalité

      Hitler qui n’abolit pas la Constitution de Weimar, tient à conserver une forme légale à ses actions. Les reproches le plus souvent adressées contre lui portent sur le décret du 28 février 1933 qui limite les droits fondamentaux et la loi de pleins pouvoirs. Et l’on vient à une conclusion hâtive : la démocratie a vécu et le régime est transformé en dictature.

      Il faut savoir que Hitler n’est jamais sorti de la légalité, ni n’a pris de libertés avec la règle du jeu démocratique. L’ordonnance « pour la protection du peuple allemand », avait été préparé par le gouvernement précédent et signé le 4 février 1933 conformément à l’article 48 de la Constitution de Weimar par le président du Reich. Elle est reprise pour l’essentiel par le décret du 28 février signé de la main de Hindenburg au lendemain de l’incendie du Reichstag attribuée aux communistes. C’est sur cette base légale que Hitler a agi contre la gauche.

      Malgré le décret, le pluralisme subsiste dans la presse. Les grand « journaux » bourgeois continuent à paraître : la Frankfurter Zeidung, la Deutsche Allemeine ou le Berliner Tageblatt. A l’été 1939, environ 2 200 journaux sont tenus dans des mains privées, à côté de 200 publications de la presse nazie.

      Tombés sous le coup du décret du 28 février, les communistes sont passés dans la clandestinité. Mais, leur parti n’a jamais fait l’objet d’une interdiction formelle. On ne peut pas dire la même chose du PSD (les socialistes) qui est proclamé dissout , malgré un vote de confiance émis par ses députés envers la politique de Hitler. Les autres partis du Centre catholique, de la droite conservatrice ou de l’extrême droite se sabordent et disparaissent de la scène en quelques semaines. De nombreux opportunistes viennent grossir les rangs du parti nazi qui devient de facto le parti unique.

      Pour autant, est-ce qu’on peut prétendre que la démocratie a fait son temps et que le fil républicain se brise ? En 1923, l’article 48 de la constitution avait été déjà utilisé aux fins d’interdire à la fois le parti nazi ( après l’échec du putsch de Hitler ) et le KPD (le parti communiste). La République de Weimar n’en est pas moins démocratique. Dès le 22 novembre 1951, le gouvernement fédéral de l’Allemagne Ouest présente à la Cour constitutionnelle fédérale une requête en appréciation de l’anticonstitutionnalité du KPD, enclenchant par là un processus visant à placer définitivement ce parti hors-la-loi. Deux ans plus tard, la Cour constitutionnelle de la RFA, saisie par le gouvernement Adenauer décrète la mise hors-la-loi du KPD. Néanmoins, personne ne se met dans la tête de prononcer l’ostracisme du camp démocratique contre la RFA.

      Il n’en est pas autrement des pleins pouvoirs. Le 23 mars 1933, 444 députés approuvent ces pouvoirs, dépassant les 2/3 des voix requises par la constitution. Hitler obtient pour quatre ans, le pouvoir législatif, la promulgation des lois sans contrôle du Reichstag et du président du Reich. Sans rupture avec la constitution, il a les mains libres pour réformer l’Etat. On risque de céder à la démagogie en le traitant de dictateur pour cette raison. Le 20 mai 1958, le Parlement français vote, avec les voix des communistes, les pleins pouvoirs à Pflimlin, par 473 voix contre 93 dans un contexte tendu issu de la prise du pouvoir par les militaires en Algérie. Le 1er juin, c’est au tour du général De Gaulle qui se présente à l’Assemblée nationale et demande les pleins pouvoirs… obtient l’approbation de la Chambre par 329 voix contre 224. La France n’est pas pour autant assimilée à une dictature.

      Hitler fut populaire

      Peu de dirigeants politiques du 20ème siècle – aucun, peut-être – ont été plus populaire aux yeux de leur propre peuple que Hitler pendant les dix ans qui ont suivi son accession au pouvoir le 30 janvier 1933. On a pu écrire qu’à l’apogée de sa popularité, neuf Allemands sur dix furent « des adeptes de Hitler, ils crurent au Führer ». Les quatre plébiscites nationaux du 3ème Reich, qui s’étalent sur cinq ans ( respectivement en 1933, 1934, 1936 et 1938 ), ont obtenu plus de 90% des voix.

      Le référendum qui a suivi le retrait de l’Allemagne de la SDN et les premières élections plébiscitaires du Reichstag ont donné 90% au plébiscite et 87,8% aux élections législatives, le 12 novembre 1933. Les résultats sont un succès indéniable pour Hitler. Les arrestations de communistes et autres ennemis de l’Etat qui ont eu lieu en mars ont suscité la même approbation populaire que les mesures draconiennes qui avait suivi l’incendie du Reichstag.

      Le 3ème Reich se pose en héritier de la Constitution de Weimar qui compte parmi les plus démocratiques. Hitler ne se place pas au-dessus de la Loi et se plie par contre à la règle du jeu démocratique. Il n’a pas son équivalent en terme de popularité qui lui vaut une légitimité tout à fait justifiée. Si le 3ème Reich est une démocratie, ce constat monte en épingle l’absurdité de la mise de Berlin 36 en corrélation avec Pékin 08.

      Si le communisme a fait naître un Joseph Staline, il doit être admis que la démocratie a accouché d’un Hitler nazi. Quand on porte les camps du Goulag au crédit communiste, il faut en convenir : la démocratie détient le triste brevet des camps de concentration ( le 8 mars 1933, soit trois jours après l’avènement de Hitler au pouvoir, Frick annonce la création de camps de concentration. Le 20 mars, Himmler ordonne l’installation d’un camp de concentration à Dachau ). La démocratie n’est pas non plus une amulette pour les minorités ( La loi du 7 avril 1933 pour le « redressement » de la fonction publique a éliminé les juifs du corps des fonctionnaires avant de les chasser des professions libérales). S’il reste un livre à écrire, ce sera bien le livre noir de la démocratie !

  • Alain Colbert
    • Posté à 09h39 le 12/09/2008
    • Internaute 2215

    L’avancée des idées démocratiques en Chine, le monde entier l’attend, le monde entier en a besoin.
    Elle viendra de la jeunesse intellectuelle insérée professionnellement dans la société : il est plus difficile de sanctionner un travailleur, difficile à remplacer, qu’un étudiant.